Encyclopédie de la vue

  

Divers

Renaissance et Ophtalmologie


L'Ophtalmologie de la Renaissance



La Renaissance

Léonard de Vinci

Pierre Franco

Jacques Guillemeau

Ambroise Paré

 

Partant d'Italie, la Renaissance transforma la vie des hommes du XVè siècIe et au début du XVIè.

Elle coïncida avec de grands événements historiques qui permirent une extension des limites du monde connu. Les grandes explorations maritimes et la découverte de I'Amérique ouvrirent de nouveaux horizons; la prise de Constantinople par les Turcs ramena vers l'Occident des livres et des documents témoins de civilisations anciennes endormies ou méconnues.

Mais ce renouveau des connaissances et l'humanisme qui en résulta ne détermina pas, en médecine, une mutation aussi rapide et aussi complète. L'enseignement universitaire avec ses nécessite s et ses contraintes se poursuivit souvent dans la routine. Les affirmations des oeuvres de Galien resteront longtemps indiscutables et indiscutées.

Un fait majeur apparaît cependant. La valeur de plus en plus reconnue de l'observation amène à une libre discussion et à une analyse plus rigoureuse du phénomene scientifique. On assiste alors a un début d'esprit critique.

La dissection, dont les universités de Bologne et de Padoue permettaient l'exercice, va servir de point de départ à des recherches anatomiques nouvelles. Cela conduira à Vesale, dont le "De Fabrica"va devenir l'oeuvre de réference pour toutes les recherches anatomiques nouvelles.

La découverte, puis la rapide extension de l'imprimerie, apportera une aide essentielle pour la diffusion des idées et des faits. La libre circulation d'un pays a l'autre, l'incroyable propension aux voyages maIgre les difficultes et les dangers, réunirent vite chercheurs et étudiants dans les grands centres médicaux universitaires.

Paris ne jouit pas encore, du point de vue médical, de sa prévalence de Capitale. Montpellier, centre fameux depuis le XIIè siècle, poursuit son rôle attractif pendant toute la Renaissance. Le libéralisme de ses édiles et de ses maîtres, maintient son influence a l'époque de la Réforme. Le latin, langue véhiculaire, entretient ce monde intellectuel dans une atmosphere scientifique, amicale.

Surtout pour les grands maitres, au début de ce XVIè siècle, non encore marqué par les conflits religieux, le voyage en Italie constitue plus qu'un pélerinage aux sources.

 

La vie colorée, ensoleillee et aussi quelque peu déréglée du Sud de l'Europe, va cependant provoquer des réactions violentes des chrétiens qui, dans le Nord, ont soif de plus de rigueur et de recherche de vérité. La Réforme va transformer la Renaissance scientifique et lui apporter des dimensions et une qualité nouvelles.

Les guerres de Religion ou d'indépendance nationale vont marquer à travers le XVIè et le XVIIè siècle la vie des peuples et interviendront dans les transformations de la vie scientifique.

Et cependant, cette époque correspond à une véritable révolution dans la connaissance de l'homme et du monde. En ce début du XVIè siede, Léonard de Vinci, en butte aux tracasseries des médiocres et des jaloux, accepte l'invitation de François 1er et vient terminer sa vie en France auprès du Roi, apportant avec lui toutes ses oeuvres personnelles. Mais malheureusement, la somme de ses travaux anatomiques et de ses conceptions sur l'oeil et l'optique va longtemps rester méconnue.

 

Des ce temps, Copernic a conçu sa théorie sur tout le système astronomique. L'année où paraîtra enfin l'exposé de son oeuvre (1543) verra aussi publiée la Bible anatomique de la Renaissance: le célébre "De Fabrica", de Vesale.

Comment ne pas être impressionné par la conjoncture des dates? L'année ou meurt Vesale voit naître Galilée, et quand disparaît celui-ci, naît en Angleterre Newton.

Ces quelques noms seront pour le XVIè et le XVIIè siècles scientifiques, des phares illuminant la progression de la pensée.

Il faut, sur le plan medical, au début du XVIè siècle, reconnaître que les connaissances ophtalmologiques ont peu progressé. L'enseignement officiel professe toujours une anatomie oculaire inexacte. Le cristallin, au centre de l'oeil, reste le centre de toutes les émanations visuelles, et son rôle dans un système d'optique géométrique est totalement méconnu de la plupart maIgré plusieurs travaux arabes anciens. Léonard de Vinci cependant, imprègne à la fois de science mathématique et de souci esthétique, par l'observation et la dissection, est peut-être le premier à revenir à la réalité anthropologique et a un essai d'optique physiologique.

 

Il entreprend la dissection de l'oeil fixe dans du blanc d'oeuf coagulé par la chaleur et coupe en lames minces. Cela n'empêche pas d'éviter l'erreur de maI situer le cristallin, mais c'est le point de départ d'une schématisation des rayons se concentrant non pas sur la lentille, mais sur le pôle postérieur. Par le nerf optique, vers le haut, source cérébrale de l'Esprit, la lumière optique, "lumen'; deviendra la science de la connaissance, la "lux".

Ces considérations générales restées malheureusement inconnues pendant longtemps, ne correspondent en rien aux conceptions de I'époque en ce qui concerne l'optique et l'ophtalmologie.

La lunetterie restera l'oeuvre des empiriques et des charlatans. Elle n'apparaîtra pas dans l'étude systématique des fonctions visuelles, elle sera souvent incluse dans le cadre de phénomènes magiques plus ou moins répréhensibles car inexpliqués.

 

Si on veut résumer l'apport de l'ophtalmologie française de cette époque aux progrès scientifiques, il faut le résumer aux découvertes de quelques hommes. Peut-être le plus grand et le plus méconnu fut-il Pierre Franco. Pierre Franco, le Provençal, naquit à Turriers vers 1504, dans le département actuel des Alpes Maritimes. On ignore pratiquement tout de sa famille, de ses maîtres ou des écoles qui le formèrent on sait seulement qu'il était protestant et fut obligé de quitter la France à deux reprises pour éviter la persécution. Il trouvera en terre vaudoise, à Lausanne, le calme et la sérénité.

Mais c'est à Lyon et, en français, que paraissent deux petits livres qu'il écrivit en 1556 et 1561. Jusqu'à sa mort, 17 ans plus tard, il ne fit paraître aucune autre publication.

Le traite des hernies parut en 1561 il est suffisant pour assurer sa gloire.

Dans une étude remarquable que Koelbing lui a consacrée, le professeur d'Histoire de la Médecine de l'Université de Zurich met bien en valeur le caractère exceptionnel de sa contribution à l'ophtalmologie. La Suisse fut à cette époque une terre privilegiée pour la médecine, à la réunion des différentes cultures européennes. Elle conserve la langue française à Genève et à Lausanne mais se trouve à l'abri des désordres et des massacres qui ensanglantent la France. Les hommes comme Franco peuvent travailler et se perfectionner.

Certes, il pratique la chirurgie générale avec tout ce que cela comporte de dificultés et de souffrances. Mais dans son oeuvre, l'ophtalmologie est pour lui son travail de predilection et, en particulier, il considère l'opération de la cataracte comme la plus bénéfique de toutes. "Si j'étais place devant le choix de renoncer soit à l'exercice de cette partie, soit tout le reste de la chirurgie que m'a donné Dieu,je préfèrerais renoncer au reste, tantje connais I'opération de la cataracte comme étant une oeuvre extraordinaire ne présentant guère de difficultés presque sans douleur et d'une grande importance".

Dans son traite, le chapitre consacre à la cataracte est émaille de conseils très précieux ; Franco se veut pédagogue afin d'inciter les chirurgiens à une bonne technique.

Si on analyse son texte avec attention, on s'aperçoit que par expérience il situe parfaitement le point de pénétration dans l'oeil de l'aiguille au niveau de la pars plana réalisant ainsi, bien avant l'heure, la zone d'entrée idéale de la vitrectomie. Cela nous vaut le récit imagé de sa vaste expérience de chirurgien confronté avec toutes les situations les plus différentes et envisageant toutes les complications possibles. Il le fait avec l'accent de la vérité, de l'honnête homme désireux, non seulement de faire le bien, mais aussi de convaincre ses confrères et de susciter des vocations.

L'invocation à Dieu du calviniste Pierre Franco, pour permettre la réussite de l'entreprise, est bien dans la tradition de l'époque. La nécessite d'une chirurgie expérimentale sur les yeux d'animaux afin d'acquérir I'ambidextrie manuelle correspond au désir du Maître qui souhaite plus d'efficacité chez les jeunes opérateurs. Il conseille aussi très rapidement l'emploi de lunettes non seulement pour protéger les yeux mais aussi pour aider a une meilleure vision.

 

L'oeuvre de Pierre Franco n'a pas eu le retentissement voulu car elle se résume a ce traité qui, par la suite, fut éclipsé par les nombreuses publications chirurgicales d'Ambroise Paré et de ses élèves. Faisons remarquer qu'à cette époque, un suisse célèbre, Félix Platter, ancien élève de Montpellier, sera le premier à decrire correctement la position du cristallin et a donner un schéma optique valable. Il n'osera pas cependant conseiller à ses confrères, en raison de nombreuses complications, l'intervention de l'abattement du cristallin.

Son oeuvre, écrite avec une rare qualite littéraire, fait état du traitement de nombreuses affections oculaires depuis les traumatismesjusqu'aux tumeurs. Il est le premier à bien situer le cristallin par rapport aux autres éléments du segment antérieur. Mais il n'ose imposer ses vues pourtant très en avance sur son époque. Il faudra attendre le célèbre traité de Bartisch de 1583 pour voir, décrite et illustrée, l'ophtalmologie de la Renaissance.

 

Jacques Guillemeau (1544-1612)

Jacques Guillemeau est né à Orléans dans une famille d'habiles chirurgiens. Venu trèsjeune à Paris, à l'Hôtel-Dieu, élève d'Ambroise Paré, il dédie a son illustre Maître le premier traité d'Ophtalmologie français : "Des maladies des yeux qui sont au nombre de cent treize".

Dans plusieurs chapitres sont envisagés successivement l'anatomie de l'oeil et, sur le plan pathologique, les affections intéressant la totalite de l'oeil.

Les affections des muscles oculaires, des paupières, les inflammations et les pustules, les ulcères du globe, les cicatrices de la cornée, les maladies de l'uvée. Bien entendu, les fistules lacrymales ne sont pas oubliées et il faut retenir aussi tout un chapitre groupant tous les cas d'amaurose par lésions rétiniennes ou par des atteintes du nerf optique.

Guillemeau a laissé un nom en médecine par son oeuvre gynécologique importante. Pour nous autres, il est le premier français a avoir réuni dans son traite un nombre important d'affections de l'oeil. Peut-être faut-il aussi remarquer que la relation de l'ophtalmologie avec la gynécologie, aussi discutable qu'elle soit, s'est poursuivie longtemps après, puisque le premier numéro des Annales d'Oculistique, paru le 1er août 1838, était intitulé: "Annales d'oculistique et de gynécologie".

 

En fait, le premier livre français d'ophtalmologie avait été écrit par Ambroise Paré, aidé de Cappel, docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris. La finalité du sens de la vue semble évidente à l'homme qui avait écrit 'je le pansai, Dieu le guérit".

"Dieu a l'homme a donne la face en haut
et lui a ordonne de regarder
l'excellence des cieux
et élever aux étoiles ses yeux".

Si le traitement des plaies de l'oeil est contenu dans le huitième livre de ses oeuvres completes, avec les différentes plaies du corps, c'est dans le quinzième livre que sont envisagees les fameuses cent treize maladies répertoriées suivant une classification méthodique par le grand chirurgien français de la Renaissance.

L'énorme pratique chirurgicale acquise au cours de la vie dangereuse de ce chirurgien de guerre, le conduisit a confronter son expérience à des notions livresques insuffisantes. Son grand traité, paru en français dans de multiples éditions, permit à son auteur d'être considéré non seulement comme le père de la chirurgie, mais aussi comme le père de l'ophtalmologie française.

 

La gravure célèbre qui le représente avec Vesale au chevet d'Henri Il mourant d'une plaie transorbitaire, illustre bien la notoriété que cet autodidacte, devenu le chirurgien de tous les Rois de France, avait su acquérir aupres des plus grands de son temps.

Après lui, tous les traités faisant référence à son oeuvre, aborderont non seulement l'anatomie mais aussi la pathologie oculaire. Un des plus célèbres fut le traité de Dulaurens, professeur à Montpellier et premier médecin d'Henri IV

Un peu plus tard, Castres, petite ville du Tam où siège la Chambre de l'Edit, a le privilège d'avoir dans ses murs plusieurs personnages de haute qualité. C'est d'abord le médecin Pierre Borel, membre de l'Académie des Sciences, qui fut parmi les premiers à reconnaître que la cataracte est en fait une opacité du cristallin et l'un des premiers aussi à exposer ses résultats d'examen des tissus au microscope.

C'est Jean Vigier, chirurgien à Castres, qui fait paraître un traité des Tumeurs a Lyon en 1656-1659, en y insérant un chapitre ophtalmologique. Et c'est surtout le juge Pierre de Fermat, mathématicien de génie dont nous retrouverons un peu plus tard les travaux considérables sur la réfraction.

 

Quelques esprits lucides reconnaissent deja au XVIIè siècle le rôle essentiel de I'opacification du cristallin dans la formation de la cataracte.

C'est Rémy Lasnier, Quarre, Rolfinck, Gassendi, sur le plan chirurgical mais c'est aussi Kepler dans sa démonstration de la dioptique oculaire, c'est Mariotte qui, des 1668, éliminera le cristallin de toute fonction visuelle et préconisera son abattement dans la cataracte.

La fin du siècle sera marquée par les travaux d'hommes remarquables comme Méry ou Maître-Jan.

Une expo à Marseille


Expo:


Le patrimoine médical de Marseille


 


 


Du 22 octobre au 27 novembre 1999


"2600 ans d'Histoire"

L'association des Amis du Patrimoine Médical de Marseille vous a proposé de faire revivre certains épisodes du passé, à travers des documents, photos, tableaux et instruments anciens.

L'affiche de l'exposition représentait le célébrissime Jacques Daviel opérant la cataracte de l'Ermite d'Eguilles. Il réalisa la première extraction de la cataracte en 1745.

Renseignements : Maison de l'Artisanat et des Métiers d'Art,
21 cours d'Estienne d'Orves 13001 Marseille
Tel 04.91.54.80.54 Du mardi au samedi de 13h à 18h.

 

Histoire de l'ophtalmologie vétérinaire


Histoire de l'ophtalmologie vétérinaire

 

La page est un peu lourde :-)

Nous remercions particulièrement le Professeur Francis Lescure, de l'Ecole Vétérinaire de Toulouse (France), qui nous a permis de résumer ici un siècle d'ophtalmologie vétérinaire. Il existe peu de documents qui évoquent ce sujet.

 

Chronologie

Les papyrus de l'Ancienne Egypte évoquent déjà les maladies oculaires des chiens ou du bétail, il y a 4000 ans.

Plus tard les Grecs décrirent également des pathologies, principalement dans Hippiatrica. Le plus célèbre de ces auteurs fut le vétérinaire Apsyetus.

Entre les années 450 et 510 avant JC, huit chapitres des maladies oculaires du cheval, avec leurs traitements, furent traduits du Grec en Latin par Publius Vegetius Renatus dans le livre Artis Veterinariae sive Mulomedicinae.

En 1250 un texte (Ippiatrics) écrit par Giordano Ruffo fut écrit sur les maladies oculaires du cheval.

En 1266 le livre ippiatrica Mulomedicinae, écrit par Theodorico Borgognoni, décrivait aussi les maladies oculaires des chevaux.

En 1819 c'est Francisco Toggia qui présente les différentes causes de cécité du cheval. Les italiens sont donc très présents dans cette période ancienne.

Le vétérinaire J.Carver publia en 1818 l'ouvrage The Farrier Magazine dont 46 pages étaient consacrées aux maladies des chevaux (The Pathology of the Horse's Eye). Le document était aussi appelé The Archives of Veterinary Science. Il écrivait pour "les étudiants et les autres personnes désirant connaitre les maladies et savoir comment fonctionnait un oeil de cheval".

Carver écrivit que les 'ophtalmies' des chevaux étaient principalement dues au mauvais état des écuries qui étaient sales, mals ventilées et peu entretenues; il accusait aussi la sous alimentation des chevaux. Richard Peters en 1813 s'éleva contre l'excision de la troisième paupière des chevaux.

Un célèbre livre de 1687 (Londres) The anatomy of the Horse, décrivit avec précisions l'oeil du cheval :

Anatomy of the Horse, Andrew Snape, 1687
Anatomy of the Horse, Andrew Snape, 1687

Les premiers examens du fond d'oeil furent faits par le physiologiste tchèque Johannes Purkinje (1787-1869) qui décrit ainsi son expérience de 1823: "Quand j'observais l'oeil d'un petit chien d'une certaine direction, cette lumière semblait me revenir, jusqu'à ce que je découvre que la lumière se réfléchissait à l'intérieur de l'oeil et revenait.Quand l'expérience fut répétée sur des hommes, le même phénomène se produisit: vraiment, l'ensemble de la pupille s'éclairait d'une belle couleur orange."

En France

Urbain Leblanc(1797-1871) fut diplomé de l'Ecole Vétérinaire de Maison Alfort en 1818. Son premier traité sur les maladies oculaires des animaux fut présenté en 1824. Son ouvrage traduit en allemant en 1825 s'appuyait sur l'ophtalmologie humaine. Par la suite il s'investit dans de nombreux travaux et collabora au journal "Veterinary Journal of Theory and Practice" (1830-1835).

Urbain Leblanc

 

Eugène Nicolas était un militaire vétérinaire qui présenta en 1914 son livre "Veterinary and Comparative Ophthalmology". Il fut traduit en anglais par Henry Gray. Par la suite, son accession au poste de directeur d'Alfort lui fit délaisser l'ophtalmologie.

Eugène Nicolas

Traitements

Les médicaments utilisés pendant des dizaines d'années furent l'acide borique à 2%, le nitrate d'argent, le sulfate de zinc et l'oxyde de mercure (blépharite, conjonctivite, opacités cornéennes).Les cycloplégiques habituels ont été utilisés depuis longtemps, que ce soit l'homatropine ou l'atropine. La cocaïne était utilisée pour dilater la pupille en vue d'un examen du fond d'oeil. Les myotiques étaient l'ésérine et la pilocarpine.

Les instruments chirurgicaux rencontrés permettaient des opérations de cataracte, de glaucome, ou plus souvent, des énucléations qui pouvait aboutir à la mise en place de prothèses oculaires chez les chevaux.

Instruments d'ophtalmologie vétérinaire
Instruments d'ophtalmologie vétérinaire (XVIIIème siècle)


Les livres

Selon Saunders et Rubin, le premier livre d'ophtalmologie vétérinaire fut le "Traité des Maladies des Veaux" d'Urbain Leblanc en 1824. D'autres textes furent publiés par la suite comme "Handbuch der Veterinär Ophthalmologie für Thirärzte" de l'allemand Johann Friedrich Müller (1847).

L'auteur américain G.G.Van Mater publia en 1897 le livre "Veterinary Ophthalmology".

Un texte intéressant fut le livre "The Vertebrate Eye and its Adaptive Radiation" du Pr Walls (1942). En 1965 Magrane présenta "Canine Ophthalmology".

Evolution de la spécialité

En France Le professeur Francis Lescure (Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse) créa la Société Française d'Ophtalmologie Vétérinaire (SFOV) en mars 1980.Le professeur B.Clerc était le premier secrétaire de la Société.

Le Groupe d'Etude des Maladies Oculaires (GEMO) fut créé en octobre 1981 par B.Clerc. Le premier secrétaire était G.Rosas. Ce groupe fut formé au sein de la National Conference of Veterinary Specialists of Small Animals (CNVSPA).

Le professeure Lescure reçut son diplôme de vétérinaire en 1951 et a publié plus de 25 articles sur l'ophtalmologie vétérinaire. Il est spécialisé dans l'étude de l'anatomie de la chambre antérieure du chien et a publié dès 1963 des séries de goniophotographies. Il s'est aussi intéressé aux angiographies, électrorétinographies et aux rétinopathies de l'animal. Après la création de la SFOV, il fut Président de la Société Européenne d'ophtalmologie vétérinaire en 1983.

Le professeur Bernard Clerc, diplômé de l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort en 1965, permit une évolution importante de la spécialité. Son livre "Ophtalmologie Vétérinaire" est très brillamment illustré (1981).

Actuellement la Société Française d'Etudes et de Recherches en Ophtalmologie Vétérinaire (SFEROV) est très active en France. Des échanges fructueux avec les ophtalmologistes humains permettent à tous de progresser dans la connaissance.

Des sites internet peuvent donner également des informations comme l'American Society of Veterinary Ophthalmology ou la page Web Sites of Interest to Veterinary Ophthalmologists.

Bibliographie

1971 - Veterinary Ophthalmic Pharmacology and Therapeutics; K. N. Gelatt, Vet. Med. Publishing Ine., Kansas City.

1971 - Stereoscopic Atlas of Clinical Ophthalmology of Domestic Animals; H. E. Jensen, C. V. Mosby Co., St. Louis.

1972 - Oftalmologi Kompendium; G.Tufvesson, Veterinarmedicinska Foreningen, Stockholm.

1973 - Stereoscopic Atlas of Ophthalmic Surgery of Domestic Animals; H. E. Jensen, C. V. Mosby Co., St. Louis.

1973 - Augenkrankheiten der Haustiere; Vera Schmidt, Humbolt University, Berlin, Ferdinand Enke Verlag, Stuttgart.

1973 - Atlas of Veterinary Ophthalmic Surgery; S. Bistner, G. Aquirre and G. Batik, W. B. Saunders Co., Philadelphia.

1975 - Current Techniques in Small Animal Surgery, contained a rather extensive section, The Eye, written by a number of veterinary ophthalmologists, Lea and Febiger, Philadelphia.

1975 -The Eye and Veterinary Practice; J.R. Blogg, V.S. Supplies, North Melbourne.

1976 - Veterinary Ophthalmology Notes; G. A. Severin, Colorado State University Press.

1978 - Veterinary Ophthalmic Pharmacology and therapeutics; Vet. Med. Publishing Co.

1981 -Fundamentals of Veterinaty Ophthalmology; D. H. Slatter, W B. Saunders, Philadelphia.

1981 -Ophtalmologie Vétérinaire, B. Clerc, Du Pont Veterinaire, Alfort.

1981 - Veterinary Ophthalmology; K. N. Gelatt, editor, Lea and Febiger, Philadelphia. This text was written by twenty two contributors. Its objective was to collect and distill into one refèrence the world literature on the known diseases and surgery of the eye and orbit of domestic animals. This was accomplished by providing in-depth information on ophthalmic diseases and surgery in the dog, cat, horse, food and laboratory animals.

1983 - Comparative Ophthalmic Pathology; R. L. Peiffer, C. C. Thomas, Springfield, 111.

1983 - Equine Ophthalmology; Issue of Equine Veterinary Journal, edited by K. C. Barnett, P. D. Rossdale, J. F. Wade.

1983 - Veterinére Oogchirugie; (Veterinary Eye Surgery), S. W Petrick, University of Pretoria, South Africa.

1984 -Large Animal Ophthalmology; Veterinary Clinics of North America.

1986 -The Eye in Veterinary Practice Vol. III, J. R. Blogg, Chilcote Publishing, Malvern, Australia.

1987 - Handbook of Equine Ophthalmology; J. D. Lavach, Giddings Studio Publishing.

1987 - Manual of Small Animal Ophthalmology; M. Wyman, Churchill Livingstone Inc., New York.

1988 - A History of Veterinary Ophtalmology; W.G. Magrane

La couleur au fil des siècles


La couleur au fil des siècles

 


"Une couleur ne brille que dans un certain environnement,
de la même façon que les yeux ne sourient que dans un visage."

Ludwig Wittgenstein, philosophe

 

Introduction

Aborder l'Histoire des couleurs est difficile. Nous espérons que le lecteur sera tenté par les livres qu'on lui propose à la fin. Il faut se plonger dans Poétique & Société des Couleurs, ou dans A history of Color pour sentir qu'il s'agit là d'un monde passionnant et complexe. Nous ne ferons qu'effleurer le sujet.

Nous allons nous tourner vers La grotte Chauvet pour apercevoir les premières peintures humaines colorées, et nous terminerons en évoquant les personnages virtuels de notre présent.

Préhistoire

Dans le noir d'une faible lumière on se rend compte du pouvoir de la couleur et de son impact sur l'esprit des artistes.

Grotte Chauvet
Grotte Chauvet
Main négative rouge et contour partiel de mammouth
30.000 ans

Il y a plus de 15000 ans des groupes d'hommes ont laissé l'empreinte de leur passage dans de nombreuses grottes de France ou d'Espagne. On retrouve leur art au travers des peintures qu'ils laissèrent sur les parois ou les plafonds. Le Grand Panneau d'Altamira regroupe de nombreux bisons polychromes rouges et noirs. Ce travail magnifique fut réalisé grâce à un mélange de gravure et de peinture. Cette dernière fut possible car l'artiste utilisa différents pigments. Les deux couleurs qui prédominent nettement sont le rouge et le noir.

Le rouge provient d'un oxyde de fer appelé hématite qu'on trouve à l'état naturel dans le sol. Le noir est issu du charbon de bois ou d'os, du charbon minéral ou bien de l'oxyde de manganèse. Ces pigments étaient mélangés avec un matériau incolore, la charge, pour donner une certaine consistance, faciliter l'étalement sur la paroi et améliorer la conservation. Cette charge était de l'argile, du talc ou des feldspaths. Un liant à base de graisse ou d'eau était généralement nécessaire pour améliorer la qualité du mélange.

Ces pigments étaient appliqués sur les parois grâce à l'utilisation de pochoirs, de pinceaux en poils d'animaux, ou bien seulement avec la main.

Ces fresques colorées avaient peut-être des propriété chamaniques, comme le décrit le Pr Jean Clottes dans "Les Chamanes de la préhistoire" Seuil. On les retrouve souvent en effet dans des grottes peu fréquentées par les hommes de l'époque, parfois dans des zones difficilement accessibles. Il n'y a que très peu de représentations humaines, elles sont surtout animales. On peut imaginer qu'elles avaient une fonction magique, pour faire venir le gibier, ou pour remercier des divinités par exemple.

Ils utilisaient aussi des pigments divers pour peindre leurs corps de jaune, rouge, noir ou blanc. Les hiéroglyphes de Denderah évoquent les teintures du lin dans les trois couleurs des étoffes sacrées, le vert, le pourpre et le bleu.

Antiquité

La Mythologie et l'Antiquité sont dirigées par les couleurs.

L'Egypte entre bleu et vert, entre Nil et papyrus

Les Egyptiens utilisaient beaucoup de couleurs pour peindre leurs tissus, leurs temples et leurs sarcophages. L'Egypte est en effet le pays de la couleur, bien que l'aspect extérieur actuel des temples ne gardent que peu de souvenirs de ce temps. "Il n'existe pas d'art pharaonique sans couleur".

Deux couleurs dominent l'Art égyptien, le bleu et le vert égyptiens.

En plus de la poudre de lapis-lazuli qui donne un bleu profond, les Egyptiens se servaient d'un colorant bleu dont le secret de fabrication était transmis de bouche à oreille, le bleu égyptien.

Ce colorant correspond à la cuisson dans des fours de potier, pendant plusieurs heures, de mélanges de silice, de produits calcaires, de cuivre et d'un fondant, à l'époque le natron (sesquicarbonate de sodium naturel). C'est sans doute le premier colorant synthétique fabriqué par l'homme, il y a environ 4500 ans. Il s'agit d'un silicate double de calcium et de cuivre. En fonction du chauffage l'intensité des bleus est variable, s'étendant du bleu pâle au bleu le plus sombre. Le pigment est ensuite broyé et était étendu sur les sarcophages ou les murs. L'intensité du broyage va aboutir à des tons différents de bleus, et les artistes égyptiens l'ont bien compris et utilisé. Ils ont parfois joué avec les différentes tailles des particules de broyage, pour donner des aspects différents.

Le bleu est le souffle divin et décore donc la coiffure de ceux qui sont partis dans l'Eternité. Ces décorations sont fréquentes dans les tombes et sont encore aujourd'hui toujours éclatantes et coruscantes.

Le prince Amon-Her-Khopechef
Le prince Amon-Her-Khopechef

 

Aux pigments déjà évoqués, ils ajoutaient le vert de la malachite (carbonate naturel de cuivre) qui est une pierre d'un beau vert diapré. La couleur verte est associée à la végétation, à la vie qui renaît, et donc à la renaissance. Un visage peint en vert annonce la résurrection. La seule couleur verte des amulettes suffit à protéger celui qui la porte.

Le vert égyptien était fabriqué comme le bleu égyptien, mais en changeant les proportions des composants, avec un appauvrissement en cuivre et un enrichissement en sodium. Le pigment obtenu est un mélange de restes cristallisés siliceux (quartz, tridymite ou cristobalite), de parawollastonite et d'une phase amorphe majoritaire qui confère la couleur au pigment.


La déesse Mout
coiffée de la double couronne

 

La Grèce

L'aurige de Delphes
L'aurige de Delphes

Les 15537 vers de l'Illiade racontent comment la belle Hélène, quittant Mycènes pour Troie, avait reçu de sa mère "un voile à bordure d'acanthe de couleur de safran". Plus tard, Enée, arrivant à Carthage, offrit à la reine Didon ce voile, sauvé des ruines de Troie.

Nous pourrons évoquer les yeux pers de la déesse Athéna, qui protège Ulysse. Celui-ci sera charmé, dès son arrivée à Ithaque, par Nausicaa aux bras blancs , fille d'Alkinoos:

"Après vingt jours, je n'ai pu que hier échapper à la mer couleur de lie de vin.../...Enfin, lorqu'il se fut baigné le corps entier et frotté d'huile fine, il revêtit les habits que lui avait donnés cette vierge sans maître. A ce moment Athéna, née de Zeus, lui donna de paraître et plus grand et plus fort, et fit tomber de sa tête des boucles de cheveux aux reflets de jacinthe".

Empédocle d'Agrigente (490-435 av JC) fut le premier philosophe grec à écrire des textes sur la couleur. Pour ce philosophe poète et médecin, tout était en relation avec les quatre éléments fondamentaux, le feu, l'eau, l'air et la terre. La grande inconnue d'époque était de savoir si la vision était un phénomène actif, les yeux lançant des rayons de vision, ou bien si c'était un phénomène plus passif, les yeux recevant des images du monde extérieur. Il essaya d'adopter les deux théories simultanément, considérant l'oeil comme un récepteur mais aussi comme une lanterne qui diffuserait des ondes.

En rapport avec les quatres éléments, il décrivait quatre couleurs fondamentales, le noir, le blanc, le rouge et le vert.

Platon plus tard adhéra à l'idée d'Empédocle. Pour lui la lumière était métaphysique. Il appelait le soleil "le fils de Dieu" et il considérait les yeux comme alliés du soleil.

Rome

Cette époque est dominée par l'utilisation du coquillage murex et purpura pour obtenir la couleur pourpre très recherchée par les romains. C'est le dérivé dibromé en position 6 et 6' de l'indigo. Il faut 12000 murex pour extraire 1,4 g de colorant. La ville de Tyr, en Phénicie, était célèbre pour sa pourpre :"La pourpre tyrienne deux fois teinte, d'un éclat merveilleux" (Fénelon).

