Encyclopédie de la vue

  

OEil et célébrités

Un ophtalmologiste révolutionnaire: Marat


Un ophtalmologiste révolutionnaire : Marat


Marat versus Marat 

 

Pour la rédaction du texte Marat versus Marat, nous remercions Charlotte Goëtz, chargée de recherches à l’Association Pôle Nord de Bruxelles et pour la notice concernant Marat ophtalmologue, le Dr Jacqueline Jalbaud-Herrant et le Pr André Mathis (CHU Toulouse-Rangueil France).


marat

Introduction

Les travaux assidus menés au 19e siècle par François Chèvremont, Alfred Bougeart, Georges Pilotelle…, la publication aux éditions Pôle Nord, en Belgique, des Œuvres Politiques 1789-1793 de Jean-Paul Marat (10 volumes), assortie de huit « Chantiers Marat » complémentaires (de 1989 à 2001) ainsi que la parution en 2003 à Lyon du volume sur Marat avant 1789, ont enfin procuré aux chercheurs un matériel fiable sur L’Ami du peuple.

Ainsi disparaît pas à pas la légende noire et caricaturale où ses ennemis politiques l’avaient enfermé et qu’avaient amplifiée, à leur suite, des hommes de lettres, plus épris de romanesque que de vérité historique. Reconnu comme « grand journaliste », admis comme théoricien politique, Marat commence aussi à intéresser par l’originalité de ses écrits philosophiques, médicaux et scientifiques. En dépit d’un corpus toujours à découvrir, il devient possible de redonner des couleurs à cette personnalité hors du commun.

Sa jeunesse
L'angleterre
Paris
La Révolution française
Marat médecin
Marat ophtalmologiste


Sa jeunesse. En famille

C’est dans la ville de Boudry, dans la principauté de Neuchâtel en Suisse, que naît, le 24 mai 1743, Jean-Paul Marat. Baptisé le 8 juin, il est le deuxième enfant de Jean Mara et de Louise Cabrol.

Son père a d’abord connu une carrière religieuse dans son pays, la Sardaigne, où il est « lettore di arte », un pédagogue renommé de l’Ordre de la Merci. Alors qu’il s’évertue à implanter un collège à Bono, Jean Mara est en butte à des tracasseries fiscales qui compromettent toute l’entreprise, il se résout dès lors à quitter son pays pour Genève. Converti au calvinisme, il rencontre et épouse la jeune huguenote française, Louise Cabrol, dont la famille originaire de Castres « ne dérogeait pas en faisant du commerce ». Neuf enfants naîtront de cette union stable et heureuse : Marianne-Françoise, l’aînée voit le jour à Yverdon en 1742, Jean-Paul, l’aîné des fils, à Boudry en 1743 (1).) Leur père a trouvé un travail comme dessinateur dans l’indiennage et il complète ses revenus par des leçons (histoire, géographie et langues) ainsi que par l’une ou l’autre consultation médicale. Pour les petits Mara, les compétences paternelles sont une aubaine, ce que Jean-Paul se plaît à rappeler : « Par un bonheur peu commun, j’ai eu l’avantage de recevoir une éducation très soignée dans la maison paternelle… »

Genève, Yverdon, Boudry, Peseux, Neuchâtel, puis Genève à nouveau…

Les parents Mara ont vu naître et grandir en Suisse leurs neuf enfants, et mourir l’un d’eux. Avec leur seule énergie, ils se sont employés à s’intégrer dans les communautés suisses et y ont réussi dans une large mesure. Les enfants ont bénéficié d’une excellente éducation et développé des connaissances réelles, acquérant professions et autonomie (médecine, pédagogie, commerce du tissu, horlogerie). Sans richesses, Jean Mara fait preuve de beaucoup d’initiative et d’un sens aigu de l’adaptation. Ce « pauvre » connaît le latin et le grec, il parle le français, l’italien l’espagnol… possède de bonne notions de chimie et de médecine, écrit et dessine…

Il n’est dépourvu ni du sens des réalités, ni d’humour. C’est un lettré, un intellectuel, menant une vie très simple, ce qui lui attirera l’estime et l’amitié d’hommes de bien, parfois influents. Cette famille d’émigrés bénéficie donc d’aides et de soutiens, comme ceux de George Keith, le gouverneur, chargé de mission par le roi de Prusse à Neuchâtel, ou de Frédéric-Samuel Ostervald, directeur de la Société Typographique, qui confiera à Jean Mara des missions de confiance (2).

Dans le vaste monde. L'angleterre.

En 1759, après ses études au collège de Neuchâtel, Jean-Paul Marat, qui a 16 ans, prend son envol. On perd alors sa trace dans les documents ; des « on dit » le situent comme précepteur à Bordeaux, étudiant en médecine ou membre de l’expédition de Chappe d’Auteroche à Tobolsk…, mais rien n’est avéré.

Marat lui-même ne parle que d’un premier contact négatif avec les « prétendus philosophes », alors qu’il a 18 ans. Ailleurs, il précise : « L’envie de me former aux sciences et de me soustraire aux dangers de la dissipation m’avait engagé à passer en Angleterre ». Et dans son journal, Le Publiciste de la République française, il évoquera en 1793 « …une année à Dublin et à Edinburgh ».

Ce qui est sûr à ce jour, c’est qu’il poursuit une formation dont il précise l’importance (3) et séjourne plusieurs années à Londres, où il est présent en 1768 au moment des troubles de l’affaire Wilkes, et toujours en 1772, quand paraît son premier ouvrage métaphysique (sous l’anonyme) An Essay on the Human Soul. En 1773, il en publie une version étendue, quasiment un traité, sous le titre A Philosophical Essay on Man, en deux volumes (toujours sous l’anonyme). Et la famille suit avec fierté son évolution, comme en témoignent les lettres de son père.

Un des objectifs de Marat est de s’en prendre aux thèses des philosophes matérialistes de son temps qui nient l’existence de l’âme et ramènent tout au corps, aux corps. En quoi, il s’affirme clairement comme un disciple de Rousseau lequel écrivait, établissant déjà la passerelle avec « le politique » : « Comme dans la constitution de l’homme, l’action de l’âme sur le corps est l’abîme de la philosophie, de même l’action de la volonté générale sur la force publique est l’abîme de la politique dans la constitution de l’Etat. »(4)

On trouve dans l’ouvrage de Marat une conception originale de la relation entre les passions et la raison. Pour lui, l’homme est le jouet de ses passions, ce qui ne signifie pas qu’il faille l’abandonner à leur puissance. Mais où trouver le remède ? Pas dans l’appel à la « Raison », trop aléatoire, mais dans le fait d’opposer les passions les unes aux autres, de livrer « l’âme à plusieurs, pour la soustraire à la tyrannie d’une seule ». Cette manière de voir fait aussitôt penser à Montesquieu, que Marat avoue pour l’autre de ses maîtres. Dans le domaine de la politique, Montesquieu ne pense pas que la revendication d’un ordre rationnel ni aucun texte de Constitution suffisent à garantir la liberté des citoyens, dont la sauvegarde réside dans la nécessité de séparer et de faire jouer l’un contre l’autre les différents pouvoirs.

De cette époque, signalons aussi l’écriture d’un roman par lettres, les Aventures du jeune comte Potowski (5), publié seulement au 19e siècle.

En mai 1774 paraissent en anglais et toujours sous l’anonyme, les fameuses Chains of Slavery, sur la couverture desquelles on découvre le fameux exergue, repris de Rousseau et qui figurera ensuite sur presque tous les journaux: Vitam impendere vero. Marat y démonte les procédés dont usent les puissants pour assujettir les peuples et, pensant à l’Angleterre, mais aussi à la France de Louis XIV et de Colbert, il montre que ce n’est pas l’oppression violente qui se révèle nécessairement la plus efficace. Pour durer, les Etats modernes ont appris à mettre des « fleurs sur nos chaînes », à « se dépouiller de la peau du lion pour revêtir celle du renard », ils ont substitué à la logique du pouvoir autoritaire et hiérarchisé celle de la ruse, de la sape des liens sociaux, de la mise sous tutelle sécuritaire, de l’élaboration en somme d’une « servitude volontaire », tout aussi destructrice de la liberté politique.

Jean-Paul se démène pour faire connaître son travail et l’inscrire dans la vie politique anglaise. Comptes rendus dans la Critical Review, dans le London Magazine, notice dans la Monthly Review…

En 1774 toujours, il est « reçu » par deux loges maçonniques, la Grande Loge de Londres et la loge « La Bien-Aimée » d’Amsterdam. Ce dernier fait atteste de contacts avec la Hollande, confirmés par une lettre d’Isaac De Pinto, homme de lettres juif d’origine portugaise établi à La Haye. De Pinto, connu pour sa défense des Juifs contre les attaques de Voltaire, vient de publier un Précis d’arguments contre les matérialistes, Jean-Paul l’a rencontré et ils ont sympathisé. Le voyage en Hollande est aussi motivé par une prise de contact avec Marc-Michel Rey, l’éditeur amstellodamois de Rousseau. C’est chez Rey que paraîtra, l’année suivante, la version française du Philosophical Essay on man, en trois volumes cette fois. C’est le premier livre que Marat signe et le titre De l’Homme indique qu’il s’agit bien d’une riposte au De l’Homme d’Helvétius (1773).

Cet ouvrage nous confirme que Marat a acquis une large expérience dans le domaine médical, ce qu’appuie, à l’été 1775, un événement qui réjouit beaucoup son père : l’Université de St Andrews d’Ecosse confère à Jean-Paul Marat, praticien en physique, le grade de docteur en médecine sur base des certificats transmis aux docteurs Hugh James et William Buchan, médecins à Edinburgh et dont la notoriété a atteint la France. Fin 1775 et début 1776, Marat publie deux essais médicaux : l’un concerne la blennoragie, An Essay on Gleets, le deuxième, une maladie des yeux, An Enquiry into the Nature, Cause and Cure of a singular disease of the Eye (6). En mai 1776, il rentre pour quelques semaines dans sa famille, à Genève.

Paris

« Après dix années passées à Londres et à Edinburgh à faire des recherches en tout genre, je revins à Paris. Plusieurs malades d’un rang distingué, abandonné des médecins et à qui je venais de rendre la santé, se joignirent à mes amis et mirent tout en œuvre pour me fixer dans la capitale. » Le 24 juin 1777, il reçoit le brevet de médecin des gardes du corps du comte d’Artois et entre de plain-pied dans la vie parisienne comme médecin et comme physicien. Il soigne avec succès, et par des méthodes innovantes la marquise de l’Aubespine, M. du Clusel, M. Romé de Lisle…

Mais Voltaire a eu vent du traité De l’Homme et, le 5 mai, il en a fait une critique assassine dans le Journal de Politique et de Littérature. On se demande pourquoi ce très vieil homme - il a 83 ans - met une telle énergie à démolir l’ouvrage de ce jeune auteur qui cherche à innover. La critique de Voltaire est brillante, et tellement partiale ! Il s’y fait le champion de Locke, Malebranche, Condillac et Helvétius. Sans bien en prendre la mesure, Marat est allé jouer dans la cour des grands et l’un d’eux, qui n’aime ni Montesquieu ni Rousseau, lui fait sentir ce qu’il en coûte. Cet article de Voltaire contre Marat donnera le signal d’une lutte à couteaux tirés entre Marat et le clan des philosophes matérialistes, lutte dont un des protagonistes sera le dauphin et successeur désigné de Voltaire, Condorcet. On perçoit bien, dès ce moment, que c’est le fait que Marat n’est pas assez « philosophiquement correct » qui le pousse hors de l’univers des intellectuels en place. Il en ira de même en sciences où il trouvera porte de bois à l’Académie, dont le secrétaire est précisément le marquis de Condorcet.

En 1778, Marat ouvre un cabinet de physique dans l’hôtel du marquis de l’Aubespine, rue de Bourgogne et, avec l’aide de l’abbé Filassier, fait connaître ses expériences. Il transmet des copies d’un mémoire manuscrit, Découvertes sur le Feu, l’Electricité et la Lumière à diverses Académies en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Russie et en Suède.

A la fin de l’année, il obtient de pouvoir présenter son travail de laboratoire devant une commission de l’Académie des Sciences de Paris, MM.Le Roy, Montigny et Sage.

1779 lui apporte des satisfactions : Benjamin Franklin assiste à ses expériences, une correspondance s’établit entre eux et l’Académie des Sciences fait un tout premier rapport positif sur son texte : «…fort intéressant par son objet, et comme contenant une suite d’expériences nouvelles, exactes et bien faites par un moyen également ingénieux et propre, comme nous l’avons dit, à ouvrir un vaste champ aux recherches des physiciens, etc. »

En juin, Marat adresse donc à l’Académie son nouveau mémoire : Découvertes sur la Lumière. Cette fois, les commissaires désignés sont Maillebois, Le Roy, Sage et Lalande, bientôt remplacé par Cousin. Le 18 août, la vérification est terminée et Jean-Paul attend avec impatience le rapport. Mais celui-ci n’arrive pas. S’ensuit un interminable ballet de billets entre Marat et Condorcet. Le dénouement a lieu lors de la séance du 10 mai 1780 : le jugement tient en quelques lignes : « …comme ces expériences sont en très grand nombre, ainsi que nous l’avons dit, que nous n’avons pu par là les vérifier toutes, malgré toute l’attention que nous y avons apportée, avec l’exactitude nécessaire, que par ailleurs elles ne nous paraissent pas prouver ce que l’auteur imagine qu’elles établissent, et qu’elles sont en général contraires à ce qu’il y a de plus connu dans l’optique, nous croyons qu’il serait inutile d’entrer dans le détail pour les faire connaître, ne les regardant pas comme de nature, pour les raisons que nous venons d’exposer, à ce que l’Académie puisse y donner sa sanction ou son attache. »

Le livre paraît néanmoins. Dans son travail, Marat, grand admirateur de Newton, reprend le point de vue de ce dernier sur l’application des lois de l’attraction universelle à la théorie de la lumière, mais annonce qu’il la complète. Comment ? Par l’introduction de la notion de déviation des rayons, qu’il assied expérimentalement. Aboutissant à des conclusions contraires à celles de Newton, Marat s’autorise à prôner un dépassement conceptuel. En dépit du désaveu de l’Académie, on constate que le travail de Marat fait du bruit. Le Journal Encyclopédique consacre aux Découvertes sur la lumière un long article en décembre 1780, qui situe correctement la position méthodologique de Marat : « En lisant l’ouvrage de M. Marat, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’une des principales raisons du peu de progrès que les sciences font parmi nous est la manière dont on les cultive. Au lieu d’étudier la nature, on étudie les livres, ce qui doit nécessairement produire des imitateurs et des compilateurs.[…] Une autre raison [est que] les faits, quoique source unique de toutes nos connaissances deviennent toujours une source féconde d’erreurs quand on ignore l’art de les analyser. » Par la suite, les détracteurs oublieront de signaler à quel point Marat a inscrit sa critique dans son immense respect pour Newton, dont il va d’ailleurs retraduire entièrement l’Optique. (7). Mais son audace en sciences sera attribuée à son « tempérament révolutionnaire », entendez ainsi excessif, trop franc et surtout peu mondain. Une piste plus scientifique aurait consisté à se souvenir qu’en Angleterre, Marat a fréquenté des fabricants de lentilles, des polisseurs et autres artisans de haute précision - on pense bien sûr à l’indéfectible amitié qui le lie au grand horloger Breguet - et que leur travail, par l’obtention de lentilles achromatiques, démentait déjà concrètement la théorie newtonienne. (8).

L’Académie des Sciences de Paris ne donnera plus jamais son aval aux travaux de Marat, ce qui n’empêchera pas celui-ci de poursuivre, longtemps encore, ses recherches et ses publications, parfois sous l’anonyme, et en obtenant par ce biais, prix et félicitations…d’académies de province ! Ses découvertes continueront à susciter des controverses dans le monde scientifique et à bénéficier du soutien de personnalités comme Goethe ou le minéralogiste Jean-Baptiste Romé de Lisle. Plusieurs de ses travaux seront aussi traduits en allemand.

En 1782 est publié (par Brissot) un ouvrage de Marat qui renoue avec ses préoccupations politiques et sociales, le Plan de législation en matière criminelle, qu’il écrit pour le concours doté du Prix de la Justice et de l’Humanité, annoncé dans la Gazette de Berne du 15 février 1777. Dans ce texte les commentateurs relèvent en général la filiation rousseauiste et la proposition de sages réformes judiciaires, dont l’obligation de proportionner la peine à la gravité du délit, quelle que soit la qualité du délinquant, l’importance du jury de 12 personnes pour juger des crimes, le fait qu’un attentat contre le prince doit être vu comme un crime de droit commun, et non comme un crime d’Etat… (9)

Liste de travaux de Marat avant 1789
1780 : Recherches physiques sur le feu - Traduction allemande par C.E. Weigel en 1782
1782 : Recherches physiques sur l’Electricité
1782 : Plan de législation en matière criminelle.
1783 : Traduction en allemand des Recherches physiques sur le feu, par C.E. Weigel
1783 : Traduction en allemand des Découvertes sur la lumière, par C.E. Weigel
1784 : Mémoire sur l’électricité médicale.
1784 : Notions élémentaires d’optique
1784 : Traduction en allemand des Recherches physiques sur l’Electricité
1787 : Optique de Newton. Traduction nouvelle faite par M*** sur la dernière édition originale.
1787 : Mémoires académiques ou Nouvelles découvertes sur la lumière, relatives aux points les plus importants de l’optique.(10)

La Révolution

Portrait de Marat

Marat a dépassé la quarantaine au moment de la Révolution. Il a derrière lui une carrière de médecin et de physicien, il a écrit une quinzaine de livres. Dans son ouvrage majeur de théorie politique, The Chains of Slavery, la thèse principale est que la légitimité du pouvoir émane du peuple, mais qu’à travers les âges et sous tous les régimes, les pouvoirs exécutifs se sont attachés à retourner ce pouvoir contre les citoyens qui le leur ont confié. Quand éclate la Révolution, Marat ne change donc pas de cap. Son travail va consister à suivre en permanence les mouvements de confiscation, de récupération des initiatives populaires, à analyser comment s’y prend l’exécutif pour reprendre la main. Il va suivre étape par étape les événements et les protagonistes, il prévoit le coup à venir, s’attend aux menées sous-jacentes, aux retournements brusques, au jeu de l’usure, sans négliger le facteur du hasard, qu’il dénomme « providence ». D’où ce caractère « inquiet » qui traverse l’œuvre et qui n’est pas le fait d’un homme aigri, aux ambitions déçues ou personnellement angoissé, mais la résultante d’une position théorique.