Pline (1er siècle) nous en parle dans son « Histoire Naturelle ». Cette couleur est si précieuse qu'elle est déclarée "Color Officialis" et qu'elle correspond alors au pouvoir. L'empereur Néron ordonne la peine de mort et la confiscation des biens pour celui qui porterait ou même achèterait de la pourpre impériale. Des héritiers de l'empire porteront le surnom de porphyrogénète (né dans la pourpre). La chute de Byzance en 1453 marque de manière symbolique la fin du Moyen-Age et la fin de la pourpre.

La "Domus Aurea" (la maison dorée) fut construite par l'Empereur Néron après l'incendie de Rome en 64, à la place de la Domus Transitoria . Cette immense demeure romaine regroupait de nombreuses salles aux peintures superbement colorées :

Domus aurea
Triptolème est confié à Déméter
Domus Aurea    Voûte d'or de la chambre 21

Pompéi, ensevelie par le Vésuve le 24 aôut 79, est aussi célèbre par la couleur rouge des murs de ses demeures. Ce rouge pompéien donne un aspect très attrayant à ces habitations. Ce rouge sang provient du cinabre (sulfure de mercure) qu'on a réduit en poudre qui donnera le rouge vermillon. Ce cinabre vient de la mine d'Almaden en Espagne (province de Ciudad Real). Il coûtait alors très cher et n'était utilisé que dans les demeures de grande classe.

Böcklin évoque ces peintures en disant: "Considérés à l'époque comme des artisans, les peintres de Pompéi furent pourtant de plus grands peintres que ceux du quinzième et du seizième siècle. L'on ne peut qu'admirer la légèreté et la beauté de leurs oeuvres, des compositions au sein desquelles chaque élément rentre en résonance avec les autres; et l'on ne peut que s'étonner de leur connaissance approfondie des moyens picturaux...".

Pompéi La villa des mystères
Pompéi La villa des mystères

On oppose à la couleur pourpre de l'Empire romain (color officialis), la couleur barbare (caeruleus color) des barbares. Ce bleu foncé était tiré du guède, une plante (isatis tinctoria), dont les Bretons et les Celtes se peignaient le corps pour apparaître redoutables au combat, telles des "armées de spectres" (Tacite). Ce guède est le pastel qui fera prospérer des siècles plus tard, la région de Toulouse (France).

Cette couleur bleue était déconsidérée pendant toute la période romaine et il faut attendre la fin du XIIème siècle pour la voir adopter par les puissants. Les mots évoquant le bleu sont principalement d'origine arabe et non latine ou grecque, par exemple azur vient de l'arabe lâzaward.

Guerrier écossais utilisant le guède bleu
Guerrier écossais utilisant le guède bleu

Le Moyen Age

Les peintres qui brillaient du Moyen-Age au XVIIème siècle n'utilisaient que des pigments naturels pour leurs tableaux, et peu de ces couleurs tenaient à la lumière. La plupart des couleurs qu'on trouve dans la nature ne supportent pas la lumière et fanent. Certaines purent tout de même être utilisées. C'est ainsi qu'on a vu apparaître de magnifiques icônes qu'on peut admirer dans tout le monde orthodoxe.

La basilique Saint-Marc (Venise Italie)
La basilique Saint-Marc (Venise Italie)


Il faut pénétrer dans la basilique Saint-Marc à Venise pour percevoir l'éblouissement procuré par les mosaïques des coupoles. L'or des murs se projette sur les visiteurs. De nombreuses icônes décorent l'intérieur, souvent amenées de Constantinople avec le butin de la IVème croisade (1204).

Cette époque de la chevalerie avait découvert l'azur et l'or qui fut associé aux couleurs chrétiennes. Ces couleurs correspondent alors au commandement et la dignité d'un rang élevé de celui qui les porte. Ainsi la couleur bleue est réhabilitée et va représenter le royaume de Dieu. Ce sera l'heure de gloire du pastel.

Le pastel bleu est une coloration issue d'une plante (isatis tinctoria) qui a fait la fortune de bien des personnes. La région de Toulouse était très célèbre pour cette production (Lauragais & Albigeois), et bien des hôtels particuliers de la ville doivent leur existence au pastel. Mais le cycle de préparation du pastel est très long, plus de deux ans environ et sa préparation est complexe. Les feuilles ne contiennent qu'un précurseur du colorant

Gaston Phébus, Comte de Foix
Gaston Phébus, Comte de Foix


C'est au fond d'une prison de Gênes que nous trouvons le vénitien Marco Polo, en 1298, qui va raconter ses extraordinaires aventures aux confins du monde connu. Il constitua ainsi un célèbre ouvrage qui s'appelle le livre des Merveilles. Il en reste une centaine de manuscrits dans toutes les langues romanes.

Marco Polo, y raconte que le colorant appelé Indigo qu'on recevait d'Inde sous forme de blocs bleus et qu'on a longtemps cru issu d'un ément minéral, provient d'une plante.

 

Le livre des merveilles
Le livre des merveilles
Marco Polo 1271


Il raconte ce qu'était l'île d'Ormuz où "les marchands y viennent de l'Inde avec leurs nefs, y apportent épiceries de toutes sortes, pierres précieuses, perles et draps de soie et d'or et d'autres différentes couleurs, dents d'éléphants et maintes autres marchandises (chapitre XXXV)".

Cet indigo sera utilisé pour teindre les tissus d'un bleu profond.L'utilisation de l'indigotier (Indigofera tinctoria), beaucoup moins cher que le pastel, va signer l'arrêt de mort de cette industrie européenne et va supplanter facilement le pastel qui disparaitra en 1562.

On connait depuis longtemps un colorant rouge issu de la racine de la garance, qui est une plante herbacée (rubia tinctoum) des régions chaudes et tempérées. On s'en sert pour l'armée à partir de 1835 "Les pantalons garance de l'ancienne infanterie de ligne." La garance contient un colorant assez résistant dérivé de l'anthraquinone, l'alizarine. Il fallait récolter les racines, les broyer et les bluter pour en extraire le colorant, on disait que la garance était robée.

On utilisait aussi le kermès qui est un insecte situé sur les chênes qui donne le rouge écarlate. Le carmin issu des cochenilles du nopal, la sépia produite par la sèche et le jaune indien tiré de l'urine de vaches nourries avec des feuilles de manguier faisaient partie de la palette utilisable.

Le jaune provenait de plantes comme le genêt, la gaude ou la sarrette des teinturiers. Cette couleur est celle de l'opprobre et est imposée aux juifs et aux sarrasins par les autorités ecclésiastiques.

Le Nouveau Continent découvert par Christophe Colomb recèle de nombreuses couleurs inconnues comme le bois de campêche (noir-violet), le mûrier ou le rocou (orangé-rouge). La cochenille va détrôner le kermès.

La peinture, dans les siècles, suivait certaines règles. Comme l'écrivait Du Fresnoy en 1673 dans son livre "Art de peinture", il faut distinguer la couleur qui consiste à appliquer des teintes comme le font les teinturiers et le coloris qui est l'intelligence des couleurs. "Les peintres qui ne sont pas coloristes font de l'enluminure et non de la peinture" écrivait Delacroix.


Léonard de Vinci racontait ainsi ce qu'était pour lui la peinture:

Contrairement au sculpteur "enfariné de poudre de marbre, semblable à un boulanger", le peintre est assis "très à l'aise devant son oeuvre, [...] bien vêtu, agitant un pinceau léger avec des couleurs agréables, et il est paré de vêtements à son goût [...] et souvent, il se fait accompagner par la musique ou la lecture d'oeuvres belles et variées...".

Dans son tableau Sainte Anne et la Vierge, on perçoit bien la couleur bleue des parties obscures des montagnes "montrant leur vraie forme et couleur" à mesure qu'elles s'élèvent.

Le peintre s'intéresse beaucoup à la perception des couleurs, dans son livre inachevé Sulla pittura, qui explore la réalité des ombres et des lumières.


Sainte Anne et la Vierge (1452-1519)
Léonard de Vinci

 

Titien, à Venise, selon la belle formule de Hetzer "a remis la couleur sur les épaules de l'Art" et a inséré la pourpre vénitienne dans la fuite éperdue des perspectives.

Le "fondateur des coloris européens" utilise dans sa peinture des éléments provenant de son Maître, Giovanni Bellini, comme les couchants orangés de l'horizon, représentant le dernier souvenir de l'or des mosaïques de Saint Marc.

Il n'oubliera pas non plus le disciple hérétique de Bellini, Giorgione qui donnait l'exemple scandaleux de la pose de couleurs sur la toile sans dessin préalable !! Ce procédé était réprouvé par le chroniqueur de l'époque, Vasari, au nom du disegno et de l'étude de l'antique, mais il reconnaissait que le peintre reproduisait "la fraîcheur de la chair vivante".

Titien Portrait du Doge Andrea Gritti 1544-1545
Titien Portrait du Doge Andrea Gritti 1544-1545


Rubens s'est constitué sa gamme de coloriste en copiant les maîtres italiens. Après avoir rompu ses activités de diplomate de l'Infante (pour "rompre les liens dorés de l'ambition") il se consacra entièrement à sa peinture.

Nous ne ferons qu'évoquer Vermeer dont la démarche excella dans l'analyse de la lumière colorée. "Pure contemplation, elle va au delà de toute description du réel dans une quête d'un principe divin, essence de la natura naturans de Spinoza".

Delacroix fut un grand expérimentateur de couleurs et dans son atelier il passait beaucoup de temps à "masser avec la couleur, comme le sculpteur avec la terre, le marbre ou la pierre". Sa réalisation du plafond d'Apollon comptait 28 couleurs primaires, dont huit jaunes différents. Il note dans son journal des nuances qu'il est le seul à pouvoir traduire en peinture : demi-teinte gris opale irisée, orange et vert émeraude, vert rose chaud, reflets orangés verdâtres violâtres.

L'arrivée des colorants artificiels

En 1856, un jeune chimiste, William Henry Perkin (1838-1907) essaya de synthétiser la quinine pour combattre le paludisme qui touchait les troupes anglaises stationnées en Inde. Ces essais l'amenèrent à oxyder un dérivé de l'aniline, l'allyltoluidine. Il obtint un précipité rouge-brun qui n'avait rien à voir avec la quinine mais qui éveilla la curiosité du chimiste.

ll venait de découvrir un colorant de bonne qualité pour les textiles, qu'il appela pourpre d'aniline, ou mauvéine. Ce fut la gloire et la richesse pour Perkin. Il venait d'inventer le premier colorant synthétique utilisable par l'industrie.

La reine Victoria porta une robe de soie mauve lors de la Royal Exhibition de 1862, et un timbre fut édité (le lilac penny), dans les mêmes tons. Ce fut la consécration pour le chimiste. L'impératrice Eugénie mit cette couleur à la mode car le mauve s'accordait bien à la couleur de ses yeux. Cela devint en France la couleur favorite de cette époque Napoléon III.

William Perkin invente la mauvéine
William Perkin, qui inventa la mauvéine en 1856


L'Allemagne pris le relais et développa une très importante industrie de chimie organique et synthétisa différents colorants. La France ne croyait pas dans le développement de cette chimie, ce qui entraîna un retard majeur. Berthelot ne croyait pas aux atomes, ce qui fut catastrophique pour l'industrie française.

Les chimistes allemands (société BASF) réussirent ainsi à synthétiser l'alizarine (de la garance) et inondèrent le marché avec ce produit de synthèse. Le gouvernement français soutint les producteurs de garance, mais il dut se rendre compte assez vite de la grande supériorité du produit de synthèse, beaucoup moins cher. En 1878 ils produisaient 500 tonnes de garance, alors que le produit de synthèse correspondait à 30.000 tonnes.

Ce sont toujours les chimistes allemands qui réussirent à synthétiser l'indigo, ce qui ruina toutes la filière de l'indigo naturel. La société BASF refit avec les anglais ce qui était arrivé aux français avec la garance. L'indigo de synthèse envahit le marché, malgré les efforts du gouvernement anglais pour privilégier l'utilisation de l'indigo naturel. Il est impossible de lutter contre le progrès. En 1897 l'Angleterre commercialisait 10.000 tonnes d'indigo naturel et l'Allemagne 600 tonnes d'indigo de synthèse. En 1911 les chiffres devinrent 870 et 22.000. Le colorant de synthèse avait vaincu. Actuellement la toujours présente société BASF détient 40% de la production mondiale.

En 1864, Eugène Chevreul publia Des couleurs et de leurs applications aux arts industriels, livre dans lequel il répertoria 14400 tonalités chromatiques des colorants naturels ou artificiels (aniline, mauvéine, alizarine, fuchsine, méthylène).

Un jeune allemand étudiant en médecine, Paul Ehrlich, trouva un peu par hasard de nouveaux médicaments en étudiant les colorants de bactéries. Il remarqua que certains étaient spécifiques et développa un colorant bactéricide appelé Salvarsan qui fut utilisé pour traiter la syphilis. Il était efficace, mais sa structure moléculaire était très différente de ce que pensait Ehrlich. Peu importe. L'étude des colorants ayant une forte affinité pour les protéines et susceptibles de détruire les germes, aboutit à la découverte des sulfamides, qui furent des médicaments majeurs pour la lutte contre les infections.

Au XIXème siècle les impressionnistes profitent des pigments de synthèse. Les prix diminuent beaucoup puisque le bleu outre-mer coûte dix fois moins cher que le lapis-lazuli.

Les impressionnistes apprécient souvent ces pigments nouveaux issus de la chimie moderne, qui donnent des couleurs éclatantes.

Altération des couleurs

Dans l'art pictural on note souvent une dégradation sévère des pigments à cause de phénomènes physico-chimiques multiples. Les ultra-violets de la lumière, l'oxygène de l'air et l'humidité du support délavent souvent les teintes et dégradent les oeuvres d'art.

L'humidité est responsable par exemple, de l'altération de la Dernière Cène de Leonardo da Vinci. Pour peindre vite, le Tintoret à Venise, utilisa une matière qui contenait un pourcentage trop élevé de baume de Venise Il pouvait ainsi utiliser une peinture de bonne fluidité, mais cela entraîna un obscurcissement progressif, avec le temps, de certaines parties des tableaux.

Il y a tout de même quelques supports qui sont considérés comme quasiment insensibles au temps qui passe, les oeuvres exécutés sur des supports vitreux, comme les vitraux, les émaux ou les mosaïques. On peut citer aussi les peintures dans des matières mates non vernies, comme dans les tombeaux égyptiens, les enluminures des livres restés fermés, ainsi que les pastels, gouaches ou aquarelles restées à l'abri de la lumière.

Les matières à l'origine des changements de couleurs des tableaux sont surtout les vernis, les huiles siccatives et les baumes. Les vernis deviennent jaunâtres et modifient l'aspect général du tableau.

Rubens connaissait ces problèmes. Au moment d'expédier à Florence Les Maux de Guerre à son collègue Suttermans, il lui recommande "d'exposer le tableau au soleil et de l'y laisser avec des intervalles" car "les blancs pourraient jaunir légèrement".



Original de Gauguin

Copie d'un élève


Dans l'exemple ci-dessus on voit un fragment du tableau de Paul Gauguin "Dans les lys" qui a été peint avec une peinture à base d'un nouveau colorant de mauvaise stabilité, une laque à base d'éosine, alors que son élève dans la copie de dessous a utilisé un colorant traditionnel comme la laque de garance résistant à la lumière. On pense que l'élève n'aurait jamais osé modifier les teintes du tableau original, ce qui veut dire que la couleur rosée originale s'est transformée en bleu. Les examens physico-chimiques confirment cette hypothèse.

Certains tableaux de Van Gogh présentent le même problème, ce qui fait dire à Paolo Cadorin, spécialiste de la restauration de tableaux "Devrions-nous mettre des lunettes roses pour regarder ces tableaux ?"

Des nos jours

 

Aki du film Final Fantasy
Aki (image de synthèse)
Film Final Fantasy

Bondir de Gauguin à Aki demande une certaine inconscience. Les images de synthèse représentent de nos jours notre quotidien et sont omniprésentes dans notre société.

Les peintres utilisent la synthèse soustractive des couleurs pour mélanger les pigments et obtenir des couleurs variées. Les ordinateurs au contraire utilisent la synthèse additive des couleurs, chaque point pouvant être codé en fonction des trois couleurs Rouge Vert et Bleu. C'est grâce à cette possibilité que nous pouvons transmettre des informations sur le net. Mais les couleurs sont fonctions de nombreux paramètres (paramétrage de l'écran, courbe gamma, sélection du point blanc...).

Il est probable que personne ne voit les documents avec les mêmes couleurs que le voisin...

Que seront devenues ces images virtuelles dans quelques siècles ? C'est là un problème crucial qui se pose tous les jours aux bibliothèques chargées d'enregistrer les millions de documents qu'on leur soumet, comme la Bibliothèque Nationale de France.

 

Nous espérons que l'utilisation d'internet incitera les lecteurs à se déplacer pour aller vérifier ce que sont les "vraies couleurs", que ce soit au Louvre, à Venise ou à New-York.

" Il me semble que cette couleur pense par elle-même,
indépendamment des objets qu'elle habille "

Baudelaire, poète

Courte bibliographie

Brusatin M. Histoire des couleurs. Champs Flammarion 1986 ISBN 2-08-081626-8

Cahiers du léopard d'or 4. La couleur Regards croisés sur la couleur du Moyen-Age au XXème siècle. 1994 ISBN 2-86377-125-6

Goethe Traité des couleurs. Triades Paris 1980 ISBN 2-85248-215-0

Conrad André Beerli Poétique & Société des couleurs. Essai sur la vie des couleurs entre elles et dans l'Histoire Georg Editeurs 1993 ISBN 2-8257-0473-3

Crone Robert A. A history of Color. Kluwer Academic Publishers 1999 ISBN 0-7923-5539-3

Garfield Simon Mauve: How One Man Invented A Colour That Changed The World Faber & Faber 2000.

Leid J. Lanthony P., Roth A., Vola J., Rigaudière F., Viénot F, Malbrel C., Saule--Sorbe H., Les dyschromatopsies BSOF 2001 ISBN 2-85735-097-X

Des sites web intéressants

Virtual Colour Museum Un excellent site en français, anglais et allemand. A voir absolument.

L'aventure de Perkin (en anglais, très bien fait)

Contribution au Traité des Couleurs de J.W. von Goethe (explorer le chapitre des liens)

Un cd-rom

Le secret des couleurs Collection Science pour tous. Chimagora 1997

Histoire des verres de contact


Histoire des verres de contact


De la neutralisation cornéenne aux verres de contact

 

Ce chapitre correspond à la thèse en Sciences Historiques et Philologiques pour le Doctorat de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, soutenue par le Docteur Robert Heitz le samedi 13 janvier 2001, au Val de Grâce (Paris).

L'ouvrage est publié (juillet 2003) en version anglaise par M. Jean Paul Wayenborgh.

Les trois tomes nous font revivre les avancées des connaissances, les erreurs et les errances des ophtalmologistes, des opticiens, des savants qui ont essayé de corriger les anomalies de l'oeil par différents systèmes optiques. On verra les progrès de ces hommes au fil des siècles.

Nous ne pouvons qu'encourager le lecteur à se plonger dans ce travail de grande qualité qui a demandé 30 années de collecte de documents et de témoignages, suivies par quatre années de vérifications et de rédaction, et qui a permis de revenir aux sources pour éviter les erreurs classiques.

Ainsi il a fallu traduire les textes de Léonard de Vinci écrits sans point ni virgule en langue toscane, étudier les documents de l'Académie des Sciences et de Médecine, reprendre les descriptions allemandes des personnages de l'époque, comprendre les mentalités et les animosités et aboutir enfin sur une Réalité souvent bien différente de ce qu'on lit dans la plupart des ouvrages.

Résumé de la thèse de doctorat en sciences historiques et philologiques présentée par Robert Fernand HEITZ

à l'Ecolde Pratique des Hautes Etudes

sous la direction de Madame le Professeur Danielle Gourevitc

 

De la neutralisation cornéene aux verres de contact

Etude historique des principes et des application des systèmes de contact oculaire

dans le contexte des connaissances du XVIe siècle à la première moitié du XXe

Docteur Robert Heitz

Le jury composé de

  • Mme Danielle Gourevitch directeur de thèse (EPHE, Paris),
  • M.Bernard Arnaud, (Montpellier) président du jury,
  • Mme Armelle Debu (Paris),
  • M. Alain Bron (Dijon),
  • M. Joseph Colin (Bordeaux)

l'a déclaré digne de l'obtention du diplôme de docteur de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, sciences historiques et philologiques, mention Très Honorable avec félicitations à l'unanimité du jury.


La cornée, le hublot transparent de l'oeil, possède un fort pouvoir réfractif, quarante-cinq dioptries environ. En mettant la cornée en contact étroit avec un milieu transparent, cette réfraction, liée à sa courbure, est neutralisée et est reportée à l'interface entre ce milieu et l'air. La neutralisation cornéenne est à la base du principe des verres de contact, fondée sur deux groupes de critères :

1/ Ceux liés à la neutralisation de l'effet dioptrique de la face antérieure de la cornée par un milieu transparent, souvent un liquide. Ce milieu doit être maintenu intimement contre la cornée, être compatible avec les tissus cornéens, permettre la neutralisation de la puissance dioptrique de la face antérieure de la cornée et ne pas constituer un obstacle à la transmission de la lumière.

2/ Ceux liés à l'élément réfractif mis en place contre l'oeil et sous les paupières. Cet élément, de qualité optique, doit être adapté, stable, compatible et respectueux de l'intégrité des tissus.

L'histoire de la neutralisation cornéenne et des verres de contact est inséparable de l'histoire des sciences médicales et physiques, en particulier de l'anatomie et de la physiologie cornéenne et lacrymale, des procédures de mesure des coordonnées oculaires, de l'optique générale et ophtalmique et des techniques de travail du verre.

 

PREMIÈRE PARTIE Des spéculations et des hypothèses

Chapitre I Les immersions oculaires de Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

Certains auteurs ont reconnu des modèles de neutralisation cornéenne dans quelques croquis et textes de Léonard de Vinci.

Il s'agit d'immersions faciales ou même oculaires dans des coupes remplies d'eau aux feuillets 3 verso et 7 verso du Manuscrit D. Plus rarement on cite la coupe du feuillet 118 verso du Manuscrit K et celle du feuillet 218 recto du Codex atlanticus. Il est permis de mettre en doute la réalité de ces attributions dans ces documents de la fin du XVe siècle et du début du XVIe. Il est surtout très improbable que Léonard de Vinci ait été conscient d'utiliser une neutralisation, même s'il avait employé des immersions faciales ou oculaires dans ses descriptions théoriques et spéculatives, pour la représentation d'un oeil schématique, les démonstrations de l'effet des miroirs sphériques, et l'explication de la perception du champ visuel périphérique.

 

Fig. 1 - Léonard de Vinci, (extrait du folio 3 verso du Manuscrit D).

Ce croquis illustre le texte adjacent, où Léonard de Vinci propose la construction d'un oeil artificiel en vue d'une expérience destinée à expliquer un hypothétique redressement des images par un double croisement à l'intérieur de l'oeil. Il est erroné de voir dans les croquis de Léonard de Vinci l'illustration du principe des verres de contact.

Chapitre II Le tube de contact de René Descartes

Un passage du chapitre de La Dioptrique, essai annexé au Discours de la Méthode de René Descartes, est souvent interprété comme une description du principe de contact. Il ne s'agit toutefois que de spéculations, mal fondées, inapplicables et erronées du point de vue optique, par lesquelles Descartes cherche à illustrer, par un " raisonnement cartésien ", la démonstration de l'effet optique du télescope. Même si son hypothèse envisage le contact avec la cornée d'un liquide maintenu par une structure spécifique, la neutralisation cornéenne n'est pas le but recherché et la structure tubulaire décrite ne présente aucune caractéristique d'un verre de contact.

 

Chapitre III Le cône de contact de Christian Huygens

Christian Huygens a montré, en 1653 dans le Traité de la réfraction et des télescopes, l'inanité de la démonstration de Descartes. A son tour il place, dans son postulat, un cône de verre directement contre l'oeil en "adaptant" sa courbure à celle de l'oeil. Cette démarche qui n'implique ni un contact, ni une neutralisation cornéenne, évite à l'auteur de tenir compte de la réfraction entre les surfaces de l'oeil et du verre et facilite ainsi sa démonstration de la marche des rayons dans un cône télescopique.

 

Chapitre IV Le contact oculaire de Philippe de La Hire

Dans son Traité des différens accidens de la vuë, publié en 1694, Philippe de La Hire a utilisé le même procédé de raisonnement pour appuyer ses théories, fantaisistes et inexactes, de l'efficacité et de l'inefficacité des verres de bésicles pour la correction de certains types de myopie. Pour simplifier son raisonnement, il place également les verres directement contre la cornée et admet la similitude des indices de réfraction du verre et des milieux oculaires. Ses publications ultérieures prouvent qu'à cette époque il n'avait pas songé à la neutralisation du dioptre cornéen et qu'il n'avait jamais eu l'intention de réaliser ces expériences.

 

Conclusion de la première partie

Les spéculations et les hypothèses des XVIe et XVIIe siècles correspondent à la confrontation des théories antiques de la vision avec les prémices d'une explication rationnelle des phénomènes d'optique catoptrique et réfractive rapportés à l'oeil humain. Même si l'on peut reconnaître dans certains textes et figures de cette époque des allusions à la neutralisation ou au contact de la cornée, ce ne sont que le fruit de spéculations, d'hypothèses ou d'extrapolations erronées. Aucun argument ne prouve que leurs auteurs en auraient été conscients ou auraient envisagé leur utilisation en vue d'investigations, ou encore moins de corrections des anomalies de la réfraction.

 

SECONDE PARTIE L'approche scientifique de la neutralisation cornéenne

Chapitre V La neutralisation du dioptre cornéen d'un oeil vivant par Jean Méry

Le 12 novembre 1701, Jean Méry rapporta à l'Académie royale des sciences, qu'en plongeant dans l'eau la tête d'un chat qu'il s'apprêtait à noyer, il avait neutralisé les irrégularités cornéennes et aperçu des éléments du fond de l'oeil de cet animal. Après avoir répété l'expérience du chat immergé, Philippe de La Hire compléta, le 20 mars 1709, l'interprétation de Méry en expliquant le mécanisme optique de la visualisation du fond de l'oeil à travers l'eau.

Jean Méry
Fig. 2 - Jean Méry, (extrait du registre des procès-verbaux des séances de l'Académie royale des sciences pour l'année 1704)
En 1704, le médecin Jean Méry décrit l'expérience par laquelle il avait observé, grâce à la neutralisation du dioptre cornéen, l'image du fond de l'œil d'un chat qu'il s'apprêtait à noyer. L'explication du phénomène sera donnée en 1709 par le physicien Philippe de La Hire. (Document des Archives de l'Académie des sciences, Paris).

 

 

Chapitre VI La cuve de neutralisation cornéenne de François-Pourfour du Petit

Le 12 juin 1728, l'académicien François-Pourfour du Petit, rapporta à l'Académie royale des sciences, qu'en plongeant des yeux de cadavres humains et animaux dans une cuve à parois de verre, remplie d'eau, il avait sciemment neutralisé l'effet de leur dioptre cornéen. Cette expérience a permis à Petit la première description exacte de la structure et de la topographie du segment antérieur de l'oeil, en particulier de l'iris, dont il déduisit par la suite la procédure la plus efficace de l'opération de la cataracte.

 

Chapitre VII L'immersion cornéenne de Thomas Young


Thomas Young

Le 27 novembre 1800, Thomas Young a exposé à la Royal Society of London, une expérience sur le pouvoir d'accommodation du cristallin, au cours de laquelle il avait neutralisé le dioptre cornéen de son oeil en l'immergeant partiellement dans l'eau contenue dans une cuve improvisée. Il illustre son exposé par un croquis, où l'oeil pénètre par le haut dans la cuve tenue à l'horizontale. Ceci contredit les représentations courantes où, pour évoquer un verre de contact, les auteurs ont figuré le dispositif à la verticale en avant de l'oeil.

 

Fig. 3 - Thomas Young, (figure 13 de la planche III, Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 1801)

En 1800, le médecin Thomas Young rapporte à la Royal Society of London son expérience de la neutralisation du dioptre cornéen par l'immersion de son propre œil dans un liquide et le remplacement du dioptre neutralisé par celui d'une lentille insérée à la face inférieure de la cuve improvisée à partir d'un oculaire de microscope.

 

Chapitre VIII Les fac-similés cornéens de John Frederick William Herschel

Le 12 décembre 1827, John Frederick William Herschel acheva la rédaction d'un article pour l'Encyclopaedia metropolitana, où il propose, sans songer à les appliquer, plusieurs moyens pour corriger l'astigmatisme cornéen irrégulier. Par analogie à George Airy qui avait corrigé son astigmatisme régulier par un verre sphéro-cylindrique de bésicles, il propose la correction de l'astigmatisme irrégulier par une lentille dont la face tournée vers l'oeil serait une intaille de la surface cornéenne. En alternative, il évoque de combler l'espace entre un verre sphérique de bésicles et la cornée irrégulière par une gelée transparente ou de façonner une des faces de ce verre en fac-similé à partir d'un moulage cornéen.

 

Conclusion de la seconde partie

Au cours du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe, les travaux de l'Académie royale des sciences, puis de la Royal Society of London ont permis aux milieux scientifiques de prendre conscience que la neutralisation du dioptre cornéen était réalisable même sur l'oeil humain vivant, qu'elle constituait une procédure d'investigation valable des milieux oculaires et qu'elle pouvait servir, avec quelques réserves, aux expériences d'optique physiologique.

 

TROISIÈME PARTIE Les premières applications diagnostiques et thérapeutiques

Chapitre IX L'époque des orthoscopes

La neutralisation cornéenne par une cuve à parois de verre remplie d'eau, appuyée contre l'orbite, fut utilisée, en 1851 par Johann Nepomuk Czermak, pour ses études d'anatomie topographique de l'oeil vivant, sous forme d'un instrument qu'il dénomma orthoscope. La même année, cet appareil fut perfectionné et adapté à l'examen clinique par Hasner, Arlt et Coccius. Ce dernier décrivit en 1852, la neutralisation de la cornée en vue de l'examen rétinien par une goutte d'eau maintenue sous une lame de verre.

Johann Nepomuk Czermak
Fig. 4 - Johann Nepumuk Czermak (figure 7 de la planche hors texte, Vierteljahreschrift für praktische Heilkunde, 1851)
En 1851, le physiologiste Johann Nepomuk Czermak de Prague, neutralise le dioptre cornéen par une cuve à parois transparentes, dénommée orthoscope, pour l'étude physiologique et anatomique d'yeux vivants. Dès cette période, l'orthoscope fut utilisé pour l'examen d'yeux malades.

 

La découverte de l'anesthésie locale oculaire, par Carl Koller en 1884, autorisa par la suite le contact direct temporaire avec l'oeil d'un liquide ou d'un solide, sans provoquer de douleur ou de réaction de défense.

 

Chapitre X La " lunette de contact " d'Adolf Eugen Fick

En septembre 1887, A.E.Fick soumit à la rédaction des Archiv für Augenheilkunde un travail décrivant l'utilisation sur des yeux à cornée pathologique d'une coque de verre, qu'il dénomma, lunette de contact, effectuant la neutralisation du dioptre cornéen et son remplacement par un liquide maintenu par un verre de qualité optique placé sous les paupières. Après des études préliminaires sur des yeux de lapin, Fick porta lui-même une telle coque scléro-cornéenne avant d'en adapter à six patients.

Adolf Eugen Fick
Fig. 5 - Adolf Eugen Fick, (Archiv für Augenheilkunde, 1888)
En 1888 l'ophtalmologiste Adolf Eugen Fick, professeur d'ophtalmologie à Zurich, décrit l'emploi de coques scléro-cornéennes placées sous les paupières pour la correction des irrégularités cornéennes de six de ses patients

 

 

Chapitre XI Le traitement optique du kératocône par Eugène Kalt

Le 20 mars 1888, Photinos Panas présenta à l'Académie de médecine de Paris la première utilisation par son assistant Eugène Kalt d'une coque de contact sur l'oeil d'une patiente atteinte de kératocône. Plusieurs témoignages éclairent le contexte de cet essai, puis de ceux, ultérieurs, avec des verres de contact taillés, dont certains d'un diamètre cornéen.

Photinos Panas
Fig. 6 - Eugène Kalt, présentation par Photonos Panas (Bulletin de l'Académie de médecine, 1888)
En 1888, le professeur d'ophtalmologie à l'Hôtel Dieu de Paris Photinos Panas présente à l'Académie de médecine le travail de son chef de service, Eugène Kalt, qui a amélioré la vue d'une patiente atteinte de kératocône en lui posant un verre de contact

 

 

Chapitre XII les " lentilles cornéennes " d'August Müller

Dans sa thèse de doctorat en médecine, soutenue le 28 février 1889 à la Faculté de médecine de Kiel, August Müller décrivit la correction de sa propre forte myopie avec des verres de contact taillés. Le recoupement de la thèse avec les verres utilisés, conservés au musée de Munich, confirment l'originalité de la démarche scientifique de cet auteur et des améliorations techniques qu'il avait envisagées.

August Müller
Fig. 7 - August Müller, (thèse de doctorat de médecine à l'Université de Kiel, 1889)
L'étudiant en médecine August Müller soutient en 1889 une thèse de médecine dans laquelle il décrit la correction de sa propre forte myopie par des verres de contact taillés.

 

 

Chapitre XIII Les lendemains de l'invention

Au lendemain de leur invention et malgré les améliorations apportées par David Sulzer de Paris et Henri Dor de Lyon, il s'avéra que les verres de contact n'étaient pas d'utilisation aisée. Soufflés ou taillés, leur poids et leur taille ne permettaient pas le confort compatible avec l'usage prévu d'une correction prolongée des irrégularités cornéennes.

 

Chapitre XIV L'époque des hydrodiascopes

L'idée de la neutralisation de la cornée par un liquide maintenu dans une structure inspirée de l'orthoscope, donc placée contre le plan cutané et à distance de l'oeil, fut reprise en 1896, par Lohnstein de Berlin et par Siegrist de Berne, pour la correction du kératocône, sous la forme de l'hydrodiascope muni de lentilles correctrices. Ces " lunettes à eau " pouvaient être maintenues plusieurs heures et procuraient une correction optique passagère des kératocônes. La commercialisation des hydrodiascopes se poursuivit jusqu'en 1910.

hydrodiascope
Fig. 8 - L'hydrodiascope de Lohnstein amélioré par Siegrist
En 1896, le médecin berlinois Lohnstein corrige son propre kératocône par une " cuve à eau " qu'il dénomme hydrodiascope. L'appareil, perfectionné entre autre par le professeur d'ophtalmologie Siegrist de Berne, restera en usage jusqu'en 1910

 

Conclusion de la troisième partie

La seconde moitié du XIXe siècle et la première décennie du XXe furent marquées par les applications diagnostiques, cliniques et optiques de la neutralisation cornéenne sous forme de lunettes à eau, d'orthoscopes et d'hydrodiascopes. L'anesthésie locale a permis les premières applications des verres de contact. Il s'agissait toutefois d'essais isolés qui, sauf de rares exceptions, rencontrèrent peu d'intérêt auprès de l'industrie optique naissante.

 

QUATRIÈME PARTIE Les verres de contact du début du XXe siècle

Chapitre XV Les verres de contact soufflés

Au début du XXe siècle, les ocularistes souffleurs de verre Müller de Wiesbaden livrèrent occasionnellement des prothèses oculaires pourvues d'une partie cornéenne transparente. La fabrication de ces coques était empirique, mais dans les mains d'Elschnig, de Helmbold, de Bielschowsky et de Weill elles donnaient des résultats encourageants pour la correction de quelques cas de kératocône. En 1916, Siegrist publia un important travail sur la qualité et la procédure d'adaptation de ces coques soufflées. Leur fabrication fut progressivement améliorée pour atteindre, vers 1920, une relative bonne tolérance, mais grevée d'une médiocre qualité optique.

Les verres de contact soufflés
Fig. 9 - Une coque de verre soufflée
L'ophtalmologiste Helmbold publie en 1913 son expérience de l'utilisation d'une prothèse oculaire munie d'une partie centrale transparente, soufflée par les ocularistes Müller de Wiesbaden. En raison de leur avantage esthétique par rapport aux hydrodiascopes et malgré leur piètre qualité optique, ces coques furent utilisées pour la correction de quelques patients atteints de kératocône.

 

 

Chapitre XVI Les verres de contact taillés pour les études d'optique physiologique

À partir de 1912, les ingénieurs de l'Institut d'optique Zeiss d'Iéna et les médecins de la Clinique ophtalmologique de cette ville ont réalisé des études d'optique oculaire avec des verres de contact qui possédaient quelques-unes des caractéristiques géométriques des lentilles cornéennes actuelles. Il s'agissait de cupules de verre, taillées et surfacées de diamètre cornéen, destinées à créer des amétropies unilatérales artificielles pour expliquer l'intolérance des lunettes préconisées pour la correction des anisométropies.

 

Chapitre XVII Les verres de contact taillés pour la correction du kératocône

Les années 1920 à 1929 furent marquées par la commercialisation des verres de contact afocaux taillés par Zeiss de Iéna pour la correction du kératocône. Leur diffusion fut progressive : Stock (1920) ne disposait que l'un seul verre d'essai, Dohme (1922) en avait trois, Siegrist (1925), Sachs (1927) et Weill (1928) quatre. La diffusion de ces coques scléro-cornéennes était d'abord limitée à l'aire germanophone et ne s'étendit aux autres régions qu'à partir de 1928. Conçus pour la correction optique du kératocône, ces verres furent par la suite également essayés chez des patients atteints d'astigmatisme irrégulier, de myopie et d'aphakie unilatérale, pour lesquels l'indication n'était pourtant pas prévue.


Fig. 10 - Trois verres de contact scléro-cornéens taillés de Zeiss (Siegrist, 1925)
À partir de 1920, l'institut Zeiss à Jena mit à la disposition de quelques ophtalmologistes sélectionnés des coques scléro-cornéennes taillées. Utilisée pour la correction du kératocône, la gamme de ces verres, limitée d'abord à deux ou trois exemplaires standard, fut étendue, en 1930 à l'initiative du professeur Heine de Kiel, à la correction de toutes les amétropies. Ces coques taillées selon des critères géométriques intangibles ne possédaient à cette époque pas de correction optique

 

 

Chapitre XVIII Les premiers verres de contact taillés pour la correction de toutes les amétropies

En 1929, Leopold Heine de Kiel présentait au Congrès international d'ophtalmologie d'Amsterdam les premiers résultats de la correction de toutes les amétropies, en particulier des myopies faibles, avec des verres scléro-cornéens afocaux de Zeiss, disponibles en trois courbures sclérales et à sept rayons cornéens. Les insuffisances et les imperfections de ces verres, l'absence de correction optique, les intolérances et leur poids élevé, firent alterner les succès et les déceptions. Dallos, Sattler, Gualdi Thier et d'autres, proposèrent bientôt des verres de contact plus adaptés, plus respectueux de la physiologie oculaire, munis de correction optique et donc réellement utilisables pour la correction de toutes les amétropies. L'appropriation de ces connaissances par l'industrie de l'optique et de la verrerie allemande ne se fit pas sans de graves malentendus et errements au détriment des malades et des médecins engagés dans ces nouvelles voies. L'expatriation des principaux acteurs (Much, Dallos), la seconde guerre mondiale et l'utilisation des matières plastiques en remplacement du verre, furent à l'origine d'initiatives alternatives, essentiellement anglaises et américaines, au monopole allemand et donnèrent une nouvelle impulsion à la correction par les verres de contact.

 

Conclusion générale

À la lecture de cette histoire des verres de contact, on observe que les chemins de la connaissance, loin d'être linéaires, sont jalonnés de pièges et de chicanes et empruntent le plus souvent des voies sinueuses où la pensée progresse par à coup, hésite, tâtonne, s'égare, régresse parfois, mais se laisse aussi guider par de géniales intuitions. C'est ce parcours chaotique que nous avons relaté dans les dix-huit chapitres de cette étude qui nous a conduit des hypothèses d'une neutralisation cornéenne au XVIe siècle aux verres de contact du XXe siècle, utilisables pour la correction de toutes les amétropies. Ce parcours, entre les hypothétiques neutralisations dioptriques par l'immersion du visage ou de l'oeil dans un liquide et la réalisation de verres de contact réellement tolérés, fut marqué par des étapes essentielles de l'histoire de l'ophtalmologie, souvent liées à la neutralisation cornéenne, telles les premières études d'anatomie topographique du segment antérieur, la localisation de la cataracte dans le cristallin, la technique de son abaissement, la visualisation du fond d'oeil, la découverte de l'anesthésie locale et les premiers "photogrammes" rétiniens.

Force est de reconnaître que l'histoire des verres de contact, telle qu'elle est habituellement livrée dans les traités classiques, a accumulé un retard considérable par rapport à l'histoire des autres branches de l'ophtalmologie et de la médecine et que bien des lacunes, des erreurs et des formulations insatisfaisantes continuent à la hanter. Cette dérive justifie notre récusation des impostures, des distorsions, des anachronismes, des occultations, des amphibologies, des ambiguïtés, des zones d'ombre, et de certaines formulations basées souvent sur des citations tirées hors de leur contexte rédactionnel ou social qui, sans parfois produire réellement de faux, proposent une explication non conforme à la réalité historique.

En rédigeant cette thèse, en situant les faits dans le contexte de leur rédaction et des connaissances de l'époque, en soumettant les témoignages et les documents à la critique objective, en vérifiant les originaux des documents cités, nous pensons avoir déjoué les pièges des formulations, falsifications et impostures volontaires ou non et des argumentations inacceptables que nous dénonçons. La reproduction, dans le troisième volume de ce travail des documents de référence permet au lecteur de vérifier notre argumentation.

 

La thèse est présentée en 3 volumes (1068 pages), elle comprend :

  • 206 illustrations ;
  • 38 tableaux ;
  • 528 références bibliographiques ;
  • La reproduction et, si nécessaire, la traduction française des 37 documents de référence ;
  • 158 notes biographiques des principaux auteurs cités ;
  • Une table des illustrations ;
  • Un index des noms propres
L’évolution de la notion de «Cataracte» (1705-1708)
brisseau et cataracte
Lettre de Brisseau àl’Académie
In: Brisseau Traité de la Cataracte et du Glaucoma
1709 p. 33-94

L’évolution de la notion de « Glaucoma »
vers celle de «Cataracte»
selon l’Académie Royale des Sciences de Paris
(1705-1708)

Robert HEITZ,
Strasbourg

 

Introduction

Jusqu’à la fin du 17e siècle, les oculistes et les traités d’ophtalmologie désignaient par le terme de « cataracte » une membrane tendue en avant de l’orifice pupillaire, « constituée de filets ou toiles qui se forment dans l’humeur aqueuse et qui peu à peu en s’épaississant empêchent les rayons de la lumière de pénétrer dans l’œil jusqu’à la rétine ».

Le traitement de la cataracte consistait « à percer l’œil, à rompre la membrane et à l’abaisser dans le bas de l’œil derrière l’iris. L’œil récupère ainsi une vision » (1).

Le terme de « glaucoma » désignait une maladie du cristallin qui devient opaque et de couleur blanchâtre. Le glaucoma était censé incurable, car on ne peut pas rendre au cristallin sa transparence perdu.

Toutefois, au début du 18e siècle, ces idées, qui semblaient définitivement acquises, furent remises en question :

« quelques médecins soutiennes à présent que ce ne sont point des pellicules ou membranes qu’on abaisse quand on fait l’opération de la cataracte, mais que c’est le cristallin devenu opaque que l’on détache et qu’on range dans la partie basse de l’œil » (2).

En déchiffrant les procès-verbaux des séances de l’Académie Royale des Sciences et en les recoupant avec les publications de cette époque, il est possible de reconstituer le déroulement du processus qui a permis aux académiciens de se mettre en question et d’approuver les nouvelles théories de la cataracte après avoir été les plus ardents défenseurs des traditions.

Les premières mises en question (1705-1706)

La première mise en question des notions traditionnelles revient à Pierre Brisseau, chirurgien à Tournay. Il avait envoyé en 1705 une lettre à l’Académie des Sciences, où elle fut lue le 18 novembre de la même année, dans laquelle il affirmait que : « la cataracte est en réalité le cristallin devenue opaque et que lorsqu’on croit abaisser une membrane de devant le cristallin c’est le cristallin lui-même que l’on abaisse. » (3)

brisseau

La lettre de Brisseau à l’Académie n’est plus conservée, mais elle a été publiée dans le Journal de Trévaux et elle est reproduite dans le « Traité de la Cataracte et du Glaucoma » publié par Brisseau en 1709 (4). Il y rapporte l’histoire d’un soldat de 35 ans atteint depuis longtemps d’une cataracte de l’œil gauche qui mourut à l’hôpital de Tournay. Le lendemain de son décès, il lui abattit la cataracte, préleva l’œil et observa qu’il avait abaissé le cristallin opacifié. La dissection de l’autre œil montrait un cristallin normal placé en son endroit habituel.

lettre de Brisseau à l'Académie
Lettre de Brisseau à l’Académie
18 novembre 1705 Registre des p-v p. 349 verso

L’Académie désigna deux de ses membres, Dodart et Méry, pour examiner le bien-fondé des affirmations de Brisseau. Vu que la rumeur s’était répandue qu’un autre chirurgien, Antoine Maitre-Jan contestait également les notions traditionnelles de la cataracte et qu’il préparait un traité sur ce sujet, Dodart lui demanda également son avis. La réponse fut lue à l’Académie par Méry le 17 février 1706 (5). Antoine y confirme que « la cataracte est une altération entière du cristallin qui perd toute ou partie de sa transparence ». Il décrit divers types de cataractes qu’il classe en curables et en incurables, mais n’apporte aucun exemple clinique (6).

antoine maitre-jan
Lettre d'Antoine Maitre-Jan
17 février 1706 Registre des p-v p. 49 recto

Suite à cette lecture, le physicien Philippe de La Hire prit la défense des positions traditionnelles avec l’argument que le glaucoma est incurable et que de toucher au cristallin entraîne irrémédiablement la cécité. La Hire avait fait des essais infructueux d’abaissement de cristallins d’yeux de bœuf et en conclut que tant qu’il existera des cas où les personnes à qui on avait abattu la cataracte pouvaient voir clair sans loupe, on ne leur a pas abattu le cristallin (7).

de la hire
Philippe de La Hire
17 février 1706 Registre des p-v p. 52 verso

Sur ces faits, l’Académie déclara ce 17 février 1706 :

« Le sentiment le plus général de la Compagnie a paru contraire à celui de Messieurs Antoine et Brisseau et la raison la plus décisive est qu’il y a des gens qui voient même sans loupe après l’opération de la cataracte et par conséquence on ne leur a pas abattu le cristallin. » (8)

académie 1706
Le sentiment de l’Académie
17 février 1706 Registre des p-v p.55 recto

L’année des doutes (1707)

Au début de l’année suivante, en 1707, parut le traité d’Antoine Maître-Jan (9). L’auteur en avait envoyé un exemplaire à L’Académie, accompagné d’une lettre circonstanciée dans laquelle il reprend les arguments exposés dans sa lettre de l’année précédente, mais les illustre cette fois-ci d’exemples cliniques et de résultats de dissections d’yeux (10).

maitre jan
Antoine Maitre-Jan
Traité des maladies de l’Œil Troyes 1707

L’exemple le plus frappant est celui d’une « pauvre femme » dont il avait abaissé avec succès la cataracte aux deux yeux, ce qui lui avait permis de voir normalement. Un mois après l ‘opération elle mourut, Antoine préleva les yeux, les disséqua, et trouva que le vitré occupait la place du cristallin abattu « dans la partie inférieure de l’uvée », sous l’iris, attaché en partie au corps ciliaire. Les cristallins étaient de couleur brune et opaque. Antoine avait également observé que les cataractes qui avaient remonté après leur abaissement se présentaient sous forme de « gros corps rond et blanc » qui n’avaient « pas la forme d’une membrane ».

Au cours du mois de mai 1707, les procès-verbaux mentionnent que l’Académie a assisté à deux séances de dissections d’yeux, l’une par Jean Méry l’autre par Littré. Ce dernier a apporté l’œil d’un homme de 22 ans qui avait depuis longtemps une cataracte. L’ouverture de la cornée a montré qu’une « membrane mince et opaque, attachée à toute la circonférence intérieure de l’iris, fermait entièrement l’orifice pupillaire. Le cristallin était transparent » (11). Après cette observation, les académiciens restaient convaincus que la cataracte était une membrane.

Littré
Dissection d’un œil par Littré
28 mai 1707 Registre des p-v p. 208 recto

Méry présenta le 27 août 1707 une synthèse des observations connues (12). Il réunit les observations contraires à la nouvelle hypothèse qui « soutient que l’on peut voir sans cristallin » :

  • - celle d’un homme de la ville de Sedan, où l’extraction transcornéenne du cristallin luxé dans la chambre antérieure n’a pas permis de rétablir la vision,
  • - celle de la dissection d’un œil par Littré qui a montré l’existence d’une membrane opaque associé à un cristallin transparent,
  • - celle d’un « pauvre prêtre », chez lequel le cristallin avait été abattu, mais était remontée et avait passé dans la chambre antérieure, où l’on pouvait voir que c’était une membrane exactement ronde et qu’il s’agit donc d’une pellicule,
  • - celle d’une malade morte à l’Hôtel-Dieu dont il avait disséqué l’œil atteint de glaucoma et dont l’humeur aqueuse ne s’écoulait plus dans la chambre antérieure en raison d’une adhérence du cristallin glaucomateux à l’iris.

Méry en conclut que l’opinion des Anciens est vraie et que l’opinion des Modernes est fausse. Abattre le cristallin est dangereux, puisque les malades restent privés de la vue comme auparavant. Méry exprime néanmoins quelques doutes, puisque Antoine rapporte que ses malades ont recouvré la vue après qu’il leur avait abattu le cristallin, et que dans le cas de la « pauvre femme » cité dans le traité, cet auteur avait trouvé les cristallins placés dans le bas de l’œil.

Méry tire encore quelques autres conclusions intéressantes :

  • Une cataracte luxée dans la chambre antérieure peut être extraite par une incision de la cornée, l’humeur aqueuse se régénère rapidement et la cicatrisation de la cornée se fait sans conséquences optique si elle est pratiquée en périphérie.
  • Il ne faut pas enlever de membrane trop fortement attachée à l’iris au risque de déchirer ce dernier.
  • L’humeur aqueuse se forme dans la chambre postérieure au niveau de « petites glandes jointes aux fibres ciliaires ».

Quelques mois plus tard, le 7 décembre 1707, Gabriel-Philippe de La Hire (le fils) intervient à l’Académie pour rapporter qu’il avait assisté récemment à l’abaissement d’une cataracte par l’oculiste Woolhouse, qu’il s’agissait « d’une membrane dure et blanche » et que sitôt cette membrane abattue, le malade voyait les objets que l’on lui présentait (13).

gabriel philippe de la hire
Gabriel-Philippe de La Hire, le fils
7 décembre 1707 Registre des p-v p. 426 recto

Il s’est également attaché à vérifier l’hypothèse ancienne que l’humeur aqueuse se mélangeant avec le vitré créait des perturbations de la réfraction. En mélangeant du vitré d’un œil de bœuf avec de l’eau, il n’a pas trouvé de déformations notables des rayons lumineux. Il conclut donc qu’une personne à qui on aurait abattu le cristallin pourrait voir pourvu qu’elle se servit de verres convexes.

Le secrétaire de l’Académie, Fontenelle, en faisant la synthèse des travaux de l’année 1707, releva les contradictions entre les observations des académiciens et celles d’Antoine. Le fait que La Hire a montré qu’il fut possible de voir sans cristallin, est en faveur des observations d’Antoine, « mais il ne s’ensuit pas qu’on abatte toujours le cristallin quand on croit abattre la cataracte, ceci n’est pas crédible après ce que Littré avait fait voir à l’Académie » (14).

Fontenelle
La synthèse de Fontenelle
Histoire de l’Académie Royale des Sciences 1707 p. 22

 

L’année des nouvelles certitudes (1708)

Le registre des procès verbaux des premiers mois de l’année 1708 ne comporte pas d’éléments importants, exception faite de la lecture en janvier d’une nouvelle lettre de l’oculiste Woolhouse plaidant en faveur de l’ancienne hypothèse (15).

Mais le 20 juin 1708, le registre porte l’inscription énigmatique : « on a examiné deux faits importants par rapport à la question des cataractes sur lesquelles M. Méry donnera un mémoire » (16). Il s’agissait de la dissection du globe d’un homme mort dont la cataracte avait été abattue. A l’ouverture du globe, les académiciens furent étonnés de ne pas trouver une « cataracte membraneuse », mais un « cristallin glaucomatique » opaque placé dans la partie inférieure du vitré.

mery
La dissection de deux yeux par Méry
20 juin 1708 Registre des p-v p. 229 recto

Le 27 juin 1708, Méry intervint sous le titre « De la Cataracte et du Glaucoma » (17). Il rappelle ses interventions de l’année précédente. Mais récemment il a changé d’avis :

D’une part en apprenant la suite de l’histoire de l’observation du « pauvre prêtre » dont la cataracte avait été abattue et qui était repassé dans la chambre antérieure où il avait cru qu’il s’agissait d’une membrane. Ce prêtre a été opéré par le chirurgien Petit en présence de Méry et de l’oculiste Charles de Saint Yves. Petit avait fait une incision de la cornée à travers laquelle il a tira cette prétendue membrane. Les assistants reconnurent que c’était le cristallin devenu opaque.

En second lieu, il rappelle la dissection du globe d’un homme opéré de cataracte qu’il avait pratiquée la semaine précédente et où les académiciens ont pu constater qu’il ne s’agissait pas d’une membrane, mais du cristallin opacifié qui avait été abattu dans le corps vitré.

Méry avoue qu’il s’était trompé. Il reconnaît « qu’on peut sans risque abattre le cristallin ‘glaucomatique’, vu qu’après l’opération on recouvre la vue ».

Mémoire de Mery
Le Mémoire de Méry
27 juin 1708 Registre des p-v p. 235 recto–238 recto

Au cours de la même séance Gabriel-Philippe de La Hire présenta sous le titre de « Remarques sur la Cataracte et le Glaucoma » l’interprétation optique des nouvelles hypothèses de la cataracte (18). Il confirme qu’il ne se crée de diffraction gênante, ni par le mélange de l’humeur aqueuse avec le vitré, ni par l’espace laissé vacant par le cristallin abaissé. Puis, il démontre sur un œil artificiel constitué d’une sphère de verre remplie de liquide homogène qu’un verre convexe est capable de focaliser les rayons et donc de suppléer à l’absence de cristallin.

27 juin 1708  Registre des p-v  p. 238 recto–241 verso
Gabriel-Philippe de La Hire
27 juin 1708 Registre des p-v p. 238 recto–241 verso

Fontenelle résume finalement la nouvelle position de l’Académie : « l’on peut vois sans cristallin, c’est à dire sans ce qui a toujours passé pour le principal instrument de la vision » (19).

fontenelle 1708
La synthèse de Fontenelle
Histoire de l’Académie Royale des Sciences 1708 p. 39-42

En 1709 parut le traité de Brisseau (20). Méry disséqua à nouveau à l’Académie les yeux d’un homme atteint de cataracte (21). Les académiciens ont pu constater que les cristallins étaient opacifiés. Ce qui a convaincu les derniers hésitants. Seul l’oculiste Woolhouse continuait à douter de l’évidence. Il avait été invité à la dissection, mais s’était fait excuser.

Traité de Brisseau 17099
Le Traité de Brisseau
Traité de la Cataracte et du Glaucoma Paris, 1709

Discussion

Les procès-verbaux de l’Académie des Sciences des années 1705 à 1708 permettent de reconstituer les débats qui ont amené les académiciens à réviser les notions admises depuis des siècles sur le siège et la nature de la cataracte, le vocabulaire, la physiologie oculaire, l’optique intraoculaire et la chirurgie de la cataracte.

Les académiciens reconnaissent que :

  • la cataracte n’est pas une membrane tendue dans l’espace pupillaire en avant du cristallin, mais est en réalité le cristallin opacifié
  • à partir de 1708, le terme de « cataracte » sera utilisé pour désigner le cristallin opacifié,
  • ce qui était désigné auparavant par le terme de cataracte est en fait une membrane résiduelle post inflammatoire que nous appelons synéchie pupillaire
  • le terme de « glaucoma » qui était attribué au cristallin opacifié est dorénavant inadapté pour cet usage. (Il persista pour désigner d’abord un trouble du vitré associé à une coloration verdâtre de l’aire pupillaire (22), puis après Graefe la pathologie liée à l’hypertension intraoculaire),
  • l’on peut voir sans cristallin qui a toujours passé pour être l’organe principal de la vue,
  • l’humeur aqueuse est sécrétée en arrière de l’iris et circule vers la chambre antérieure,
  • le mélange de l’humeur aqueuse avec le vitré ne produit pas de troubles de la réfraction,
  • un œil sans cristallin ou avec un cristallin abattu peut voir net avec un verre convexe,
  • en abattant la cataracte, on luxe le cristallin opacifié dans le vitré,
  • un cristallin luxé dans la chambre antérieure peut être extrait par une incision cornéenne.


Brisseau
Traité de la Cataracte et du Glaucoma Paris, 1709

Conclusions

On représente parfois l’Académie Royale des Sciences comme une assemblée de conservateurs défendant les notions traditionnelles. Les débats sur la cataracte et le glaucoma montrent qu’il n’en est rien.

On ne peut qu’être admiratif devant la souplesse intellectuelle et l’adaptabilité des académiciens. Certes, Jean Méry a joué un rôle essentiel dans cette évolution. Il n’a pas hésité à avouer qu’il s’était trompé et à proclamer qu’il avait changé d’opinion.

Malheureusement, les positions nouvelles de l’Académie n’ont pas reçu la même approbation des savants des autres pays, ni des oculistes ambulants qui défendaient des arguments traditionnels. Il faudra de nouveaux travaux, dont ceux de l’académicien François Pourfour du Petit et surtout une nouvelle génération d’oculistes dont Jacques Daviel pour abandonner définitivement les idées traditionnelles sur la cataracte.

Adresse de l'auteur: Dr. Robert HEITZ, 23A rue Trubner F 67000 Strasbourg
Dpt. d’Histoire et de Philosophie de la Vie et de la Santé, Université Louis Pasteur, Strasbourg France

Notes bibliographiques

1 - De La Hire, Philippe « Remarques & Réflexions sur la nature des Cataractes qui se forment dans l'œil » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706), p. 52 verso - 55 recto, séance du mercredi 17 février 1706. Texte transcrit dans les Mémoires de l’Académie des Sciences pour l’années 1706, 20-24, Jean Boudot, Paris 1708.

2 - Mêmes références que note 1.

3 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 24 (du 7 janvier 1705 au 25 décembre 1705) p. 349 verso, séance du mercredi 18 novembre 1705, document non reproduit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.

4 - Journal de Trévaux, décembre 1706, p. 2023 – 2033 et Pierre Brisseau, « Traité de la Cataracte et du Glaucoma » Laurent d’Houry, Paris 1709, p. 33 – 94.

5 – Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706), p. 49 recto, séance du mercredi 17 février 1706 : « M. Méry, a lu la lettre suivante qu'il a reçue de M. Antoine, à l'occasion de ce que M. Dodart avait lu de M. Briceau le 18 Novembre 1705 ».

6 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706), p. 49 recto - 52 verso, séance du mercredi 17 février 1706, document non reproduit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.

7 – Même référence que note 1.

8 - Registre des procès-verbaux de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706) p. 55 recto, séance du mercredi 17 février 1706. Texte repris partiellement par Fontenelle : « Sur les Cataractes des Yeux » Histoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1706, 12-15, Jean Boudot, Paris 1708.

9 - Antoine Maître Jean, « Traité des Maladies des Yeux et des Remèdes propres pour leur Guérison », Lefevre Troyes 1707.

10 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 (du 8 janvier au 2 juillet 1707) p. 64 recto, séance du mercredi 16 février 1707 : « L’Académie a reçu de la part de M. Antoine un Traité des Maladies de l’œil etc qu’il vient d’imprimer. On l’a mis entre les mains de M. Homburg qui en fera son rapport. »

La lettre d’Antoine Maître-Jan à l’Académie y fut lue par Jean Méry le samedi 26 et le mercredi 30 mars 1707 : Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 (du 8 janvier au 2 juillet 1707), p. 107 recto, séance du samedi 26 mars 1707 : « M. Méry a commencé à lire une lettre que lui a écrite M. Antoine sur les cataractes, selon le système qu’il a soutenu dans son livre. » et p. 113 recto, séance du mercredi 30 mars 1707 : « M. Méry a continué la lecture de la lettre de M. Antoine commencée le 26. ».

11 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 (du 8 janvier au 2 juillet 1707) p. 208 recto - 208 verso, séance du samedi 28 mai 1707.

12 - Méry, Jean « Question de Chirurgie - Savoir si le ‘Glaucoma’ et la Cataracte sont deux différentes, ou une seule et même Maladie » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 bis (du 6 juillet 1707 au 24 décembre 1707), p. 362 recto - 369 recto, séance du 23 août 1707. Transcrit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1707, 491 - 501, Jean Boudot Paris 1709.

13 - De La Hire, Gabriel-Philippe (le fils) « Remarques sur la Cataracte et le ‘Glaucoma’ » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 bis (du 6 juillet au 24 décembre 1707), p. 426 recto - 427 verso, séance du mercredi 7 décembre 1707. Transcrit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1707, 553 - 555, Jean Boudot Paris 1709.

14 - Fontenelle « Sur les Cataractes des Yeux » Histoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1707, 22 - 25, Jean Boudot Paris 1709.

15 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), p. 3 verso, séance du samedi 7 janvier 1708 : « Mr. de La Hire le fils a commencé à lire une 2e lettre de Mr. Wolhouse au P. Le Brun de l’Oratoire par laquelle il soutient l’opinion commune sur la cataracte, et réfute Mr. Brisseau qui avait proposé quelques objections. » et p. 5 recto, séance du mercredi 11 janvier 1708 : « M. de La Hire le fils a achevé la lecture de la lettre de M. Wolhouse ».

16 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), p. 229 recto, séance du mercredi 20 juin 1708.

17 - Méry, Jean, « De la Cataracte et du ‘Glaucoma’ » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), 235 recto - 238 recto, séance du 27 juin 1708. Transcrit dans les Mémoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1708, 241 - 245, Jean Boudot Paris 1709.

18 - De La Hire, Gabriel Philippe (le fils) « Remarques sur la Cataracte et le Glaucoma » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), 238 recto - 241 verso, séance du 27 juin 1708. Transcrit dans les Mémoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1708, 245 - 250, Jean Boudot Paris 1709.

19 – Fontenelle, « Sur la Cataracte des Yeux » Histoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1708, 39 - 42, Jean Boudot Paris 1709.