Quand on connaît la famille Marat, on se rend vite compte que ni Jean, le père, ni David, un des frères, pédagogue lui aussi, ni Jean-Paul ne sont hommes à laisser perdurer des situations où le rapport de forces joue en leur défaveur.

Après avoir écrit quelques textes et articles pour mettre en garde les députés aux Etats Généraux sur le sens des événements depuis la prise de la Bastille : Offrande à la patrie, Discours de Marat au peuple (18 septembre), Le Moniteur patriote (un numéro), La Constitution, ou Projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen, suivi d’un Plan de Constitution juste, sage et libre, Le Publiciste parisien, Marat se décide à fonder un quotidien : L’Ami du Peuple, ce journal de 8 pages in-8° qu’il va assumer pendant quatre ans.

Il s’adresse en direct aux citoyens, réagit par rapport à ce qu’ils font ou ne font pas, répond à ce qu’ils pensent, osent, supputent, chantent, ratent… La relation du peuple à son Ami est extrêmement vivante. Le journal de Marat est rempli de lettres qui lui parviennent de tous les coins de la France, des garnisons, des villes, des villages.

Et les contemporains comme les exégèses ont bien été forcés de reconnaître sa réelle capacité de prévision (12) : Oui, Mirabeau jouait un double jeu et entretenait des rapports secrets avec le roi. Oui, Necker affamait Paris. Oui, La Fayette, un moment hésitant, a fini par trahir la garde nationale. Oui, le roi avait le projet de fuir. Oui, Dumouriez est passé à l’ennemi… Mais, non, Marat n’est pas obsédé par l’idée de tirer à boulets rouges sur toute autorité. C’est là une piètre attaque de ses opposants, quand on examine par exemple, sérieusement la question de la royauté. Marat développe à ce sujet une double affirmation : un bon prince est dans l’histoire de son peuple un « cadeau des cieux » et une denrée aussi rare qu’un libertin vertueux ! Il ne s’en prendra donc résolument à Louis XVI qu’après la trahison avérée de ce dernier (fuite à Varennes et Massacre du Champ de Mars). Et la rupture avec ce roi ne signifie pas qu’il considèrerait que « toute » royauté fût, par essence, pire qu’un autre régime. Marat ne sera ni plus, ni moins, républicain que royaliste. Sa vigilance s’exerce à l’encontre des actes de tout pouvoir exécutif. C’est la raison pour laquelle il prendra tellement à cœur son rôle de député à la Convention qu’il défendra toujours comme organe de représentation, autant contre l’esprit des factions, contre les « Enragés » que contre tout autre organe de dissolution.

La vélocité avec laquelle on impute à Marat tel ou tel épisode violent de la Révolution est, elle aussi, bien suspecte. D’autant que les « versions » sur la Grande Révolution se succèdent sans se ressembler. Il suffit pour s’en convaincre de lire les descriptions contradictoires qu’offrent les manuels scolaires au fil des générations. Concernant Marat, c’est surtout le matériel d’archives, de première main, qui n’a pas été pris en considération (13). Ainsi sur son action précise pendant les événements de septembre 1792, bien peu a été énoncé avec correction. Ce qui est avéré, c’est que devant la puissance et l’ampleur de la colère du peuple qui vient d’apprendre la libération des responsables des tueries du 10 août, la plupart des autorités en place se sont défilées. Fallait-il dès lors fabriquer un bouc émissaire ? Le combat de Marat dans les derniers mois de sa vie sera dirigé contre ceux qu’il nomme les « Hommes d’Etat » - plusieurs sont originaires de la Gironde - qu’il accuse principalement d’être les fers de lance de la guerre funeste qui décime le pays et en qui il voit tout, sauf des « modérés ». (14)

Comme son père, Marat souffre d’une maladie inflammatoire qui procède par crises, mettant plus ou moins longtemps à se résorber. Il est donc contraint de s’absenter de la Convention et de se soigner, prenant des bains qui le calment et lui permettent de continuer à écrire et à corriger son journal.

C’est dans un tel moment que Charlotte Corday, farouche partisane de la guerre, vient l’assassiner, chez lui. Elle sera éconduite une première fois par la femme de Marat, Simonne Evrard et par les amis qui veillent sur lui et concourent à la parution de son journal. Elle usera alors de ruse pour l’approcher, écrivant à Marat un message où elle lui annonce des révélations sur la situation à Caen, tout en lui faisant part d’une détresse personnelle. Et c’est Marat lui-même qui donnera l’ordre de la laisser entrer.

L’art et la légende gardent l’image, immortalisée par le chef-d’œuvre de son collègue et ami Jacques-Louis David : Marat assassiné.

Marat médecin

Rapport de Marat

Son titre de docteur en médecine fut longtemps mis en doute après sa mort bien que de son temps personne n'en ait douté pas même Voltaire : "Si Monsieur le docteur en médecine se contredit dans ses consultations, il ne sera pas appelé même par ses confrères" écrit-il dans sa fameuse réfutation du livre de Marat "De l'homme".

Il commence ses études de médecine à Paris et les termine en Angleterre où il reçoit le titre de docteur de médecine de deux universités dont celle de Saint Andrew.

Il est vrai qu'au cours des années 80-83, le charlatanisme connait un regain de faveur. Des escrocs font des fortunes rapides en promettant des miracles. Parmi eux, le célèbre médecin et guérisseur Allemand : Mesmer. Son "baquet magnétique" fit nombre de dupes. Dans un autre genre, l'aventurier italien dit Comte de Cagliostro, exploitait avec habileté de pseudo-secrets de magie et de sorcellerie. Aux yeux des Français lettrés du siècle des Lumières, il était en effet difficile de faire le tri entre les vraies et les fausses sciences surtout depuis l'arrivée de l'électricité.

Dans son article de l"'Ami du Peuple" n' 401, Marat s'exprime sur la nécessité des études médicales. "On ne puise pas dans les écoles le génie d'Esculape, mais on y acquiert des connaissances qui empêchent d'agir en aveugle et en téméraire, et sous les yeux d'un maître de l'art, les élèves apprennent à faire usage de ces connaissances, lumières dont sont privés les empiriques".

Quel médecin ?

Homme de science Marat s'est penché sur la physiologie. Son livre "Essay on Man" est un mélange de philosophie et de physiologie expériementale tendant à établir les relations de l'âme et du corps. Il compare l'organisme de l'homme à une machine hydraulique composée de deux parties liquide et solide. Son fonctionnement se fait par deux principes : le sentiment et le mouvement. L'étude du système nerveux s'impose de prime abord. Ce qui le préoccupe c'est d'essayer d'établir le siège de l'âme. Il cite ses expériences de ligature nerveuse pour s'assurer du rôle que joue le fluide nerveux dans le phénomène de l'impression, il existe une insensibilité au niveau de la ligature, le fluide n'arrive plus à l'âme. Il avoue ne pas pouvoir expliquer comment un élément peut agir sur une substance spirituelle.

Il situe le siège de l'âme dans les méninges, lieu dans lequel les nerfs se confondent et lieu de propagation des sensations.

Pour cette conclusion il sera très critiqué mais il ne faut pas oublier que les hommes aussi célèbres que WILLIS, VIEUSSENS, DESCARTES ont eux-mêmes essayé de situer le siège de l'âme dans une partie du cerveau.

Il décrit sept sens.
En plus des cinq sens connus il décrit la faim dont le siège est dans l'estomac, la soif dont le siège est dans l'estomac et l'oesophage.

Le tact n'est pas borné à la peau, il est aussi interne. "Il s'étend à l'intérieur du corps, comme à sa surface. On en éprouve les impressions dans les doux embrasements de l'amour et les douleurs aiguës de la colique" ...

La choroide est l'organe de la vue : n'est-elle pas élastique et par conséquent susceptible d'être ébranlée par la lumière, alors que la rétine est insensible et que la lumière la traverse librement sans l'ébranler.

On expliquait les phénomènes de la vie au moyen de notions physiques annonçant la venue prochaine des grands physiologistes les Docteurs Georges Cabanis et Bichat.

"Puisque l'expérience est conforme à ce que je viens d'avancer elle doit servir de fondement à tout ce qui est nécessaire d'alléguer à ce sujet. C'est elle qu'il est important de consulter lorsqu'on doit développer le mécanisme de l'action réciproque de la disposition de nos organes et de la manière d'agir dans les corps qui peuvent la troubler, c'est dans le moment aussi où les yeux de l'esprit doivent être appelés, pour connaitre et distinguer les rapports que les sens trop grossiers ne peuvent apercevoirt".

Ainsi il donne un exemple : lors de paralysie il observe que la perte de la vue se produit du côté du traumatisme et l'hémiplégie du côté opposé.

"Il est constant que les nerfs optiques après leur rapprochement immédiat se distribuent à l'oeil du même côté d'où ils prennent leur origine, non seulement cela est démontré dans les dissection anatomiques mais certains faits observés ne laissent pas de doute à ce sujet".

Marat estime que l'expérience ne doit pas seulement étayer une théorie mais aussi la guider. Il justifie la vivisection dans une lettre à DALY :"Vous dites que vous n'aimez pas à voir d'innocents animaux déchirés par le scalpel, mon coeur est aussi tendu que le votre...".

Il reconnaît sa justification par le progrès des découvertes. Dans la même optique, il propose "que les condamnés à la peine capitale eussent la faculté d'exposer leur corps à quelque opération difficile qui pourrait causer la mort, et dans le cas où l'opération viendrait à réussir, le condamné...obtiendrait son pardon, ou sa peine serait convertie en exil ou en prison".

Marat est un bon observateur, il possède en outre une conscience et une probité professionnelle développée. Il respecte le secret professionnel par l'anonymat de ses observations, ce qui n'est pas habituel à l'époque.

"Si l'on ne peut pas toujours être l'heureux instrument de soulagement de la misère et du malheur, il faut au moins tout faire pour les empêcher de devenir plus graves", dit-il en dénonçant les abus de mauvaises méthodes de traitement. Dénoncer les effets secondaires d'un traitement est une notion nouvelle et entraine le tollé de bon nombre de médecins. ARRACHART lui-même dans son rapport sur Marat ne peut concevoir qu'un médicament peut être à l'origine d'une maladie. C'est tout à l'honneur de Marat pour son époque que de s'enquérir de l'innocuité du traitement qu'il applique.

Marat ophtalmologiste

"DE LA PRESBYTIE ACCIDENTELLE" 1775 (Traduit par PILOTELLE)

"AN ENQUIRY into the Nature, cause and cure of a singular disease of the eyes".

La presbytie accidentelle, selon Marat, résulterait de l'irritation produite par l'usage du mercure.

Il cite plusieurs observations :

- La première est celle d'une fillette de 11 ans, à qui l'on avait prescrit des biscuits mercuriels comme vermifuge : la salivation était survenue bientôt après, la tête avait enflé et "la vue fut altérée, de telle sorte que la malade pouvait à peine distinguer un objet quelconque".

Ses parents s'étaient adressés d'abord à un célèbre oculiste qui "refusa d'entreprendre la guérison", plus tard à un moine qui avait une certaine réputation : son avis fut que la malade était atteinte de la "goutte sereine", il la traita pendant 7 mois, prescrivant d'abord des boissons sudorifiques et finalement des fumigations d'ammoniaque qui n'eurent d'autre effet que d'enflammer les yeux.

On consulte Marat qui entreprend de la guérir. Il lui prescrit des émollients et des laxatifs, une diète rafraîchissante : deux drachmes de casse à prendre à jeun chaque matin, pendant 3 semaines, et comme boisson, une infusion de guimauve à laquelle il substitue le petit-lait. Au bout de quelques jours la casse est remplacée par des fumigations de guimauve répétées deux fois dans les 24 heures, et "un cataplasme mou, des quatre farines, à appliquer sur les tempes".

La partie la plus originale du traitement consiste à recourir aux étincelles électriques, qu'il fait précéder d'une saignée pour en augmenter l'action.

- La deuxième observation est celle de D.B., négociant à Londres, qui avait été affecté d'une ophtalmie, à la suite d'un traitement mercuriel. "Le malade ne pouvait voir les objets qu'à une certaine distance et, même alors, partiellement, leur image restant indécise. Le malade était depuis 7 mois dans cette position quand, dépité, il vint réclamer les soins de Marat.

Marat obtient le même succès avec le troisième cas, J.P., esp. mercurialisé comme les précédents et en imminence de perdre la vue. "C'est la plus grande altération de la vue que j'aie jamais connue".Marat avoue que malgré le traitement "l'oeil gauche est toujours resté faible".

- La dernière observation se rapporte à un gentleman américain, que Marat avait soigné "en présence de M. MILLER avec toutes les indications pour la marche du traitement".

Ainsi cette maladie singulière serait pour Marat "la funeste conséquence du mercure mal administré", seule publication connue à ce jour sur cette pathologie. "Il importe, affirme Marat, pour découvrir les causes des défauts de la vue, de réunir la connaissance de l'optique à celle de la physiologie ; mais depuis que le traitement des maladies des yeux est devenu une branche de l'art de guérir, il est parfois abandonné à des chirurgiens qui souvent ne connaissent nullement les fonctions des différentes parties de l'oeil et ignorent jusqu'à la structure de cet organe admirable".

La méthode du traitement qu'il décrit dans ses observations est précisément complétée dans une lettre du marquis Ignazio de Zuchelli, italien, par l'intermédiaire du Docteur TARZIONI, savant médecin de Florence : "Cette maladie ayant été, jusqu'à ce jour, confondue avec la goutte sereine, n'a pas été traitée autrement. Cautérisation, salivation, purgatifs, vomitifs, ont été tentés : remèdes bons seulement à aggraver le mal. Pour peu qu'on connaisse les lois de l'économie animale, on verra que les indications curatives se réduisent à trois : relâcher la partie affectée, la désobstruer, et lui rendre son élasticité nécessaire.

Pour satisfaire à la première indication,le malade doit observer une diète rigoureuse : donc, s'abstenir de chocolat, de café, de vin, de liqueurs spiritueuses, de mets épicés. Il doit encore éviter le froid, les exercices de corps forcés, les passions violentes.

Sa nourriture doit se composer d'herbes cuites et de poulet rôti; sa boisson, se réduire à une infusion théiforme de sommités de millefeuille. Ensuite le malade commencera son traitement par une petite saignée au pied, qui répètera tous les huit jours. Dans l'intervalle, il prendra chaque matin, à déjeuner, quelques drachmes de pulpe de casse, macérée dans l'eau. Lorsque le liquide aura acquis une grande limpidité, le malade mettra sur les tempes, un topique émollient et se fera des fumigations anti-spasmodiques, à l'aide d'un instrument affecté à cet effet. Par ce moyen, il affaiblira l'irritation des muscles de l'oeil, diminuera l'engorgement et la vue commencera à revenir.

Alors on aura recours à l'électrisation, mais il convient de se limiter à tirer, matin et soir, quelques étincelles aux angles de l'oeil. Le malade portera, à la région des temps, un petit emplâtre de gomme tamahaca et ajoutera à chaque tasse d'infusion de millefeuille, deux grains de nitre. Ces remèdes, destinés à débarrasser de l'engorgement la partie affectée, satisferont la seconde indication.

Lorsque la vue est rétablie dans son état normal, elle conserve encore un état de faiblesse auquel on remédie avec de fréquents lavages à l'eau fraîche. On ne doit se permettre aucune modification au régime jusqu'à la fin du traitement ; alors le malade peut faire usage de vin rouge et de viandes légèrement épicées."

La goutte sereine comprenait diverses affections intra- oculaires'sans lésions appréciables en dehors des troubles pupillaires avec amaurose ou amblyopie. La "goutte sereine" "partielle" ou "imparfaite" correspondait à l'amblyopie et la "goutte sereine" "complète" ou "parfaite" à l'amaurose. On englobait aussi dans la goutte sereine diverses affections : les choroidites, les névrites optiques, les glaucomes chroniques par exemple.

La théorie accommodative telle que la décrit Marat grâce aux muscles ciliaires "fibres circulaires environnant le cristallin" est très progressiste puisque étaient alors seulement admise la théorie accommodative des muscles droits et obliques du XVIIe siècle retrouvée chez KEPLER et DESCARTES et du XVIIIe siècle chez BOERHAAVE, GUERIN.

Ce que l'on peut aussi remarquer chez Marat, c'est cette notion d'astigmatisme irrégulier dû à l'engorgement rétrooculaire (ici iatrogène). "Mais de même qu'il arriva que tous les muscles de l'oeil ne sont pas tous également engorgés, il arrive souvent aussi que les glandes qui recouvrent le fond de l'orbite participent à cet engorgement. Le globe plus ou moins comprimé dans une partie que dans l'autre, n'offre plus une circonférence régulière. Les différents points du fond d'oeil n'étant plus tous à égale distance du cristallin, une partie seulement des rayons qui tombent sur la choroide y rencontre son foyer. L'image est tronquée. Voilà pourquoi dans cette maladie, on ne voit qu'imparfaitement les objets, et encore à une distance déterminée".

A remarquer aussi l'application de l'électrothérapie en oculistique jusqu'alors exceptionnelle. Marat qui avait de grandes connaissances en physique, bien informé des phénomènes électriques et des applications de l'électricité en médecine eut le mérite d'user couramment de cette thérapeutique en oculistique comme en médecine générale.
Marat mesure les progrès du traitement : c'est une mesure objective : il s'agit de l'évaluation du punctum proximum : "je fabriquai une échelle graduée sur laquelle je notai le point le plus rapproché où elle pouvait lire l'heure sur une montre". Ainsi le pouvoir d'accommotation chez C.B. passe de 28 pouces lors de la première mesure à 13 pouces en fin de traitement".

Marat avait soumis un mémoire à l'appréciation de l'Académie de Médecine sur "quelques affections de la vue aussi singulières que peu connues, et sur une nouvelle maladie d'yeux dont jusqu'ici aucun auteur n'avait fait mention". C'est par le rapport de cette Académie que l'on connaît le détail de ce mémoire.

Rapport Marat

Textes politiques de Marat

Journaux
-Moniteur patriote : 1 numéro
-Ami du Peuple : 667 numéros
Les numéros 41, 43, 46 à 50, 58 à 69, 526 à 528 n’ont jamais paru
Cinq numéros ont été utilisés en double : 157, 542, 570, 583 et 681
-Junius français : 13 numéros
-Publiciste et Journal de la République française : 242 numéros
1789
-Lettre à M.de Joly
-Dénonciation faite au tribunal du public par M. Marat, l’Ami du Peuple, contre M.Necker, Premier ministre des Finances
1790
-Appel à la nation par J.P. Marat, l’Ami du Peuple, citoyen du district des Cordeliers et auteur de plusieurs ouvrages patriotiques
-Lettre de Marat, l’Ami du Peuple, contenant quelques réflexions sur l’ordre judiciaire
-Nouvelle dénonciation de M. Marat, l’Ami du Peuple, contre M.Necker, Premier ministre des Finances, ou Supplément à la dénonciation d’un citoyen contre un agent de l’autorité
-Lettre à M. le président de l’Assemblée nationale
-Lettre de Marat à Camille Desmoulins, mai 1790
-Lettre de Marat à Camille Desmoulins, 11 novembre 1790
Réédition
-Plan de législation criminelle, ouvrage dans lequel on traite des délits et des peines, de la force des preuves et des présomptions, et de la manière d’acquérir ces preuves et ces présomptions durant l’instruction de la procédure, de manière à ne blesser ni la justice ni la liberté, sert à concilier la douceur avec la certitude des châtiments, et l’humanité avec la sûreté de la société civile.
-Infernal projet des ennemis de la révolution
Pamphlets
-C’en est fait de nous
-On nous endort, prenons-y garde !
-C’est un beau rêve, gare au réveil !
-L’affreux réveil
-Relation fidèle des malheureuses affaires de Nancy
-Relation authentique de ce qui s’est passé à Nancy
-Le général Mottié vendu par ses mouchards
-Le général Mottié vendu par ses mouchards - Supplément
1791
-Les Charlatans modernes, ou Lettres à Camille sur le charlatanisme académique
1792
-Lettre de L’Ami du Peuple aux fédérés des 83 départements
-L’Ami du Peuple aux Français patriotes
Placards
-Marat, l’Ami du Peuple, aux braves Parisiens (26 août)
-Marat, l’Ami du Peuple, à ses concitoyens (28 août)
-Marat, l’Ami du Peuple, aux amis de la patrie (30 août-2septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, à L.P.J.d’Orléans, prince français (2-5 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, aux bons Français (8 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, à ses concitoyens les électeurs (10 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, aux amis de la patrie (18 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, à Maître Jérôme Pétion (20 septembre)
Textes sur le jugement du roi
-Opinion de Marat, l’Ami du Peuple sur le jugement de l’ex-monarque
-Opinion de Marat sur le jugement de Louis XVI
1793
-Discours de Marat, l’Ami du Peuple, sur la défense de Louis XVI
-Observations à mes commettants
-Profession de foi de Marat, l’Ami du peuple, député à la Convention : adressée au peuple français en général et à ses commettants en particulier
-Lettre de Marat, député du département de Paris à la Convention nationale lue à la séance du 13 avril 1793, l’an deuxième de la République française ; imprimée et envoyée aux armées par ordre de la Convention nationale
-Lettre de Marat aux Jacobins, 15 avril 1793
-Lettre de Marat à ses commettants, 15 avril 1793
-Lettre de Marat à la Convention, 15 avril 1793
-Lettre de Marat aux Jacobins, 20 juin 1793
Nouvelle édition remaniée
-Les Chaînes de l’Esclavage, ouvrage destiné à développer les noirs attentats des princes contre les peuples, les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices, les coups d’état qu’ils emploient pour détruire la liberté, et les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme
Quelques repères bibliographiques sur Marat
-Les Aventures du jeune comte Potowski. Un roman de cœur, par Marat, l’ami du peuple, Paris, Louis Chlendowski, 2 volumes, 1848 (réédition 1998)
-Lettre de M.Marat, qui contient le récit de ses transactions dans les différentes sciences… Appelée aussi Lettre justificative à Roume de Saint-Laurent, Miscellanies of the philobiblon society, volume 8, London, Whittingham & Wilkins, 1863-1864
-Eloge de Montesquieu, (éd. Arthur de Brésetz), Libourne, G. Maleville, 1883
-De la presbytie accidentelle par J.P. Marat, docteur en médecine, traduit par Georges Pilotelle, Paris, Champion, 1891
-La correspondance de Marat, par Charles Vellay, Paris, Fasquelle, 1908
-Les pamphlets de Marat, par Charles Vellay, Paris, Fasquelle, 1911
-Marat spécialiste des maladies vénériennes, par Joseph Payenneville, Rouen, 1912
-Newton. Optique de Newton, traduit par Marat, (éd. Michel Blay), Paris, Bourgois, 1988
-Jean-Paul Marat – Œuvres Politiques 1789-1793 (éd. Jacques De Cock – Charlotte Goëtz), 10 volumes - Bruxelles, Pôle Nord, 1989-1995
-Marat. The Chains of Slavery 1774 - Les Chaînes de l’Esclavage 1793, édition française confrontée au texte anglais (éd. Goëtz Charlotte Goëtz et Jacques De Cock), Bruxelles, Pôle Nord, 1993.
-Marat avant 1789 (éd. Jacques De Cock), Essay on the human soul, Philosophical Essay on Man, De l’Homme, Plan de législation en matière criminelle, Plan de législation criminelle, Eloge de Montesquieu, Lyon, Fantasques éditions, 2003
-Marat, l’ami du peuple, par Alfred Bougeart, 2 volumes, Paris, Lacroix Verboeckhoven, 1865
-Jean-Paul Marat, esprit politique, accompagné de sa vie scientifique, politique et privée, par François Chèvremont, Paris, chez l’auteur, 1880
-Marat en famille. La Saga des Mara(t), par Charlotte Goëtz, 2 volumes, Bruxelles, Pôle Nord, 2001

Notes

(1)Les autres enfants Mara sont : Henry (25 juillet 1745) et Marie (5 septembre 1746), nés à Boudry ; Pierre (23 janvier 1753), Pierre-Antoine (23 mars 1754 - décédé le 8 octobre 1756), nés à Peseux ; David (21 février 1756), Charlotte-Albertine (1er juillet 1760) et Jean-Pierre (23 janvier 1767), nés à Neuchâtel.

(2)Pour ce qui concerne la famille Mara(t), voir Charlotte Goëtz, Marat en famille – La Saga des Mara(t), 2 volumes, Bruxelles, Pôle Nord (Collection Chantiers Marat), 2001. Pour ce qui touche Marat à partir de 1770, voir Jacques De Cock, Marat avant 1789, Lyon, Fantasques éditions, 2003.

(3)Dans L’Ami du Peuple n°401 du 16 mars 1791, Marat écrit : « A l’égard des professions où l’ignorance peut avoir des suites terribles, telles que celles de médecin, de chirurgien, d’apothicaire, il importe qu’elle soient interdites à tout homme qui n’aura pas fait preuve rigoureuse de capacité. » Et il complète en note : « On ne puise pas dans les écoles le génie d’Esculape, je le sais, mais on y acquiert des connaissances qui empêchent d’agir en aveugle et en téméraire. Et sous les yeux d’un maître de l’art, les élèves apprennent à faire usage de ces connaissances, lumières dont sont toujours privés les empiriques. »

(4)Manuscrit de Genève du Contrat Social.

(5)Roman publié seulement en 1848, réédité en 1988. Il a donné lieu à une spéculation sur un autre ouvrage faussement attribué à Marat par Gabriel Charavay, Les lettres polonaises. Cette erreur, démontrée par François Chèvremont (voir son article dans la Revue des Sciences et des Lettres, en 1890) a toujours cours, puisque qu’une réédition des Lettres, toujours attribuées à Marat, a été faite en 1993.

(6) An Enquiry a été traduit pour la première fois par Georges Pilotelle, sous le titre De la presbytie accidentelle, d’après le seul exemplaire connu appartenant à la bibliothèque de la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres. Il est publié en 1891 à Paris. An Essay on Gleets a été traduit par Joseph Payenneville en 1921 et publié à Rouen, sous le titre Marat, spécialiste des maladies vénériennes.

(7)On doit à Michel Blay la réédition de l’Opticks de Newton, dans la traduction de Marat, traduction sur la qualité de laquelle les historiens américains Gottschalk et Gillepsie avaient, les premiers, attiré l’attention.

(8)Ce que souligne pertinemment Jacques De Cock dans Marat avant 1789. Il ajoute : « Ce fait a déjà été entériné théoriquement bien avant Marat, notamment par Euler et Dollon, mais personne jusque-là n’a été plus loin que la mise en évidence de‘certaines erreurs’ de Newton. […] Quand, réellement, on renoncera à la théorie newtonienne, au début du XIXe siècle, ce sera par le biais d’une théorie totalement absente au XVIII, la théorie ondulatoire. Marat œuvre dans une époque, non d’obscurantisme, mais de tâtonnements. L’alternance des théories corpusculaire et ondulatoire rend évidemment toute l’histoire des théories optiques particulièrement délicate […] Ce qui est certain, c’est que l’idée de Marat, le ‘poids’ de la lumière, son attraction sur les corps, idée complètement étrangère au XIXe est devenue une des idées fondamentales du XXe, dans un contexte conceptuel renouvelé. »

(9)Sur les différentes versions du Plan, voir J. De Cock, op.cit.

(10)Marat concourra encore sur trois sujets concernant la théorie de Newton :

A Lyon : « Déterminer si les expériences sur lesquelles Newton établit la différente réfrangibilité des rayons hétérogènes sont réelles ou illusoires »
A Montpellier : « Concours sur l’explication de l’arc-en-ciel »
A Rouen : Concours sur les vraies causes des couleurs que présentent les lames de verre, les bulles d’eau de savon et les matières diaphanes très minces » (Le mémoire de Marat y sera couronné le 6 août 1783 par l’Académie royale des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen, sous l’anonyme).

(11)Ce résumé très succint trouve ses sources dans différentes préfaces et postfaces écrites par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz.

(12)Camille Desmoulins : « Marat, quoi qu’on en dise, a parfois d’excellentes réflexions et quand je remarque l’accomplissement de tant de choses qu’il a prédites, je suis tenté de prendre de ses almanachs. »

(13) Il faut se rappeler que la collection de François Chèvremont sur Marat n’a trouvé place dans aucune bibliothèque française, mais a été accueillie par la British Library.

(14)Cet axe de réflexion, la situation désastreuse des soldats aux frontières, laissés sans armes, sans équipements, sans chefs, « conduits comme des moutons à l’abattoir » et laissant partout femmes en enfants sans défense, mérite beaucoup d’attention.

Fantastique Léonard de Vinci - La vie de Léonard de Vinci


Léonard de Vinci (1452-1519)


La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 

Musée de la Science et de la Technique Léonard de Vinci à Milan

Belle parmi les belles, elle vous contemple, énigmatique, avec un je ne sais quoi dans son regard limpide qui semble vous suivre autour de la grande salle ; qui n'est pas envoûté par ce sourire et ces yeux si doux ?
Qui est elle ? Nul ne le sait, mais on connait son "impresario" : Léonard de Vinci, artiste peintre.

Il vivait il y a cinq siècles.L'Europe sortait alors à peine du Moyen Age.

Elle, on l'appelle la Joconde. Tant et tant d'hypothèses ont été formulées au sujet de son identité exacte.


L'envoûtement est tel qu'on veut en savoir plus sur l'artiste et on découvre qu'il fut sculpteur, ingénieur, musicien, architecte, anatomiste, physicien ; que, poussé par le désir de la perfection, il s'est adonné à ses travaux avec tant d'opiniâtreté, tant de minutie, tant d'intelligence, qu'il les a toujours menés à bien, compte tenu du contexte de l'époque.

Bien sur, la Joconde est le tableau le plus contemplé qu'il fut au Monde.

Qui ne se laisse séduire par son charme discret ?
Elle a passé outre les modes, les styles, les époques et son renom d'hier n'est pas aujourd'hui terni.

Mais ne comptez pas trop trouver pléthore d'oeuvres du Maître ; on n'en compte seulement qu'une douzaine. Bien que moins connues, toutes présentent cet attrait indéfinissable dans le regard qui révèle, au delà de l'art, une connaissance subtile des éléments de la vision.

 


La vie de Leonardo

Chez Léonard de Vinci, point de bavardage pictural, mais une verve, dans les esquisses, les croquis, les expériences, les notes, qui a fait de lui ce personnage familier, ce "touche à tout" inspiré que les italiens appellent Leonardo, comme un ami que l'on rencontre au coin de la rue, qui a su pratiquer avec autant de bonheur tous les arts auxquels il s'est consacré et dont la perspicacité révèle des vues d'une étonnante justesse.


Quelle étonnante figure que celle, de Léonard. Quand on découvre, par curiosité d'abord, son oeuvre éclectique, on ne peut s'empêcher de dépasser les considérations culturelles pour être entraîné dans une étude plus approfondie de ses activités.

On admire la perfection esthétique d'un artiste et on découvre une oeuvre d'une ampleur insoupçonnée, des révélations considérables pour l'époque. On est entraîné à son insu par le besoin de connaître ses motivations, sa vie discrète faite de solitude, en butte aux jalousies et à l'incompréhension.


Il vit certes une époque trouble, non pas par le fait de désordres sociaux, mais par la bouffée d'air pur que provoque un courant de pensée longtemps étouffé par les guerres, les invasions, les épidémies, les idéologies du Moyen Age ; il secoue les "miasmes du passé".

Déjà les esprits s'ouvrent. Des techniques nouvelles apparaissent, le régime féodal décline et avec lui la puissance ecclésiastique :


"Un esprit nouveau se propage ... On commence à se passionner pour les propriétés réelles des objets, la nature des choses, le spectacle de l'univers et la ressemblance des corps, des visages. La civilisation change d'aspect." M.Fierens

Dans ce courant, il est fréquent de trouver des esprits pluridisciplinaires qui s'ouvrent à des activités n'ayant aucune relation entre elles en apparence.On assiste à un véritable décloisonnement du savoir et Léonard n'y échappe pas.

Poussé peut-être au début par sa soif de perfection, il s'attache à résoudre un certain nombre de problèmes que lui pose son art. Il se passionne et son esprit curieux y trouve activités et satisfactions nouvelles qu'il a abordées aux hasards de sa vie turbulente.


Dans ce qu'il entreprend, rien n'échappe à sa sagacité.

Il laisse des traces de ses travaux sous forme de feuillets, de carnets, de manuscrits.

Beaucoup ont disparu, égarés ou détruits, si bien qu'on ne peut juger son oeuvre que sur ce qui nous est parvenu : documents partiels, dont il est bon de tracer le périple afin de le cerner avec plus d'exactitude et de définir les informations dont il bénéficie au départ.

Les étapes de sa découverte de l'anatomie, ses sources, son initiation aux secrets du corps humain, ses méthodes propres, appuyées par une connaissance approfondie de l'optique physiologique et physique, ont fait de lui un anatomiste et un physiologiste oculaire.

Dans ce domaine, seuls dix neuf de ses ouvrages sur cinquante subsistent.

C'est peu pour se prononcer, mais assez pour mesurer l'ampleur de sa pensée.

Rien à priori ne pouvait laisser prévoir que ce bâtard, fils naturel de Caterina, simple paysanne, et de Ser Piero da Vinci, notaire, né le 15 Avril 1452 dans le petit village d'Anchiano près de Vinci, noyé en pleine Toscane à 50 km de Florence, deviendrait aux yeux de tous le génie le plus éclatant de la Renaissance.

Sa vie très diversifiée n'est que le reflet de son existence tumultueuse, différenciée, pleine d'expériences fructueuses, toujours brillante après les quatorze premières années passées auprès de son grand-père et de son oncle, durant lesquelles il vagabonde dans la douceur de la campagne florentine, au milieu des animaux et des végétaux, y accumulant son extraordinaire amour de la nature et de ses lois. Quatorze ans durant lesquels il n'a pas de contraintes, pas d'école : il peut s'exprimer en patois toscan, le langage du peuple, peu importe alors le latin sans lequel il n'y a point d'accès à la culture .

Puis en 1466, il rejoint son père à Florence. C'est le début d'une existence pleine d'imprévus, de rebondissements, d'orientations diverses, à l'image de son oeuvre sur laquelle il importe de se pencher pour mieux comprendre l'Homme génial qu'il devint.


Il faut distinguer six périodes :

1/ Période Florentine : 1466 - 1481
Le père de Léonard, s'apercevant de son don pour le dessin, décide de le mettre en apprentissage dans l'atelier d'Andréa Verrochio, artiste très en vue à Florence. A vingt ans il devient membre de la corporation des peintres (Gilde de Saint Luc), mais reste cependant chez son maître après y avoir reçu une formation d'ingénieur, d'anatomiste, de bronzier et bien évidemment de peintre, formation qu'il ne cessa de compléter auprès des différents "techniciens" locaux . C'est Verrochio qui lui donne une certaine notoriété auprès de Laurent de Médicis lequel lui commande l'Adoration des Mages (1481) . Sur les conseils de ce dernier, il propose ses services à Ludovic Sforza, qui, séduit par ses talents de musicien, d'architecte civil et militaire, de peintre et de sculpteur, l'accepte au sein de sa cour milanaise luxueuse et raffinée . Léonard quitte donc en 1482 Florence pour Milan et laisse derrière lui des oeuvres inachevées .