20 - Pierre Brisseau, « Traité de la Cataracte et du Glaucoma », Laurent d’Houry, Paris 1709.

21 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 28, (du 9 janvier au 20 décembre 1709), p. 91 recto – 91 verso, séance du mercredi 13 mars 1709. Également rapporté par Fontenelle dans : Histoire de l’Académie Royale des Sciences pour l’année 1709, 22, Jean Boudot Paris 1711.

22 – Selon Brisseau 1709, voir note 20.

 

 

Un oculiste au siècle des lumières: Jacques Daviel

Un oculiste au siècle des Lumières

 

jacques Daviel
Portrait de Jacques Daviel, huile sur toile, collection particulière

 

La Bibliothèque InterUniversitaire de Médecine a numérisé de très intéressants ouvrages:

Il s'agit de :

* Lettre de M. Daviel à M. de Joyeuse (extraite du Mercure de France, 1748)

* Réponse de M. Daviel à la lettre critique de M. Roussilles (extraite du Mercure de France, 1748)

* Lettre à M. le marquis de *** sur les opérations de la cataracte (Paris, 1751)

* Sur une nouvelle méthode de guérir la cataracte par l'extraction du cristalin (extrait des Mémoire de l'Académie de chirurgie, tome II, pp. 337-354, 1753)

Il faut noter l'important nouveau manuscrit inédit de Daviel découvert en 2004


Nous remercions le Professeur Yves Pouliquen qui nous a permis d'évoquer ici son livre qui vient de paraître (Editions Odile Jacob / 1999) et qui retrace la vie du premier ophtalmologiste qui réalisa une extraction de cataracte, Jacques Daviel.

Nous ne ferons que parcourir rapidement la vie de ce chirurgien né le 11 août 1693 et qui réalisa la première opération de cataracte moderne dans l'année 1745.

Jacques daviel
Jacques Daviel

En ces temps, il faut savoir que le médecin considère le chirurgien comme un subalterne parfois utile. Ce dernier, d'ailleurs, "vient de bien bas". Ils s'opposèrent souvent sur des avancées de la Science, par exemple les chirurgiens furent enthousiastes pour les travaux de Harvey qui découvrit la circulation sanguine, alors que les médecins s'y opposaient.

Jacques Daviel put apprendre l'anatomie à l'Hotel-Dieu à Paris, puis décida, en 1720, d'aller soigner les marseillais qui luttaient contre la peste, maladie gravissime qui tua la moitié de la population de la ville. C'est donc à l'automne 1720 qu'il quitta Paris et se dirigea vers Marseille, accompagné d'une vingtaine de confrères volontaires.

Quelques mois plus tard il fut envoyé à Toulon, touché également par la peste, où 300 personnes mourraient chaque jour. Le nombre incroyable de rats présents dans les villes, permettaient la propagation de la maladie par l'entremise des puces. Il faudra attendre 1894 et la peste du Tonkin pour que Yersin découvre le bacille de la peste qui, depuis, porte son nom.

Le 12 août 1722 Daviel reçut solennellement, de la main des échevins, la maîtrise de chirurgie.

Après différentes vicissitudes, l'inclination de Daviel pour l'ophtalmologie apparut en 1734. On pense qu'il a sans doute vue à Marseille le chevalier Taylor, anglais de grande réputation qui pourtant a souvent été considéré comme un grand tricheur.

Le 9 octobre 1734 il se lança dans sa première intervention ophtalmologique en réopérant un malade qui avait subi un abaissement du cristallin et n'y voyait pas. Par ailleurs ce patient présentait une forte douleur de l'oeil, à cause d'un glaucome aigu secondaire à la première intervention. Ce fut un succès et le second abaissement fait par Daviel permit au patient de voir et de ne plus avoir mal.

A la suite de diverses péripéties, il se retrouva chirurgien sur les galères du roi, ce qui lui permit de réaliser de nombreuses dissections, car les morts étaient fréquents sur les galères. Puis il fut appelé à la Cour du Portugal pour y opérer de la cataracte différentes personnalités.

Et c'est en 1745 qu'il eut l'occasion de réopérer un ermite d'Aiguilles et qu'il essaya d'évacuer la cataracte en ouvrant la cornée, dans sa partie inférieure, avec de petits ciseaux. L'opération se passa bien et permit l'évacuation de morceaux de cristallins, mais cela se termina mal par la perte de l'oeil à cause d'une infection. A cette époque on ne connaissait ni les antibiotiques ni les anesthésiques.

Son installation à Paris lui permet d'accéder à une importante clientèle et il opère de nombreuses cataractes, en améliorant progressivement la technique opératoire. Il l'applique plus de soixante fois "sans qu'il en soit résulté le plus petit incident". Mais il continue également d'utiliser la méthode ancestrale de l'abaissement.

Il put devenir chirurgien du Roi Louis XV, mais plusieurs chirurgiens s'opposèrent à cette nouvelle technique opératoire. Malgré tout la gloire arriva sur lui et il fut reconnu dans tout le royaume comme un grand chirurgien ophtalmologiste.

Il passa plusieurs années encore à opérer "il a toujours la main bonne" et mourut le 30 septembre 1762, à l'âge de 69 ans, ce qui était remarquable à l'époque.

Nous citerons la dernière phrase du livre du Professeur Pouliquen:

"En est-il tellement dont on puisse faire précéder leur nom des prépositions avant et après pour désigner deux périodes du savoir des hommes ?"

stèle funéraire jacques daviel
Stèle de Jacques Daviel, mort en 1762 à Genève
inhumé "en terre catholique française"
sur ordre du Comte de Montpéroux représentant du Roi de France Louis XV
Cimetière de la paroisse St Hippolyte, au Grand-Saconnex

Un manuscrit inédit de Daviel

Un manuscrit inédit de Jacques Daviel

Par le Médecin Général Inspecteur Louis André

Communication à la Société Francophone d'Histoire de l'Ophtalmologie
le 8 mai 2004 à Paris France


jacques daviel 1745

 

Nous présentons aujourd'hui un manuscrit inédit de Jacques Daviel qui est intéressant parce que les manuscrits de Daviel sont rares et surtout parce qu'il apporte des éléments nouveaux sur son activité chirurgicale entre 1745 et 1752.

L'Histoire de ce manuscrit est la suivante: il fait partie du fond de livres et de manuscrits légué à l'Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles Lettres d'Aix-en-Provence par le bibliophile et collectionneur Paul Arbaud en 1911. Il a très certainement été acheté par lui, en apparence sans savoir ce que c'était. Il était placé dans une chemise de fortune, la double page d'un catalogue de livres, sur laquelle est inscrit le mot "Marseille" à l'encre violette, avec au dessous inscrit au crayon "écriture inconnue d'un médecin oculiste parlant des opérations faites par lui selon la nouvelle méthode qu'il avait inventée à Marseille depuis 1745". Il ne peut s'agir que de Jacques Daviel.

Cliquer sur les images réduites pour les agrandir (Click to enlarge)

jacques daviel
opération  cataracte
1745
extraction cristallin
ophtalmologiste
cécité
manuscrit inédit
oculiste
célébre oculiste

 

Le manuscrit est-il de sa main ? On peut l'affirmer en comparant son écriture avec celle d'un autre document, signé celui-là: une lettre que conserve à Paris la bibliothèque de l'Académie de Médecine écrite en 1754 (réf ARC 34 n°104).

Le manuscrit comporte 9 pages, et il semble avoir été écrit d'un seul jet avec application. Il y a un seul rajout, sans numéro, entre le 7ème et le 8ème malade. Pour chaque opération selon le terme de Daviel pour désigner les malades, est indiqué le nom, le lieu, la date plus ou moins précise, et le résultat de l'opération. Cependant pour le n°79, Daviel énumérant les personnalités qui ont assisté à son opération sur les deux yeux: Chicoyneau, La Martinière, etc., oublie de donner le résultat obtenu.

Signalons aussi que Daviel a fait un lapsus calami : après la 82ème opération qui termine l'année 1751, il écrit "janvier 1742". C'est à l'évidence 1752 qu'il faut lire.

Notons enfin que les noms propres de ce document concordent avec ceux donnés par Daviel par ailleurs.

Sur cette liste, il y a 85 patients opérés, et nous connaissons le résultat obtenu chez 84 d'entre eux: sur ces 84, 45 ont été opérés d'un seul oeil et 39 des deux yeux en apparence en une seule séance.

Au total 125 yeux ont été opérés dont nous n'avons que 123 résultats:

  • Pour les malades opérés d'un seul oeil, il y a 37 succès et 8 échecs
  • Pour les malades opérés des deux yeux, il y a 32 succès sur les deux yeux et 7échecs sur un des deux yeux.

Soit au total, en considérant les yeux, 108 succès sur 123 (87,8%).

Les opérations s'étendent du 8 avril 1745 au début de l'année 1752, avec la répartition suivante:

1745: 6 malades 1747: 1 malade 1749: 7 malades 1750: 17 malades 1751: 52 malades 1752: 2 malades Il n'y a pas d'opéré en 1746 et 1748.

Notons l'indication de 5 opérations sur les yeux d'animaux, chiens, mouton, cheval: c'est un exemple très intéressant d'expérimentation chez l'animal.

La carrière de Daviel nous est connue par les nombreuses communications qu'il fit dans les journaux de l'époque: le courrier d'Avignon, le Mercure de France "Lettre de M.Daviel à M.de Joyeuse" en septembre 1748, "Réponse de M.Daviel à la lettre critique de M. Roussilles" le 1er juillet 1749, et surtout sa communication à l'Académie de Chirurgie le 13 avril 1752 "Sur une nouvelle méthode de guérir la Cataracte par l'extraction du Cristallin", répétée selon l'usage le 16 novembre 1752 (Mémoires de l'Académie de Chirurgie 1752 TomeII p 337 à 356). Ces textes sont numérisés à la BIUM.

C'est précisement en 1752 que se termine notre manuscrit: l'opération n°83 date de janvier 1752, et la dernière qui porte le n°84 n'est pas datée, mais est sans doute proche de la précédente.

Si on ne peut douter de l'authenticité du manuscrit, il faut se poser la question, quand et pourquoi Daviel l'a-t-il écrit ? On peut penser qu'avant de rédiger sa communication à l'Académie de Chirurgie, il a récapitulé d'un seul jet les opérations d'extractions du cristallin effectuées depuis la première pratiquée à l'Hôtel Dieu de Marseille sur l'ermite d'Eguilles (près d'Aix en Provence) le 8 avril 1745, jusqu'au début de l'année 1752.

Cela pose la question de la divergence entre le manuscrit et la communication à l'Académie de Chirurgie: devant l'Académie Daviel avance le chiffre de 206 opérations dont 182 ont réussi. Une discordance importante apparaît à propos de la Princesse Palatine. Elle avait appelé Daviel à Manheim pour l'opérer elle-même ainsi que plusieurs autres patients. Il était admis que Daviel avait pratiqué l'extraction du cristallin chez la Princesse Palatine. Mais elle ne figure pas sur notre manuscrit, où ne sont mentionnés que quatre extractions à Manheim chez des personnages de La Cour bien identifiés. Daviel dit lui-même dans sa communication "Dans le cours du voyage que j'ai fait à Manheim pour y traiter S.A.S. Madame la Princesse Palatine de Deuxponts d'une ancienne maladie qu'elle avait à l'oeil gauche...". Il a dû l'opérer d'autre chose que de la cataracte.

D'autres divergences existent:

Le personnage venu de Paris, opéré le 18 octobre 1745 qui aurait ainsi fait grand honneur à Daviel, ne figure pas dans le manuscrit. Daviel dit, dans sa lettre à M. de Joyeuse, page 4, qu'il était "le 7ème malade dont la guérison m'a fait tant honneur à Marseille". Dans le manuscrit, le 7ème malade est le perruquier Garion.

A propos du perruquier Garion justement, page 7 de la communication à l'Académie de Chirurgie, Daviel écrit "J'ai fait l'extraction de la cataracte située encore dans la chambre postérieure de l'oeil droit de M.Garion, maître perruquier...les observations que j'ai faites sur cette heureuse opération m'ont donné de grandes idées pour l'extraction de la cataracte". Mais dans le manuscrit, le perruquier Garion a le numéro 7, ayant été opéré le 6 avril 1747 "sur les deux yeux dont un n'a pas réussi".

Il y a d'autres divergences que l'on peut relever entre les écrits de Daviel déjà connus et la liste du nouveau manuscrit. On y apprend ainsi qu'il a opéré à Douai, à Cambrai, à Péronne, ce dont il ne parle pas par ailleurs.

J'ai communiqué ce manuscrit jusqu'à présent seulement au Professeur Pouliquen, auteur du très remarquable livre "Un oculiste au siècle des lumières, Jacques Daviel" qui m'a fait l'honneur de me faire part de quelques réflexions à ce sujet, me rappelant que Roussilles avait reproché à Daviel sa négligence dans la dénomination des cas traités et la liste de ses malades.

Le but de ma communication de ce jour est de faire connaître ce manuscrit en le rendant public et accessible à tous ceux qui voudront l'étudier.

Si on a pu noter des divergences intéressantes à considérer et à analyser entre ce nouveau document et les autres écrits de Daviel, elles n'enlèvent rien à la gloire de celui qui fut un très grand hommme.

Les grands livres anciens


Les grands livres anciens de l'histoire de l'ophtalmologie

Les professionnels des Livres Anciens


 



 

XVème siècle

Grassi, Benevenuto, 1474

De Oculis Eorumque aegritudinibus et curis, Ferrare 1474

C'est là un incunable, sans doute le premier livre sur l'ophtalmologie.

XVIème siècle

 

Bartisch, Georg, 1535-1607?

Ofqalmodouleia. Das ist, Augendienst. Newer und wolgegründter Bericht von Ursachen und Erkentnüs aller Gebrechen, Schäden und Mängel der Augen und des Gesichtes. . . . Dresden: M. Stöckel, 1583.

[28], 274, [8] leaves: ill.; 31 cm. (fol.)

Bartisch était un ophtalmologiste allemand, habile opérateur et à la base de l'ophtalmologie moderne. Son livre célébre dont voici la première page montre de nombreuses planches plus tard coloriées, sur les traitements et la chirurgie. Un chapitre de ce site lui est consacré.

Hans Hewamaul est probablement l'illustrateur de ce livre historique.

BOA I:14; G-M 5817; Hirschberg §320; Waller 756; Wellcome I:697.

 

Guillemeau, Jacques, 1550-1613. (voir le chapitre sur la Renaissance)

Traité des maladies de l'oeil, qui sont en nombre de cent treize, ausquelles il est suject. Paris: C. Massé, 1585.

[18], 101 (i.e. 100), [1] leaves; 17 cm. (8vo)

G-M 5818; Hirschberg §319; Waller 3855.

 

 

XVIIème siècle

 

Du Laurens, André, 1558-1609.

Discours de la conservation de la vue, Paris, 1606

Toutes les oeuvres . . . . Recueillies et traduittes en francois, par Me. Theophile Gelée. Rouen: J. Besongne, 1661.

[16], 572, [30], 488 (i.e. 288), [6] p.: ill., port.; 38 cm. (fol.)

Il fut un spécialiste de l'anatomie et de la physiologie oculaire.

 

XVIIIème siècle

 

Brisseau, Michel, 1676-1743.

Nouvelles observations sur la cataracte, 1706.

Traité de la cataracte et du glaucoma. Paris: L. d'Houry, 1709.

[16], 260, [12] p., 4 plates; 17 cm. (12mo)

Brisseau fut le premier à démontrer la véritable nature and localisation de la cataracte. Il distingua bien le glaucome de la cataracte et décrit le glaucome comme une maladie de l'humeur vitré.

Hirschberg §325-326; Waller 1464; Wellcome II:240.

 

Maître-Jan, Antoine, 1650-1730.

Traité des maladies de l'oeil et des remèdes propres pour leur guérison. Enrichy de plusieurs experiences de physique. Troyes: J. Le Febvre, 1707.

[14], 580, 561-573, [1] p.; 25 cm. (4to)

C'est le père de l'ophtalmologie française. Influencé par les travaux de Brisseau il démontra que la catarace était bien une opacification du cristallin. Il se trompa sur le glaucome car il pensait que c'était une maladie du cristallin.

G-M 5824; Hirschberg §327; Waller 5824.

 

Woolhouse, John Thomas, 1650?-1734.

Dissertationes ophthalmicae de cataracta et glaucomate, contra systema sic dictum novum dnn. Brissaei, Antonii, Heisteri & aliorum, e gallica in Latinam linguam translatae a Christophoro Le Cerf, filio. Frankfurt am Main: W. C. Multz, 1719.

[14], 350, [30] p.; 16 cm. (8vo)

Il fut un habile chirurgien anglais et ophtalmologiste du roi James II avec lequel il partit en exil en 1688. Il se trompait sur la localisation de la cataracte qu'il considérait comme une membrane placée devant le cristallin. On l'accusa parfois de charlatanisme.

Hirschberg §329.

 

Saint-Yves, Charles de, 1667-1733.

Nouveau traité des maladies des yeux, les remèdes qui y conviennent, & les opérations de chirurgie que leurs guérisons exigent. Avec de nouvelles découvertes sur la structure de l'oeil, qui prouvent l'organe immédiat de la vue. Paris: P. A. Le Mercier, 1722.

[30], 373, [33] p.; 17 cm. (12mo)

Pratiquant des extractions du cristallin en grand nombre il enlevait la cataracte après l'avoir luxée dans la chambre antérieure. Shastid (AmEncOph XV:11496-11498) cite sept observations dont l'utilisation récente du nitrate d'argent dans le traitement des maladies de l'oeil, en néonatologie (première fois), et la première description de la gonorrhée néonatale.

G-M 5827; Hirschberg §359; Waller 8406.

 

Taylor, John, 1703-1772.

Le mechanisme ou le nouveau traité de l'anatomie du globe de l'oeil, avec l'usage de ses différentes parties, & de celles qui lui sont contigues. Paris: M. E. David, 1738.

[8], vii, [l], 413, [3] p., 6 plates: port.; 20 cm. (8vo)

Encore appelé 'Chevalier Taylor', il fut prétentieux et extravagant. Il se disait "ophtalmo pontifical, impérial et royal des cours d'Angleterre, de Pologne, du Danemark et de Suède, des électeurs du Saint Empire et de moult autres Princes de sang à travers l'Europe".

Il fut fort adroit pour abaisser la cataracte. Il sillonait l'Europe dans un rutilant équipage de deux carrosses tirés par 6 étalons noirs. L'un était recouvert de peintures anatomiques de l'oeil, l'autre renfermait des instruments d'or. Son portefeuille était garni d'attestations et de témoignages. Il y avait aussi une surprenante collection anapath ophtalmo peinte sur verre ou gravée sur cuivre. Il est considéré comme un grand charlatan!!

 

Guérin, Pierre, 1740-1827.

Traité sur les maladies des yeux, dans lequel l'auteur, après avoir exposé les différentes méthodes de faire l'opération de la cataracte, propose un instrument nouveau qui fixe l'oeil tout à la fois & opere la section de la cornée. Lyons: V. Reguilliat, 1769.

xvi, 445, [7] p., [l] plate; 17 cm. (12mo)

BOA I:84; Hirschberg §377; Waller 3804; Wellcome III:176.

Une nécrologie de Guérin fut publiée dans Notice des travaux de la Soçiété de Médecine de Bordeaux, 83-113 (1827).

 

Janin de Combe-Blanche, Jean, 1731-1799.

Mémoires et observations anatomiques, physio-logiques et physiques sur l'oeil, et sur les maladies qui affectent cet organe; avec un précis des opérations & des remedes qu'on doit pratiquer pour les guérir. Lyons: Perisse & Roche for P. F. Didot (Paris), 1772.

x1, 474, [6] p.; 20 cm. (8vo)

Le 18ème siècle vit apparaître des progrès importants en ophtalmologie. Il opéra le Duc de Modène qui l'anoblit sous le nom de Combe-Blanche. Il le nomma aussi professeur honoraire de l'université de Modène et lui versa une pension annuelle de 2400 livres.

BOA II:53; Hirsch III:418; Hirschberg §378; Waller 5116; Wellcome III:345.

 

Pellier de Quengsy, Guillaume, 1751-1835.

Recueil de mémoires et d'observations, tant sur les maladies qui attaquent l'oeil & les parties qui l'environment, que sur les moyens de les guérir, dans lequel l'auteur, après, avoir donné un précis de la structure de cet organe, expose un nouveau procédé pour extraire la cataracte, avec un instrument de son invention, & réfute l'efficacité prétendue de l'abaissement. Montpellier: J. Martel, 1783.
xv, [1], 549, [7] p., [1] plate; 21 cm. (8vo)

Précis ou cours d'opérations sur la chirurgie des yeux, puisé dans le sein de la pratique, & enrichi de figures en taille-douce, qui réprésentent les instrumens qui leur sont propres, avec des observations de pratique trèsintéressantes. Paris: Didot, the younger & Mequignon. Montpellier: Rigaut, Roullet, 1789-1790.

2 v. (xxxiv, [2], 437, [9] p., 26 plates; xiii, [3], 152, 143-404 p., 8 plates): port.; 21 cm. (8vo)

Hirschberg §380-381.

 

XIXème siècle

 

Soemmerring, Samuel Thomas, 1755-1830.

Abbildungen des menschlichen Auges. Frankfurt am Main: Varrentrapp & Wenner, 1801.

x, 110 p., 16 plates; 40 cm. (fol.)

Il est célèbre pour ses illustrations d'anatomie, en particulier celles de l'oeil humain.

G-M 1489; Hirschberg §464.

 

Tenon, Jacques Rene, 1724-1816.

Mémoires et observations sur l'anatomie, la pathologie, et la chirurgie. Paris: Widow of Nyon, 1806.

xxiv, 496 p., 7 plates; 20 cm. (8vo)

Ce chirurgien ophtalmologiste écrivit "Observations anatomiques sur quelques parties de l'oeil et des paupieres" (p. [193]-207). Ses travaux sur l'orbite furent oubliés jusqu'à ce qu'on pratique les interventions pour strabisme, introduites par Dieffenbach, Bonnet et Dalrymple. Il laissa son nom à la "capsule de Tenon" et à "l'espace de Tenon"

Hirschberg §365; Waller 9515.

 

Demours, Antoine Pierre, 1762-1836.

Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'oeil humain, traduite du Latin de S. T. Soemmerring. Paris: F. Didot for the author & Crochard, 1818.

3 v. + atlas (xxxvi, 551 p.; [6], 518 p.; [6], 517, [2] p.; 126 p., 80 plates); 21 cm. (8vo), atlas 27 cm. (4to)

Les quatre volumes incluent la première description du glaucome en tant que augmentation de la pression intraoculaire (1:468-472; 3:203-276). Ces livres contiennent des centaines de cas cliniques rencontrés au cours de la carrière de l'auteur et celle de son père. Le dernier volume contient un traduction française de l'édition latine de S. T. Soemmerring's Abbildungen des menschlichen Auges. Les soixante cinq planches incluent de remarquables planches colorées d'yeux.

Hirschberg §374.

 

Carron du Villards, Charles Joseph Frédéric, 1801-1860.

Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte selon les divers procédés. Paris: Bacquenois for J. Rouvier & E. Le Bouvier, 1835.

[6], xii, 384 p., 2 plates; 21 cm.

Hirschberg §568.

Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux. Paris: Cosson for Société Encyclographique des Sciences Médicales, 1838.

2 v. ([8], xii, 556 p., [2] plates; [4], 644 p., [2] plates); 22 cm.

"Carron du Villards taught ophthalmology in Paris; his book is one of the best of the period" (G-M 5853).

Hirschberg §568; Wellcome II:305.

 

Sichel, Jules, 1802-1868.

Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amaurose, pour servir de supplément au Traité des maladies des yeux de Weller. Paris: G. Baillière,. . .et al., 1837.

xi, [1], 750, [2] p., 4 plates; 22 cm.

"Le besoin d'un bon traité d'ophthalmologie est vivement senti en France. . . . La traduction de l'ouvrage de Weller et le manuel de M. Stoeber sont les seuls ouvrages que nous ayons pu recommander jusqu'ici à ceux qui voulaient acquérir des connaisances spéciales sur cette branche de pathologie" (Préf., p. [vii]). Il reste avec le Mémoire sur le glaucome (Brussels, 1842) et Iconographie ophthalmologique (Paris, 1852-59) l'un des ouvrages qui l'ont fait connaître. D'origine allemande, il émigra à Paris en 1829 où il demeura le reste de sa vie, connu sous l'appellation "der Apostel des deutschen Augenheilkunde in Frankreich."

BOA I:192; Heirs 914; Hirschberg §559, 560.

 

Nouveau recueil de pierres sigillaires d'oculistes romains, pour la plupart inédites, extrait d'une monographie inédite de ces monuments épigraphiques. Paris: V. Masson & Son, 1866.

119 p.; 24 cm.

Provenance: Inscrit par l'auteur à Monsr. Chéron; -Ex libris Ed. Bonnet, D.M.P. (bookplate).

Jules Sichel était très intéressé par les langues orientales, l'archéologie et l'entomologie. Il a collectionné les livres, les papillons et les cachets romains d'oculistique. Nouveau recueil fut sa seconde publication sur ce sujet, Cinq cachets inédits de médecins oculistes romains (Paris, 1845) fut la première (cf. Hirschberg §194, 559).

Hirschberg §559; NUC 545:171.

 

Donders, Franciscus Cornelis, 1818-1889.

On the anomalies of accommodation and refraction of the eye. With a preliminary essay on physiological dioptrics. . . . Translated from the author's manuscript by William Daniel Moore. London: The New Sydenham Society, 1864.

xvii, [3], 635 p.: ill.; 22 cm.

Auteur de plus de 340 travaux sur la physiologie et l'ophtalmologie, ce livre reste le grand achèvement de Donders. Il explique les troubles de la réfraction, l'accommodation. Ce livre fut écrit initialement en allemand puis traduit en anglais par William Daniel Moore (1813-1871) et publié la première fois dans cette New Sydenham Society edition.

BOA I:55; Chance, p. 70; Cushing D221; DicSciBio IV:163; G-M 5893; Heirs 997; Hirsch II:293; Hirschberg §1040.

Cette édition fut traduite par Moore d´après le manuscrit HOLLANDAIS. Il existe une édition Allemande, qui fut traduite de l´Anglais par Otto Becker en 1866.

Valentin Haüy Fondateur des écoles pour aveugles


Valentin Haüy


Fondateur des écoles pour aveugles


(1745-1822)

Le SNOF remercie vivement l'Association Valentin Haüy pour son aide et son autorisation de reproduction de documents.

Valentin Haüy naquit le 13 novembre 1745 dans une famille de tisserands aisés de Saint Just-en-Chaussée, petit bourg du sud de la Picardie.

Son frère aîné, l'abbé René-Just Haüy, fut un savant, créateur de la cristallographie, membre de l'Académie des Sciences et de la Commission des Poids et Mesures, successeur de Dolomieux à la chaire de Minéralogie du Muséum d'Histoire Naturelle.

Valentin Haüy fit des études classiques à Paris, où il acquit la pratique du latin, du grec, de l'hébreu, et d'une dizaine de langues vivantes. Il gagna dès lors sa vie en traduisant des documents officiels, notariés, commerciaux ou privés. En 1786, il se prévalait du titre d'Interprète du Roi de l'Amirauté et de l'Hôtel de Ville. Il était depuis sa création par le roi, membre du Bureau des Écritures, où il exerçait ses talents de paléographe. Dans la mouvance du courant d'intérêt philosophique et humanitaire du XVIII' siècle pour les infirmes, Valentin Haüy s'intéressa d'abord aux sourds-muets, et à l'oeuvre de l'Abbé de l'Épée. Il se pencha sur le sort des aveugles à la suite d'un choc émotionnel.

En 1771, à la Foire Saint-Ovide place Louis-XV (place de la Concorde) à Paris, il assista à une représentation singulière qui l'indigna : une dizaine de pensionnaires aveugles de l'hospice des Quinze-Vingts, affublés de vêtements grotesques, et portant des lunettes opaques, exécutaient au moyen d'instruments divers "une musique discordante qui semblait exciter la joie des assistants". Dès ce moment, Valentin Haüy se jura de faire lire et écrire les aveugles pour leur rendre leur dignité. En mai 1784, sous le porche de l'église Saint-Germain-des-Prés, il rencontra un jeune mendiant, Francois Lesueur, à qui il fit l'aumône. Le jeune homme lui fit remarquer qu'il avait dû se tromper en lui donnant une pièce trop grosse : "Vous avez cru me donner un sous tapé, et c'est un écu que vous m'avez donné ! Valentin Haüy fut frappé de la finesse du toucher chez ce jeune homme. "L'aveugle... ne connaît-il pas les objets à la diversité de leurs formes ? Se méprend-il à la valeur d'une pièce de monnaie ? Pourquoi ne distinguerait-il pas un ut d'un soi, un a d'un f, si ces caractères étaient rendus palpables ?- Valentin Haüy entreprit dès lors l'instruction de Lesueur.

Sa grande idée étant de faire lire les aveugles, il fit réaliser des caractères spéciaux, car ceux des typographes, trop petits, ne convenaient pas. Ces caractères étaient des lettres romaines de forme ordinaire mais de taille très supérieure, il s'en servit pour gaufrer des feuilles de papier cartonné. Avec ce matériel, Lesueur apprit à lire, composa des phrases, acquit des rudiments d'orthographe, et en disposant des chiffres dans un casier de bois, apprit les quatre opérations de base du calcul. Il fit de rapides progrès, et Haüy annonca le succès de son entreprise dès septembre 1784, dans le Journal de Paris, recevant ensuite des encouragements de l'Académie des Sciences.

En 1783, une société philanthropique avait ouvert un atelier de filature pour une douzaine d'aveugles qu'elle avait pris en charge; elle confia l'instruction de ses protégés à Valentin Haüy. En 1786, L'institution des Enfants Aveugles était née. Son but était d'instruire les élèves et de leur apprendre un travail manuel : travaux de filature et d'impression typographique en relief et en noir étaient au programme. Consécration suprême, le 26 décembre 1786, se déroula à Versailles la présentation au Roi et à la Cour des vingt-quatre pensionnaires que comptait alors l'institution.

Sous la Révolution, l'institution fut prise en charge par l'Etat, le 28 septembre 1791. Valentin Haüy participa activement à la vie politique de son temps, et connut des heures difficiles sous le Consulat. On lui retira la direction effective de son établissement devenu Institut des Aveugles Travailleurs, et il dut démissionner en 1802.

Il créa alors le Musée des Aveugles, sorte d'école privée pour aveugles étrangers. Parmi ses élèves, il eut Alexandre Fournier qu'il emmena avec lui en Russie. A l'appel du Tsar Alexandre Ier il partit en effet pour Saint- Pétersbourg en septembre 1806, afin d'y fonder malgré bien des difficultés, une école qu'il devait diriger pendant onze ans.

Rentré à Paris, où on l'avait presque oublié, en 1817, il connut de nouvelles déceptions. Ce n'est que quelques mois avant sa mort, qu'il reçut du nouveau directeur, le docteur Pignier, l'autorisation de pénétrer dans la maison qu'il avait fondée, et qui portait à présent le nom d'institution royale des Jeunes Aveugles. Le 21 août 1821, une cérémonie solennelle fut organisée en son honneur.

Infirme, ne quittant plus le domicile qu'il partageait au Muséum avec son frère l'abbé René-Just Haüy, il s'éteignit le 19 mars 1822. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Pages

Renaissance et Ophtalmologie


L'Ophtalmologie de la Renaissance



La Renaissance

Léonard de Vinci

Pierre Franco

Jacques Guillemeau

Ambroise Paré

 

Partant d'Italie, la Renaissance transforma la vie des hommes du XVè siècIe et au début du XVIè.