2/ Période Milanaise : 1482 - 1499
Pendant son séjour il va s'occuper d'architecture et de machines de guerre, de l'organisation de nombreuses fêtes somptueuses, mais il ne délaisse pas pour autant son art : il commence à peindre la Vierge au Rocher puis la Cène. Il esquisse son traité sur la peinture et fait des études pour une statue équestre qui doit être érigée à la gloire des Sforza. Epoque troublée qui vit la prise du pouvoir des Sforza à Milan occupée par les troupes de Charles VIII puis de Louis XII .

La guerre nécessite d'appauvrir la cité. Dans cette ambiance Léonard fait la connaissance de plusieurs savants dont Luca Pacioli qui écrit avec sa collaboration "De Divina Proportione". Il approfondit des problèmes architecturaux, mathématiques, techniques de tous ordres et anatomiques, grâce à des dissections qu'il fit à l'Ospedale Maggiore .

A la chute de Ludovic le More, Léonard part pour Venise où il peut assister aux leçons d'anatomie données par A. Benedetti. Il y étudie aussi la construction navale et commence à peindre la Sainte Anne.


3/ Seconde période Florentine (1502 - 1506)
Après être entré au service de César Borgia pendant peu de temps, il repart pour Florence où on lui commande une fresque pour la salle du Grand Conseil : la bataille d'Anghiari qui a vu la victoire de Florence sur Milan . Il ne peut mener à bien cette fresque à cause de problèmes d'innovations techniques malheureuses .

Il poursuit les études et les essais de sa machine volante.

Puis à la mort de son père en 1504, commencent de sordides histoires d'héritage dont il est exclu à cause de sa "bâtardise". Il n'obtient justice qu'en faisant intervenir Charles d'Amboise représentant Louis XII à Milan, ainsi que le roi de France qui fait même un voyage à Milan.


Pendant cette période, il peint la Joconde en 1505 et reprend ses études anatomiques à l'hôpital Santa Maria Nuova . Il y travaille notamment sur les ventricules cérébraux et améliore sa technique de dissection, de démonstration anatomique et sa figuration des différents plans des organes . Il projette même de publier ses manuscrits anatomiques en 1507 . Mais, comme pour la majorité de son oeuvre, il n'ira pas jusqu'au bout .

4/ Seconde période Milanaise : 1506 - 1513

Léonard, déçu et rejeté par les autorités italiennes, se rapproche des représentants français . Il fait la connaissance de Francesco MELZI, jeune homme de bonne famille qui restera son fidèle compagnon jusqu'à la fin de sa vie et qui sera son héritier.


En 1510 il rencontre le professeur de Médecine de Padoue, puis celui de Milan Marc Antoine della Torre, qui mourra de la peste l'année suivante . Sous son impulsion, il se remet à l'anatomie et reprend les dissections.

Mais les hostilités reprennent entre Italiens et Français et, à la mort de Charles d'Amboise, les troupes françaises quittent Milan . Léonard, qui s'était compromis avec les Français part pour Rome afin de se mettre sous la protection de Jean de Medicis qui vient d'être élu Pape sous le nom de Léon X . (45)


5/ Séjour à Rome : 1514 - 1516
Il reprend ses études d'anatomie à l'hôpital du Saint Esprit, mais ses autopsies déplaisent et il se voit accuser de sacrilège par l'Eglise, qui lui interdit de continuer .

A cette époque, il est frappé par une affection neurologique qui aboutit à la paralysie de sa main droite, ce qui l'handicape bien qu'il fut gaucher .

Malheureusement ses protecteurs disparaissent; Julien de Medicis meurt en 1515 puis Léon X l'abandonne en 1516 . Il se trouve désormais tout seul, en proie aux critiques de tous.

Après la bataille de Marignan, François 1er s'empare du Milanais, et Léonard demande protection au roi de France .

Celui-ci grand admirateur des artistes et en particulier de Léonard, lui attribue une rente et l'invite à quitter sa terre natale. Ce qu'il fait en s'installant, en 1516, au manoir de Cloux près d'Amboise.


6/ Séjour en France : 1516 - 1519
Léonard reçoit à Cloux la visite de nombreux notables et admirateurs; parmi eux, en 1517, le cardinal Louis d'Aragon est émerveillé par ses carnets, notamment ceux traitant d'anatomie, dont il prévoit de faire un livre .

Sur la fin de sa vie il continue quelques études de géométrie, d'architecture et achève quelques tableaux . Sentant "venir son heure" , il fait établir son testament le 23 avril 1519 et s'éteint le 2 mai 1519 .

Il fut enterré dans la chapelle du château de Cloux, qui fut détruite ainsi que son tombeau pendant la Révolution Française .

Le sort s'est donc acharné sur cet homme solitaire, mal à l'aise partout, protégé par les uns, méprisé par les autres jusque dans sa dernière demeure . Rejeté par les siens, même la France, qui lui donna cependant une fin de vie honorable, ne put protéger sa sépulture .

Cruelle destinée pour cet homme qui s'interessa à tout, étudia tout, que de laisser derrière lui une oeuvre scientifique et artistique inachevée . A la fin de sa vie, se sentant coupable de n'avoir rien vraiment achevé Léonard écrira

" ... je n'ai été empêché ni par l'avarice ni par la négligence mais seulement par le temps. Adieu"
Q.I folio 13 Verso Windsor.

Fantastique Léonard de Vinci - Dioptrique oculaire


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Dioptrique oculaire


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Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 


Léonard convient comme certains avant lui que la lumière se comporte dans l'oeil comme dans le verre et suit les "leges communis". Mais, d'après ces "lois communes" géométriques et physiques, l'image d'un objet se trouve projetée à l'envers sur la rétine donc le monde doit être vu à l'envers.

Léonard refuse l'idée de l'image renversée, tout en voulant respecter la rectitude de l'image et l'absolutisme des lois physiques. Il aboutit donc à deux entre-croisements successifs, le premier au niveau de la pupille renversant l'image et le second au niveau du cristallin redressant l'image.

En commençant l'étude de l'oeil comme système optique, Léonard se met sur la voie qui lui permit avant les autres de considérer l'oeil comme une chambre noire.

Alhazen parle certainement le premier de la "camera obscura" au VI ème siècle suivi de R.Bacon (1214 - 1294) et de Léon l'Hébreux (1228 - 1344 Levi ben Gerson).


Aristote lui même (Problèmes, livre XV) y a fait une vague allusion.
Pourtant cette invention fut longtemps attribuée à della Porta (1558).

Mais Léonard est le premier à assimiler la chambre noire à l'oeil et à procéder à des études poussées, allant jusqu'à faire varier la taille et la forme de l'ouverture et la distance de l'écran.

"L'expérience qui fait voir les objets doit les faire voir avec leurs apparences, imprimées dans l'humeur albugineuse. Il est démontré que lorsqu'ils pénétreront par une petite ouverture, leurs contenus éclairés entreront dans la chambre noire. Alors ces objets s'imprimeront sur un papier blanc placé à l'intérieur de cette chambre noire tout près de l'ouverture. On verra pour le coup les objets reproduits sur ce papier avec leurs contours et leurs couleurs. Mais ils seront plus petits et renversés à cause de l'intersection. Si ces images proviennent d'un endroit éclairé par le soleil, ils auront l'air d'être peints sur le papier, lequel doit être très mince et vu à l'envers.

L'ouverture en question doit être pratiquée dans une plaque de fer très mince a.b.c.d.e. et les objets doivent être éclairés par le soleil ; o.r est la face de la chambre noire où se trouve le spectacle dit en m.n.s.t. est le papier mince.

On coupe les rayons des dits objets de bas en haut parce que leurs rayons étant droits, a à droite devient à gauche en k et le e gauche devient droit en f. Ainsi en advient-il à l'intérieur de la pupille."

Ms. D folio 8 recto.

 

La chambre noire est parfaitement décrite ici par Léonard avec sa paroi opaque percée d'un trou, la lumière extérieure et un écran de visualisation. Son innovation va être d'assimiler l'oeil à une chambre noire, même si ce raisonnement n'a pas été mené jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à l'obtention d'une image renversée sur la rétine.

Ce n'est qu'en 1604 que Kepler va affirmer cette hypothèse et elle sera confirmée par Scheiner qui eut l'idée d'enlever la sclérotique et la choroide à la face postérieure de l'oeil et par ce trou de regarder la marche des rayons lumineux.


Léonard n'a pas saisi le rôle du cristallin pour l'ajustement dioptrique de l'oeil. C'est pour cela qu'il lui a donné pour fonction celle de redresser les images renversées par le système cornée-pupille. Il s'en explique dans plusieurs passages :


"La sphère vitréenne est placée au milieu de l'oeil pour redresser les images qui se coupent dans le spiracle de la pupille, afin que la droite redevienne droite et que la gauche redevienne gauche dans la deuxième intersection qui se fait au milieu de cette sphère vitréenne."

Codex D folio 3 verso.

"La pupille de l'oeil qui, par une petite ouverture, reçoit les images des corps placés devant cette ouverture les reçoit toujours à l'envers et toujours la faculté visuelle les voit droits comme ils sont. Et il arrive de la sorte que les dites images se redressent selon l'objet qui en est la cause et de là, elles sont prises par l'organe enregistreur et renvoyées au sens commun où elles sont piégées"

Ms. D folio 2 verso.

Pour Léonard, il y a double croisement des rayons principaux : un premier au centre de la pupille ce qui est vrai et un second au centre du cristallin ce qui est faux.

Il donne de ces doubles intersections une dizaine de schémas et il propose trois hypothèses possibles du lieu de ces intersections : chambre antérieur-cristallin, cristallin chambre postérieure, chambre antérieure chambre postérieure et retient surtout la première.

Au départ, son erreur est due au fait qu'il prend des rayons convergents pour pénétrer dans l'oeil et les fait s'y croiser dans le trou pupillaire sans faire intervenir la réfraction cornéenne.

Pourtant il ne doit pas ignorer qu'un objet envoie à l'oeil des rayons divergents, il n'utilise ce fait que lorsque l'oeil est derrière le trou de la chambre noire.
De même il ne parle que des rayons principaux coupant l'axe optique au centre de l'iris, sans leur associer les rayons d'ouvertures, qui passent dans les zones périphériques de l'iris pour se réunir à l'image, alors qu'il les décrit dans les miroirs.

 

Une question l'embarrasse : celle de la perception d'une image droite par l'oeil mis à la place de l'écran alors qu'il devrait la recevoir renversée. Pour y répondre en toute logique, ignorant comme les gens de son époque les mécanismes physiologiques, il propose, dans son souci de rester conforme à la réalité, la solution qui fait du cristallin un véritable relais de réinversion de l'image après que le passage par la pupille l'ait inversée une première fois.

Cette idée, bien qu'erronée, lui permet de réaliser une merveilleuse expérience dont la paternité sera bien plus tard attribuée à Czermak, Scheiner et Mile.

"Soit la pupille a/n de l'oeil k/h et le point orifice p fait dans le. papier avec la pointe d'un stylet et l'objet placé au delà de l'orifice M/b. Je dis que la partie supérieure de cet objet ne peut venir à la partie postérieure de la pupille de l'oeil par la ligne droite m-a parce qu'empêchée en v le passage de l'interposition du papier. Mais cette extrême supérieur m passe directement par l'ouverture dans la partie inférieure n de la pupille, c'est à dire dans la sphère cristalline et de là passe au sens commun comme il a été dit. Ci dessous on démontre l'expérience grâce à laquelle est née la certitude de cette nouvelle intersection g.d soit l'oeil dont la pupille a/p voit par l'ouverture q (faite dans le papier R/S) l'objet t/e. Je dis que si vous faites mouvoir le stylet L/q de haut en bas de la pupille, près de cette pupille par la ligne k/h qui mettra hors de cette ouverture q de façon que ce mouvement de stylet soit contraire à son vrai mouvement. La raison en est qu'en touchant le stylet, la ligne a/c est en contact avec la plus haute ligne qu'il y ait dans l'ouverture q et avec la plus basse qu'il y ait hors de cette ouverture et ainsi en suivant la descente dans l'ouverture devant la pupille avec votre stylet vous suivrez le contraire hors de l'ouverture."


Ms. D folio 2 verso.

De nombreuses pages du Ms. K sont également consacrées à ce phénomène.

La description de Léonard est parfaite : si le sujet met son oeil derrière un trou percé dans une feuille de papier et s'il abaisse une aiguille placée entre l'oeil et le trou, il aperçoit l'ombre de l'épingle se déplacer en sens inverse en arrière du trou.

Il eut l'excellente idée de fabriquer un oeil artificiel en verre et métal qu'il décrit dans le Codex D folio 3 verso :

"On fera une boule en verre d'un diamètre de cinq-huitième de brasse. Puis on la coupera d'un côté de manière à pouvoir y mettre le visage jusqu'aux oreilles. Ensuite on mettra au fond un fond de boîte d'un tiers de brasse ayant au milieu un trou quatre fois plus grand que la pupille de l'oeil.

En outre, on établira une boule de verre mince de diamètre d'un sixième de brasse. Ceci fait qu'on remplisse le tout d'eau tiède et limpide. Mettez le visage dans cette eau et regardez dans la boule. Notez bien et vous verrez, cet instrument enverra les espèces du S/T à l'oeil comme l'oeil les transmet à la vertu visuelle."


Dans la partie supérieure du feuillet Léonard dessine schématiquement son oeil et dans la partie inférieure il décrit le cheminement des rayons :

"Il est mis ici, que la vertu est à l'extrémité des nerfs optiques, dont h/n en est un. Ainsi donc, nous dirons que la vertu visuelle m ne peut voir a objet gauche de ce côté gauche, s'il n'advient que le rayon de l'espèce de cet objet passe au centre des deux sphères de l'humeur vitreuse x/y/t/v et ainsi le rayon sera a/e/r/v/z/x. Donc une faculté visuelle verra a, objet à gauche lui être présenté en x faible et ainsi l'instrument de l'oeil ne peut rendre cet objet gauche au même endroit si ce n'est pas deux intersections qui passent par l'axe de l'oeil, comme on l'a démontré."


Sur le croquis qui accompagne ce texte, on ne voit qu'un seul entre croisement dans la boule de verre cristallin. Le défaut dans ce modèle d'oeil, c'est que la boule intérieure, en verre mince et creuse, reste vide quand tout le reste se remplit d'eau. Donc l'ensemble de ce modèle d'oeil constitue un système optique divergent. Ainsi l'image reste droite.

Pourtant Léonard sait que le cristallin est plus dense que les autres milieux réfringents de l'oeil.11 aurait donc mieux valu que cette boule soit pleine et donc que l'on ait à faire à un système optique convergent avec une image inversée.

 

Sur le modèle expérimental, il se produit une double intersection des rayons principaux, la première au centre de la pupille comme dans l'oeil et la seconde au centre de la boule creuse interne, ce qui n'est pas le cas pour l'oeil. C'est comme si l'on avait affaire à deux lentilles négatives. Léonard a donc bien observé ce phénomène mais en a tiré des conclusions fausses. Cependant et contrairement à ce qui a pu être. affirmé, il serait audacieux d'y trouver de façon prématurée le principe de l'optique de contact.

Toutes les erreurs de ces schémas viennent de celle fondamentale, de vouloir une image droite sur la rétine. Mais une petite phrase du Ms.D nous étonne :


"Ici l'adversaire dit que la seconde intersection est celle du nerf optique."

Le fait de faire redresser l'image par le nerf optique est absurde, mais c'est déjà l'acceptation d'une image oculaire renversée, redressée par le cortex cérébral.

Léonard s'aperçoit que l'oeil peut avoir des troubles de la réfraction.

Il parle de la presbytie et de son traitement mais pas de la myopie. Il explique dans le Codex Atlantico folio 244 recto a :

"Essayez pour voir comment les lunettes aident la vue. Les lunettes seront a/b et les yeux cVd et ceux-ci ayant vieilli, il faut que l'objet qu'ils avaient coutume de voir en e avec une grande facilité et un fort repli de leur axe de la rectitude des nerfs optiques, ce qui à cause de la vieillesse fait que cette puissance est affaiblie a tel point que l'on ne peut les tordre sans que l'oeil en souffre beaucoup de sorte que, par nécessité, on est obligé d'éloigner l'objet de e à b. Là on le voit mieux mais pas en détail. Maintenant en interposant les lunettes, l'objet est reconnu à la même distance qu'au temps de la jeunesse soit en e ... "

Puis il décrit les lunettes de presbytes. La presbytie, il l'attribue à un manque de fraîcheur élastique et de souplesse des nerfs et des muscles, devenus paresseux chez des personnes âgées. Mais ces muscles et nerfs atteints sont ceux du cristallin et non ceux de la motilité oculaire comme il le pense.

De son temps, les lunettes sont graduées non en dioptries mais d'après la moyenne d'âge de la personne qui doit s'en servir (Codex Atlantico folio 12 verso) "Lunette de cinquante ans" Codex Atlantico folio 83 verso "lunette de 60 ans". L'appareillage se fait donc en fonction de l'âge et non de la puissance dioptrique.

Fantastique Léonard de Vinci - Notes et manuscrits


Léonard de Vinci (1452-1519)


Notes et manuscrits

La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 

Léonard de Vinci préfigure la démarche scientifique moderne . Il observe puis expérimente; de là il extrapole et généralise quelquefois même de façon hasardeuse .


Bien que décevant par sa démarche fragmentaire, désordonnée, incomplète, inachevée, il reste cependant impressionnant, par l'ampleur d'une oeuvre aussi hétéroclite qu'anarchique mais toujours géniale, dans un souci de tout comprendre, de tout reproduire, afin de tout prouver. Analyse et synthèse apparaissent chez lui déjà comme des moyens d'accès à la connaissance.

Ses carnets sont des fatras de notes éparses universelles et courtes, concrètes, écrites à la plume noire, d'une écriture tracée de droite à gauche en caractères inversés "alla mancina" indéchiffrables pour le néophyte sinon à l'aide d'un miroir .

Ceci est plus le fait d'un gaucher, qui inverse facilement son écriture, phénomène connu de nos pédagogues, que d'un souci de mystère ou de secret ésotérique. Il utilise un papier rarement blanc, le plus souvent bleu-vert ou bistre, plus ou moins rugueux et de mauvaise qualité. Les dessins y sont tracés soit à la pointe d'argent, soit à la craie noire ou rouge, soit à la plume .