Elle coïncida avec de grands événements historiques qui permirent une extension des limites du monde connu. Les grandes explorations maritimes et la découverte de I'Amérique ouvrirent de nouveaux horizons; la prise de Constantinople par les Turcs ramena vers l'Occident des livres et des documents témoins de civilisations anciennes endormies ou méconnues.

Mais ce renouveau des connaissances et l'humanisme qui en résulta ne détermina pas, en médecine, une mutation aussi rapide et aussi complète. L'enseignement universitaire avec ses nécessite s et ses contraintes se poursuivit souvent dans la routine. Les affirmations des oeuvres de Galien resteront longtemps indiscutables et indiscutées.

Un fait majeur apparaît cependant. La valeur de plus en plus reconnue de l'observation amène à une libre discussion et à une analyse plus rigoureuse du phénomene scientifique. On assiste alors a un début d'esprit critique.

La dissection, dont les universités de Bologne et de Padoue permettaient l'exercice, va servir de point de départ à des recherches anatomiques nouvelles. Cela conduira à Vesale, dont le "De Fabrica"va devenir l'oeuvre de réference pour toutes les recherches anatomiques nouvelles.

La découverte, puis la rapide extension de l'imprimerie, apportera une aide essentielle pour la diffusion des idées et des faits. La libre circulation d'un pays a l'autre, l'incroyable propension aux voyages maIgre les difficultes et les dangers, réunirent vite chercheurs et étudiants dans les grands centres médicaux universitaires.

Paris ne jouit pas encore, du point de vue médical, de sa prévalence de Capitale. Montpellier, centre fameux depuis le XIIè siècle, poursuit son rôle attractif pendant toute la Renaissance. Le libéralisme de ses édiles et de ses maîtres, maintient son influence a l'époque de la Réforme. Le latin, langue véhiculaire, entretient ce monde intellectuel dans une atmosphere scientifique, amicale.

Surtout pour les grands maitres, au début de ce XVIè siècle, non encore marqué par les conflits religieux, le voyage en Italie constitue plus qu'un pélerinage aux sources.

 

La vie colorée, ensoleillee et aussi quelque peu déréglée du Sud de l'Europe, va cependant provoquer des réactions violentes des chrétiens qui, dans le Nord, ont soif de plus de rigueur et de recherche de vérité. La Réforme va transformer la Renaissance scientifique et lui apporter des dimensions et une qualité nouvelles.

Les guerres de Religion ou d'indépendance nationale vont marquer à travers le XVIè et le XVIIè siècle la vie des peuples et interviendront dans les transformations de la vie scientifique.

Et cependant, cette époque correspond à une véritable révolution dans la connaissance de l'homme et du monde. En ce début du XVIè siede, Léonard de Vinci, en butte aux tracasseries des médiocres et des jaloux, accepte l'invitation de François 1er et vient terminer sa vie en France auprès du Roi, apportant avec lui toutes ses oeuvres personnelles. Mais malheureusement, la somme de ses travaux anatomiques et de ses conceptions sur l'oeil et l'optique va longtemps rester méconnue.

 

Des ce temps, Copernic a conçu sa théorie sur tout le système astronomique. L'année où paraîtra enfin l'exposé de son oeuvre (1543) verra aussi publiée la Bible anatomique de la Renaissance: le célébre "De Fabrica", de Vesale.

Comment ne pas être impressionné par la conjoncture des dates? L'année ou meurt Vesale voit naître Galilée, et quand disparaît celui-ci, naît en Angleterre Newton.

Ces quelques noms seront pour le XVIè et le XVIIè siècles scientifiques, des phares illuminant la progression de la pensée.

Il faut, sur le plan medical, au début du XVIè siècle, reconnaître que les connaissances ophtalmologiques ont peu progressé. L'enseignement officiel professe toujours une anatomie oculaire inexacte. Le cristallin, au centre de l'oeil, reste le centre de toutes les émanations visuelles, et son rôle dans un système d'optique géométrique est totalement méconnu de la plupart maIgré plusieurs travaux arabes anciens. Léonard de Vinci cependant, imprègne à la fois de science mathématique et de souci esthétique, par l'observation et la dissection, est peut-être le premier à revenir à la réalité anthropologique et a un essai d'optique physiologique.

 

Il entreprend la dissection de l'oeil fixe dans du blanc d'oeuf coagulé par la chaleur et coupe en lames minces. Cela n'empêche pas d'éviter l'erreur de maI situer le cristallin, mais c'est le point de départ d'une schématisation des rayons se concentrant non pas sur la lentille, mais sur le pôle postérieur. Par le nerf optique, vers le haut, source cérébrale de l'Esprit, la lumière optique, "lumen'; deviendra la science de la connaissance, la "lux".

Ces considérations générales restées malheureusement inconnues pendant longtemps, ne correspondent en rien aux conceptions de I'époque en ce qui concerne l'optique et l'ophtalmologie.

La lunetterie restera l'oeuvre des empiriques et des charlatans. Elle n'apparaîtra pas dans l'étude systématique des fonctions visuelles, elle sera souvent incluse dans le cadre de phénomènes magiques plus ou moins répréhensibles car inexpliqués.

 

Si on veut résumer l'apport de l'ophtalmologie française de cette époque aux progrès scientifiques, il faut le résumer aux découvertes de quelques hommes. Peut-être le plus grand et le plus méconnu fut-il Pierre Franco. Pierre Franco, le Provençal, naquit à Turriers vers 1504, dans le département actuel des Alpes Maritimes. On ignore pratiquement tout de sa famille, de ses maîtres ou des écoles qui le formèrent on sait seulement qu'il était protestant et fut obligé de quitter la France à deux reprises pour éviter la persécution. Il trouvera en terre vaudoise, à Lausanne, le calme et la sérénité.

Mais c'est à Lyon et, en français, que paraissent deux petits livres qu'il écrivit en 1556 et 1561. Jusqu'à sa mort, 17 ans plus tard, il ne fit paraître aucune autre publication.

Le traite des hernies parut en 1561 il est suffisant pour assurer sa gloire.

Dans une étude remarquable que Koelbing lui a consacrée, le professeur d'Histoire de la Médecine de l'Université de Zurich met bien en valeur le caractère exceptionnel de sa contribution à l'ophtalmologie. La Suisse fut à cette époque une terre privilegiée pour la médecine, à la réunion des différentes cultures européennes. Elle conserve la langue française à Genève et à Lausanne mais se trouve à l'abri des désordres et des massacres qui ensanglantent la France. Les hommes comme Franco peuvent travailler et se perfectionner.

Certes, il pratique la chirurgie générale avec tout ce que cela comporte de dificultés et de souffrances. Mais dans son oeuvre, l'ophtalmologie est pour lui son travail de predilection et, en particulier, il considère l'opération de la cataracte comme la plus bénéfique de toutes. "Si j'étais place devant le choix de renoncer soit à l'exercice de cette partie, soit tout le reste de la chirurgie que m'a donné Dieu,je préfèrerais renoncer au reste, tantje connais I'opération de la cataracte comme étant une oeuvre extraordinaire ne présentant guère de difficultés presque sans douleur et d'une grande importance".

Dans son traite, le chapitre consacre à la cataracte est émaille de conseils très précieux ; Franco se veut pédagogue afin d'inciter les chirurgiens à une bonne technique.

Si on analyse son texte avec attention, on s'aperçoit que par expérience il situe parfaitement le point de pénétration dans l'oeil de l'aiguille au niveau de la pars plana réalisant ainsi, bien avant l'heure, la zone d'entrée idéale de la vitrectomie. Cela nous vaut le récit imagé de sa vaste expérience de chirurgien confronté avec toutes les situations les plus différentes et envisageant toutes les complications possibles. Il le fait avec l'accent de la vérité, de l'honnête homme désireux, non seulement de faire le bien, mais aussi de convaincre ses confrères et de susciter des vocations.

L'invocation à Dieu du calviniste Pierre Franco, pour permettre la réussite de l'entreprise, est bien dans la tradition de l'époque. La nécessite d'une chirurgie expérimentale sur les yeux d'animaux afin d'acquérir I'ambidextrie manuelle correspond au désir du Maître qui souhaite plus d'efficacité chez les jeunes opérateurs. Il conseille aussi très rapidement l'emploi de lunettes non seulement pour protéger les yeux mais aussi pour aider a une meilleure vision.

 

L'oeuvre de Pierre Franco n'a pas eu le retentissement voulu car elle se résume a ce traité qui, par la suite, fut éclipsé par les nombreuses publications chirurgicales d'Ambroise Paré et de ses élèves. Faisons remarquer qu'à cette époque, un suisse célèbre, Félix Platter, ancien élève de Montpellier, sera le premier à decrire correctement la position du cristallin et a donner un schéma optique valable. Il n'osera pas cependant conseiller à ses confrères, en raison de nombreuses complications, l'intervention de l'abattement du cristallin.

Son oeuvre, écrite avec une rare qualite littéraire, fait état du traitement de nombreuses affections oculaires depuis les traumatismesjusqu'aux tumeurs. Il est le premier à bien situer le cristallin par rapport aux autres éléments du segment antérieur. Mais il n'ose imposer ses vues pourtant très en avance sur son époque. Il faudra attendre le célèbre traité de Bartisch de 1583 pour voir, décrite et illustrée, l'ophtalmologie de la Renaissance.

 

Jacques Guillemeau (1544-1612)

Jacques Guillemeau est né à Orléans dans une famille d'habiles chirurgiens. Venu trèsjeune à Paris, à l'Hôtel-Dieu, élève d'Ambroise Paré, il dédie a son illustre Maître le premier traité d'Ophtalmologie français : "Des maladies des yeux qui sont au nombre de cent treize".

Dans plusieurs chapitres sont envisagés successivement l'anatomie de l'oeil et, sur le plan pathologique, les affections intéressant la totalite de l'oeil.

Les affections des muscles oculaires, des paupières, les inflammations et les pustules, les ulcères du globe, les cicatrices de la cornée, les maladies de l'uvée. Bien entendu, les fistules lacrymales ne sont pas oubliées et il faut retenir aussi tout un chapitre groupant tous les cas d'amaurose par lésions rétiniennes ou par des atteintes du nerf optique.

Guillemeau a laissé un nom en médecine par son oeuvre gynécologique importante. Pour nous autres, il est le premier français a avoir réuni dans son traite un nombre important d'affections de l'oeil. Peut-être faut-il aussi remarquer que la relation de l'ophtalmologie avec la gynécologie, aussi discutable qu'elle soit, s'est poursuivie longtemps après, puisque le premier numéro des Annales d'Oculistique, paru le 1er août 1838, était intitulé: "Annales d'oculistique et de gynécologie".

 

En fait, le premier livre français d'ophtalmologie avait été écrit par Ambroise Paré, aidé de Cappel, docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris. La finalité du sens de la vue semble évidente à l'homme qui avait écrit 'je le pansai, Dieu le guérit".

"Dieu a l'homme a donne la face en haut
et lui a ordonne de regarder
l'excellence des cieux
et élever aux étoiles ses yeux".

Si le traitement des plaies de l'oeil est contenu dans le huitième livre de ses oeuvres completes, avec les différentes plaies du corps, c'est dans le quinzième livre que sont envisagees les fameuses cent treize maladies répertoriées suivant une classification méthodique par le grand chirurgien français de la Renaissance.

L'énorme pratique chirurgicale acquise au cours de la vie dangereuse de ce chirurgien de guerre, le conduisit a confronter son expérience à des notions livresques insuffisantes. Son grand traité, paru en français dans de multiples éditions, permit à son auteur d'être considéré non seulement comme le père de la chirurgie, mais aussi comme le père de l'ophtalmologie française.

 

La gravure célèbre qui le représente avec Vesale au chevet d'Henri Il mourant d'une plaie transorbitaire, illustre bien la notoriété que cet autodidacte, devenu le chirurgien de tous les Rois de France, avait su acquérir aupres des plus grands de son temps.

Après lui, tous les traités faisant référence à son oeuvre, aborderont non seulement l'anatomie mais aussi la pathologie oculaire. Un des plus célèbres fut le traité de Dulaurens, professeur à Montpellier et premier médecin d'Henri IV

Un peu plus tard, Castres, petite ville du Tam où siège la Chambre de l'Edit, a le privilège d'avoir dans ses murs plusieurs personnages de haute qualité. C'est d'abord le médecin Pierre Borel, membre de l'Académie des Sciences, qui fut parmi les premiers à reconnaître que la cataracte est en fait une opacité du cristallin et l'un des premiers aussi à exposer ses résultats d'examen des tissus au microscope.

C'est Jean Vigier, chirurgien à Castres, qui fait paraître un traité des Tumeurs a Lyon en 1656-1659, en y insérant un chapitre ophtalmologique. Et c'est surtout le juge Pierre de Fermat, mathématicien de génie dont nous retrouverons un peu plus tard les travaux considérables sur la réfraction.

 

Quelques esprits lucides reconnaissent deja au XVIIè siècle le rôle essentiel de I'opacification du cristallin dans la formation de la cataracte.

C'est Rémy Lasnier, Quarre, Rolfinck, Gassendi, sur le plan chirurgical mais c'est aussi Kepler dans sa démonstration de la dioptique oculaire, c'est Mariotte qui, des 1668, éliminera le cristallin de toute fonction visuelle et préconisera son abattement dans la cataracte.

La fin du siècle sera marquée par les travaux d'hommes remarquables comme Méry ou Maître-Jan.

Une expo à Marseille


Expo:


Le patrimoine médical de Marseille


 


 


Du 22 octobre au 27 novembre 1999


"2600 ans d'Histoire"

L'association des Amis du Patrimoine Médical de Marseille vous a proposé de faire revivre certains épisodes du passé, à travers des documents, photos, tableaux et instruments anciens.

L'affiche de l'exposition représentait le célébrissime Jacques Daviel opérant la cataracte de l'Ermite d'Eguilles. Il réalisa la première extraction de la cataracte en 1745.

Renseignements : Maison de l'Artisanat et des Métiers d'Art,
21 cours d'Estienne d'Orves 13001 Marseille
Tel 04.91.54.80.54 Du mardi au samedi de 13h à 18h.

 

Histoire de l'ophtalmologie vétérinaire


Histoire de l'ophtalmologie vétérinaire

 

La page est un peu lourde :-)

Nous remercions particulièrement le Professeur Francis Lescure, de l'Ecole Vétérinaire de Toulouse (France), qui nous a permis de résumer ici un siècle d'ophtalmologie vétérinaire. Il existe peu de documents qui évoquent ce sujet.

 

Chronologie

Les papyrus de l'Ancienne Egypte évoquent déjà les maladies oculaires des chiens ou du bétail, il y a 4000 ans.

Plus tard les Grecs décrirent également des pathologies, principalement dans Hippiatrica. Le plus célèbre de ces auteurs fut le vétérinaire Apsyetus.

Entre les années 450 et 510 avant JC, huit chapitres des maladies oculaires du cheval, avec leurs traitements, furent traduits du Grec en Latin par Publius Vegetius Renatus dans le livre Artis Veterinariae sive Mulomedicinae.

En 1250 un texte (Ippiatrics) écrit par Giordano Ruffo fut écrit sur les maladies oculaires du cheval.

En 1266 le livre ippiatrica Mulomedicinae, écrit par Theodorico Borgognoni, décrivait aussi les maladies oculaires des chevaux.

En 1819 c'est Francisco Toggia qui présente les différentes causes de cécité du cheval. Les italiens sont donc très présents dans cette période ancienne.

Le vétérinaire J.Carver publia en 1818 l'ouvrage The Farrier Magazine dont 46 pages étaient consacrées aux maladies des chevaux (The Pathology of the Horse's Eye). Le document était aussi appelé The Archives of Veterinary Science. Il écrivait pour "les étudiants et les autres personnes désirant connaitre les maladies et savoir comment fonctionnait un oeil de cheval".

Carver écrivit que les 'ophtalmies' des chevaux étaient principalement dues au mauvais état des écuries qui étaient sales, mals ventilées et peu entretenues; il accusait aussi la sous alimentation des chevaux. Richard Peters en 1813 s'éleva contre l'excision de la troisième paupière des chevaux.

Un célèbre livre de 1687 (Londres) The anatomy of the Horse, décrivit avec précisions l'oeil du cheval :

Anatomy of the Horse, Andrew Snape, 1687
Anatomy of the Horse, Andrew Snape, 1687

Les premiers examens du fond d'oeil furent faits par le physiologiste tchèque Johannes Purkinje (1787-1869) qui décrit ainsi son expérience de 1823: "Quand j'observais l'oeil d'un petit chien d'une certaine direction, cette lumière semblait me revenir, jusqu'à ce que je découvre que la lumière se réfléchissait à l'intérieur de l'oeil et revenait.Quand l'expérience fut répétée sur des hommes, le même phénomène se produisit: vraiment, l'ensemble de la pupille s'éclairait d'une belle couleur orange."

En France

Urbain Leblanc(1797-1871) fut diplomé de l'Ecole Vétérinaire de Maison Alfort en 1818. Son premier traité sur les maladies oculaires des animaux fut présenté en 1824. Son ouvrage traduit en allemant en 1825 s'appuyait sur l'ophtalmologie humaine. Par la suite il s'investit dans de nombreux travaux et collabora au journal "Veterinary Journal of Theory and Practice" (1830-1835).

Urbain Leblanc

 

Eugène Nicolas était un militaire vétérinaire qui présenta en 1914 son livre "Veterinary and Comparative Ophthalmology". Il fut traduit en anglais par Henry Gray. Par la suite, son accession au poste de directeur d'Alfort lui fit délaisser l'ophtalmologie.

Eugène Nicolas

Traitements

Les médicaments utilisés pendant des dizaines d'années furent l'acide borique à 2%, le nitrate d'argent, le sulfate de zinc et l'oxyde de mercure (blépharite, conjonctivite, opacités cornéennes).Les cycloplégiques habituels ont été utilisés depuis longtemps, que ce soit l'homatropine ou l'atropine. La cocaïne était utilisée pour dilater la pupille en vue d'un examen du fond d'oeil. Les myotiques étaient l'ésérine et la pilocarpine.

Les instruments chirurgicaux rencontrés permettaient des opérations de cataracte, de glaucome, ou plus souvent, des énucléations qui pouvait aboutir à la mise en place de prothèses oculaires chez les chevaux.

Instruments d'ophtalmologie vétérinaire
Instruments d'ophtalmologie vétérinaire (XVIIIème siècle)


Les livres

Selon Saunders et Rubin, le premier livre d'ophtalmologie vétérinaire fut le "Traité des Maladies des Veaux" d'Urbain Leblanc en 1824. D'autres textes furent publiés par la suite comme "Handbuch der Veterinär Ophthalmologie für Thirärzte" de l'allemand Johann Friedrich Müller (1847).

L'auteur américain G.G.Van Mater publia en 1897 le livre "Veterinary Ophthalmology".

Un texte intéressant fut le livre "The Vertebrate Eye and its Adaptive Radiation" du Pr Walls (1942). En 1965 Magrane présenta "Canine Ophthalmology".

Evolution de la spécialité

En France Le professeur Francis Lescure (Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse) créa la Société Française d'Ophtalmologie Vétérinaire (SFOV) en mars 1980.Le professeur B.Clerc était le premier secrétaire de la Société.

Le Groupe d'Etude des Maladies Oculaires (GEMO) fut créé en octobre 1981 par B.Clerc. Le premier secrétaire était G.Rosas. Ce groupe fut formé au sein de la National Conference of Veterinary Specialists of Small Animals (CNVSPA).

Le professeure Lescure reçut son diplôme de vétérinaire en 1951 et a publié plus de 25 articles sur l'ophtalmologie vétérinaire. Il est spécialisé dans l'étude de l'anatomie de la chambre antérieure du chien et a publié dès 1963 des séries de goniophotographies. Il s'est aussi intéressé aux angiographies, électrorétinographies et aux rétinopathies de l'animal. Après la création de la SFOV, il fut Président de la Société Européenne d'ophtalmologie vétérinaire en 1983.

Le professeur Bernard Clerc, diplômé de l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort en 1965, permit une évolution importante de la spécialité. Son livre "Ophtalmologie Vétérinaire" est très brillamment illustré (1981).

Actuellement la Société Française d'Etudes et de Recherches en Ophtalmologie Vétérinaire (SFEROV) est très active en France. Des échanges fructueux avec les ophtalmologistes humains permettent à tous de progresser dans la connaissance.

Des sites internet peuvent donner également des informations comme l'American Society of Veterinary Ophthalmology ou la page Web Sites of Interest to Veterinary Ophthalmologists.

Bibliographie

1971 - Veterinary Ophthalmic Pharmacology and Therapeutics; K. N. Gelatt, Vet. Med. Publishing Ine., Kansas City.

1971 - Stereoscopic Atlas of Clinical Ophthalmology of Domestic Animals; H. E. Jensen, C. V. Mosby Co., St. Louis.

1972 - Oftalmologi Kompendium; G.Tufvesson, Veterinarmedicinska Foreningen, Stockholm.

1973 - Stereoscopic Atlas of Ophthalmic Surgery of Domestic Animals; H. E. Jensen, C. V. Mosby Co., St. Louis.

1973 - Augenkrankheiten der Haustiere; Vera Schmidt, Humbolt University, Berlin, Ferdinand Enke Verlag, Stuttgart.

1973 - Atlas of Veterinary Ophthalmic Surgery; S. Bistner, G. Aquirre and G. Batik, W. B. Saunders Co., Philadelphia.

1975 - Current Techniques in Small Animal Surgery, contained a rather extensive section, The Eye, written by a number of veterinary ophthalmologists, Lea and Febiger, Philadelphia.

1975 -The Eye and Veterinary Practice; J.R. Blogg, V.S. Supplies, North Melbourne.

1976 - Veterinary Ophthalmology Notes; G. A. Severin, Colorado State University Press.

1978 - Veterinary Ophthalmic Pharmacology and therapeutics; Vet. Med. Publishing Co.

1981 -Fundamentals of Veterinaty Ophthalmology; D. H. Slatter, W B. Saunders, Philadelphia.

1981 -Ophtalmologie Vétérinaire, B. Clerc, Du Pont Veterinaire, Alfort.

1981 - Veterinary Ophthalmology; K. N. Gelatt, editor, Lea and Febiger, Philadelphia. This text was written by twenty two contributors. Its objective was to collect and distill into one refèrence the world literature on the known diseases and surgery of the eye and orbit of domestic animals. This was accomplished by providing in-depth information on ophthalmic diseases and surgery in the dog, cat, horse, food and laboratory animals.

1983 - Comparative Ophthalmic Pathology; R. L. Peiffer, C. C. Thomas, Springfield, 111.

1983 - Equine Ophthalmology; Issue of Equine Veterinary Journal, edited by K. C. Barnett, P. D. Rossdale, J. F. Wade.

1983 - Veterinére Oogchirugie; (Veterinary Eye Surgery), S. W Petrick, University of Pretoria, South Africa.

1984 -Large Animal Ophthalmology; Veterinary Clinics of North America.

1986 -The Eye in Veterinary Practice Vol. III, J. R. Blogg, Chilcote Publishing, Malvern, Australia.

1987 - Handbook of Equine Ophthalmology; J. D. Lavach, Giddings Studio Publishing.

1987 - Manual of Small Animal Ophthalmology; M. Wyman, Churchill Livingstone Inc., New York.

1988 - A History of Veterinary Ophtalmology; W.G. Magrane

La couleur au fil des siècles


La couleur au fil des siècles

 


"Une couleur ne brille que dans un certain environnement,
de la même façon que les yeux ne sourient que dans un visage."

Ludwig Wittgenstein, philosophe

 

Introduction

Aborder l'Histoire des couleurs est difficile. Nous espérons que le lecteur sera tenté par les livres qu'on lui propose à la fin. Il faut se plonger dans Poétique & Société des Couleurs, ou dans A history of Color pour sentir qu'il s'agit là d'un monde passionnant et complexe. Nous ne ferons qu'effleurer le sujet.

Nous allons nous tourner vers La grotte Chauvet pour apercevoir les premières peintures humaines colorées, et nous terminerons en évoquant les personnages virtuels de notre présent.

Préhistoire

Dans le noir d'une faible lumière on se rend compte du pouvoir de la couleur et de son impact sur l'esprit des artistes.

Grotte Chauvet
Grotte Chauvet
Main négative rouge et contour partiel de mammouth
30.000 ans

Il y a plus de 15000 ans des groupes d'hommes ont laissé l'empreinte de leur passage dans de nombreuses grottes de France ou d'Espagne. On retrouve leur art au travers des peintures qu'ils laissèrent sur les parois ou les plafonds. Le Grand Panneau d'Altamira regroupe de nombreux bisons polychromes rouges et noirs. Ce travail magnifique fut réalisé grâce à un mélange de gravure et de peinture. Cette dernière fut possible car l'artiste utilisa différents pigments. Les deux couleurs qui prédominent nettement sont le rouge et le noir.

Le rouge provient d'un oxyde de fer appelé hématite qu'on trouve à l'état naturel dans le sol. Le noir est issu du charbon de bois ou d'os, du charbon minéral ou bien de l'oxyde de manganèse. Ces pigments étaient mélangés avec un matériau incolore, la charge, pour donner une certaine consistance, faciliter l'étalement sur la paroi et améliorer la conservation. Cette charge était de l'argile, du talc ou des feldspaths. Un liant à base de graisse ou d'eau était généralement nécessaire pour améliorer la qualité du mélange.

Ces pigments étaient appliqués sur les parois grâce à l'utilisation de pochoirs, de pinceaux en poils d'animaux, ou bien seulement avec la main.

Ces fresques colorées avaient peut-être des propriété chamaniques, comme le décrit le Pr Jean Clottes dans "Les Chamanes de la préhistoire" Seuil. On les retrouve souvent en effet dans des grottes peu fréquentées par les hommes de l'époque, parfois dans des zones difficilement accessibles. Il n'y a que très peu de représentations humaines, elles sont surtout animales. On peut imaginer qu'elles avaient une fonction magique, pour faire venir le gibier, ou pour remercier des divinités par exemple.

Ils utilisaient aussi des pigments divers pour peindre leurs corps de jaune, rouge, noir ou blanc. Les hiéroglyphes de Denderah évoquent les teintures du lin dans les trois couleurs des étoffes sacrées, le vert, le pourpre et le bleu.

Antiquité

La Mythologie et l'Antiquité sont dirigées par les couleurs.

L'Egypte entre bleu et vert, entre Nil et papyrus

Les Egyptiens utilisaient beaucoup de couleurs pour peindre leurs tissus, leurs temples et leurs sarcophages. L'Egypte est en effet le pays de la couleur, bien que l'aspect extérieur actuel des temples ne gardent que peu de souvenirs de ce temps. "Il n'existe pas d'art pharaonique sans couleur".

Deux couleurs dominent l'Art égyptien, le bleu et le vert égyptiens.

En plus de la poudre de lapis-lazuli qui donne un bleu profond, les Egyptiens se servaient d'un colorant bleu dont le secret de fabrication était transmis de bouche à oreille, le bleu égyptien.

Ce colorant correspond à la cuisson dans des fours de potier, pendant plusieurs heures, de mélanges de silice, de produits calcaires, de cuivre et d'un fondant, à l'époque le natron (sesquicarbonate de sodium naturel). C'est sans doute le premier colorant synthétique fabriqué par l'homme, il y a environ 4500 ans. Il s'agit d'un silicate double de calcium et de cuivre. En fonction du chauffage l'intensité des bleus est variable, s'étendant du bleu pâle au bleu le plus sombre. Le pigment est ensuite broyé et était étendu sur les sarcophages ou les murs. L'intensité du broyage va aboutir à des tons différents de bleus, et les artistes égyptiens l'ont bien compris et utilisé. Ils ont parfois joué avec les différentes tailles des particules de broyage, pour donner des aspects différents.

Le bleu est le souffle divin et décore donc la coiffure de ceux qui sont partis dans l'Eternité. Ces décorations sont fréquentes dans les tombes et sont encore aujourd'hui toujours éclatantes et coruscantes.

Le prince Amon-Her-Khopechef
Le prince Amon-Her-Khopechef

 

Aux pigments déjà évoqués, ils ajoutaient le vert de la malachite (carbonate naturel de cuivre) qui est une pierre d'un beau vert diapré. La couleur verte est associée à la végétation, à la vie qui renaît, et donc à la renaissance. Un visage peint en vert annonce la résurrection. La seule couleur verte des amulettes suffit à protéger celui qui la porte.

Le vert égyptien était fabriqué comme le bleu égyptien, mais en changeant les proportions des composants, avec un appauvrissement en cuivre et un enrichissement en sodium. Le pigment obtenu est un mélange de restes cristallisés siliceux (quartz, tridymite ou cristobalite), de parawollastonite et d'une phase amorphe majoritaire qui confère la couleur au pigment.


La déesse Mout
coiffée de la double couronne

 

La Grèce

L'aurige de Delphes
L'aurige de Delphes

Les 15537 vers de l'Illiade racontent comment la belle Hélène, quittant Mycènes pour Troie, avait reçu de sa mère "un voile à bordure d'acanthe de couleur de safran". Plus tard, Enée, arrivant à Carthage, offrit à la reine Didon ce voile, sauvé des ruines de Troie.

Nous pourrons évoquer les yeux pers de la déesse Athéna, qui protège Ulysse. Celui-ci sera charmé, dès son arrivée à Ithaque, par Nausicaa aux bras blancs , fille d'Alkinoos:

"Après vingt jours, je n'ai pu que hier échapper à la mer couleur de lie de vin.../...Enfin, lorqu'il se fut baigné le corps entier et frotté d'huile fine, il revêtit les habits que lui avait donnés cette vierge sans maître. A ce moment Athéna, née de Zeus, lui donna de paraître et plus grand et plus fort, et fit tomber de sa tête des boucles de cheveux aux reflets de jacinthe".

Empédocle d'Agrigente (490-435 av JC) fut le premier philosophe grec à écrire des textes sur la couleur. Pour ce philosophe poète et médecin, tout était en relation avec les quatre éléments fondamentaux, le feu, l'eau, l'air et la terre. La grande inconnue d'époque était de savoir si la vision était un phénomène actif, les yeux lançant des rayons de vision, ou bien si c'était un phénomène plus passif, les yeux recevant des images du monde extérieur. Il essaya d'adopter les deux théories simultanément, considérant l'oeil comme un récepteur mais aussi comme une lanterne qui diffuserait des ondes.

En rapport avec les quatres éléments, il décrivait quatre couleurs fondamentales, le noir, le blanc, le rouge et le vert.

Platon plus tard adhéra à l'idée d'Empédocle. Pour lui la lumière était métaphysique. Il appelait le soleil "le fils de Dieu" et il considérait les yeux comme alliés du soleil.

Rome

Cette époque est dominée par l'utilisation du coquillage murex et purpura pour obtenir la couleur pourpre très recherchée par les romains. C'est le dérivé dibromé en position 6 et 6' de l'indigo. Il faut 12000 murex pour extraire 1,4 g de colorant. La ville de Tyr, en Phénicie, était célèbre pour sa pourpre :"La pourpre tyrienne deux fois teinte, d'un éclat merveilleux" (Fénelon).

Pline (1er siècle) nous en parle dans son « Histoire Naturelle ». Cette couleur est si précieuse qu'elle est déclarée "Color Officialis" et qu'elle correspond alors au pouvoir. L'empereur Néron ordonne la peine de mort et la confiscation des biens pour celui qui porterait ou même achèterait de la pourpre impériale. Des héritiers de l'empire porteront le surnom de porphyrogénète (né dans la pourpre). La chute de Byzance en 1453 marque de manière symbolique la fin du Moyen-Age et la fin de la pourpre.

La "Domus Aurea" (la maison dorée) fut construite par l'Empereur Néron après l'incendie de Rome en 64, à la place de la Domus Transitoria . Cette immense demeure romaine regroupait de nombreuses salles aux peintures superbement colorées :

Domus aurea
Triptolème est confié à Déméter
Domus Aurea    Voûte d'or de la chambre 21

Pompéi, ensevelie par le Vésuve le 24 aôut 79, est aussi célèbre par la couleur rouge des murs de ses demeures. Ce rouge pompéien donne un aspect très attrayant à ces habitations. Ce rouge sang provient du cinabre (sulfure de mercure) qu'on a réduit en poudre qui donnera le rouge vermillon. Ce cinabre vient de la mine d'Almaden en Espagne (province de Ciudad Real). Il coûtait alors très cher et n'était utilisé que dans les demeures de grande classe.

Böcklin évoque ces peintures en disant: "Considérés à l'époque comme des artisans, les peintres de Pompéi furent pourtant de plus grands peintres que ceux du quinzième et du seizième siècle. L'on ne peut qu'admirer la légèreté et la beauté de leurs oeuvres, des compositions au sein desquelles chaque élément rentre en résonance avec les autres; et l'on ne peut que s'étonner de leur connaissance approfondie des moyens picturaux...".

Pompéi La villa des mystères
Pompéi La villa des mystères

On oppose à la couleur pourpre de l'Empire romain (color officialis), la couleur barbare (caeruleus color) des barbares. Ce bleu foncé était tiré du guède, une plante (isatis tinctoria), dont les Bretons et les Celtes se peignaient le corps pour apparaître redoutables au combat, telles des "armées de spectres" (Tacite). Ce guède est le pastel qui fera prospérer des siècles plus tard, la région de Toulouse (France).

Cette couleur bleue était déconsidérée pendant toute la période romaine et il faut attendre la fin du XIIème siècle pour la voir adopter par les puissants. Les mots évoquant le bleu sont principalement d'origine arabe et non latine ou grecque, par exemple azur vient de l'arabe lâzaward.

Guerrier écossais utilisant le guède bleu
Guerrier écossais utilisant le guède bleu

Le Moyen Age

Les peintres qui brillaient du Moyen-Age au XVIIème siècle n'utilisaient que des pigments naturels pour leurs tableaux, et peu de ces couleurs tenaient à la lumière. La plupart des couleurs qu'on trouve dans la nature ne supportent pas la lumière et fanent. Certaines purent tout de même être utilisées. C'est ainsi qu'on a vu apparaître de magnifiques icônes qu'on peut admirer dans tout le monde orthodoxe.

La basilique Saint-Marc (Venise Italie)
La basilique Saint-Marc (Venise Italie)


Il faut pénétrer dans la basilique Saint-Marc à Venise pour percevoir l'éblouissement procuré par les mosaïques des coupoles. L'or des murs se projette sur les visiteurs. De nombreuses icônes décorent l'intérieur, souvent amenées de Constantinople avec le butin de la IVème croisade (1204).

Cette époque de la chevalerie avait découvert l'azur et l'or qui fut associé aux couleurs chrétiennes. Ces couleurs correspondent alors au commandement et la dignité d'un rang élevé de celui qui les porte. Ainsi la couleur bleue est réhabilitée et va représenter le royaume de Dieu. Ce sera l'heure de gloire du pastel.

Le pastel bleu est une coloration issue d'une plante (isatis tinctoria) qui a fait la fortune de bien des personnes. La région de Toulouse était très célèbre pour cette production (Lauragais & Albigeois), et bien des hôtels particuliers de la ville doivent leur existence au pastel. Mais le cycle de préparation du pastel est très long, plus de deux ans environ et sa préparation est complexe. Les feuilles ne contiennent qu'un précurseur du colorant

Gaston Phébus, Comte de Foix
Gaston Phébus, Comte de Foix


C'est au fond d'une prison de Gênes que nous trouvons le vénitien Marco Polo, en 1298, qui va raconter ses extraordinaires aventures aux confins du monde connu. Il constitua ainsi un célèbre ouvrage qui s'appelle le livre des Merveilles. Il en reste une centaine de manuscrits dans toutes les langues romanes.

Marco Polo, y raconte que le colorant appelé Indigo qu'on recevait d'Inde sous forme de blocs bleus et qu'on a longtemps cru issu d'un ément minéral, provient d'une plante.

 

Le livre des merveilles
Le livre des merveilles
Marco Polo 1271


Il raconte ce qu'était l'île d'Ormuz où "les marchands y viennent de l'Inde avec leurs nefs, y apportent épiceries de toutes sortes, pierres précieuses, perles et draps de soie et d'or et d'autres différentes couleurs, dents d'éléphants et maintes autres marchandises (chapitre XXXV)".

Cet indigo sera utilisé pour teindre les tissus d'un bleu profond.L'utilisation de l'indigotier (Indigofera tinctoria), beaucoup moins cher que le pastel, va signer l'arrêt de mort de cette industrie européenne et va supplanter facilement le pastel qui disparaitra en 1562.

On connait depuis longtemps un colorant rouge issu de la racine de la garance, qui est une plante herbacée (rubia tinctoum) des régions chaudes et tempérées. On s'en sert pour l'armée à partir de 1835 "Les pantalons garance de l'ancienne infanterie de ligne." La garance contient un colorant assez résistant dérivé de l'anthraquinone, l'alizarine. Il fallait récolter les racines, les broyer et les bluter pour en extraire le colorant, on disait que la garance était robée.

On utilisait aussi le kermès qui est un insecte situé sur les chênes qui donne le rouge écarlate. Le carmin issu des cochenilles du nopal, la sépia produite par la sèche et le jaune indien tiré de l'urine de vaches nourries avec des feuilles de manguier faisaient partie de la palette utilisable.

Le jaune provenait de plantes comme le genêt, la gaude ou la sarrette des teinturiers. Cette couleur est celle de l'opprobre et est imposée aux juifs et aux sarrasins par les autorités ecclésiastiques.

Le Nouveau Continent découvert par Christophe Colomb recèle de nombreuses couleurs inconnues comme le bois de campêche (noir-violet), le mûrier ou le rocou (orangé-rouge). La cochenille va détrôner le kermès.

La peinture, dans les siècles, suivait certaines règles. Comme l'écrivait Du Fresnoy en 1673 dans son livre "Art de peinture", il faut distinguer la couleur qui consiste à appliquer des teintes comme le font les teinturiers et le coloris qui est l'intelligence des couleurs. "Les peintres qui ne sont pas coloristes font de l'enluminure et non de la peinture" écrivait Delacroix.


Léonard de Vinci racontait ainsi ce qu'était pour lui la peinture:

Contrairement au sculpteur "enfariné de poudre de marbre, semblable à un boulanger", le peintre est assis "très à l'aise devant son oeuvre, [...] bien vêtu, agitant un pinceau léger avec des couleurs agréables, et il est paré de vêtements à son goût [...] et souvent, il se fait accompagner par la musique ou la lecture d'oeuvres belles et variées...".

Dans son tableau Sainte Anne et la Vierge, on perçoit bien la couleur bleue des parties obscures des montagnes "montrant leur vraie forme et couleur" à mesure qu'elles s'élèvent.

Le peintre s'intéresse beaucoup à la perception des couleurs, dans son livre inachevé Sulla pittura, qui explore la réalité des ombres et des lumières.


Sainte Anne et la Vierge (1452-1519)
Léonard de Vinci

 

Titien, à Venise, selon la belle formule de Hetzer "a remis la couleur sur les épaules de l'Art" et a inséré la pourpre vénitienne dans la fuite éperdue des perspectives.

Le "fondateur des coloris européens" utilise dans sa peinture des éléments provenant de son Maître, Giovanni Bellini, comme les couchants orangés de l'horizon, représentant le dernier souvenir de l'or des mosaïques de Saint Marc.

Il n'oubliera pas non plus le disciple hérétique de Bellini, Giorgione qui donnait l'exemple scandaleux de la pose de couleurs sur la toile sans dessin préalable !! Ce procédé était réprouvé par le chroniqueur de l'époque, Vasari, au nom du disegno et de l'étude de l'antique, mais il reconnaissait que le peintre reproduisait "la fraîcheur de la chair vivante".

Titien Portrait du Doge Andrea Gritti 1544-1545
Titien Portrait du Doge Andrea Gritti 1544-1545


Rubens s'est constitué sa gamme de coloriste en copiant les maîtres italiens. Après avoir rompu ses activités de diplomate de l'Infante (pour "rompre les liens dorés de l'ambition") il se consacra entièrement à sa peinture.

Nous ne ferons qu'évoquer Vermeer dont la démarche excella dans l'analyse de la lumière colorée. "Pure contemplation, elle va au delà de toute description du réel dans une quête d'un principe divin, essence de la natura naturans de Spinoza".

Delacroix fut un grand expérimentateur de couleurs et dans son atelier il passait beaucoup de temps à "masser avec la couleur, comme le sculpteur avec la terre, le marbre ou la pierre". Sa réalisation du plafond d'Apollon comptait 28 couleurs primaires, dont huit jaunes différents. Il note dans son journal des nuances qu'il est le seul à pouvoir traduire en peinture : demi-teinte gris opale irisée, orange et vert émeraude, vert rose chaud, reflets orangés verdâtres violâtres.

L'arrivée des colorants artificiels

En 1856, un jeune chimiste, William Henry Perkin (1838-1907) essaya de synthétiser la quinine pour combattre le paludisme qui touchait les troupes anglaises stationnées en Inde. Ces essais l'amenèrent à oxyder un dérivé de l'aniline, l'allyltoluidine. Il obtint un précipité rouge-brun qui n'avait rien à voir avec la quinine mais qui éveilla la curiosité du chimiste.

ll venait de découvrir un colorant de bonne qualité pour les textiles, qu'il appela pourpre d'aniline, ou mauvéine. Ce fut la gloire et la richesse pour Perkin. Il venait d'inventer le premier colorant synthétique utilisable par l'industrie.

La reine Victoria porta une robe de soie mauve lors de la Royal Exhibition de 1862, et un timbre fut édité (le lilac penny), dans les mêmes tons. Ce fut la consécration pour le chimiste. L'impératrice Eugénie mit cette couleur à la mode car le mauve s'accordait bien à la couleur de ses yeux. Cela devint en France la couleur favorite de cette époque Napoléon III.

William Perkin invente la mauvéine
William Perkin, qui inventa la mauvéine en 1856


L'Allemagne pris le relais et développa une très importante industrie de chimie organique et synthétisa différents colorants. La France ne croyait pas dans le développement de cette chimie, ce qui entraîna un retard majeur. Berthelot ne croyait pas aux atomes, ce qui fut catastrophique pour l'industrie française.

Les chimistes allemands (société BASF) réussirent ainsi à synthétiser l'alizarine (de la garance) et inondèrent le marché avec ce produit de synthèse. Le gouvernement français soutint les producteurs de garance, mais il dut se rendre compte assez vite de la grande supériorité du produit de synthèse, beaucoup moins cher. En 1878 ils produisaient 500 tonnes de garance, alors que le produit de synthèse correspondait à 30.000 tonnes.

Ce sont toujours les chimistes allemands qui réussirent à synthétiser l'indigo, ce qui ruina toutes la filière de l'indigo naturel. La société BASF refit avec les anglais ce qui était arrivé aux français avec la garance. L'indigo de synthèse envahit le marché, malgré les efforts du gouvernement anglais pour privilégier l'utilisation de l'indigo naturel. Il est impossible de lutter contre le progrès. En 1897 l'Angleterre commercialisait 10.000 tonnes d'indigo naturel et l'Allemagne 600 tonnes d'indigo de synthèse. En 1911 les chiffres devinrent 870 et 22.000. Le colorant de synthèse avait vaincu. Actuellement la toujours présente société BASF détient 40% de la production mondiale.

En 1864, Eugène Chevreul publia Des couleurs et de leurs applications aux arts industriels, livre dans lequel il répertoria 14400 tonalités chromatiques des colorants naturels ou artificiels (aniline, mauvéine, alizarine, fuchsine, méthylène).

Un jeune allemand étudiant en médecine, Paul Ehrlich, trouva un peu par hasard de nouveaux médicaments en étudiant les colorants de bactéries. Il remarqua que certains étaient spécifiques et développa un colorant bactéricide appelé Salvarsan qui fut utilisé pour traiter la syphilis. Il était efficace, mais sa structure moléculaire était très différente de ce que pensait Ehrlich. Peu importe. L'étude des colorants ayant une forte affinité pour les protéines et susceptibles de détruire les germes, aboutit à la découverte des sulfamides, qui furent des médicaments majeurs pour la lutte contre les infections.

Au XIXème siècle les impressionnistes profitent des pigments de synthèse. Les prix diminuent beaucoup puisque le bleu outre-mer coûte dix fois moins cher que le lapis-lazuli.

Les impressionnistes apprécient souvent ces pigments nouveaux issus de la chimie moderne, qui donnent des couleurs éclatantes.

Altération des couleurs

Dans l'art pictural on note souvent une dégradation sévère des pigments à cause de phénomènes physico-chimiques multiples. Les ultra-violets de la lumière, l'oxygène de l'air et l'humidité du support délavent souvent les teintes et dégradent les oeuvres d'art.

L'humidité est responsable par exemple, de l'altération de la Dernière Cène de Leonardo da Vinci. Pour peindre vite, le Tintoret à Venise, utilisa une matière qui contenait un pourcentage trop élevé de baume de Venise Il pouvait ainsi utiliser une peinture de bonne fluidité, mais cela entraîna un obscurcissement progressif, avec le temps, de certaines parties des tableaux.

Il y a tout de même quelques supports qui sont considérés comme quasiment insensibles au temps qui passe, les oeuvres exécutés sur des supports vitreux, comme les vitraux, les émaux ou les mosaïques. On peut citer aussi les peintures dans des matières mates non vernies, comme dans les tombeaux égyptiens, les enluminures des livres restés fermés, ainsi que les pastels, gouaches ou aquarelles restées à l'abri de la lumière.

Les matières à l'origine des changements de couleurs des tableaux sont surtout les vernis, les huiles siccatives et les baumes. Les vernis deviennent jaunâtres et modifient l'aspect général du tableau.

Rubens connaissait ces problèmes. Au moment d'expédier à Florence Les Maux de Guerre à son collègue Suttermans, il lui recommande "d'exposer le tableau au soleil et de l'y laisser avec des intervalles" car "les blancs pourraient jaunir légèrement".



Original de Gauguin

Copie d'un élève


Dans l'exemple ci-dessus on voit un fragment du tableau de Paul Gauguin "Dans les lys" qui a été peint avec une peinture à base d'un nouveau colorant de mauvaise stabilité, une laque à base d'éosine, alors que son élève dans la copie de dessous a utilisé un colorant traditionnel comme la laque de garance résistant à la lumière. On pense que l'élève n'aurait jamais osé modifier les teintes du tableau original, ce qui veut dire que la couleur rosée originale s'est transformée en bleu. Les examens physico-chimiques confirment cette hypothèse.

Certains tableaux de Van Gogh présentent le même problème, ce qui fait dire à Paolo Cadorin, spécialiste de la restauration de tableaux "Devrions-nous mettre des lunettes roses pour regarder ces tableaux ?"

Des nos jours

 

Aki du film Final Fantasy
Aki (image de synthèse)
Film Final Fantasy

Bondir de Gauguin à Aki demande une certaine inconscience. Les images de synthèse représentent de nos jours notre quotidien et sont omniprésentes dans notre société.

Les peintres utilisent la synthèse soustractive des couleurs pour mélanger les pigments et obtenir des couleurs variées. Les ordinateurs au contraire utilisent la synthèse additive des couleurs, chaque point pouvant être codé en fonction des trois couleurs Rouge Vert et Bleu. C'est grâce à cette possibilité que nous pouvons transmettre des informations sur le net. Mais les couleurs sont fonctions de nombreux paramètres (paramétrage de l'écran, courbe gamma, sélection du point blanc...).

Il est probable que personne ne voit les documents avec les mêmes couleurs que le voisin...

Que seront devenues ces images virtuelles dans quelques siècles ? C'est là un problème crucial qui se pose tous les jours aux bibliothèques chargées d'enregistrer les millions de documents qu'on leur soumet, comme la Bibliothèque Nationale de France.

 

Nous espérons que l'utilisation d'internet incitera les lecteurs à se déplacer pour aller vérifier ce que sont les "vraies couleurs", que ce soit au Louvre, à Venise ou à New-York.

" Il me semble que cette couleur pense par elle-même,
indépendamment des objets qu'elle habille "

Baudelaire, poète

Courte bibliographie

Brusatin M. Histoire des couleurs. Champs Flammarion 1986 ISBN 2-08-081626-8

Cahiers du léopard d'or 4. La couleur Regards croisés sur la couleur du Moyen-Age au XXème siècle. 1994 ISBN 2-86377-125-6

Goethe Traité des couleurs. Triades Paris 1980 ISBN 2-85248-215-0

Conrad André Beerli Poétique & Société des couleurs. Essai sur la vie des couleurs entre elles et dans l'Histoire Georg Editeurs 1993 ISBN 2-8257-0473-3

Crone Robert A. A history of Color. Kluwer Academic Publishers 1999 ISBN 0-7923-5539-3

Garfield Simon Mauve: How One Man Invented A Colour That Changed The World Faber & Faber 2000.

Leid J. Lanthony P., Roth A., Vola J., Rigaudière F., Viénot F, Malbrel C., Saule--Sorbe H., Les dyschromatopsies BSOF 2001 ISBN 2-85735-097-X

Des sites web intéressants

Virtual Colour Museum Un excellent site en français, anglais et allemand. A voir absolument.

L'aventure de Perkin (en anglais, très bien fait)

Contribution au Traité des Couleurs de J.W. von Goethe (explorer le chapitre des liens)

Un cd-rom

Le secret des couleurs Collection Science pour tous. Chimagora 1997

Histoire des verres de contact


Histoire des verres de contact


De la neutralisation cornéenne aux verres de contact

 

Ce chapitre correspond à la thèse en Sciences Historiques et Philologiques pour le Doctorat de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, soutenue par le Docteur Robert Heitz le samedi 13 janvier 2001, au Val de Grâce (Paris).

L'ouvrage est publié (juillet 2003) en version anglaise par M. Jean Paul Wayenborgh.

Les trois tomes nous font revivre les avancées des connaissances, les erreurs et les errances des ophtalmologistes, des opticiens, des savants qui ont essayé de corriger les anomalies de l'oeil par différents systèmes optiques. On verra les progrès de ces hommes au fil des siècles.

Nous ne pouvons qu'encourager le lecteur à se plonger dans ce travail de grande qualité qui a demandé 30 années de collecte de documents et de témoignages, suivies par quatre années de vérifications et de rédaction, et qui a permis de revenir aux sources pour éviter les erreurs classiques.

Ainsi il a fallu traduire les textes de Léonard de Vinci écrits sans point ni virgule en langue toscane, étudier les documents de l'Académie des Sciences et de Médecine, reprendre les descriptions allemandes des personnages de l'époque, comprendre les mentalités et les animosités et aboutir enfin sur une Réalité souvent bien différente de ce qu'on lit dans la plupart des ouvrages.

Résumé de la thèse de doctorat en sciences historiques et philologiques présentée par Robert Fernand HEITZ

à l'Ecolde Pratique des Hautes Etudes

sous la direction de Madame le Professeur Danielle Gourevitc

 

De la neutralisation cornéene aux verres de contact

Etude historique des principes et des application des systèmes de contact oculaire

dans le contexte des connaissances du XVIe siècle à la première moitié du XXe

Docteur Robert Heitz

Le jury composé de

  • Mme Danielle Gourevitch directeur de thèse (EPHE, Paris),
  • M.Bernard Arnaud, (Montpellier) président du jury,
  • Mme Armelle Debu (Paris),
  • M. Alain Bron (Dijon),
  • M. Joseph Colin (Bordeaux)

l'a déclaré digne de l'obtention du diplôme de docteur de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, sciences historiques et philologiques, mention Très Honorable avec félicitations à l'unanimité du jury.


La cornée, le hublot transparent de l'oeil, possède un fort pouvoir réfractif, quarante-cinq dioptries environ. En mettant la cornée en contact étroit avec un milieu transparent, cette réfraction, liée à sa courbure, est neutralisée et est reportée à l'interface entre ce milieu et l'air. La neutralisation cornéenne est à la base du principe des verres de contact, fondée sur deux groupes de critères :

1/ Ceux liés à la neutralisation de l'effet dioptrique de la face antérieure de la cornée par un milieu transparent, souvent un liquide. Ce milieu doit être maintenu intimement contre la cornée, être compatible avec les tissus cornéens, permettre la neutralisation de la puissance dioptrique de la face antérieure de la cornée et ne pas constituer un obstacle à la transmission de la lumière.

2/ Ceux liés à l'élément réfractif mis en place contre l'oeil et sous les paupières. Cet élément, de qualité optique, doit être adapté, stable, compatible et respectueux de l'intégrité des tissus.

L'histoire de la neutralisation cornéenne et des verres de contact est inséparable de l'histoire des sciences médicales et physiques, en particulier de l'anatomie et de la physiologie cornéenne et lacrymale, des procédures de mesure des coordonnées oculaires, de l'optique générale et ophtalmique et des techniques de travail du verre.

 

PREMIÈRE PARTIE Des spéculations et des hypothèses

Chapitre I Les immersions oculaires de Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

Certains auteurs ont reconnu des modèles de neutralisation cornéenne dans quelques croquis et textes de Léonard de Vinci.

Il s'agit d'immersions faciales ou même oculaires dans des coupes remplies d'eau aux feuillets 3 verso et 7 verso du Manuscrit D. Plus rarement on cite la coupe du feuillet 118 verso du Manuscrit K et celle du feuillet 218 recto du Codex atlanticus. Il est permis de mettre en doute la réalité de ces attributions dans ces documents de la fin du XVe siècle et du début du XVIe. Il est surtout très improbable que Léonard de Vinci ait été conscient d'utiliser une neutralisation, même s'il avait employé des immersions faciales ou oculaires dans ses descriptions théoriques et spéculatives, pour la représentation d'un oeil schématique, les démonstrations de l'effet des miroirs sphériques, et l'explication de la perception du champ visuel périphérique.

 

Fig. 1 - Léonard de Vinci, (extrait du folio 3 verso du Manuscrit D).

Ce croquis illustre le texte adjacent, où Léonard de Vinci propose la construction d'un oeil artificiel en vue d'une expérience destinée à expliquer un hypothétique redressement des images par un double croisement à l'intérieur de l'oeil. Il est erroné de voir dans les croquis de Léonard de Vinci l'illustration du principe des verres de contact.

Chapitre II Le tube de contact de René Descartes

Un passage du chapitre de La Dioptrique, essai annexé au Discours de la Méthode de René Descartes, est souvent interprété comme une description du principe de contact. Il ne s'agit toutefois que de spéculations, mal fondées, inapplicables et erronées du point de vue optique, par lesquelles Descartes cherche à illustrer, par un " raisonnement cartésien ", la démonstration de l'effet optique du télescope. Même si son hypothèse envisage le contact avec la cornée d'un liquide maintenu par une structure spécifique, la neutralisation cornéenne n'est pas le but recherché et la structure tubulaire décrite ne présente aucune caractéristique d'un verre de contact.

 

Chapitre III Le cône de contact de Christian Huygens

Christian Huygens a montré, en 1653 dans le Traité de la réfraction et des télescopes, l'inanité de la démonstration de Descartes. A son tour il place, dans son postulat, un cône de verre directement contre l'oeil en "adaptant" sa courbure à celle de l'oeil. Cette démarche qui n'implique ni un contact, ni une neutralisation cornéenne, évite à l'auteur de tenir compte de la réfraction entre les surfaces de l'oeil et du verre et facilite ainsi sa démonstration de la marche des rayons dans un cône télescopique.

 

Chapitre IV Le contact oculaire de Philippe de La Hire

Dans son Traité des différens accidens de la vuë, publié en 1694, Philippe de La Hire a utilisé le même procédé de raisonnement pour appuyer ses théories, fantaisistes et inexactes, de l'efficacité et de l'inefficacité des verres de bésicles pour la correction de certains types de myopie. Pour simplifier son raisonnement, il place également les verres directement contre la cornée et admet la similitude des indices de réfraction du verre et des milieux oculaires. Ses publications ultérieures prouvent qu'à cette époque il n'avait pas songé à la neutralisation du dioptre cornéen et qu'il n'avait jamais eu l'intention de réaliser ces expériences.

 

Conclusion de la première partie

Les spéculations et les hypothèses des XVIe et XVIIe siècles correspondent à la confrontation des théories antiques de la vision avec les prémices d'une explication rationnelle des phénomènes d'optique catoptrique et réfractive rapportés à l'oeil humain. Même si l'on peut reconnaître dans certains textes et figures de cette époque des allusions à la neutralisation ou au contact de la cornée, ce ne sont que le fruit de spéculations, d'hypothèses ou d'extrapolations erronées. Aucun argument ne prouve que leurs auteurs en auraient été conscients ou auraient envisagé leur utilisation en vue d'investigations, ou encore moins de corrections des anomalies de la réfraction.

 

SECONDE PARTIE L'approche scientifique de la neutralisation cornéenne

Chapitre V La neutralisation du dioptre cornéen d'un oeil vivant par Jean Méry

Le 12 novembre 1701, Jean Méry rapporta à l'Académie royale des sciences, qu'en plongeant dans l'eau la tête d'un chat qu'il s'apprêtait à noyer, il avait neutralisé les irrégularités cornéennes et aperçu des éléments du fond de l'oeil de cet animal. Après avoir répété l'expérience du chat immergé, Philippe de La Hire compléta, le 20 mars 1709, l'interprétation de Méry en expliquant le mécanisme optique de la visualisation du fond de l'oeil à travers l'eau.

Jean Méry
Fig. 2 - Jean Méry, (extrait du registre des procès-verbaux des séances de l'Académie royale des sciences pour l'année 1704)
En 1704, le médecin Jean Méry décrit l'expérience par laquelle il avait observé, grâce à la neutralisation du dioptre cornéen, l'image du fond de l'œil d'un chat qu'il s'apprêtait à noyer. L'explication du phénomène sera donnée en 1709 par le physicien Philippe de La Hire. (Document des Archives de l'Académie des sciences, Paris).

 

 

Chapitre VI La cuve de neutralisation cornéenne de François-Pourfour du Petit

Le 12 juin 1728, l'académicien François-Pourfour du Petit, rapporta à l'Académie royale des sciences, qu'en plongeant des yeux de cadavres humains et animaux dans une cuve à parois de verre, remplie d'eau, il avait sciemment neutralisé l'effet de leur dioptre cornéen. Cette expérience a permis à Petit la première description exacte de la structure et de la topographie du segment antérieur de l'oeil, en particulier de l'iris, dont il déduisit par la suite la procédure la plus efficace de l'opération de la cataracte.

 

Chapitre VII L'immersion cornéenne de Thomas Young


Thomas Young

Le 27 novembre 1800, Thomas Young a exposé à la Royal Society of London, une expérience sur le pouvoir d'accommodation du cristallin, au cours de laquelle il avait neutralisé le dioptre cornéen de son oeil en l'immergeant partiellement dans l'eau contenue dans une cuve improvisée. Il illustre son exposé par un croquis, où l'oeil pénètre par le haut dans la cuve tenue à l'horizontale. Ceci contredit les représentations courantes où, pour évoquer un verre de contact, les auteurs ont figuré le dispositif à la verticale en avant de l'oeil.

 

Fig. 3 - Thomas Young, (figure 13 de la planche III, Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 1801)

En 1800, le médecin Thomas Young rapporte à la Royal Society of London son expérience de la neutralisation du dioptre cornéen par l'immersion de son propre œil dans un liquide et le remplacement du dioptre neutralisé par celui d'une lentille insérée à la face inférieure de la cuve improvisée à partir d'un oculaire de microscope.

 

Chapitre VIII Les fac-similés cornéens de John Frederick William Herschel

Le 12 décembre 1827, John Frederick William Herschel acheva la rédaction d'un article pour l'Encyclopaedia metropolitana, où il propose, sans songer à les appliquer, plusieurs moyens pour corriger l'astigmatisme cornéen irrégulier. Par analogie à George Airy qui avait corrigé son astigmatisme régulier par un verre sphéro-cylindrique de bésicles, il propose la correction de l'astigmatisme irrégulier par une lentille dont la face tournée vers l'oeil serait une intaille de la surface cornéenne. En alternative, il évoque de combler l'espace entre un verre sphérique de bésicles et la cornée irrégulière par une gelée transparente ou de façonner une des faces de ce verre en fac-similé à partir d'un moulage cornéen.

 

Conclusion de la seconde partie

Au cours du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe, les travaux de l'Académie royale des sciences, puis de la Royal Society of London ont permis aux milieux scientifiques de prendre conscience que la neutralisation du dioptre cornéen était réalisable même sur l'oeil humain vivant, qu'elle constituait une procédure d'investigation valable des milieux oculaires et qu'elle pouvait servir, avec quelques réserves, aux expériences d'optique physiologique.

 

TROISIÈME PARTIE Les premières applications diagnostiques et thérapeutiques

Chapitre IX L'époque des orthoscopes

La neutralisation cornéenne par une cuve à parois de verre remplie d'eau, appuyée contre l'orbite, fut utilisée, en 1851 par Johann Nepomuk Czermak, pour ses études d'anatomie topographique de l'oeil vivant, sous forme d'un instrument qu'il dénomma orthoscope. La même année, cet appareil fut perfectionné et adapté à l'examen clinique par Hasner, Arlt et Coccius. Ce dernier décrivit en 1852, la neutralisation de la cornée en vue de l'examen rétinien par une goutte d'eau maintenue sous une lame de verre.

Johann Nepomuk Czermak
Fig. 4 - Johann Nepumuk Czermak (figure 7 de la planche hors texte, Vierteljahreschrift für praktische Heilkunde, 1851)
En 1851, le physiologiste Johann Nepomuk Czermak de Prague, neutralise le dioptre cornéen par une cuve à parois transparentes, dénommée orthoscope, pour l'étude physiologique et anatomique d'yeux vivants. Dès cette période, l'orthoscope fut utilisé pour l'examen d'yeux malades.

 

La découverte de l'anesthésie locale oculaire, par Carl Koller en 1884, autorisa par la suite le contact direct temporaire avec l'oeil d'un liquide ou d'un solide, sans provoquer de douleur ou de réaction de défense.

 

Chapitre X La " lunette de contact " d'Adolf Eugen Fick

En septembre 1887, A.E.Fick soumit à la rédaction des Archiv für Augenheilkunde un travail décrivant l'utilisation sur des yeux à cornée pathologique d'une coque de verre, qu'il dénomma, lunette de contact, effectuant la neutralisation du dioptre cornéen et son remplacement par un liquide maintenu par un verre de qualité optique placé sous les paupières. Après des études préliminaires sur des yeux de lapin, Fick porta lui-même une telle coque scléro-cornéenne avant d'en adapter à six patients.