Ce sont ces différents types de papiers et de graphismes qui ont permis à Clarck, de proposer une datation approximative de chaque dessin Mais ceci est rendu difficile par le fait que, sans arrêt, jusqu'à la fin de sa vie, Léonard y a corrigé des erreurs.

En tant qu'autodidacte, car c'est un "uomo senza lettre" il possède mal le latin et le grec littéraire et il est le premier à le déplorer . Cela lui sera très souvent reproché par les intellectuels et les autres artistes de l'époque, comme Michel-Ange, qui ne pensent qu'à l'évincer de leur cercle étroit De ce fait, il reste seul et dialogue difficilement avec les autres savants de son époque .

Il note donc son savoir en Toscan populaire sur des milliers de feuillets épars qu'il tentera de regrouper et de classer .

Des 67 ans de son oeuvre de peintre, il ne subsiste que douze tableaux alors qu'il a griffonné des milliers de dessins Pour lui le dessin est le seul vrai moyen de communication, il crée donc un langage graphique, accompagné de quelques notes d'appoint. La nature, source d'inspiration universelle, le passionne; il suffit de scruter le fond de ses tableaux et de contempler ses merveilleuses planches de botanique pour comprendre cette admiration profonde .

A côté de cela, il se propose d'écrire un traité sur le corps humain : "J'espère terminer toute cette anatomie au cours de cet hiver de l'an 1510 . " An A 17 r , ce qui lui permettrait d'expliquer le microcosme humain Mais, il ne réalisa pas son projet .

 

Les différents manuscrits

Les dessins de tous ordres, s'amoncellent au fil des feuillets, agrémentés de quelques notes manuscrites, ce qui doit représenter de l'ordre de 10.000 feuillets .

Sur le plan de l'anatomie, de la physiologie et de l'optique, voici l'inventaire des feuillets de Léonard conservés dans différents musées à travers le monde. Beaucoup de ces planches, le plus grand nombre, sont rassemblées à la Bibliothèque Royale du Château de Windsor .

Elles ne concernent pratiquement que l'anatomie et on y distingue deux parties :

 

  • La première partie est constituée des feuillets d'Anatomie ou "Anatomia Fogli A et B" représentant 700 dessins répartis en 60 feuillets. Pour la simplicité de l'exposé nous les abrégerons en An. A et B. Le manuscrit A date de 1510 , le manuscrit B possède des planches datées de 1489, les autres ayant été exécutées entre 1502 et 1506 .
  • La deuxième partie est constituée des Quaderni d'Anatomie 1, 11, 111, IV (abrégé en Q). Ceux ci se composent de 129 feuillets et de plus de 1000 dessins.

Les autres feuillets qui nous intéressent sont éparpillés Nous noterons que :

  • Dans le "Codice sub vollo di ucelli" conservé à la Bibliothèque Royale de Turin, Léonard traite également d'anatomie notamment des muscles de la jambe
  • De même dans le "Codex Atlantico" (abrégé CA) conservé à la Bibliothèque Ambroisienne de Milan, Léonard étudie les organes génito-urinaires, l'abdomen et l'oeil, une brève étude physique de la Réflexion y figure également .
  • Dans le Codex Arundel conservé au British Museum, Léonard examine la respiration, la circulation, la réflexion optique .
  • De très beaux dessins concernant la tête et ses vaisseaux superficiels figurent dans le "Codex Forster" conservé au Victoria and Albert Museum .
  • Au musée d'Art du Château de Weimar figure un étonnant feuillet avec au recto, des schémas des ventricules cérébraux et au verso plusieurs dessins du chiasma optique .
  • Sur le plan de l'optique et de la vision, les manuscrits les plus intéressants sont conservés à l'Institut de France. Dans ces manuscrits, au nombre de 11, classés par ordre alphabétique de A à K (abrégé en Ms), trois surtout sont à retenir :
    • - Le Ms A portant sur la Réflexion optique et perspective

      - Le Ms C représente l'ouvrage de Léonard le plus complet sur l'optique .

      - Le Ms D dont les différents feuillets datant de 1508 - 1509 ont été classés de son vivant par Léonard lui même, concernent l'oeil et la vision .

  • Récemment retrouvé au fond de la Bibliotéca Nacional de Madrid une partie du "Codex Madrid Il" concerne la perception visuelle, l'optique et la Réflexion .

L'ensemble de l'oeuvre anatomique de Léonard fut réalisé entre 1479 et 1513 ; il la retoucha inlassablement jusqu'à la fin de sa vie.

Léonard n'est pas, à proprement parler, un précurseur, ni dans le domaine de la recherche, ni dans celui du dessin anatomique, dont les premiers balbutiements remontent à l'antiquité. Déjà, au Moyen-Age, les médecins découvrent les rudiments de l'anatomie ; ils les enseignent dans des écoles de Médecine De même peintres et sculpteurs connaissent bien l'anatomie des écorchés Mais, le travail de Léonard va beaucoup plus loin. D'abord, après l'étude de surface nécessaire à son art, il s'attaque à l'anatomie des organes profonds .

Assimilant l'homme à une machine il cherche la fonction des organes qu'il décrit, s'acheminant ainsi vers la physiologie .

Il s'aide, évidemment, de travaux déjà existants qui n'apportent aucune réponse satisfaisante à ses préoccupations : il doit donc tout reprendre . Il contacte des anatomistes des écoles de Mantoue et de Padoue, assiste à des dissections et en pratique lui même. Travaillant sur des animaux, extrapolant, appliquant les conclusions de ses observations à l'homme, il commet ainsi quelques erreurs, erreurs que fit également Vésale par la suite .

Grâce à toutes ses observations, il aboutit à des résultats étonnants, qu'il transcrit merveilleusement sous forme de dessins . Il est le premier à pratiquer et à dessiner des coupes dans des axes différents permettant de visualiser le rapport des organes entre eux . Il insiste sur le rôle fondamental des vaisseaux et des nerfs, ignoré jusqu'alors, mais indispensable pour la physiologie. Ses constatations sont notées sous forme de dessins avec perspective, idée de relief, sous plusieurs angles, donnant ainsi une impression saisissante de réalité. Chaque schéma est en lui même un chef d'oeuvre .

Mais le dessin n'est pas encore prêt à être adopté par les anatomistes officiels qui lui préfèrent l'austérité intellectuelle des descriptions écrites. Léonard fut gêné par le problème de la terminologie des muscles, nerfs et vaisseaux, pour faire ses descriptions et ses dessins, il leur attribua donc des lettres alphabétiques. Ce handicap important ne l'a pas empêché de poursuivre son travail, de découvrir et de prouver, mais, il n'était pas dans son pouvoir de s'opposer massivement à toutes les idées héritées du Moyen Age, préservées jalousement par l'Eglise. Certaines de ses découvertes n'ont été vérifiées que plusieurs siècles plus tard .

 


Péripéties des Manuscrits

Après la mort de Léonard, les manuscrits deviennent la propriété de Francesco Melzi, son disciple et fidèle compagnon, dont on retrouve l'écriture, sur certains feuillets . Il est responsable du fait que ce trésor soit resté longtemps méconnu. En effet, au lieu de chercher à le publier, il se contente de le classer et de le montrer à ses proches. Nous avons la preuve que les dessins de Léonard ne furent pas tout à fait inaccessibles à ses contemporains.

Alors qu'ils sont entre les mains de Melzi, ils sont examinés et décrits par Anonimo Gaddiano, Giorgio Vasari le biographe de Léonard et par le peintre milanais Gianpoaolo Lomazzo qui en parle dans son "Idea del Tempio della pittora". Dürer, sans doute, les vit durant son voyage en Italie, car il en copia les principales figures, conservées à Windsor dans son "Dresden shetchbook"; il est même probable, mais cela reste contesté, que Vésale ait pu voir les travaux anatomiques de Léonard.

Orazio Melzi, héritier de F.Melzi, charge vers 1606 les frères Mazzenta, à qui il donne treize manuscrits, d'exposer les dessins de Léonard; cela permet à Rubens de les voir.

Le sculpteur officiel de la Cour d'Espagne Pompeo Leoni (1583 - 1608) persuade Orazio de faire don des manuscrits au roi d'Espagne afin qu'il accède aux honneurs et à la dignité de Sénateur.

Léoni récupère également dix des treize manuscrits des frères Mazenta ; les trois autres, manquants, avaient été offerts au Cardinal Borromeo (Ms C) qui, à son tour, les offrit à la Bibliothèque Ambroisienne de Milan. Le même Léoni classe les manuscrits et les numérote.

A noter que les rapporteurs de l'époque font état de cinquante documents ; on n'en compte plus, actuellement, que dix neuf, dont l'un porte le numéro 48. On peut juger de l'ampleur des pertes.

Outre les manuscrits reliés, Leoni rassemble une grande quantité de feuilles détachées représentant des dessins du maître, les classe, les découpe et les colle sur des albums.

Il disloque ainsi l'ordonnancement de bon nombre de feuillets, pour constituer le Codex Atlantico (composé de 402 feuillets et de 1700 dessins) et deux autres manuscrits. Cette opération permit de ne pas perdre les feuillets volants qui ne seraient peut-être pas arrivés jusqu'à nous.

A la mort de Léoni, en 1608, le Codex Atlantico retourne à Milan, acheté par le comte Galeazzo Arconati, qui donne douze des manuscrits du codex à la Bibliothèque Ambroisienne et le treizième manuscrit, vendu au Prince Trivulzio, devient le Codex Trivulce.

Lors des guerres du Consulat en Italie (1796), tous les manuscrits de Léonard, figurant à la Bibliothèque Ambroisienne, sont rapportés à Paris, où Venturi les classe avec leur côte alphabétique actuelle. Les Codex C et D, traitant respectivement de l'optique et de l'oeil, se retrouvent alors à l'Institut de France avec dix autres manuscrits et le Codex Atlantico à la Bibliothèque Nationale.

Le Codex D est composé de 10 feuillets de 22 centimètres sur 16, écrits recto et verso. Ceux ci ne possèdent ni titre, ni introduction mais, portent en haut de chaque page, une indication : l'oeil ou l'oeil humain ; ils représentent 60 dessins paginés par Léonard.

Après la chute de Napoléon, il faut, en 1815, rendre les manuscrits et curieusement, le seul Codex Atlantico est exigé.

Deux autres manuscrits, échouent à la Biblioteca Nacional de Madrid, formant le codex Madrid 1 et Il qui, à la suite d'une erreur de classification, ne seront retrouvés qu'en 1967 .

D'autres manuscrits sont vendus à Don Juan d'Espina vers 1591, une partie de ces dessins passe dans les mains du Comte Arundel en 1636 lors d'un voyage en Espagne ; il les ramène en Angleterre. Ces dessins terminent dans les collections royales du château de Windsor vers 1690 où ils y seront oubliés jusqu'en 1780.

C'est le bibliothécaire Dalton qui les redécouvre, ils se composaient de 779 dessins dont 179 ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

William Hunter voulut les publier mais il mourut en 1783 avant d'avoir pu mettre son projet à exécution. La première édition d'une sélection de dessins ne vit le jour qu'en 1796 à l'initiative de John Chamberlain. Depuis, grâce aux procédés de la photogravure les éditions n'ont fait que se succéder.

Voila la saga de la plus grande partie de ces manuscrits après la mort de Léonard. Nous savons que beaucoup d'hommes d'étude virent ces dessins laissant quelquefois un témoignage écrit, étonnés par la beauté et la valeur scientifique de ces planches. Malheureusement comme nous l'avons vu, le temps, la dispersion, le vandalisme et la convoitise ont eu raison d'au moins les deux tiers des manuscrits de Léonard.

Fantastique Léonard de Vinci - Optique Physique


Léonard de Vinci (1452-1519)


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Conclusions

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Bibliographie et Sites web

 

Léonard a consigné ses idées concernant l'optique, la lumière et la perspective sur de nombreux feuillets qui se trouvent éparpillés au sein de différents Codex.

Il en regroupe lui même quelques uns, qui sont conservés à l'Institut de France sous la référence manuscrits A, C et D. Ces derniers représentent la quasi totalité de ses travaux sur l'optique, ce qui prouve bien l'intérêt qu'il portait à cette branche de la science.

Cet intérêt ne s'est jamais démenti et le pose parfois en précurseur lorsqu'il touche au domaine des phénomènes ondulatoires qu'il a pressentis. Cela laisse rêveur !


Enoncé de la théorie ondulatoire de la lumière Ms. A folio 9 verso


Ondes lumineuses.

Son sens aigu, son goût de l'observation, ses facultés d'analyse puis d'interprétation des phénomènes constatés l'ont amené à considérer avec attention les ondulations produites à la surface de l'eau par la chute de un ou plusieurs corps (Codex Forster 111 folio 76 recto).

Il a noté que des rides se produisent qui s'éloignent du point d'origine, s'entrecoupent et finissent par disparaître. Comme la pierre tombant dans l'eau devient la cause puis le centre des ondulations circulaires concentriques, le son est diffusé suivant un phénomène analogue, dans l'air à partir du point où il a été émis. Ce sont des mouvements ondulatoires transversaux. Extrapolant il applique ces résultats à la lumière ; personne n'a pensé avant lui à la théorie ondulatoire de la lumière. Il fait preuve ainsi d'une intuition et d'un esprit scientifique remarquables.

Il émet l'hypothèse que chaque objet (lumineux) diffuse lui-même sa propre lumière, en cercles, et remplit l'air environnant d'une multitude de ses images.

Pour en arriver à ces conclusions, il analyse d'abord le mouvement ondulatoire transversal de l'eau et en déduit que tous les mouvements de la même espèce sont transversaux , ce qui n'est pas vrai pour le son mais qui se vérifie dans la plupart des cas pour la lumière. Il précède ainsi Huygens et devance Fresnel de trois siècles.

 

Lorsque Christian Huygens expose en 1690, dans son traité sur la lumière, sa théorie ondulatoire de la lumière, il ne parle pas du caractère vibratoire des ondes lumineuses. C'est Thomas Young qui l'introduit bien plus tard dans l'optique physique.

Mais dans son manuscrit K, déposé à l'institut de France, folio 49 recto, Léonard mentionne déjà :

"Qu'il soit recherché non seulement la quantité de vibrations et leur mesure, mais aussi la quantité des vibrations dans les sons, les poids, les saisons et les régions occupés par les planètes et toute autre énergie."


Il affirme ainsi que tout mouvement ondulatoire est lié à une "vibrazione".

Plus tard Maxwell montrera que la propagation de la lumière est dûe à des parcelles lumineuses transmettant des vibrations à d'autres parcelles voisines entraînant ainsi la destruction de leurs champs magnétiques intrinsèques. Ceux ci lors de leur disparition vont induire un champ électrique qui en disparaissant provoque un nouveau champ magnétique.

Cette succession de champs magnétiques et électriques, se répétant à grande vitesse rend possible la progression des ondes lumineuses. Huygens explique deux siècles après Léonard la propagation des ondes lumineuses par un faible ébranlement de particules transmis des précédentes aux suivantes sans y introduire de notion de vibrations.

Vitesse de la lumière.

Si la lumière se propage en un mouvement ondulatoire, celui ci ne peut être instantané. C'est ce que montrera Roemer en 1676 au cours d'observations sur Jupiter.

Mais Léonard n'a pas d'exemple, il a l'intuition et court au devant de l'expérience. Dans le premier feuillet du Ms. 2038, conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris, que l'on nomme Codex Ashburnham et qui est considéré comme un complément du Ms. A de l'Institut de France, il est énoncé de façon claire, que la lumière met un certain temps à se propager :

"Il n'est pas possible que l'oeil projette hors de soi, au moyen de ses rayons, sa faculté de voir parce que, des l'instant même où la première partie des rayons commence à passer au dehors afin de rejoindre l'objectif, elle ne pourrait le faire sans employer un certain temps. Cela étant donné, elle ne parviendrait à la hauteur du soleil, quand l'oeil le voudrait, si vite qu'elle se déplace pendant un mois. Et si elle y parvenait, elle devrait être ininterrompue le long de son chemin de l'oeil au soleil et il faudrait qu'elle s'élargit de sorte qu'elle fasse la base et la pointe d'une pyramide entre le soleil et l'oeil.

L'oeil ne pourrait suffire à cette tâche, quand même il fut grand autant qu'un million de mondes, et que sa puissance se consommat dans cet effort. Et, étant donné que sa vertu lui accorde de percer l'air, de même que fait l'odeur, les vents ne détourneraient-ils pas son chemin, en le conduisant ailleurs ? Nous voyons le corps du soleil de la même vitesse qu'un objet à la distance d'un bras et cette vision ne change ni par le souffle du vent ni par d'autres accidents."

Léonard vient donc de réfuter la théorie des anciens,. encore en vigueur, selon laquelle l'oeil envoit vers l'objet des "spezie", ou petits projectiles qui, à son contact, déclenchent la vision .Pour lui les "spezie" qu'il appelle "faculté de voir", se propagent par ondes circulaires et vont de l'objet vers l'oeil, créant la vision au contact de l'oeil.

Seule cette théorie est compatible avec le fait que nous voyons instantanément des objets éloignés comme des astres par exemple, parce que, dit-il, les "spezie" sont déjà en chemin car la lumière à sa propre vitesse, vitesse que nous pourrions calculer à travers les études de Léonard avec de très importantes erreurs.

 

Son génie ne se perd cependant point dans d'innombrables expériences n'ayant pour but que d'en déduire de vastes généralisations. Avec des mots simples, il nous donne une vue magnifique de l'univers en mouvement et de la terre inerte, allant jusqu'à la notion d'onde et d'irradiation.


"Chaque corps émet un rayon."

Ms. H folio 67.

Huygens lui même n'a t'il pas été inspiré par les écrits de Léonard ?

Cela est probable, car une lettre de son frère Constantin, datée du 3 mars 1690, lui annonce qu'il a fait l'acquisition d'un manuscrit de Léonard de Vinci parlant de perspective et donc d'optique, ce qui semblerait dire que Christian Huygens s'intéressa au Manuscrit du Maître.

 

Principe de Fermat.