Adolf Eugen Fick
Fig. 5 - Adolf Eugen Fick, (Archiv für Augenheilkunde, 1888)
En 1888 l'ophtalmologiste Adolf Eugen Fick, professeur d'ophtalmologie à Zurich, décrit l'emploi de coques scléro-cornéennes placées sous les paupières pour la correction des irrégularités cornéennes de six de ses patients

 

 

Chapitre XI Le traitement optique du kératocône par Eugène Kalt

Le 20 mars 1888, Photinos Panas présenta à l'Académie de médecine de Paris la première utilisation par son assistant Eugène Kalt d'une coque de contact sur l'oeil d'une patiente atteinte de kératocône. Plusieurs témoignages éclairent le contexte de cet essai, puis de ceux, ultérieurs, avec des verres de contact taillés, dont certains d'un diamètre cornéen.

Photinos Panas
Fig. 6 - Eugène Kalt, présentation par Photonos Panas (Bulletin de l'Académie de médecine, 1888)
En 1888, le professeur d'ophtalmologie à l'Hôtel Dieu de Paris Photinos Panas présente à l'Académie de médecine le travail de son chef de service, Eugène Kalt, qui a amélioré la vue d'une patiente atteinte de kératocône en lui posant un verre de contact

 

 

Chapitre XII les " lentilles cornéennes " d'August Müller

Dans sa thèse de doctorat en médecine, soutenue le 28 février 1889 à la Faculté de médecine de Kiel, August Müller décrivit la correction de sa propre forte myopie avec des verres de contact taillés. Le recoupement de la thèse avec les verres utilisés, conservés au musée de Munich, confirment l'originalité de la démarche scientifique de cet auteur et des améliorations techniques qu'il avait envisagées.

August Müller
Fig. 7 - August Müller, (thèse de doctorat de médecine à l'Université de Kiel, 1889)
L'étudiant en médecine August Müller soutient en 1889 une thèse de médecine dans laquelle il décrit la correction de sa propre forte myopie par des verres de contact taillés.

 

 

Chapitre XIII Les lendemains de l'invention

Au lendemain de leur invention et malgré les améliorations apportées par David Sulzer de Paris et Henri Dor de Lyon, il s'avéra que les verres de contact n'étaient pas d'utilisation aisée. Soufflés ou taillés, leur poids et leur taille ne permettaient pas le confort compatible avec l'usage prévu d'une correction prolongée des irrégularités cornéennes.

 

Chapitre XIV L'époque des hydrodiascopes

L'idée de la neutralisation de la cornée par un liquide maintenu dans une structure inspirée de l'orthoscope, donc placée contre le plan cutané et à distance de l'oeil, fut reprise en 1896, par Lohnstein de Berlin et par Siegrist de Berne, pour la correction du kératocône, sous la forme de l'hydrodiascope muni de lentilles correctrices. Ces " lunettes à eau " pouvaient être maintenues plusieurs heures et procuraient une correction optique passagère des kératocônes. La commercialisation des hydrodiascopes se poursuivit jusqu'en 1910.

hydrodiascope
Fig. 8 - L'hydrodiascope de Lohnstein amélioré par Siegrist
En 1896, le médecin berlinois Lohnstein corrige son propre kératocône par une " cuve à eau " qu'il dénomme hydrodiascope. L'appareil, perfectionné entre autre par le professeur d'ophtalmologie Siegrist de Berne, restera en usage jusqu'en 1910

 

Conclusion de la troisième partie

La seconde moitié du XIXe siècle et la première décennie du XXe furent marquées par les applications diagnostiques, cliniques et optiques de la neutralisation cornéenne sous forme de lunettes à eau, d'orthoscopes et d'hydrodiascopes. L'anesthésie locale a permis les premières applications des verres de contact. Il s'agissait toutefois d'essais isolés qui, sauf de rares exceptions, rencontrèrent peu d'intérêt auprès de l'industrie optique naissante.

 

QUATRIÈME PARTIE Les verres de contact du début du XXe siècle

Chapitre XV Les verres de contact soufflés

Au début du XXe siècle, les ocularistes souffleurs de verre Müller de Wiesbaden livrèrent occasionnellement des prothèses oculaires pourvues d'une partie cornéenne transparente. La fabrication de ces coques était empirique, mais dans les mains d'Elschnig, de Helmbold, de Bielschowsky et de Weill elles donnaient des résultats encourageants pour la correction de quelques cas de kératocône. En 1916, Siegrist publia un important travail sur la qualité et la procédure d'adaptation de ces coques soufflées. Leur fabrication fut progressivement améliorée pour atteindre, vers 1920, une relative bonne tolérance, mais grevée d'une médiocre qualité optique.

Les verres de contact soufflés
Fig. 9 - Une coque de verre soufflée
L'ophtalmologiste Helmbold publie en 1913 son expérience de l'utilisation d'une prothèse oculaire munie d'une partie centrale transparente, soufflée par les ocularistes Müller de Wiesbaden. En raison de leur avantage esthétique par rapport aux hydrodiascopes et malgré leur piètre qualité optique, ces coques furent utilisées pour la correction de quelques patients atteints de kératocône.

 

 

Chapitre XVI Les verres de contact taillés pour les études d'optique physiologique

À partir de 1912, les ingénieurs de l'Institut d'optique Zeiss d'Iéna et les médecins de la Clinique ophtalmologique de cette ville ont réalisé des études d'optique oculaire avec des verres de contact qui possédaient quelques-unes des caractéristiques géométriques des lentilles cornéennes actuelles. Il s'agissait de cupules de verre, taillées et surfacées de diamètre cornéen, destinées à créer des amétropies unilatérales artificielles pour expliquer l'intolérance des lunettes préconisées pour la correction des anisométropies.

 

Chapitre XVII Les verres de contact taillés pour la correction du kératocône

Les années 1920 à 1929 furent marquées par la commercialisation des verres de contact afocaux taillés par Zeiss de Iéna pour la correction du kératocône. Leur diffusion fut progressive : Stock (1920) ne disposait que l'un seul verre d'essai, Dohme (1922) en avait trois, Siegrist (1925), Sachs (1927) et Weill (1928) quatre. La diffusion de ces coques scléro-cornéennes était d'abord limitée à l'aire germanophone et ne s'étendit aux autres régions qu'à partir de 1928. Conçus pour la correction optique du kératocône, ces verres furent par la suite également essayés chez des patients atteints d'astigmatisme irrégulier, de myopie et d'aphakie unilatérale, pour lesquels l'indication n'était pourtant pas prévue.


Fig. 10 - Trois verres de contact scléro-cornéens taillés de Zeiss (Siegrist, 1925)
À partir de 1920, l'institut Zeiss à Jena mit à la disposition de quelques ophtalmologistes sélectionnés des coques scléro-cornéennes taillées. Utilisée pour la correction du kératocône, la gamme de ces verres, limitée d'abord à deux ou trois exemplaires standard, fut étendue, en 1930 à l'initiative du professeur Heine de Kiel, à la correction de toutes les amétropies. Ces coques taillées selon des critères géométriques intangibles ne possédaient à cette époque pas de correction optique

 

 

Chapitre XVIII Les premiers verres de contact taillés pour la correction de toutes les amétropies

En 1929, Leopold Heine de Kiel présentait au Congrès international d'ophtalmologie d'Amsterdam les premiers résultats de la correction de toutes les amétropies, en particulier des myopies faibles, avec des verres scléro-cornéens afocaux de Zeiss, disponibles en trois courbures sclérales et à sept rayons cornéens. Les insuffisances et les imperfections de ces verres, l'absence de correction optique, les intolérances et leur poids élevé, firent alterner les succès et les déceptions. Dallos, Sattler, Gualdi Thier et d'autres, proposèrent bientôt des verres de contact plus adaptés, plus respectueux de la physiologie oculaire, munis de correction optique et donc réellement utilisables pour la correction de toutes les amétropies. L'appropriation de ces connaissances par l'industrie de l'optique et de la verrerie allemande ne se fit pas sans de graves malentendus et errements au détriment des malades et des médecins engagés dans ces nouvelles voies. L'expatriation des principaux acteurs (Much, Dallos), la seconde guerre mondiale et l'utilisation des matières plastiques en remplacement du verre, furent à l'origine d'initiatives alternatives, essentiellement anglaises et américaines, au monopole allemand et donnèrent une nouvelle impulsion à la correction par les verres de contact.

 

Conclusion générale

À la lecture de cette histoire des verres de contact, on observe que les chemins de la connaissance, loin d'être linéaires, sont jalonnés de pièges et de chicanes et empruntent le plus souvent des voies sinueuses où la pensée progresse par à coup, hésite, tâtonne, s'égare, régresse parfois, mais se laisse aussi guider par de géniales intuitions. C'est ce parcours chaotique que nous avons relaté dans les dix-huit chapitres de cette étude qui nous a conduit des hypothèses d'une neutralisation cornéenne au XVIe siècle aux verres de contact du XXe siècle, utilisables pour la correction de toutes les amétropies. Ce parcours, entre les hypothétiques neutralisations dioptriques par l'immersion du visage ou de l'oeil dans un liquide et la réalisation de verres de contact réellement tolérés, fut marqué par des étapes essentielles de l'histoire de l'ophtalmologie, souvent liées à la neutralisation cornéenne, telles les premières études d'anatomie topographique du segment antérieur, la localisation de la cataracte dans le cristallin, la technique de son abaissement, la visualisation du fond d'oeil, la découverte de l'anesthésie locale et les premiers "photogrammes" rétiniens.

Force est de reconnaître que l'histoire des verres de contact, telle qu'elle est habituellement livrée dans les traités classiques, a accumulé un retard considérable par rapport à l'histoire des autres branches de l'ophtalmologie et de la médecine et que bien des lacunes, des erreurs et des formulations insatisfaisantes continuent à la hanter. Cette dérive justifie notre récusation des impostures, des distorsions, des anachronismes, des occultations, des amphibologies, des ambiguïtés, des zones d'ombre, et de certaines formulations basées souvent sur des citations tirées hors de leur contexte rédactionnel ou social qui, sans parfois produire réellement de faux, proposent une explication non conforme à la réalité historique.

En rédigeant cette thèse, en situant les faits dans le contexte de leur rédaction et des connaissances de l'époque, en soumettant les témoignages et les documents à la critique objective, en vérifiant les originaux des documents cités, nous pensons avoir déjoué les pièges des formulations, falsifications et impostures volontaires ou non et des argumentations inacceptables que nous dénonçons. La reproduction, dans le troisième volume de ce travail des documents de référence permet au lecteur de vérifier notre argumentation.

 

La thèse est présentée en 3 volumes (1068 pages), elle comprend :

  • 206 illustrations ;
  • 38 tableaux ;
  • 528 références bibliographiques ;
  • La reproduction et, si nécessaire, la traduction française des 37 documents de référence ;
  • 158 notes biographiques des principaux auteurs cités ;
  • Une table des illustrations ;
  • Un index des noms propres
L’évolution de la notion de «Cataracte» (1705-1708)
brisseau et cataracte
Lettre de Brisseau àl’Académie
In: Brisseau Traité de la Cataracte et du Glaucoma
1709 p. 33-94

L’évolution de la notion de « Glaucoma »
vers celle de «Cataracte»
selon l’Académie Royale des Sciences de Paris
(1705-1708)

Robert HEITZ,
Strasbourg

 

Introduction

Jusqu’à la fin du 17e siècle, les oculistes et les traités d’ophtalmologie désignaient par le terme de « cataracte » une membrane tendue en avant de l’orifice pupillaire, « constituée de filets ou toiles qui se forment dans l’humeur aqueuse et qui peu à peu en s’épaississant empêchent les rayons de la lumière de pénétrer dans l’œil jusqu’à la rétine ».

Le traitement de la cataracte consistait « à percer l’œil, à rompre la membrane et à l’abaisser dans le bas de l’œil derrière l’iris. L’œil récupère ainsi une vision » (1).

Le terme de « glaucoma » désignait une maladie du cristallin qui devient opaque et de couleur blanchâtre. Le glaucoma était censé incurable, car on ne peut pas rendre au cristallin sa transparence perdu.

Toutefois, au début du 18e siècle, ces idées, qui semblaient définitivement acquises, furent remises en question :

« quelques médecins soutiennes à présent que ce ne sont point des pellicules ou membranes qu’on abaisse quand on fait l’opération de la cataracte, mais que c’est le cristallin devenu opaque que l’on détache et qu’on range dans la partie basse de l’œil » (2).

En déchiffrant les procès-verbaux des séances de l’Académie Royale des Sciences et en les recoupant avec les publications de cette époque, il est possible de reconstituer le déroulement du processus qui a permis aux académiciens de se mettre en question et d’approuver les nouvelles théories de la cataracte après avoir été les plus ardents défenseurs des traditions.

Les premières mises en question (1705-1706)

La première mise en question des notions traditionnelles revient à Pierre Brisseau, chirurgien à Tournay. Il avait envoyé en 1705 une lettre à l’Académie des Sciences, où elle fut lue le 18 novembre de la même année, dans laquelle il affirmait que : « la cataracte est en réalité le cristallin devenue opaque et que lorsqu’on croit abaisser une membrane de devant le cristallin c’est le cristallin lui-même que l’on abaisse. » (3)

brisseau

La lettre de Brisseau à l’Académie n’est plus conservée, mais elle a été publiée dans le Journal de Trévaux et elle est reproduite dans le « Traité de la Cataracte et du Glaucoma » publié par Brisseau en 1709 (4). Il y rapporte l’histoire d’un soldat de 35 ans atteint depuis longtemps d’une cataracte de l’œil gauche qui mourut à l’hôpital de Tournay. Le lendemain de son décès, il lui abattit la cataracte, préleva l’œil et observa qu’il avait abaissé le cristallin opacifié. La dissection de l’autre œil montrait un cristallin normal placé en son endroit habituel.

lettre de Brisseau à l'Académie
Lettre de Brisseau à l’Académie
18 novembre 1705 Registre des p-v p. 349 verso

L’Académie désigna deux de ses membres, Dodart et Méry, pour examiner le bien-fondé des affirmations de Brisseau. Vu que la rumeur s’était répandue qu’un autre chirurgien, Antoine Maitre-Jan contestait également les notions traditionnelles de la cataracte et qu’il préparait un traité sur ce sujet, Dodart lui demanda également son avis. La réponse fut lue à l’Académie par Méry le 17 février 1706 (5). Antoine y confirme que « la cataracte est une altération entière du cristallin qui perd toute ou partie de sa transparence ». Il décrit divers types de cataractes qu’il classe en curables et en incurables, mais n’apporte aucun exemple clinique (6).

antoine maitre-jan
Lettre d'Antoine Maitre-Jan
17 février 1706 Registre des p-v p. 49 recto

Suite à cette lecture, le physicien Philippe de La Hire prit la défense des positions traditionnelles avec l’argument que le glaucoma est incurable et que de toucher au cristallin entraîne irrémédiablement la cécité. La Hire avait fait des essais infructueux d’abaissement de cristallins d’yeux de bœuf et en conclut que tant qu’il existera des cas où les personnes à qui on avait abattu la cataracte pouvaient voir clair sans loupe, on ne leur a pas abattu le cristallin (7).

de la hire
Philippe de La Hire
17 février 1706 Registre des p-v p. 52 verso

Sur ces faits, l’Académie déclara ce 17 février 1706 :

« Le sentiment le plus général de la Compagnie a paru contraire à celui de Messieurs Antoine et Brisseau et la raison la plus décisive est qu’il y a des gens qui voient même sans loupe après l’opération de la cataracte et par conséquence on ne leur a pas abattu le cristallin. » (8)

académie 1706
Le sentiment de l’Académie
17 février 1706 Registre des p-v p.55 recto

L’année des doutes (1707)

Au début de l’année suivante, en 1707, parut le traité d’Antoine Maître-Jan (9). L’auteur en avait envoyé un exemplaire à L’Académie, accompagné d’une lettre circonstanciée dans laquelle il reprend les arguments exposés dans sa lettre de l’année précédente, mais les illustre cette fois-ci d’exemples cliniques et de résultats de dissections d’yeux (10).

maitre jan
Antoine Maitre-Jan
Traité des maladies de l’Œil Troyes 1707

L’exemple le plus frappant est celui d’une « pauvre femme » dont il avait abaissé avec succès la cataracte aux deux yeux, ce qui lui avait permis de voir normalement. Un mois après l ‘opération elle mourut, Antoine préleva les yeux, les disséqua, et trouva que le vitré occupait la place du cristallin abattu « dans la partie inférieure de l’uvée », sous l’iris, attaché en partie au corps ciliaire. Les cristallins étaient de couleur brune et opaque. Antoine avait également observé que les cataractes qui avaient remonté après leur abaissement se présentaient sous forme de « gros corps rond et blanc » qui n’avaient « pas la forme d’une membrane ».

Au cours du mois de mai 1707, les procès-verbaux mentionnent que l’Académie a assisté à deux séances de dissections d’yeux, l’une par Jean Méry l’autre par Littré. Ce dernier a apporté l’œil d’un homme de 22 ans qui avait depuis longtemps une cataracte. L’ouverture de la cornée a montré qu’une « membrane mince et opaque, attachée à toute la circonférence intérieure de l’iris, fermait entièrement l’orifice pupillaire. Le cristallin était transparent » (11). Après cette observation, les académiciens restaient convaincus que la cataracte était une membrane.

Littré
Dissection d’un œil par Littré
28 mai 1707 Registre des p-v p. 208 recto

Méry présenta le 27 août 1707 une synthèse des observations connues (12). Il réunit les observations contraires à la nouvelle hypothèse qui « soutient que l’on peut voir sans cristallin » :

  • - celle d’un homme de la ville de Sedan, où l’extraction transcornéenne du cristallin luxé dans la chambre antérieure n’a pas permis de rétablir la vision,
  • - celle de la dissection d’un œil par Littré qui a montré l’existence d’une membrane opaque associé à un cristallin transparent,
  • - celle d’un « pauvre prêtre », chez lequel le cristallin avait été abattu, mais était remontée et avait passé dans la chambre antérieure, où l’on pouvait voir que c’était une membrane exactement ronde et qu’il s’agit donc d’une pellicule,
  • - celle d’une malade morte à l’Hôtel-Dieu dont il avait disséqué l’œil atteint de glaucoma et dont l’humeur aqueuse ne s’écoulait plus dans la chambre antérieure en raison d’une adhérence du cristallin glaucomateux à l’iris.

Méry en conclut que l’opinion des Anciens est vraie et que l’opinion des Modernes est fausse. Abattre le cristallin est dangereux, puisque les malades restent privés de la vue comme auparavant. Méry exprime néanmoins quelques doutes, puisque Antoine rapporte que ses malades ont recouvré la vue après qu’il leur avait abattu le cristallin, et que dans le cas de la « pauvre femme » cité dans le traité, cet auteur avait trouvé les cristallins placés dans le bas de l’œil.

Méry tire encore quelques autres conclusions intéressantes :

  • Une cataracte luxée dans la chambre antérieure peut être extraite par une incision de la cornée, l’humeur aqueuse se régénère rapidement et la cicatrisation de la cornée se fait sans conséquences optique si elle est pratiquée en périphérie.
  • Il ne faut pas enlever de membrane trop fortement attachée à l’iris au risque de déchirer ce dernier.
  • L’humeur aqueuse se forme dans la chambre postérieure au niveau de « petites glandes jointes aux fibres ciliaires ».

Quelques mois plus tard, le 7 décembre 1707, Gabriel-Philippe de La Hire (le fils) intervient à l’Académie pour rapporter qu’il avait assisté récemment à l’abaissement d’une cataracte par l’oculiste Woolhouse, qu’il s’agissait « d’une membrane dure et blanche » et que sitôt cette membrane abattue, le malade voyait les objets que l’on lui présentait (13).

gabriel philippe de la hire
Gabriel-Philippe de La Hire, le fils
7 décembre 1707 Registre des p-v p. 426 recto

Il s’est également attaché à vérifier l’hypothèse ancienne que l’humeur aqueuse se mélangeant avec le vitré créait des perturbations de la réfraction. En mélangeant du vitré d’un œil de bœuf avec de l’eau, il n’a pas trouvé de déformations notables des rayons lumineux. Il conclut donc qu’une personne à qui on aurait abattu le cristallin pourrait voir pourvu qu’elle se servit de verres convexes.

Le secrétaire de l’Académie, Fontenelle, en faisant la synthèse des travaux de l’année 1707, releva les contradictions entre les observations des académiciens et celles d’Antoine. Le fait que La Hire a montré qu’il fut possible de voir sans cristallin, est en faveur des observations d’Antoine, « mais il ne s’ensuit pas qu’on abatte toujours le cristallin quand on croit abattre la cataracte, ceci n’est pas crédible après ce que Littré avait fait voir à l’Académie » (14).

Fontenelle
La synthèse de Fontenelle
Histoire de l’Académie Royale des Sciences 1707 p. 22

 

L’année des nouvelles certitudes (1708)

Le registre des procès verbaux des premiers mois de l’année 1708 ne comporte pas d’éléments importants, exception faite de la lecture en janvier d’une nouvelle lettre de l’oculiste Woolhouse plaidant en faveur de l’ancienne hypothèse (15).

Mais le 20 juin 1708, le registre porte l’inscription énigmatique : « on a examiné deux faits importants par rapport à la question des cataractes sur lesquelles M. Méry donnera un mémoire » (16). Il s’agissait de la dissection du globe d’un homme mort dont la cataracte avait été abattue. A l’ouverture du globe, les académiciens furent étonnés de ne pas trouver une « cataracte membraneuse », mais un « cristallin glaucomatique » opaque placé dans la partie inférieure du vitré.

mery
La dissection de deux yeux par Méry
20 juin 1708 Registre des p-v p. 229 recto

Le 27 juin 1708, Méry intervint sous le titre « De la Cataracte et du Glaucoma » (17). Il rappelle ses interventions de l’année précédente. Mais récemment il a changé d’avis :

D’une part en apprenant la suite de l’histoire de l’observation du « pauvre prêtre » dont la cataracte avait été abattue et qui était repassé dans la chambre antérieure où il avait cru qu’il s’agissait d’une membrane. Ce prêtre a été opéré par le chirurgien Petit en présence de Méry et de l’oculiste Charles de Saint Yves. Petit avait fait une incision de la cornée à travers laquelle il a tira cette prétendue membrane. Les assistants reconnurent que c’était le cristallin devenu opaque.

En second lieu, il rappelle la dissection du globe d’un homme opéré de cataracte qu’il avait pratiquée la semaine précédente et où les académiciens ont pu constater qu’il ne s’agissait pas d’une membrane, mais du cristallin opacifié qui avait été abattu dans le corps vitré.

Méry avoue qu’il s’était trompé. Il reconnaît « qu’on peut sans risque abattre le cristallin ‘glaucomatique’, vu qu’après l’opération on recouvre la vue ».

Mémoire de Mery
Le Mémoire de Méry
27 juin 1708 Registre des p-v p. 235 recto–238 recto

Au cours de la même séance Gabriel-Philippe de La Hire présenta sous le titre de « Remarques sur la Cataracte et le Glaucoma » l’interprétation optique des nouvelles hypothèses de la cataracte (18). Il confirme qu’il ne se crée de diffraction gênante, ni par le mélange de l’humeur aqueuse avec le vitré, ni par l’espace laissé vacant par le cristallin abaissé. Puis, il démontre sur un œil artificiel constitué d’une sphère de verre remplie de liquide homogène qu’un verre convexe est capable de focaliser les rayons et donc de suppléer à l’absence de cristallin.

27 juin 1708  Registre des p-v  p. 238 recto–241 verso
Gabriel-Philippe de La Hire
27 juin 1708 Registre des p-v p. 238 recto–241 verso

Fontenelle résume finalement la nouvelle position de l’Académie : « l’on peut vois sans cristallin, c’est à dire sans ce qui a toujours passé pour le principal instrument de la vision » (19).

fontenelle 1708
La synthèse de Fontenelle
Histoire de l’Académie Royale des Sciences 1708 p. 39-42

En 1709 parut le traité de Brisseau (20). Méry disséqua à nouveau à l’Académie les yeux d’un homme atteint de cataracte (21). Les académiciens ont pu constater que les cristallins étaient opacifiés. Ce qui a convaincu les derniers hésitants. Seul l’oculiste Woolhouse continuait à douter de l’évidence. Il avait été invité à la dissection, mais s’était fait excuser.

Traité de Brisseau 17099
Le Traité de Brisseau
Traité de la Cataracte et du Glaucoma Paris, 1709

Discussion

Les procès-verbaux de l’Académie des Sciences des années 1705 à 1708 permettent de reconstituer les débats qui ont amené les académiciens à réviser les notions admises depuis des siècles sur le siège et la nature de la cataracte, le vocabulaire, la physiologie oculaire, l’optique intraoculaire et la chirurgie de la cataracte.

Les académiciens reconnaissent que :

  • la cataracte n’est pas une membrane tendue dans l’espace pupillaire en avant du cristallin, mais est en réalité le cristallin opacifié
  • à partir de 1708, le terme de « cataracte » sera utilisé pour désigner le cristallin opacifié,
  • ce qui était désigné auparavant par le terme de cataracte est en fait une membrane résiduelle post inflammatoire que nous appelons synéchie pupillaire
  • le terme de « glaucoma » qui était attribué au cristallin opacifié est dorénavant inadapté pour cet usage. (Il persista pour désigner d’abord un trouble du vitré associé à une coloration verdâtre de l’aire pupillaire (22), puis après Graefe la pathologie liée à l’hypertension intraoculaire),
  • l’on peut voir sans cristallin qui a toujours passé pour être l’organe principal de la vue,
  • l’humeur aqueuse est sécrétée en arrière de l’iris et circule vers la chambre antérieure,
  • le mélange de l’humeur aqueuse avec le vitré ne produit pas de troubles de la réfraction,
  • un œil sans cristallin ou avec un cristallin abattu peut voir net avec un verre convexe,
  • en abattant la cataracte, on luxe le cristallin opacifié dans le vitré,
  • un cristallin luxé dans la chambre antérieure peut être extrait par une incision cornéenne.


Brisseau
Traité de la Cataracte et du Glaucoma Paris, 1709

Conclusions

On représente parfois l’Académie Royale des Sciences comme une assemblée de conservateurs défendant les notions traditionnelles. Les débats sur la cataracte et le glaucoma montrent qu’il n’en est rien.

On ne peut qu’être admiratif devant la souplesse intellectuelle et l’adaptabilité des académiciens. Certes, Jean Méry a joué un rôle essentiel dans cette évolution. Il n’a pas hésité à avouer qu’il s’était trompé et à proclamer qu’il avait changé d’opinion.

Malheureusement, les positions nouvelles de l’Académie n’ont pas reçu la même approbation des savants des autres pays, ni des oculistes ambulants qui défendaient des arguments traditionnels. Il faudra de nouveaux travaux, dont ceux de l’académicien François Pourfour du Petit et surtout une nouvelle génération d’oculistes dont Jacques Daviel pour abandonner définitivement les idées traditionnelles sur la cataracte.

Adresse de l'auteur: Dr. Robert HEITZ, 23A rue Trubner F 67000 Strasbourg
Dpt. d’Histoire et de Philosophie de la Vie et de la Santé, Université Louis Pasteur, Strasbourg France

Notes bibliographiques

1 - De La Hire, Philippe « Remarques & Réflexions sur la nature des Cataractes qui se forment dans l'œil » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706), p. 52 verso - 55 recto, séance du mercredi 17 février 1706. Texte transcrit dans les Mémoires de l’Académie des Sciences pour l’années 1706, 20-24, Jean Boudot, Paris 1708.

2 - Mêmes références que note 1.

3 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 24 (du 7 janvier 1705 au 25 décembre 1705) p. 349 verso, séance du mercredi 18 novembre 1705, document non reproduit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.

4 - Journal de Trévaux, décembre 1706, p. 2023 – 2033 et Pierre Brisseau, « Traité de la Cataracte et du Glaucoma » Laurent d’Houry, Paris 1709, p. 33 – 94.

5 – Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706), p. 49 recto, séance du mercredi 17 février 1706 : « M. Méry, a lu la lettre suivante qu'il a reçue de M. Antoine, à l'occasion de ce que M. Dodart avait lu de M. Briceau le 18 Novembre 1705 ».

6 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706), p. 49 recto - 52 verso, séance du mercredi 17 février 1706, document non reproduit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.

7 – Même référence que note 1.

8 - Registre des procès-verbaux de l'Académie Royale des Sciences, tome 25 (du 6 janvier 1706 au 22 décembre 1706) p. 55 recto, séance du mercredi 17 février 1706. Texte repris partiellement par Fontenelle : « Sur les Cataractes des Yeux » Histoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1706, 12-15, Jean Boudot, Paris 1708.

9 - Antoine Maître Jean, « Traité des Maladies des Yeux et des Remèdes propres pour leur Guérison », Lefevre Troyes 1707.

10 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 (du 8 janvier au 2 juillet 1707) p. 64 recto, séance du mercredi 16 février 1707 : « L’Académie a reçu de la part de M. Antoine un Traité des Maladies de l’œil etc qu’il vient d’imprimer. On l’a mis entre les mains de M. Homburg qui en fera son rapport. »

La lettre d’Antoine Maître-Jan à l’Académie y fut lue par Jean Méry le samedi 26 et le mercredi 30 mars 1707 : Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 (du 8 janvier au 2 juillet 1707), p. 107 recto, séance du samedi 26 mars 1707 : « M. Méry a commencé à lire une lettre que lui a écrite M. Antoine sur les cataractes, selon le système qu’il a soutenu dans son livre. » et p. 113 recto, séance du mercredi 30 mars 1707 : « M. Méry a continué la lecture de la lettre de M. Antoine commencée le 26. ».

11 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 (du 8 janvier au 2 juillet 1707) p. 208 recto - 208 verso, séance du samedi 28 mai 1707.

12 - Méry, Jean « Question de Chirurgie - Savoir si le ‘Glaucoma’ et la Cataracte sont deux différentes, ou une seule et même Maladie » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 bis (du 6 juillet 1707 au 24 décembre 1707), p. 362 recto - 369 recto, séance du 23 août 1707. Transcrit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1707, 491 - 501, Jean Boudot Paris 1709.

13 - De La Hire, Gabriel-Philippe (le fils) « Remarques sur la Cataracte et le ‘Glaucoma’ » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 26 bis (du 6 juillet au 24 décembre 1707), p. 426 recto - 427 verso, séance du mercredi 7 décembre 1707. Transcrit dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1707, 553 - 555, Jean Boudot Paris 1709.

14 - Fontenelle « Sur les Cataractes des Yeux » Histoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1707, 22 - 25, Jean Boudot Paris 1709.

15 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), p. 3 verso, séance du samedi 7 janvier 1708 : « Mr. de La Hire le fils a commencé à lire une 2e lettre de Mr. Wolhouse au P. Le Brun de l’Oratoire par laquelle il soutient l’opinion commune sur la cataracte, et réfute Mr. Brisseau qui avait proposé quelques objections. » et p. 5 recto, séance du mercredi 11 janvier 1708 : « M. de La Hire le fils a achevé la lecture de la lettre de M. Wolhouse ».

16 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), p. 229 recto, séance du mercredi 20 juin 1708.

17 - Méry, Jean, « De la Cataracte et du ‘Glaucoma’ » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), 235 recto - 238 recto, séance du 27 juin 1708. Transcrit dans les Mémoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1708, 241 - 245, Jean Boudot Paris 1709.

18 - De La Hire, Gabriel Philippe (le fils) « Remarques sur la Cataracte et le Glaucoma » Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 27, (du 7 janvier au 22 décembre 1708), 238 recto - 241 verso, séance du 27 juin 1708. Transcrit dans les Mémoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1708, 245 - 250, Jean Boudot Paris 1709.

19 – Fontenelle, « Sur la Cataracte des Yeux » Histoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1708, 39 - 42, Jean Boudot Paris 1709.