Il se pourrait même que Fermat, dont on cite le principe comme une révolution dans l'étude physique de l'optique, ait été inspiré par Vinci. En effet il affirme en 1657 :

"La nature agit toujours par les voies les plus courtes."

reprenant sous une forme plus concrète les termes évasifs proposés par Héron (Ilème siècle) et Olympiodore (VIème siècle) ne tenant aucun compte de l'instantanéité de la lumière. Mais Léonard, deux siècles plus tôt, n'écrivait-il pas d'une façon plus générale :

"Chaque phénomène naturel se produit par les voies les plus courtes."

Quaderni Il folio 16 recto.

 

La similitude des deux énoncés laisse perplexe, cependant le précurseur à l'encontre des autres, anciens ou nouveaux, croit déjà en la célérité de la lumière idée à laquelle Descartes, lui-même, ne souscrira pas.

 


Problème d'Alhazen.

Le problème d'Alhazen, plus connu sous le nom de problème des trois bougies, le passionne sans qu'il ne parvienne à trouver la solution exacte.

Peu important dans l'optique moderne, il consiste à déceler la marche d'un rayon qui vient d'une source lumineuse donnée, se reflétant sur un miroir sphérique et rejoignant l'oeil de l'observateur en position déterminée et fixe. Problème qui fut résolu par Alhazen dans le cinquième livre de son «Opticae Thesaurus" mais de manière confuse et embrouillée, si bien que cette solution ne fut certainement d'aucune utilité pour Léonard.

La résolution consiste à construire une ellipse ayant ses foyers aux deux points donnés, source et oeil. Huygens parviendra au résultat au XVIlème siècle grâce à une solution analytique. Léonard renonce aux solutions géométriques et conçoit une solution mécanique. Il construit un engin articulé, genre de pantographe (Codex Atlantico folio 181 recto), qui fut reconstitué par le mathématicien Roberto Marcolongo : c'est l'un des premiers instruments de calcul de l'Histoire.

Voici sa description : on considère un losange articulé PRSQ et on prolonge les côtés PQ et PR en direction opposée à Q et R. Sur ces deux branches sont construites des glissières destinées à la variation des points représentant la source et l'oeil. La diagonale PS du losange, articulée au côté P, est prolongée dans la direction du point S par une glissière permettant le déplacement. On fixe sur cette diagonale à l'aide d'une épingle le centre du cercle et on déforme l'instrument jusqu'à ce que le point mobile P arrive à se placer sur le cercle. Dans cette position les rayons oeil-P et source-P représentent la solution, car SP étant la bissectrice de RSQ est normale à l'ellipse de foyers oeil source.


Cet instrument témoigne d'une connaissance approfondie des coniques.
Loi de la Réfraction.


Elle fut établie expérimentalement à la suite de nombreuses expériences.

"Tous les rayons lumineux qui passent à travers un milieu homogène le font en suivant une ligne droite."

Codex Atlantico folio 150 recto.

Il est donc possible d'obtenir la réfraction du rayon lumineux en altérant l'homogénéité du milieu ou en employant des milieux homogènes divers. Pour mieux mettre en évidence la marche du rayon lumineux à travers l'atmosphère, Léonard se sert de farine pour charger l'air de parcelles en suspension, comme cela est fait de nos jours avec la fumée de cigarettes (Codex C folio 13 verso). Il imagine des expériences de laboratoire pour étudier la différence de réfringence dûe au passage du rayon de l'eau dans l'air au moyen de deux cuvettes circulaires et concentriques (Ms F folio 33 verso).

 

"Fais fabriquer deux petites hottes, parallèles l'une à l'autre, mais dont l'une soit plus petite que l'autre de 4/5 tout en étant toutes deux d'une hauteur égale. Ensuite introduit l'une dans l'autre comme tu le vois sur le dessin, recouvre l'extérieur d'une couche de peinture en laissant une ouverture semblable à une lentille par où passe un rayon de soleil qui ait traversé un soupirail étroit ou une fenêtre. Regarde ensuite le rayon qui passe dans l'eau renfermée entre les deux hottes, observe dans quelle mesure ce rayon est droit selon qu'il est ou non hors de l'eau. Puis établis la règle."


Il fait d'autres expériences tout aussi remarquables, pour étudier la réfraction atmosphérique terrestre, dont la découverte est attribuée à Tycho Brahé.
 

"Pour voir comment les rayons solaires pénètrent cette sphère de l'air, fais fabriquer deux boules de verre dont l'une soit d'un volume double de l'autre et qui soit la plus ronde possible. Partage les en deux moitiés, met l'une dans l'autre referme les coupures après les avoir remplies d'eau, puis fais passer le rayon solaire comme tu l'as fait précédemment. Regarde alors si ce rayon se brise et formule ta règle."

Le résultat de ces nombreuses expériences servit à la rédaction de tableaux numériques comme ceux élaborés avant lui par Ptolémée au Ilème siècle avant Jésus Christ ou Vittelio au XIllème siècle.

Certes il le fit avec de nombreuses erreurs, mais, même à l'heure actuelle, ces résultats ne peuvent être justes qu'avec l'aide de matériel très sophistiqué et d'opérateurs très expérimentés. Les résultats obtenus par Léonard sont plus exacts que ceux de Vittelio, cependant la véritable loi de la Réfraction lui échappe. Il n'aurait d'ailleurs pas pu l'établir car elle fait appel à la connaissance de la trigonométrie qu'il - ignore comme l'algèbre d'ailleurs. Ce n'est qu'au XVIlème siècle que fut réalisée la première triangulation trigonométrique. Elle est dûe à Willebrord Snell qui devança Descartes.

 

La réfraction à travers un prisme fut-elle aussi l'objet de son attention ?
 

Il remarque la décomposition de la lumière en couleurs fondamentales lors du passage d'un faisceau lumineux à travers une surface liquide et recueille ce spectre sur un écran.

 

"Si tu places un verre rempli d'eau sur le rebord de la fenêtre de manière que les rayons solaires le frappent du côté opposé, tu vois les couleurs dont j'ai parlé se former dans l'impression faite par les rayons solaires qui ont pénétré dans le verre, rayons qui s'éteignent et se ternissent sur le sol dans un endroit sombre, au pied d'une fenêtre, parce que l'oeil ne sert à rien, ce pourquoi nous pouvons dire avec certitude que manifestement ces couleurs n'ont rien à voir avec l'oeil."


Windsor fascicule isolé n 19149 recto.

Newton réalisa les mêmes observations en 1669.

 

Léonard pénètre le secret de certaines couleurs merveilleuses telles celles des ailes des papillons et de la nacre dont il attribue les châtoiements, non à une pigmentation colorée mais à la décomposition de la lumière. De même il associe le phénomène de l'arc en ciel à la décomposition de la lumière solaire à son passage à travers des gouttelettes de pluie en suspension dans l'air. Au sujet de la coloration bleue du ciel, il estime qu'elle est causée par de minuscules et invisibles parcelles frappées par la diffusion des rayons du soleil. (Codex Leicester folio 4 recto).

Ces observations sont d'autant plus difficiles à traduire pour lui qu'il ne possède ni le savoir scientifique, ni à fortiori le vocabulaire technique adapté. Il s'exprime en mots simples de tous les jours, comme le fera plus tard Pascal enfant redécouvrant tout seul les lois de la géométrie.

 

Photométrie.
 

Les phénomènes lumineux recquièrent toute son attention : n'est-il pas peintre avant tout ? Ses constatations sont étonnantes. Sans vouloir lui en attribuer la paternité, on peut dire qu'il induit la photométrie lorsque, en étudiant la luminosité des ombres d'un même obstacle illuminé en même temps par deux sources, Léonard note qu'on peut éloigner la source la plus intense pour obtenir deux ombres également obscures.


Le principe de la photométrie est en gestation et sera attribué à Bouguer en 1727.

Mais Léonard dans le Ms. C folio 22 recto dresse les plans de ce qui pourrait être le principe du photomètre sur quatre croquis :

Figure 1 "Si la flamme x/v est égale à la flamme v/y la diversité de la lumière projetée par elle sera la même que celle de leur grandeur"

Figure 2 "Mais si la flamme la plus grande est distante du corps plongé dans l'ombre et si la flamme la plus petite en est proche, il est certain que les ombres pourront être constituées moyennant une obscurité ou une clarté égale."


Puis suit :

Si un corps opaque est placé à égale distance de la flamme de deux lampes, il projetera deux ombres opposées. Celles-ci varieront dans leur obscurité autant de fois que seront différentes les puissances des deux flammes opposées qu'ils créent."

Figure 3 "Cette proportion aura la même obscurité de l'ombre a/b avec l'ombre b/c qu'est la distance des flammes entre elles c'est à dire n/m avec m/f.

L'endroit a/b semble plus près de la flamme n que b/c ne l'est de la flamme f.

a/b sera d'autant plus clair qu'il est plus près de la flamme plus que ne fait f, étant entendu que la lumière des deux flammes est d'une puissance égale."

Figure 4 "Ce corps opaque projetera deux ombres d'une obscurité égale, s'il est éclairé par deux flammes d'égale grandeur et placées à une distance identique."


L'appareil proposé par Léonard de Vinci est peu différent de celui de Rumford. Il a le désavantage de ne pouvoir juxtaposer les deux ombres pour faire un rapprochement tout à fait exact. S'en étant rendu compte, il crée un autre photomètre à sphère représenté par la cinquième figure de la planche. Léonard établit les bases de la photométrie des faisceaux lumineux perçant un système optique (Figure 6 Ms. A folio 55 recto).

 

Diffraction.

On peut se demander si Léonard a pensé à la diffraction.

Domenico Argentier! (4) découvre sur l'apographe Venturi conservé à la Bibliothèque de Reggio Emilia, un passage du folio 80 du Codex Atlantico feuillet aujourd'hui disparu :

 

"L'oeil qui regardera dans le corps lumineux aura l'impression de voir un cercle plus lumineux que l'air dont il est entouré. Ce cercle de splendeur qui semble entourer les corps lumineux ne changera pas si ces corps, d'allongés qu'ils étaient, deviennent ronds. La raison de ce phénomène consiste en ceci : c'est que cet éclat est dans l'oeil et non pas hors de lui, autour de l'objet lumineux comme il semble. Ce cercle pourrait avoir différents degrés de couleurs comme l'arc en ciel. Et selon la dimension qu'aura l'espace éclairé, on verra tout autour un cercle lumineux plus clair que le premier. Après cet éclat, on apercevra un cercle obscur.... lequel provient de ce que les bords de l'ouverture sont d'une substance non transparente que la lumière ne traverse pas par conséquent.

C'est la raison pour laquelle ce cercle semble obscur. Ensuite vient un autre cercle qui retient un peu de clarté. On peut fort bien le constater sur un champ non éclairé."

C'est la première description des anneaux de diffraction alternativement clairs et obscurs entourant l'image d'un point lumineux. Bien sûr son explication n'est pas la bonne mais sa description en est parfaite.

La lumière n'étant pas monochromatique mais provenant d'une source de lumière blanche, il décrit fort bien l'anneau irisé entre l'anneau clair et l'anneau obscur. Pour mettre en évidence ces anneaux, il utilise un procédé qui lui est cher, C'est l'observation du soleil à travers un trou minuscule percé dans une feuille de carton.


Il ne s'arrête pas là. Une autre invention figure Codex Atlantico folio 10 recto a.

C'est le projecteur, composé d'une chambre noire possédant une lentille planconvexe en position correcte pour obtenir une image nette.

 

Télescope.

Galilée construisit son télescope en 1609.11 y fut incité par le comte Maurizio à qui un hollandais, Lipperhey, avait présenté un jour une lunette. Grâce à cette lunette, il pouvait voir les choses lointaines comme si elles étaient toutes proches.

Galilée reconnait lui même, dans le "Saggiatore", en 1623, que ce hollandais est bien le premier inventeur du télescope, et qu'il le découvrit certainement par hasard en manipulant des verres. Malgré tout Galilée le perfectionne et conserve la gloire impérissable d'avoir le premier scruté le firmament avec un télescope faisant même un bon nombre de découvertes astronomiques.

Mais avant Lipperhey, Jansen connaissait déjà la lunette d'approche et avant lui un italien inconnu en possédait déjà une sur laquelle était gravé "anno 1590". C'est cette lunette qui fut apportée en Hollande. Aux environs de 1580 Giambattista della Porta revendique déjà cette invention, mais avant lui les traces se perdent, jusqu'au moment où le professeur D. Argentieri, en reprenant l'étude du feuillet 25 recto du Ms. F, met en évidence des erreurs de traduction de la reproduction qu'en fit Ravaison-Moilien en 1889.

En effet du fait de cette traduction erronée, personne n'a saisi la portée de ce feuillet, qui en fait nous révèle une lunette d'approche de type Hollandais, avec son dessin et sur le côté une esquisse de la calotte sphérique en plomb nécessaire pour travailler la lentille négative de l'oculaire.

Examinons attentivement ce feuillet de taille réduite (10 cm x 15 cm) il y est représenté un tube épais reposant sur un pied. Léonard écrit au centre du dispositif


"Jumelle de cristal gros sur les côtés une once d'une once." et rajoute en dessous :

"Cette lunette de cristal doit n'avoir aucune tâche, être très claire et sur les côtés elle doit être grosse d'une once, c'est à dire 1/144 de brasse et être mince au milieu."

ce qui définit une lentille divergente pour fermer une des extrémités du tube.

Ensuite pour comprendre le schéma jouxtant le précédent, il faut connaître les trois ustensiles qui permettaient de fabriquer les lentilles optiques : la boule, le bassin, la calotte.

 

  • La boule est un appareil sphérique convexe sur lequel on travaille les lentilles concaves.
  • Le bassin à l'inverse, est sphérique, concave à l'intérieur duquel on travaille les lentilles convexes.
  • La calotte ou tavola objet du litige est un support sphérique, qui peut servir à la fois de boule et de bassin. Donc d'un côté on travaille les lentilles convexes et retourné on travaille les lentilles concaves.

Le schéma joint à la lunette n'est autre qu'une calotte, sur laquelle deux petites lentilles sont en passe de se faire polir sur la surface convexe. Ce sont donc des lentilles concaves.

Léonard insiste sur le caractère divergent de cette lentille, car c'est là qu'est la nouveauté. De l'autre côté de la lunette la présence d'une lentille convexe est affirmée par les mots :

"La lettre commune imprimée semblera une lettre de bocaux de pharmacien."

En effet nous ne pouvons concevoir un quelconque agrandissement avec uniquement une lentille concave, il faut donc lui associer une lentille convexe.

De plus il annonce que son dispositif peut servir pour dehors à une longueur d'un huitième de brasse et le veut également "propre à être utilisé sur le bureau" c'est à dire pour examiner des objets proches, en allongeant le dispositif d'un quart de brasse, soit du double. Qui donc dans cette description ne saurait voir la présence d'une lentille convexe ?

Le professeur Argentieri s'est penché sur le calcul de la puissance dioptrique de ce système, en tenant compte du degré d'amétropie des yeux de l'utilisateur "selon la vue de celui qui doit l'employer" comme le suggère Léonard. Il est arrivé à un agrandissement de 1,41. Même si l'interprétation du Pr. Argentieri a ses détracteurs, c'est une jumelle que Léonard décrit en 1508 - 1509 exactement un siècle avant la lunette d'approche Lipperhey-Galilée.

Ce qui gêne Léonard, c'est l'élément modificateur de la perspective aérienne dû à la théorie générale de la jumelle (Ms E folio 15 verso). Il essaye d'y remédier.

Pour cela il place devant son oeil une lentille convergente après avoir essayé successivement des boules de verre remplies de différentes huiles végétales. Il utilise ce verre comme verre objectif sans aucun oculaire sur sa lunette d'approche décrit dans le Manuscrit A folio 12 verso :

"En ce qui concerne les lunettes des personnes de cinquante ans, plus on les éloigne de l'oeil, plus elles montrent des objets agrandis. Si l'oeil voit deux choses égales si on les compare, l'une hors de la lunette, l'autre dedans, celle de la lunette semblera plus grande et l'autre plus petite. Mais les choses contemplées doivent être éloignées de l'oeil de 200 brasses."

Ceci est la théorie des jumelles sans oculaire.

Léonard a évolué, le Ms A remonte à 1492, donc la modeste jumelle sans oculaire fut remplacée en 1508 par la lunette d'approche avec oculaire.

Mais a-t-il réellement construit ces lunettes ? Certainement, car la loi de la réfraction n'ayant pas encore été trouvée ainsi que les théories sur les lentilles, il ne put pour créer ses lunettes que passer par l'expérience.

Miroirs concaves.

Léonard s'intéresse également aux miroirs concaves afin d'agrandir les objets observés, et éventuellement remplacer les lentilles convexes. Il intensifie ses études en 1508 et surtout pendant ses années romaines de 1513 à 1517.

Dans le Codex Arundel (folio 86 verso) il compare deux miroirs d'une ouverture absolue identique mais d'ouverture relative différente ( limité par des cercles de même diamètre mais fabriqués dans des sphères de rayon de courbure différents). Après en avoir fait deux dessins, il démontre que le miroir qui a la plus petite ouverture relative est pratiquement privé d'aberration sphérique, alors qu'au contraire elles sont importantes dans le miroir à plus grande ouverture relative :


"Le miroir O/P est la quarantième partie du plus grand cercle qui se trouve dans la sphère par laquelle il est causé ; mieux vaudrait qu'il en fut la cinquantième et mieux encore, et le plus utile serait qu'il en fut la centième."

Pour Léonard un bon miroir sphérique concave doit avoir une ouverture voisine de la focale 8 ce qui est stupéfiant, car l'optique moderne, considère qu'un miroir sphérique d'un diamètre de 16 cm, pour qu'il ne dépasse pas la limite de perfection absolue des images, doit avoir une ouverture relative ne dépassant pas la focale 8.

Léonard, en restant en dessous de cette focale, élimine les aberrations. Il ne veut donc pas, pour atteindre un fort grossissement, forcer l'oculaire ce qui réintroduirait de nouvelles aberrations. Il ne lui reste plus qu'à faire des miroirs de très grande longueur focale.

Pour cela, il crée des machines à polir la surface des miroirs, ce qui suppose de bien connaître les différentes techniques nécessaires à l'obtention d'une surface parfaitement régulière. Par exemple pour les miroirs plans la même manivelle imprime un mouvement alternatif à la surface à polir et un mouvement circulaire continu à une meule chargée de matière abrasive. Il imagine d'autres machines différentes pour le polissage des miroirs concaves, variant selon la courbure ou la distance focale.

Mais ses machines à faire des miroirs ayant une longueur focale de six mètres sont très volumineuses. Alors Léonard trouve un ingénieux dispositif permettant de fabriquer des miroirs de longueur focale 10 fois supérieure dans de petites pièces et ceci grâce à un tour de potier qui permet la rotation de la surface à polir.

Cette surface à polir comme le miroir lui-même est en bronze, il adapte sur le tour un système de polissage par poudre abrasive maintenu sur la surface du miroir par une "Corde en cuivre". La composition de ses miroirs en bronze poli présente quelques difficultés de réalisation. Léonard, avant Newton, met dans la fusion du bronze une petite quantité d'arsenic, ce qui rend le miroir plus fragile, mais lui donne une réflexion incomparable et peut ainsi se travailler comme du verre (Codex Atlantico folio 396 verso f).

Léonard exécute ses expériences de miroirs dans les jardins romains du Belvédère mais observe un secret absolu.Ni F.Melzi, ni Salai, ni même les deux mécaniciens allemands Maître Georges et Jean des Miroirs, a qui il a fait exécuter ses instruments, ne surent un traître mot de ses projets. Il n'a pas confiance en ces deux allemands qui, à la moindre occasion, se seraient attribués la paternité de quelques découvertes.

On ne saura donc jamais ce que Léonard projetait sous le ciel du Belvédère.

En 1517, en proie à de mauvaises conditions de travail, à la jalousie et à l'incompréhension, il quitte Rome, cesse ses expériences et se réfugit dans l'exil.

Fantastique Léonard de Vinci - Anatomie de l'appareil visuel


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Anatomie de l'appareil visuel

La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 


"Quelle confiance faire aux anciens qui ont méconnu tant de choses connaissables par l'expérience! L'oeil qui offre la preuve si évidente de ses fonctions, a été défini par d'innombrables écrivains d'une certaine façon. Mais l'expérience me montre qu'il fonctionne de façon différente."

Codex Atlantico folio 361 verso.

La contribution que Léonard veut apporter à l'étude de l'oeil est ambitieuse; malheureusement le temps et le manque de moyens de mesure ne lui permirent pas d'arriver à ses fins.

Comme ses prédécesseurs Léonard a "géométrisé" l'Oeil et les voies visuelles afin d'aboutir à un oeil schématique. Pour mieux comprendre l'oeil il a l'idée géniale d'en faire une coupe en le fixant dans du blanc d'oeuf, afin de ne rien déplacer, ou déformer ou déchirer et de ne pas perdre le vitré. Il nous dit dans le Ms K folio 39 comment il s'y prend :

"Dans l'anatomie de l'oeil pour bien voir à l'intérieur sans reperdre son humeur on doit mettre l'oeil entier dans un blanc d'oeuf et le faire bouillir. Lorsqu'il est devenu ferme, il faut couper l'oeuf et l'oeil de part en part de façon à ce que la moitié inférieure ne se renverse pas."

Ceci est la première méthode histologique décrite pour l'étude de l'oeil. De même, il fait des moulages en cire des ventricules cérébraux réalisant ainsi la première ventriculographie de l'histoire et les dessins s'y rapportant seront la première visualisation des ventricules cérébraux.Ce qui dénote une grande connaissance anatomique et une soif d'approfondir chaque sujet jusque dans ses moindres détails.

L'oeil qu'il imagine est un système de sphères concentriques, avec le globe et le cristallin ayant le même centre.

Le cristallin est donc en position centrale. Autour du cristallin, en arrière se situe la sphère vitréenne et en avant la sphère donnant la courbure de la cornée.

Le cristallin ou glacialis est sphérique et central comme chez Galien et les auteurs arabes. Ce ne sera que cinquante ans après Léonard avec Maurolycus que l'on approchera sa forme définitive. Le cristallin est donc au milieu de la sphère albugineuse ou vitré et en arrière de l'iris. Cette erreur vient certainement du fait que le cristallin ayant sur le vivant un aspect lenticulaire prend une forme sphéroidale lorsqu'il est détaché de l'oeil.

C'est pour Léonard un organe convergent dans lequel il situe une intersection optique permettant de redresser l'image inversée par la cornée, afin de pouvoir la projeter à l'endroit sur la rétine.

La cornée ou luce, partie antérieure transparente de l'oeil, est considérée par Léonard comme une lentille convergente. Sur ses dessins la sphère cristalline et la portée imaginaire de la sphère cristalline se coupent en faisant une construction lenticulaire, ne présentant aucun intérêt. Léonard remarque que, du fait de la courbure de la cornée, le champ visuel se trouve agrandi. Ce champ visuel qu'il figure de nombreuses fois sur ses dessins, présente un réel intérêt. A tel point qu'il fait construire un modèle en verre de la cornée afin de vérifier toutes ses hypothèses. Il constate qu'au bord de la cornée, seul le mouvement est réellement perçu. D'après ses constructions les deux foyers de la réfraction cornéenne et cristalliniene se croisent dans le cristallin.

Quant à l'uvée, il n'en dit pas grand chose, si ce n'est que ses pigments servent de colorants et que l'iris est doué de mouvements photomoteurs qui seront décrits plus loin. Dans tous ses dessins l'iris ne touche jamais le cristallin comme sur le sujet vivant, mais en est distant séparant la chambre antérieure de la chambre postérieure.

La sclère, qu'il décrit blanche et résistante, a un rayon de courbure différent de celui de la cornée et forme une coque, renfermant les humeurs oculaires, laissant sortir en arrière le nerf optique. L'intérieur de la sclère est tapissé de la choroïde, qu'il dessine sur la planche Q. V folio 6 verso : il est rempli de l'humeur albugineuse ou vitrée qui entoure le cristal. Elle est moins dense que lui et se continue en avant par l'humeur antérieure.

La rétine: Un des mérites de Léonard, est d'avoir nettement reconnu la rétine comme un organe spécifique de la sensation lumineuse, alors qu'Alhazen situait cette zone sensitive juste en arrière du cristallin.

"Il est nécessaire que l'impression soit dans l'oeil. Le nerf qui part de l'oeil et va au cerveau est semblable aux cordes perforées qui, au moyen d'infinis petits rameaux, tissent la peau et par les pores se portent au sens commun."

Codex Arundel folio 172 recto.

Léonard a-t-il entrevu que la rétine est formée par d'infinis ramifications ?

Il ne faut pas trop spéculer, mais il apporte des idées réellement nouvelles sur la perception lumineuse. Il décrit la rétine comme une surface concave blanc rougeâtre. Il a bien senti que la zone de vision précise est très réduite mais il la situe malheureusement au niveau de l'émergence du nerf optique.

Le nerf optique.

Léonard parle longuement du nerf optique (Q. V folio 6 verso) qui, pour lui, n'est pas un tube, comme le pensait Galien. Il est plein, rectiligne, toujours dans l'axe de l'oeil, branché sur les méninges à tel point qu'elles s'invaginent pour tapisser le globe oculaire après avoir entouré le nerf optique dans son parcours intra orbitaire. Il se termine d'une part dans le globe oculaire en arrière du cristallin et d'autre part, après avoir traversé le chiasma optique, dans le ventricule cérébral antérieur.


Le chiasma optique dont Léonard est le premier à faire une représentation anatomique fidèle, (Q. V folio 8 recto et An. B folio 35 recto) est représenté de nombreuses fois tout au long de ses carnets. Pour lui, son utilité est triple : il sert d'une part à la synergie motrice des yeux, idée qui restera longtemps en vigueur, d'autre part il redresse l'image inversée dans la chambre noire de l'oeil. Léonard qui se pose souvent la question du retournement de l'image inversée par la traversée de la cornée, pense tout d'abord que c'est le cristallin qui en est responsable puis il émet l'hypothèse que cette image est renversée après stimulation soit au niveau du nerf optique, soit du chiasma, soit du cerveau.

Enfin le chiasma sert à unir l'image donnée par chacun des deux yeux afin d'éviter la diplopie. Il faut remarquer que la modernité des théories de Léonard sur la fonction visuelle et sur la fusion contraste énormément avec les théories en vigueur au XVème siècle. Après le chiasma, chacun des deux nerfs optiques se continue par des bandelettes optiques qui se branchent dans le ventricule antérieur. Il ne fait donc pas se terminer les bandelettes optiques, au niveau des tubercules quadrijumeaux qu'il dessine cependant sur la planche 7 recto Q. V.

 


Anatomie des annexes.

Léonard étudie tout particulièrement l'encéphale ou cervello ou cielabro : il estime qu'il est le siège de la fonction visuelle ou "imprensa". Celle ci débute au niveau où le nerf optique touche le cristallin, et il pense que c'est une force passive qui attend la stimulation lumineuse et non, comme le craignent les auteurs anciens, une force active venue du cerveau.Il reproduit le cerveau isolé, crâne ouvert, il y fait figurer les ventricules cérébraux et les nerfs crâniens (0. V folio 8 recto).

Les ventricules cérébraux l'ont intéressé au point qu'il utilise des injections de cire liquide pour les mettre en évidence ; injections qu'il pratique, soit dans l'angle inférieur du quatrième ventricule, soit au niveau de l'orifice occipital. Cette opération lui permet de réaliser les premiers dessins des ventricules latéraux. Comme ses prédécesseurs, il situe dans le ventricule moyen le sens commun ou "sensus communis" (siège de l'âme) ainsi que l'aboutissement de tous les sens et dans le ventricule postérieur le siège de la mémoire (CA. 90 r.b et 270 v. b).

Il proclame que le cerveau est recouvert des méninges se prolongeant autour des nerfs crâniens. Comme cela était de tradition, Léonard ne décrit que la dure-mère et la pie-mère oubliant l'arachnoïde. Tous les nerfs crâniens se rejoignent, chez lui, au niveau du "sensus communis", représenté par le plancher du troisième ventricule. Son étude sur les nerfs crâniens est remarquable et apporte certaines innovations, comme la mise en évidence du nerf olfactif et du bulbe olfactif reposant sur la lame criblée de l'éthmoïde. Le nerf moteur oculaire commun et le moteur oculaire externe sont dessinés lors de leur traversée de la loge caverneuse (An. B folio 35 recto). Le trijumeau figure également avec ses trois branches, la branche ophtalmique bifurque en nerf nasal et lacrymal, la branche maxillaire inférieure émerge du crâne par le trou grand rond et du crâne par le trou sous orbitaire (An. B folio 12 verso), quant à la branche maxillaire inférieure elle est juste esquissée.

Sur le plan de l'ostéologie céphalique, ses dessins sont remarquables de beauté et de précision. Il représente de nombreuses coupes de crâne sagittales, frontales sous diverses incidences. Ces différents plans nous permettent d'étudier l'orbite. La voûte orbitaire appartient au frontal avec visualisation du sinus frontal, inconnu jusqu'alors, et de l'encoche sus orbitaire. Le plancher est composé par le maxillaire inférieur, surplombant le sinus maxillaire qui était jusqu'alors inconnu et présentant en avant l'orifice du trou sous- orbitaire.

La paroi externe montre un malaire qui n'est pas individualisé et la grande aile du sphénoïde en bonne place. Quant à la paroi externe, c'est une innovation, nous voyons les premiers dessins des voies lacrymales (An. B folio 4 verso). Débutant par la gouttière lacrymale avec ses deux crêtes, elles se prolongent par le canal lacrymo-nasal traversant le maxillaire inférieur et débouchant dans les fosses nasales.

Léonard reconnait bien le canal lacrymo-nasal comme l'endroit où s'écoule les larmes, mais pour lui, comme Galien, les larmes viennent du coeur. La paroi interne se termine en dedans par le trou optique et la fente sphénoïdale qui sont très bien représentés. La partie intracrânienne du trou optique est bordée de l'apophyse clinoïde postérieure ; il réalise un magnifique dessin du sphénoïde.

La motilité oculaire est assurée par les quatre muscles droits, présentant une insertion osseuse et une insertion oculaire dont il ne dit pas grand chose, si ce n'est que leur stimulation est assurée par le nerf optique.

En se rapprochant de la superficie, Léonard, fidèle à l'enseignement qu'il a reçu sur les écorchés, s'est attardé sur les vaisseaux de la face, notamment les veines, dont il donne la systématisation (An. B folio 1 recto) à partir des veines frontales, sus-orbitaires angulaires et temporales. Il représente également l'artère et la veine faciale (Q. V' folio 15 recto). Pour la première fois, il montre que les artères diminuent de calibre en allant vers leurs extrémités et se terminent par de tout petits vaisseaux qu'il nomme "capillaires".


Pour clore ce tour d'horizon sur l'anatomie oculaire de Léonard, il convient de parler des paupières. Il les considère surtout dans ses études sur les proportions du visage remarquant que la paupière supérieure recouvre la partie supérieure de la cornée, alors que la paupière inférieure laisse la cornée à distance. Les sillons orbito-palpébral supérieur, malaire et naso-jugal responsables de l'harmonie du visage sont très bien représentés ainsi que de petits détails comme les points lacrymaux et les replis semi-lunaires.

Fantastique Léonard de Vinci - Conclusions


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Conclusion

La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

"Et plut à notre créateur que je fusse capable de révéler la nature de l'homme comme je décris sa figure."
Quaderni 1 folio 2 recto.


Giovane Bacco

Le nom de Léonard de Vinci est inséparable pour tous de celui de la Joconde. Très nombreux sont ceux qui ont admiré aussi la "Cène", la "Sainte Anne" et autres "Madonne aux fleurs" ainsi que ses études graphiques tracées d'une main sûre, pour la réalisation de ses autres tableaux.

Ceux-ci, s'ils n'ont pas le renom de la Mona Lisa sont néanmoins des chefs d'oeuvre qui frisent la perfection par leur ordonnancement, leur facture, leur harmonie.

Nombreux encore sont ceux qui se sont penchés sur les esquisses, les schémas d'une netteté remarquable, annotés, renseignés, reprenant en un coin de la feuille le détail technique de telle partie que l'ingénieur qu'il était, créait pour ses commanditaires. Ils avaient nom Sforza, Borgia, Médicis ... Ainsi virent jour ses projets de char automobile, de scaphandre, d'hélicoptère, de catapulte et autre ... bicyclette.

Moins nombreux cependant sont ceux qui eurent connaissance de ses planches d'anatomie, non par désintérêt, mais seulement parce qu'elles ont été peu diffusées : les éditeurs modernes ne préférant publier de son oeuvre, que des reproductions illustrant la maîtrise de l'artiste et l'ampleur de son esprit inventif.

Car si l'homme était peintre il était aussi et surtout, par le fait d'une surprenante mutation, ingénieur et inventeur.

Il se révèle dans ses carnets un an anatomo-physiologiste curieux, précis, soucieux du détail, avide de percer les moindres secrets des mécanismes de fonctionnement des organes humains, soucis qui se retrouvent dans tous ses travaux.

Curiosité maladive ? Besoin de savoir ? Autosatisfaction à la résolution d'une énigme ? Ou plus simplement investigations à des fins utilitaires et professionnelles ?

Quoiqu'il en soit le cheminement de sa pensée marque une évolution du processus de la recherche, de l'accession à une méthode scientifique moderne qui, dans sa forme et son esprit, diffère peu de celle d'aujourd'hui. Elle apparaît dans toute son ampleur à la lecture des feuillets et carnets consacrés à l'Optique et la Vision.

Sa problématique éclate, s'étale et s'instaure au fil des pages. Il a su transgresser les dogmes qui réfrénaient le progrès scientifique dans tous les domaines, donner à sa pensée une systématique d'action vers la découverte, qui, aujourd'hui, ne serait pas déplacée.

Mais, ce qui frappe le plus, c'est sa probité intellectuelle qui se manifeste entre autre par son abandon de la théorie galénique de la vision qu'il avait adoptée et qui s'avera par la suite, incompatible avec les résultats des expériences qu'il avait minutieusement conçues et exécutées. D'autres, un siècle plus tard, dans une situation analogue, préféreront rompre avec l'importun, plutôt que de reconnaître leur erreur.

Sa conception expérimentale est remarquable de technique et de minutie, son matériel parfaitement adapté, compte tenu des impératifs de l'époque et son raisonnement sans faille.

Le premier, il essaie de quantifier les résultats obtenus et de les interpréter en les confrontant aux hypothèses de départ, jouant pour cela d'une remarquable intuition. Il dit lui- même :

" Il n'y a point de certitude là où on ne peut appliquer aucune des sciences mathématiques ni aucune de celles qui sont fondées sur les mathématiques."

Le premier encore, il se rend compte qu'un schéma correct a pour la compréhension plus d'importance que de longs discours. Leur nombre, la difficulté de leur reproduction sont certainement la cause de leur publication tardive. Ses croquis, d'un graphisme, d'une clarté, d'une précision, d'une exactitude remarquables, préfigurent les méthodes modernes de l'enseignement de l'anatomie.

Est il un Précurseur ?
Non ! Tant il est vrai que par discrétion ou par manque de temps ses recherches sont restées inconnues et privées de ce fait de toute influence sur l'extérieur.

"Je n'ai été empêché ni par l'avarice ni par la négligence mais seulement par manque de temps."

Est-il alors un Novateur ?
Quaderni 1 folio 13 verso.
Oui ! Toute son oeuvre en témoigne, ses méthodes, ses techniques, en avance sur son temps. Mais il est aussi un savant de génie qui aborde avec bonheur tant de domaines différents, mettant l'homme et les valeurs humaines au centre de ses préoccupations.

Fantastique Léonard de Vinci - Physiologie de la vision


Léonard de Vinci (1452-1519)


Physiologie de la vision


La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web


Après avoir étudié l'anatomie, Léonard veut enfin comprendre l'utilité et le fonctionnement intime de tout ce qu'il a vu. Il se trouve donc des motivations pour étudier la physiologie oculaire qui avait été un peu délaissée jusqu'alors.