20 - Pierre Brisseau, « Traité de la Cataracte et du Glaucoma », Laurent d’Houry, Paris 1709.

21 - Registre des procès-verbaux des séances de l'Académie Royale des Sciences, tome 28, (du 9 janvier au 20 décembre 1709), p. 91 recto – 91 verso, séance du mercredi 13 mars 1709. Également rapporté par Fontenelle dans : Histoire de l’Académie Royale des Sciences pour l’année 1709, 22, Jean Boudot Paris 1711.

22 – Selon Brisseau 1709, voir note 20.

 

 

Un oculiste au siècle des lumières: Jacques Daviel

Un oculiste au siècle des Lumières

 

jacques Daviel
Portrait de Jacques Daviel, huile sur toile, collection particulière

 

La Bibliothèque InterUniversitaire de Médecine a numérisé de très intéressants ouvrages:

Il s'agit de :

* Lettre de M. Daviel à M. de Joyeuse (extraite du Mercure de France, 1748)

* Réponse de M. Daviel à la lettre critique de M. Roussilles (extraite du Mercure de France, 1748)

* Lettre à M. le marquis de *** sur les opérations de la cataracte (Paris, 1751)

* Sur une nouvelle méthode de guérir la cataracte par l'extraction du cristalin (extrait des Mémoire de l'Académie de chirurgie, tome II, pp. 337-354, 1753)

Il faut noter l'important nouveau manuscrit inédit de Daviel découvert en 2004


Nous remercions le Professeur Yves Pouliquen qui nous a permis d'évoquer ici son livre qui vient de paraître (Editions Odile Jacob / 1999) et qui retrace la vie du premier ophtalmologiste qui réalisa une extraction de cataracte, Jacques Daviel.

Nous ne ferons que parcourir rapidement la vie de ce chirurgien né le 11 août 1693 et qui réalisa la première opération de cataracte moderne dans l'année 1745.

Jacques daviel
Jacques Daviel

En ces temps, il faut savoir que le médecin considère le chirurgien comme un subalterne parfois utile. Ce dernier, d'ailleurs, "vient de bien bas". Ils s'opposèrent souvent sur des avancées de la Science, par exemple les chirurgiens furent enthousiastes pour les travaux de Harvey qui découvrit la circulation sanguine, alors que les médecins s'y opposaient.

Jacques Daviel put apprendre l'anatomie à l'Hotel-Dieu à Paris, puis décida, en 1720, d'aller soigner les marseillais qui luttaient contre la peste, maladie gravissime qui tua la moitié de la population de la ville. C'est donc à l'automne 1720 qu'il quitta Paris et se dirigea vers Marseille, accompagné d'une vingtaine de confrères volontaires.

Quelques mois plus tard il fut envoyé à Toulon, touché également par la peste, où 300 personnes mourraient chaque jour. Le nombre incroyable de rats présents dans les villes, permettaient la propagation de la maladie par l'entremise des puces. Il faudra attendre 1894 et la peste du Tonkin pour que Yersin découvre le bacille de la peste qui, depuis, porte son nom.

Le 12 août 1722 Daviel reçut solennellement, de la main des échevins, la maîtrise de chirurgie.

Après différentes vicissitudes, l'inclination de Daviel pour l'ophtalmologie apparut en 1734. On pense qu'il a sans doute vue à Marseille le chevalier Taylor, anglais de grande réputation qui pourtant a souvent été considéré comme un grand tricheur.

Le 9 octobre 1734 il se lança dans sa première intervention ophtalmologique en réopérant un malade qui avait subi un abaissement du cristallin et n'y voyait pas. Par ailleurs ce patient présentait une forte douleur de l'oeil, à cause d'un glaucome aigu secondaire à la première intervention. Ce fut un succès et le second abaissement fait par Daviel permit au patient de voir et de ne plus avoir mal.

A la suite de diverses péripéties, il se retrouva chirurgien sur les galères du roi, ce qui lui permit de réaliser de nombreuses dissections, car les morts étaient fréquents sur les galères. Puis il fut appelé à la Cour du Portugal pour y opérer de la cataracte différentes personnalités.

Et c'est en 1745 qu'il eut l'occasion de réopérer un ermite d'Aiguilles et qu'il essaya d'évacuer la cataracte en ouvrant la cornée, dans sa partie inférieure, avec de petits ciseaux. L'opération se passa bien et permit l'évacuation de morceaux de cristallins, mais cela se termina mal par la perte de l'oeil à cause d'une infection. A cette époque on ne connaissait ni les antibiotiques ni les anesthésiques.

Son installation à Paris lui permet d'accéder à une importante clientèle et il opère de nombreuses cataractes, en améliorant progressivement la technique opératoire. Il l'applique plus de soixante fois "sans qu'il en soit résulté le plus petit incident". Mais il continue également d'utiliser la méthode ancestrale de l'abaissement.

Il put devenir chirurgien du Roi Louis XV, mais plusieurs chirurgiens s'opposèrent à cette nouvelle technique opératoire. Malgré tout la gloire arriva sur lui et il fut reconnu dans tout le royaume comme un grand chirurgien ophtalmologiste.

Il passa plusieurs années encore à opérer "il a toujours la main bonne" et mourut le 30 septembre 1762, à l'âge de 69 ans, ce qui était remarquable à l'époque.

Nous citerons la dernière phrase du livre du Professeur Pouliquen:

"En est-il tellement dont on puisse faire précéder leur nom des prépositions avant et après pour désigner deux périodes du savoir des hommes ?"

stèle funéraire jacques daviel
Stèle de Jacques Daviel, mort en 1762 à Genève
inhumé "en terre catholique française"
sur ordre du Comte de Montpéroux représentant du Roi de France Louis XV
Cimetière de la paroisse St Hippolyte, au Grand-Saconnex

Un manuscrit inédit de Daviel

Un manuscrit inédit de Jacques Daviel

Par le Médecin Général Inspecteur Louis André

Communication à la Société Francophone d'Histoire de l'Ophtalmologie
le 8 mai 2004 à Paris France


jacques daviel 1745

 

Nous présentons aujourd'hui un manuscrit inédit de Jacques Daviel qui est intéressant parce que les manuscrits de Daviel sont rares et surtout parce qu'il apporte des éléments nouveaux sur son activité chirurgicale entre 1745 et 1752.

L'Histoire de ce manuscrit est la suivante: il fait partie du fond de livres et de manuscrits légué à l'Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles Lettres d'Aix-en-Provence par le bibliophile et collectionneur Paul Arbaud en 1911. Il a très certainement été acheté par lui, en apparence sans savoir ce que c'était. Il était placé dans une chemise de fortune, la double page d'un catalogue de livres, sur laquelle est inscrit le mot "Marseille" à l'encre violette, avec au dessous inscrit au crayon "écriture inconnue d'un médecin oculiste parlant des opérations faites par lui selon la nouvelle méthode qu'il avait inventée à Marseille depuis 1745". Il ne peut s'agir que de Jacques Daviel.

Cliquer sur les images réduites pour les agrandir (Click to enlarge)

jacques daviel
opération  cataracte
1745
extraction cristallin
ophtalmologiste
cécité
manuscrit inédit
oculiste
célébre oculiste

 

Le manuscrit est-il de sa main ? On peut l'affirmer en comparant son écriture avec celle d'un autre document, signé celui-là: une lettre que conserve à Paris la bibliothèque de l'Académie de Médecine écrite en 1754 (réf ARC 34 n°104).

Le manuscrit comporte 9 pages, et il semble avoir été écrit d'un seul jet avec application. Il y a un seul rajout, sans numéro, entre le 7ème et le 8ème malade. Pour chaque opération selon le terme de Daviel pour désigner les malades, est indiqué le nom, le lieu, la date plus ou moins précise, et le résultat de l'opération. Cependant pour le n°79, Daviel énumérant les personnalités qui ont assisté à son opération sur les deux yeux: Chicoyneau, La Martinière, etc., oublie de donner le résultat obtenu.

Signalons aussi que Daviel a fait un lapsus calami : après la 82ème opération qui termine l'année 1751, il écrit "janvier 1742". C'est à l'évidence 1752 qu'il faut lire.

Notons enfin que les noms propres de ce document concordent avec ceux donnés par Daviel par ailleurs.

Sur cette liste, il y a 85 patients opérés, et nous connaissons le résultat obtenu chez 84 d'entre eux: sur ces 84, 45 ont été opérés d'un seul oeil et 39 des deux yeux en apparence en une seule séance.

Au total 125 yeux ont été opérés dont nous n'avons que 123 résultats:

  • Pour les malades opérés d'un seul oeil, il y a 37 succès et 8 échecs
  • Pour les malades opérés des deux yeux, il y a 32 succès sur les deux yeux et 7échecs sur un des deux yeux.

Soit au total, en considérant les yeux, 108 succès sur 123 (87,8%).

Les opérations s'étendent du 8 avril 1745 au début de l'année 1752, avec la répartition suivante:

1745: 6 malades 1747: 1 malade 1749: 7 malades 1750: 17 malades 1751: 52 malades 1752: 2 malades Il n'y a pas d'opéré en 1746 et 1748.

Notons l'indication de 5 opérations sur les yeux d'animaux, chiens, mouton, cheval: c'est un exemple très intéressant d'expérimentation chez l'animal.

La carrière de Daviel nous est connue par les nombreuses communications qu'il fit dans les journaux de l'époque: le courrier d'Avignon, le Mercure de France "Lettre de M.Daviel à M.de Joyeuse" en septembre 1748, "Réponse de M.Daviel à la lettre critique de M. Roussilles" le 1er juillet 1749, et surtout sa communication à l'Académie de Chirurgie le 13 avril 1752 "Sur une nouvelle méthode de guérir la Cataracte par l'extraction du Cristallin", répétée selon l'usage le 16 novembre 1752 (Mémoires de l'Académie de Chirurgie 1752 TomeII p 337 à 356). Ces textes sont numérisés à la BIUM.

C'est précisement en 1752 que se termine notre manuscrit: l'opération n°83 date de janvier 1752, et la dernière qui porte le n°84 n'est pas datée, mais est sans doute proche de la précédente.

Si on ne peut douter de l'authenticité du manuscrit, il faut se poser la question, quand et pourquoi Daviel l'a-t-il écrit ? On peut penser qu'avant de rédiger sa communication à l'Académie de Chirurgie, il a récapitulé d'un seul jet les opérations d'extractions du cristallin effectuées depuis la première pratiquée à l'Hôtel Dieu de Marseille sur l'ermite d'Eguilles (près d'Aix en Provence) le 8 avril 1745, jusqu'au début de l'année 1752.

Cela pose la question de la divergence entre le manuscrit et la communication à l'Académie de Chirurgie: devant l'Académie Daviel avance le chiffre de 206 opérations dont 182 ont réussi. Une discordance importante apparaît à propos de la Princesse Palatine. Elle avait appelé Daviel à Manheim pour l'opérer elle-même ainsi que plusieurs autres patients. Il était admis que Daviel avait pratiqué l'extraction du cristallin chez la Princesse Palatine. Mais elle ne figure pas sur notre manuscrit, où ne sont mentionnés que quatre extractions à Manheim chez des personnages de La Cour bien identifiés. Daviel dit lui-même dans sa communication "Dans le cours du voyage que j'ai fait à Manheim pour y traiter S.A.S. Madame la Princesse Palatine de Deuxponts d'une ancienne maladie qu'elle avait à l'oeil gauche...". Il a dû l'opérer d'autre chose que de la cataracte.

D'autres divergences existent:

Le personnage venu de Paris, opéré le 18 octobre 1745 qui aurait ainsi fait grand honneur à Daviel, ne figure pas dans le manuscrit. Daviel dit, dans sa lettre à M. de Joyeuse, page 4, qu'il était "le 7ème malade dont la guérison m'a fait tant honneur à Marseille". Dans le manuscrit, le 7ème malade est le perruquier Garion.

A propos du perruquier Garion justement, page 7 de la communication à l'Académie de Chirurgie, Daviel écrit "J'ai fait l'extraction de la cataracte située encore dans la chambre postérieure de l'oeil droit de M.Garion, maître perruquier...les observations que j'ai faites sur cette heureuse opération m'ont donné de grandes idées pour l'extraction de la cataracte". Mais dans le manuscrit, le perruquier Garion a le numéro 7, ayant été opéré le 6 avril 1747 "sur les deux yeux dont un n'a pas réussi".

Il y a d'autres divergences que l'on peut relever entre les écrits de Daviel déjà connus et la liste du nouveau manuscrit. On y apprend ainsi qu'il a opéré à Douai, à Cambrai, à Péronne, ce dont il ne parle pas par ailleurs.

J'ai communiqué ce manuscrit jusqu'à présent seulement au Professeur Pouliquen, auteur du très remarquable livre "Un oculiste au siècle des lumières, Jacques Daviel" qui m'a fait l'honneur de me faire part de quelques réflexions à ce sujet, me rappelant que Roussilles avait reproché à Daviel sa négligence dans la dénomination des cas traités et la liste de ses malades.

Le but de ma communication de ce jour est de faire connaître ce manuscrit en le rendant public et accessible à tous ceux qui voudront l'étudier.

Si on a pu noter des divergences intéressantes à considérer et à analyser entre ce nouveau document et les autres écrits de Daviel, elles n'enlèvent rien à la gloire de celui qui fut un très grand hommme.

Les grands livres anciens


Les grands livres anciens de l'histoire de l'ophtalmologie

Les professionnels des Livres Anciens


 



 

XVème siècle

Grassi, Benevenuto, 1474

De Oculis Eorumque aegritudinibus et curis, Ferrare 1474

C'est là un incunable, sans doute le premier livre sur l'ophtalmologie.

XVIème siècle

 

Bartisch, Georg, 1535-1607?

Ofqalmodouleia. Das ist, Augendienst. Newer und wolgegründter Bericht von Ursachen und Erkentnüs aller Gebrechen, Schäden und Mängel der Augen und des Gesichtes. . . . Dresden: M. Stöckel, 1583.

[28], 274, [8] leaves: ill.; 31 cm. (fol.)

Bartisch était un ophtalmologiste allemand, habile opérateur et à la base de l'ophtalmologie moderne. Son livre célébre dont voici la première page montre de nombreuses planches plus tard coloriées, sur les traitements et la chirurgie. Un chapitre de ce site lui est consacré.

Hans Hewamaul est probablement l'illustrateur de ce livre historique.

BOA I:14; G-M 5817; Hirschberg §320; Waller 756; Wellcome I:697.

 

Guillemeau, Jacques, 1550-1613. (voir le chapitre sur la Renaissance)

Traité des maladies de l'oeil, qui sont en nombre de cent treize, ausquelles il est suject. Paris: C. Massé, 1585.

[18], 101 (i.e. 100), [1] leaves; 17 cm. (8vo)

G-M 5818; Hirschberg §319; Waller 3855.

 

 

XVIIème siècle

 

Du Laurens, André, 1558-1609.

Discours de la conservation de la vue, Paris, 1606

Toutes les oeuvres . . . . Recueillies et traduittes en francois, par Me. Theophile Gelée. Rouen: J. Besongne, 1661.

[16], 572, [30], 488 (i.e. 288), [6] p.: ill., port.; 38 cm. (fol.)

Il fut un spécialiste de l'anatomie et de la physiologie oculaire.

 

XVIIIème siècle

 

Brisseau, Michel, 1676-1743.

Nouvelles observations sur la cataracte, 1706.

Traité de la cataracte et du glaucoma. Paris: L. d'Houry, 1709.

[16], 260, [12] p., 4 plates; 17 cm. (12mo)

Brisseau fut le premier à démontrer la véritable nature and localisation de la cataracte. Il distingua bien le glaucome de la cataracte et décrit le glaucome comme une maladie de l'humeur vitré.

Hirschberg §325-326; Waller 1464; Wellcome II:240.

 

Maître-Jan, Antoine, 1650-1730.

Traité des maladies de l'oeil et des remèdes propres pour leur guérison. Enrichy de plusieurs experiences de physique. Troyes: J. Le Febvre, 1707.

[14], 580, 561-573, [1] p.; 25 cm. (4to)

C'est le père de l'ophtalmologie française. Influencé par les travaux de Brisseau il démontra que la catarace était bien une opacification du cristallin. Il se trompa sur le glaucome car il pensait que c'était une maladie du cristallin.

G-M 5824; Hirschberg §327; Waller 5824.

 

Woolhouse, John Thomas, 1650?-1734.

Dissertationes ophthalmicae de cataracta et glaucomate, contra systema sic dictum novum dnn. Brissaei, Antonii, Heisteri & aliorum, e gallica in Latinam linguam translatae a Christophoro Le Cerf, filio. Frankfurt am Main: W. C. Multz, 1719.

[14], 350, [30] p.; 16 cm. (8vo)

Il fut un habile chirurgien anglais et ophtalmologiste du roi James II avec lequel il partit en exil en 1688. Il se trompait sur la localisation de la cataracte qu'il considérait comme une membrane placée devant le cristallin. On l'accusa parfois de charlatanisme.

Hirschberg §329.

 

Saint-Yves, Charles de, 1667-1733.

Nouveau traité des maladies des yeux, les remèdes qui y conviennent, & les opérations de chirurgie que leurs guérisons exigent. Avec de nouvelles découvertes sur la structure de l'oeil, qui prouvent l'organe immédiat de la vue. Paris: P. A. Le Mercier, 1722.

[30], 373, [33] p.; 17 cm. (12mo)

Pratiquant des extractions du cristallin en grand nombre il enlevait la cataracte après l'avoir luxée dans la chambre antérieure. Shastid (AmEncOph XV:11496-11498) cite sept observations dont l'utilisation récente du nitrate d'argent dans le traitement des maladies de l'oeil, en néonatologie (première fois), et la première description de la gonorrhée néonatale.

G-M 5827; Hirschberg §359; Waller 8406.

 

Taylor, John, 1703-1772.

Le mechanisme ou le nouveau traité de l'anatomie du globe de l'oeil, avec l'usage de ses différentes parties, & de celles qui lui sont contigues. Paris: M. E. David, 1738.

[8], vii, [l], 413, [3] p., 6 plates: port.; 20 cm. (8vo)

Encore appelé 'Chevalier Taylor', il fut prétentieux et extravagant. Il se disait "ophtalmo pontifical, impérial et royal des cours d'Angleterre, de Pologne, du Danemark et de Suède, des électeurs du Saint Empire et de moult autres Princes de sang à travers l'Europe".

Il fut fort adroit pour abaisser la cataracte. Il sillonait l'Europe dans un rutilant équipage de deux carrosses tirés par 6 étalons noirs. L'un était recouvert de peintures anatomiques de l'oeil, l'autre renfermait des instruments d'or. Son portefeuille était garni d'attestations et de témoignages. Il y avait aussi une surprenante collection anapath ophtalmo peinte sur verre ou gravée sur cuivre. Il est considéré comme un grand charlatan!!

 

Guérin, Pierre, 1740-1827.

Traité sur les maladies des yeux, dans lequel l'auteur, après avoir exposé les différentes méthodes de faire l'opération de la cataracte, propose un instrument nouveau qui fixe l'oeil tout à la fois & opere la section de la cornée. Lyons: V. Reguilliat, 1769.

xvi, 445, [7] p., [l] plate; 17 cm. (12mo)

BOA I:84; Hirschberg §377; Waller 3804; Wellcome III:176.

Une nécrologie de Guérin fut publiée dans Notice des travaux de la Soçiété de Médecine de Bordeaux, 83-113 (1827).

 

Janin de Combe-Blanche, Jean, 1731-1799.

Mémoires et observations anatomiques, physio-logiques et physiques sur l'oeil, et sur les maladies qui affectent cet organe; avec un précis des opérations & des remedes qu'on doit pratiquer pour les guérir. Lyons: Perisse & Roche for P. F. Didot (Paris), 1772.

x1, 474, [6] p.; 20 cm. (8vo)

Le 18ème siècle vit apparaître des progrès importants en ophtalmologie. Il opéra le Duc de Modène qui l'anoblit sous le nom de Combe-Blanche. Il le nomma aussi professeur honoraire de l'université de Modène et lui versa une pension annuelle de 2400 livres.

BOA II:53; Hirsch III:418; Hirschberg §378; Waller 5116; Wellcome III:345.

 

Pellier de Quengsy, Guillaume, 1751-1835.

Recueil de mémoires et d'observations, tant sur les maladies qui attaquent l'oeil & les parties qui l'environment, que sur les moyens de les guérir, dans lequel l'auteur, après, avoir donné un précis de la structure de cet organe, expose un nouveau procédé pour extraire la cataracte, avec un instrument de son invention, & réfute l'efficacité prétendue de l'abaissement. Montpellier: J. Martel, 1783.
xv, [1], 549, [7] p., [1] plate; 21 cm. (8vo)

Précis ou cours d'opérations sur la chirurgie des yeux, puisé dans le sein de la pratique, & enrichi de figures en taille-douce, qui réprésentent les instrumens qui leur sont propres, avec des observations de pratique trèsintéressantes. Paris: Didot, the younger & Mequignon. Montpellier: Rigaut, Roullet, 1789-1790.

2 v. (xxxiv, [2], 437, [9] p., 26 plates; xiii, [3], 152, 143-404 p., 8 plates): port.; 21 cm. (8vo)

Hirschberg §380-381.

 

XIXème siècle

 

Soemmerring, Samuel Thomas, 1755-1830.

Abbildungen des menschlichen Auges. Frankfurt am Main: Varrentrapp & Wenner, 1801.

x, 110 p., 16 plates; 40 cm. (fol.)

Il est célèbre pour ses illustrations d'anatomie, en particulier celles de l'oeil humain.

G-M 1489; Hirschberg §464.

 

Tenon, Jacques Rene, 1724-1816.

Mémoires et observations sur l'anatomie, la pathologie, et la chirurgie. Paris: Widow of Nyon, 1806.

xxiv, 496 p., 7 plates; 20 cm. (8vo)

Ce chirurgien ophtalmologiste écrivit "Observations anatomiques sur quelques parties de l'oeil et des paupieres" (p. [193]-207). Ses travaux sur l'orbite furent oubliés jusqu'à ce qu'on pratique les interventions pour strabisme, introduites par Dieffenbach, Bonnet et Dalrymple. Il laissa son nom à la "capsule de Tenon" et à "l'espace de Tenon"

Hirschberg §365; Waller 9515.

 

Demours, Antoine Pierre, 1762-1836.

Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'oeil humain, traduite du Latin de S. T. Soemmerring. Paris: F. Didot for the author & Crochard, 1818.

3 v. + atlas (xxxvi, 551 p.; [6], 518 p.; [6], 517, [2] p.; 126 p., 80 plates); 21 cm. (8vo), atlas 27 cm. (4to)

Les quatre volumes incluent la première description du glaucome en tant que augmentation de la pression intraoculaire (1:468-472; 3:203-276). Ces livres contiennent des centaines de cas cliniques rencontrés au cours de la carrière de l'auteur et celle de son père. Le dernier volume contient un traduction française de l'édition latine de S. T. Soemmerring's Abbildungen des menschlichen Auges. Les soixante cinq planches incluent de remarquables planches colorées d'yeux.

Hirschberg §374.

 

Carron du Villards, Charles Joseph Frédéric, 1801-1860.

Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte selon les divers procédés. Paris: Bacquenois for J. Rouvier & E. Le Bouvier, 1835.

[6], xii, 384 p., 2 plates; 21 cm.

Hirschberg §568.

Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux. Paris: Cosson for Société Encyclographique des Sciences Médicales, 1838.

2 v. ([8], xii, 556 p., [2] plates; [4], 644 p., [2] plates); 22 cm.

"Carron du Villards taught ophthalmology in Paris; his book is one of the best of the period" (G-M 5853).

Hirschberg §568; Wellcome II:305.

 

Sichel, Jules, 1802-1868.

Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amaurose, pour servir de supplément au Traité des maladies des yeux de Weller. Paris: G. Baillière,. . .et al., 1837.

xi, [1], 750, [2] p., 4 plates; 22 cm.

"Le besoin d'un bon traité d'ophthalmologie est vivement senti en France. . . . La traduction de l'ouvrage de Weller et le manuel de M. Stoeber sont les seuls ouvrages que nous ayons pu recommander jusqu'ici à ceux qui voulaient acquérir des connaisances spéciales sur cette branche de pathologie" (Préf., p. [vii]). Il reste avec le Mémoire sur le glaucome (Brussels, 1842) et Iconographie ophthalmologique (Paris, 1852-59) l'un des ouvrages qui l'ont fait connaître. D'origine allemande, il émigra à Paris en 1829 où il demeura le reste de sa vie, connu sous l'appellation "der Apostel des deutschen Augenheilkunde in Frankreich."

BOA I:192; Heirs 914; Hirschberg §559, 560.

 

Nouveau recueil de pierres sigillaires d'oculistes romains, pour la plupart inédites, extrait d'une monographie inédite de ces monuments épigraphiques. Paris: V. Masson & Son, 1866.

119 p.; 24 cm.

Provenance: Inscrit par l'auteur à Monsr. Chéron; -Ex libris Ed. Bonnet, D.M.P. (bookplate).

Jules Sichel était très intéressé par les langues orientales, l'archéologie et l'entomologie. Il a collectionné les livres, les papillons et les cachets romains d'oculistique. Nouveau recueil fut sa seconde publication sur ce sujet, Cinq cachets inédits de médecins oculistes romains (Paris, 1845) fut la première (cf. Hirschberg §194, 559).

Hirschberg §559; NUC 545:171.

 

Donders, Franciscus Cornelis, 1818-1889.

On the anomalies of accommodation and refraction of the eye. With a preliminary essay on physiological dioptrics. . . . Translated from the author's manuscript by William Daniel Moore. London: The New Sydenham Society, 1864.

xvii, [3], 635 p.: ill.; 22 cm.

Auteur de plus de 340 travaux sur la physiologie et l'ophtalmologie, ce livre reste le grand achèvement de Donders. Il explique les troubles de la réfraction, l'accommodation. Ce livre fut écrit initialement en allemand puis traduit en anglais par William Daniel Moore (1813-1871) et publié la première fois dans cette New Sydenham Society edition.

BOA I:55; Chance, p. 70; Cushing D221; DicSciBio IV:163; G-M 5893; Heirs 997; Hirsch II:293; Hirschberg §1040.

Cette édition fut traduite par Moore d´après le manuscrit HOLLANDAIS. Il existe une édition Allemande, qui fut traduite de l´Anglais par Otto Becker en 1866.

Valentin Haüy Fondateur des écoles pour aveugles


Valentin Haüy


Fondateur des écoles pour aveugles


(1745-1822)

Le SNOF remercie vivement l'Association Valentin Haüy pour son aide et son autorisation de reproduction de documents.

Valentin Haüy naquit le 13 novembre 1745 dans une famille de tisserands aisés de Saint Just-en-Chaussée, petit bourg du sud de la Picardie.

Son frère aîné, l'abbé René-Just Haüy, fut un savant, créateur de la cristallographie, membre de l'Académie des Sciences et de la Commission des Poids et Mesures, successeur de Dolomieux à la chaire de Minéralogie du Muséum d'Histoire Naturelle.

Valentin Haüy fit des études classiques à Paris, où il acquit la pratique du latin, du grec, de l'hébreu, et d'une dizaine de langues vivantes. Il gagna dès lors sa vie en traduisant des documents officiels, notariés, commerciaux ou privés. En 1786, il se prévalait du titre d'Interprète du Roi de l'Amirauté et de l'Hôtel de Ville. Il était depuis sa création par le roi, membre du Bureau des Écritures, où il exerçait ses talents de paléographe. Dans la mouvance du courant d'intérêt philosophique et humanitaire du XVIII' siècle pour les infirmes, Valentin Haüy s'intéressa d'abord aux sourds-muets, et à l'oeuvre de l'Abbé de l'Épée. Il se pencha sur le sort des aveugles à la suite d'un choc émotionnel.

En 1771, à la Foire Saint-Ovide place Louis-XV (place de la Concorde) à Paris, il assista à une représentation singulière qui l'indigna : une dizaine de pensionnaires aveugles de l'hospice des Quinze-Vingts, affublés de vêtements grotesques, et portant des lunettes opaques, exécutaient au moyen d'instruments divers "une musique discordante qui semblait exciter la joie des assistants". Dès ce moment, Valentin Haüy se jura de faire lire et écrire les aveugles pour leur rendre leur dignité. En mai 1784, sous le porche de l'église Saint-Germain-des-Prés, il rencontra un jeune mendiant, Francois Lesueur, à qui il fit l'aumône. Le jeune homme lui fit remarquer qu'il avait dû se tromper en lui donnant une pièce trop grosse : "Vous avez cru me donner un sous tapé, et c'est un écu que vous m'avez donné ! Valentin Haüy fut frappé de la finesse du toucher chez ce jeune homme. "L'aveugle... ne connaît-il pas les objets à la diversité de leurs formes ? Se méprend-il à la valeur d'une pièce de monnaie ? Pourquoi ne distinguerait-il pas un ut d'un soi, un a d'un f, si ces caractères étaient rendus palpables ?- Valentin Haüy entreprit dès lors l'instruction de Lesueur.

Sa grande idée étant de faire lire les aveugles, il fit réaliser des caractères spéciaux, car ceux des typographes, trop petits, ne convenaient pas. Ces caractères étaient des lettres romaines de forme ordinaire mais de taille très supérieure, il s'en servit pour gaufrer des feuilles de papier cartonné. Avec ce matériel, Lesueur apprit à lire, composa des phrases, acquit des rudiments d'orthographe, et en disposant des chiffres dans un casier de bois, apprit les quatre opérations de base du calcul. Il fit de rapides progrès, et Haüy annonca le succès de son entreprise dès septembre 1784, dans le Journal de Paris, recevant ensuite des encouragements de l'Académie des Sciences.

En 1783, une société philanthropique avait ouvert un atelier de filature pour une douzaine d'aveugles qu'elle avait pris en charge; elle confia l'instruction de ses protégés à Valentin Haüy. En 1786, L'institution des Enfants Aveugles était née. Son but était d'instruire les élèves et de leur apprendre un travail manuel : travaux de filature et d'impression typographique en relief et en noir étaient au programme. Consécration suprême, le 26 décembre 1786, se déroula à Versailles la présentation au Roi et à la Cour des vingt-quatre pensionnaires que comptait alors l'institution.

Sous la Révolution, l'institution fut prise en charge par l'Etat, le 28 septembre 1791. Valentin Haüy participa activement à la vie politique de son temps, et connut des heures difficiles sous le Consulat. On lui retira la direction effective de son établissement devenu Institut des Aveugles Travailleurs, et il dut démissionner en 1802.

Il créa alors le Musée des Aveugles, sorte d'école privée pour aveugles étrangers. Parmi ses élèves, il eut Alexandre Fournier qu'il emmena avec lui en Russie. A l'appel du Tsar Alexandre Ier il partit en effet pour Saint- Pétersbourg en septembre 1806, afin d'y fonder malgré bien des difficultés, une école qu'il devait diriger pendant onze ans.

Rentré à Paris, où on l'avait presque oublié, en 1817, il connut de nouvelles déceptions. Ce n'est que quelques mois avant sa mort, qu'il reçut du nouveau directeur, le docteur Pignier, l'autorisation de pénétrer dans la maison qu'il avait fondée, et qui portait à présent le nom d'institution royale des Jeunes Aveugles. Le 21 août 1821, une cérémonie solennelle fut organisée en son honneur.

Infirme, ne quittant plus le domicile qu'il partageait au Muséum avec son frère l'abbé René-Just Haüy, il s'éteignit le 19 mars 1822. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Pages