Etude sur le dédoublement des images

Dans ses toutes premières notes sur la vision, il défend la théorie Galénique de l'Emission puis change d'avis à la suite de nombreuses expériences. Il rejoint la théorie d'Alhazen selon laquelle l'objet éclairé envoie une sphère de rayons droits divergents, de la chaleur et une infinité d'images de lui même (Ms. Ashburham).

"Le monde, soumis à la lumière ou à l'ombre, remplit l'air environnant d'infinies images de lui même et celles-ci, à travers d'infinies pyramides projetées dans l'air représentant le sujet, partent dans l'espace dans toutes les directions. Chaque pyramide visuelle est composée du prolongement d'une multitude de rayons et chaque objet comprend un nombre infini de pyramides, chacune ayant le pouvoir de toutes et toutes de chacune."

 

Les images des objets sont en tout point de l'atmosphère et Léonard prouve que si nous regardons par un trou d'aiguille de 1 mm fait dans une feuille de carton, nous embrasons la totalité du paysage qui se trouve derrière l'obstacle. Ceci est dû à une infinité de pyramides de rayons ayant une base commune sur l'objet et autant de sommets qu'il y a de points sur la cornée.

L'oeil reçoit alors l'image des objets. Léonard associe géométriquement le rayon lumineux et le rayon visuel. L'oeil donc n'émet rien car, étant obscur, il ne peut que recevoir passivement des images. Il s'empresse d'expliquer à ses détracteurs que si l'oeil du chat brille la nuit, ce n'est pas dû à une émission quelconque de l'oeil de l'animal mais à la réflexion de la lumière sur la cornée du chat.

Les rayons visuels venant frapper la cornée ont une influence sur la pupille. La pupille convexe par sa courbure se situe en arrière de la cornée, qui donne de l'objet tout entier une image en chacun de ses points. Comme la cornée est transparente Léonard pense que tout point de la pupille voit tout l'objet. Il constate qu'un objet moins étendu que la pupille, comme une aiguille, mis devant l'oeil ne cache rien à celui-ci et l'objet quoique dense semble transparent. "La vertu visuelle est donc infuse en tout point de la pupille."

Mais la répartition de la vertu visuelle n'est pas la même en tout point de la cornée.

L'aiguille que Léonard promène devant son oeil "n'est pas connue et présente au jugement une détermination confuse de la chose." Par contre, il remarque que le maximum de netteté est le long d'un seul rayon qui représente l'axe antéro-postérieur du globe, perpendiculaire à la cornée.

"L'oeil a une seule ligne centrale et toutes les choses qui viennent à l'oeil par cette ligne sont bien vues. Autour de cette ligne, il y a une infinité d'autres lignes adhérentes à cette ligne centrale qui ont d'autant moins d'importance qu'elles sont éloignées de la centrale."
Q. IV folio 12 verso.

Avec son rayon visuel principal, Léonard met en évidence une chose très importante : c'est la zone optique centrale de la cornée. Traversant cette zone l'image passe par la pupille pour rejoindre le nerf optique.

Puis Léonard étudie longuement les phénomènes pupillaires et s'étonne de certains d'entre eux. C'est la raison pour laquelle l'objet qui s'éloigne devient de plus en plus petit, pourquoi la perspective et l'éloignement donnent des images identiques d'objets différents ? Pourquoi deux bougies qui s'éloignent, finissent par ne plus faire qu'une seule lueur ? Toutes ces questions l'amènent à penser que ce jeu psychique est uniquement causé par la modification d'un élément géométrique qui ne peut-être que la variation du diamètre pupiIlaire.Curieusement, avant lui, ni Galien ni Aristote n'avaient observé ce phénomène, seulement quelques auteurs arabes avaient noté le changement du diamètre pupillaire, sans aller plus loin. Léonard veut comprendre :

"La pupille de l'oeil se change en différentes grandeurs selon la variation de la clarté et de l'obscurité des objets qui se présentent devant elle. En ce cas, la nature est venue au secours de la vertu visuelle quand elle offensée par l'excès de lumière en faisant restreindre la pupille de l'oeil et lorsqu'elle est blessée par l'excès de l'obscurité, elle fait s'élargir circulairement la pupille. La nature fait ici une constante équation en diminuant ou augmentant, grâce à la diminution ou l'augmentation de la pupille selon la clarté ou l'obscurité

 

Après l'observation, Léonard essaye de trouver une systématisation pupillaire. Il va même jusqu'à dicter cinq lois sur la pupille (Ms E folio 17), lui permettant de mettre en évidence la notion de grandeur apparente. A tort il pense qu'une grande pupille fait voir les images plus grandes qu'une petite pupille, car il s'est laissé tromper par les aberrations sphériques qui élargissent en un tube un point lumineux comme le montre le passage suivant :

"Si tu fais une ouverture aussi petite qu'il peut en être une dans un papier et que tu l'approches de l'oeil autant qu'il se peut et que par le trou tu regardes une étoile, il ne peut opérer qu'une petite partie de la pupille ; et elle voit l'étoile si petite que presque aucune autre chose chose ne puisse être plus petite. Si tu fais l'ouverture près du bord, tu pourras voir en même temps l'étoile avec l'autre oeil et elle te paraîtra plus grande."
Codex D folio 5 recto.

Il ne tient pas compte du réflexe pupillaire consensuel, qui rend sa conclusion impossible. Comme nous l'avons vu Léonard se penche sur les mouvements pupillaires :

"Quand la lumière décroit, la pupille se dilate ... Ces changements tiennent uniquement à la pupille."

Lui qui observe les pupilles et connait la solidarité des deux yeux, il a fait ses expériences sur l'inégalité pupillaire, comme celle citée ci-dessus, sans découvrir que cette inégalité n'existe pas en réalité. Poussant plus loin ses études sur les mouvements de la pupille lors de l'adaptation à la lumière et lors de l'éblouissement, Léonard remarque :

"Si l'oeil qui sort d'un lieu obscur voit des objets d'éclat modéré, il lui semble brillants à l'extrême, parce que la pupille se dilate dans les lieux obscurs. Quand l'oeil se détourne d'un objet illuminé tout ce qu'il voit lui semble obscur : l'oeil avait contracté sa pupille ... A pupille faible toute petite clarté parait ténébreuse et si elle croit en puissance toute grande obscurité lui parait éclairée."

Il décrit ainsi l'adaptation à la lumière qui permet de mieux voir des objets de faible éclairement, car la pupille est en mydriase. De même l'éblouissement empêche de bien voir des objets même s'ils sont bien éclairés.

Léonard avait-il pressenti l'accommodation pupillaire à la distance quand il nous dit:
"Regarde ta pupille et fais lui regarder la lumière que tu approcheras de lui peu à peu. Tu verras sa pupille se resserrer à mesure que la lumière approchera."

Il semble que non car plus loin, il attribue la variation pupillaire au fait que l'objet plus proche est plus lumineux.

Toutes ses études ont été faites par Léonard pour mieux comprendre la vision. Adoptant la théorie de l'émission d'images par l'objet, il remarque dans son traité sur la peinture l'importance du phénomène d'irradiation, utile notamment pour son art de peintre. Dans le Ms. C folio 6 recto il suggère une expérience montrant que l'irradiation est dûe à l'oeil.:

"Si l'oeil regarde la lumière d'une chandelle éloignée de 400 brasses cette lumière apparaîtra à l'oeil qui la regarde agrandie 100 fois de sa quantité véritable. Mais si vous mettez devant elle un bâton un peu plus gros que cette lumière, il occupera cette lumière qui paraissait large de 2 brasses. Donc cette erreur vient de l'oeil."

Dans le paragraphe 254 de son traité sur la peinture, il donne même une définition de l'irradiation :"La chose claire grandit sur un champ sombre".

Au sujet des impressions ressenties par l'oeil, il est un phénomène fréquemment répété dans les manuscrits qu'il décrit de façon plus précise que R.Bacon, c'est la persistance de l'image rétinienne :

"Si l'oeil qui regarde l'étoile se tourne rapidement de la partie opposée, il lui semblera que cette étoile se compose en une ligne courbe enflammée. Et cela arrive parce que l'oeil réserve pendant un certain espace la similitude de la chose qui brille et parce que cette impression de l'éclat de l'étoile persiste plus longtemps dans la pupille que n'a fait le temps de son mouvement."
Codex K folio 120 recto.

Cette hypothèse avait déjà était émise par Alhazen.

L' existence d'un punctum maximum de vision distincte est clairement affirmé par Léonard :

"Si l'oeil doit voir une chose de trop près, il ne peut pas bien la juger, comme il arrive à celui qui veut voir le bout de son nez. Donc en règle générale, la nature enseigne qu'on ne verra pas parfaitement une chose si l'intervalle qui se trouve entre l'oeil et la chose vue n'est au moins de la grandeur du visage."

Codex Atlantico 38 verso b.

 

Il va même jusqu'à codifier la distance de la vision distincte qu'il précise dans le Codex Atlantico folio 250 verso a comme égale au quadruple de la distance inter-pupillaire, ce qui est parfaitement juste.

Après la vision monoculaire, Léonard s'intéresse beaucoup à la vision binoculaire et surtout au champ visuel. Avant Kepler, il remarque que le champ visuel embrassé par l'oeil est supérieur à 180 degrés (Ms D folio 8 verso.). Cet effet de "grand angulaire" est dû à la cornée comme le montre l'expérience décrite dans le Ms K folio 118 verso :

"Pour voir le rôle que joue la cornée dans la pupille, fais faire en cristal une chose semblable à la cornée de l'oeil."

La lentille plan-convexe étant difficile à acquérir, il utilise à la place une demi sphère de cristal.

"Si vous prenez une demi-boule de verre et y mettez à l'intérieur votre visage et si vous l'appliquez strictement aux bords du visage puis si vous la remplissez d'eau, vous verrez toutes les choses aperçues de cette boule de façon que vous verrez presque derrière vos épaules."

Codex Atlantico folio 222 recto a .
C'est l'effet de "Fish-eye des objectifs de basse focale de nos appareils photographiques. Ce
système présente, selon un principe cher à Léonard, une netteté maximale au
centre de l'axe optique, et la netteté diminue progressivement en s'approchant des bords.

"L'oeil a une seule ligne centrale et toutes les choses qui viennent à l'oeil par cette ligne sont bienvenues. Autour de cette ligne, il y a une infinité d'autres lignes adhérentes à cette ligne centrale qui ont d'autant moins d'importance qu'elles sont plus éloignées de la centrale."

Quaderni IV folio 12 verso.

Cette bonne définition du champ visuel, Léonard aime la répéter tout au long de ses manuscrits.
Pour un peintre, le relief est l'âme de la peinture. Ce relief dépend de plusieurs facteurs : la vision binoculaire associée à la profondeur de champ mais aussi les ombres et la perspective. Léonard affirme avant Kepler que ce sont les deux yeux qui sont responsables de la perception du relief stéréoscopique. (Traité sur la peinture & 113 à 482 et & 484 à 811).

Il illustre abondamment et approfondit ce concept sans le faire réellement progresser. Il constate toutefois que la faculté de voir en relief, grâce à la vision binoculaire, décroît au fur et à mesure que s'accroît la distance des objets. (Traité sur la peinture § 483). De même la diminution de l'impression de ce relief peut être accentuée par l'absorption de la lumière dans l'air, interposé entre l'oeil et l'objet. (Traité sur la peinture § 474). Chaque oeil voit une image distincte et c'est la fusion qui nous supprime la diplopie. En reg ardant, à travers une fenêtre, à quelque distance de celle-ci fixons un point sur la vitre. Si nous fermons un oeil, nous voyons un arbre au loin et si nous fermons l'autre nous voyons un clocher. Maintenant en ouvrant les deux yeux et en fixant toujours le même point sur la vitre, nous voyons l'arbre et le clocher superposés.

Cette expérience faite par Léonard dans ses carnets sera attribuée à Hering. La perte de la fusion des deux images oculaires entraîne non seulement la perte du relief, mais se traduit par l'apparition d'une diplopie. Léonard remarque que les objets situés en dehors du point de fixation, se dédoublent : c'est la diplopie physiologique. (Quaderni IV folio 12 verso.)


"Les nombreuses choses placées l'une après l'autre devant les yeux, possédant des espaces communs et précis, paraîtront toutes doubles, sauf celle qui sera
le mieux vue...
"

 

Mais pourquoi le même objet regardé avec les deux yeux n'est il pas toujours vu double? Cette question qui avait troublé Aristote et à laquelle Galien ne sut répondre, inspire à Léonard une expérience.

"Si sous un ciel étoilé, on regarde une chandelle, on voit double une étoile. Si on ferme l'oeil droit on éteint l'étoile de droite. Et si on fixe l'étoile, elle est encadrée par deux images de la chandelle, et en fermant l'oeil droit la chandelle s'éteint."

Cela signifie qu'au delà de l'objet fixé, la diplopie est directe, et qu'en deça elle est croisée. Léonard, à l'aide de nombreuses figures, donne à ce phénomène une explication intéressante à la fois physique et géométrique (Ms D folio 8 verso et Quaderni IV folio 12 verso). Par exemple, lors de la vision monoculaire à travers un petit trou percé dans une feuille de papier, et approché de l'oeil, si une aiguille est interposée entre l'oeil et le papier, nous voyons deux images de cette aiguille, une en avant du papier et l'autre en arrière. L'image antérieure est à l'endroit et l'image postérieure est inversée (Ms D folio 2 verso).


Cette expérience redécouverte quelques années plus tard fait partie de "l'expérience de Scheiner"

Léonard s'intéresse également à ce qu'il appelle le "conflit entre les deux yeux" plus connu sous le nom de Paradoxe de Fechner. Tout ceci commence par une question :

"Quel part du champ voit chacun des deux yeux qui regardent par quelque soupirail ?"

Par cette expérience, il impose aux deux yeux, deux images différentes et les analyse :

"Le droit a voit le champ cg et voit le reste comme couvert par la paroi SH. L'oeil b voit fd et le reste occupé par la paroi IT. L'espace cde n'est pas vu. Chaque oeil le cache en portant dessus un côté de la paroi ... Puis on comprend que l'oeil droit. bien qu'il voit la chose gauche du côté gauche croît la voir avec l'oeil gauche sans que le sens ne s'aperçoive s'être trompé."

Les deux yeux regardant par le trou HI, quand b voit la plage éclairée d.f, c'est l'oeil a qui obscurcit df par l'obscurité de la paroi sh. Si on ferme a, df s'éclaire, l'obscurité de l'oeil a fermé et l'écran obscur devant l'oeil a ouvert ont un rôle psychologique différent. Donc dans cette expérience avec un oeil la vue est plus grande qu'avec les deux : c'est le paradoxe de Fechner. (86)

Connaissant l'harmonie motrice des yeux et les mouvements de rotation de chacun d'eux, Léonard essaye de savoir quel est le nerf responsable du mouvement symétrique du second oeil par rapport au premier (An. B folio 21 recto).

Il trouve comme responsable de la synergie oculaire " la bifurcation " du nerf optique, mais n'en n'est pas réellement satisfait. Malgré une bonne connaissance de la motilité des globes oculaires ainsi que de leur pathologie, comme les strabismes et les paralysies oculaires et leurs conséquences visuelles, il reste cependant réservé sur l'origine du mouvement des deux yeux.

La théorie et la pratique sensorielle de la relativité des mouvements oculaires l'intéresse, afin d'expliquer les phénomènes d'illusion motrice. Par exemple lorsqu'il fixe un objet proche, immobile et qu'il tourne la tête de droite à gauche, il a l'impression que les objets lointains se déplacent rapidement. Mais il lui manque trop de données pour arriver à la fin de ses démonstrations.

Les grecs connaissaient les principes fondamentaux de la perspective ainsi que les romains, mais elle est réellement née en Italie à l'aube de la Renaissance. Les lois géométriques en furent exposées par Pietro del Borgo, et complétées après Léonard par Ubalda del Monte en 1600.

Léonard, entre les deux, décrit trois perspectives. Une perspective linéaire qui. diminue la taille des objets qui s'éloignent. Une perspective des couleurs qui joue sur la variation des couleurs s'éloignant de l'oeil. Et enfin la perspective d'expédition où les choses sont moins finies au fur et à mesure qu'elles s'éloignent.

Le principe fondamental de la projection de la perspective est décrit dans le Ms. A folio 1 verso, et consiste à mettre sur une même surface plane externe tout ce qui est en arrière d'un plan antérieur fixé et qu'une construction pyramidale ramène à l'oeil. Ce dessin porte enfin son nom : c'est "la fenêtre de Léonard de Vinci".

Fantastique Léonard de Vinci - Bibliographie et sites web


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Bibliographie et sites web

La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

Bibliographie sommaire:

  • Oeil et Optique dans les carnets de Léonard de Vinci
    Thèse de Médecine du Dr Bernard Boullaud 1987
  • Histoire du strabisme dans l'Art
    Pierre Amalric, Médecine et Armée, 1985, 13 n°3 p298
  • L'optique de Léonard de Vinci
    D Argenteri, IGDA Navara, 1958.
  • Léonard de Vinci ouvrier de l'intelligence
    F. Bérence La Colombe, édition vieux Colombier, Paris 1947.
  • Léonard physiologiste
    F Bottazzi, IGDA Navara, 1981.
  • Léonard de Vinci : dessins anatomiques
    Da Costa Paris, 1961.

Quelques sites web intéressants:

L'oeil de l'Amiral Nelson

En hommage au Dr Pierre Amalric disparu récemment


L'oeil de l'Amiral Horatio Nelson

Il suffit d'une seule balle à Robert Guillemard, fusilier d'origine provençale servant sous les ordres du commandant Lucas à bord du «Redoutable», pour mettre un terme à la carrière prestigieuse d'un des plus grands marins de tous les temps: l'Amiral Horatio Nelson.

Juché dans les hauts du navire, le matelot français repéra facilement, au milieu de la fumée et des débris du pont du «Victory», un petit homme mince arpentant la dunette. Une silhouette fragile, bien connue de tous, dont la manche droite de la vareuse était rattachée au gilet. De plus, les nombreuses décorations qui constellaient l'uniforme, suffisaient à lever le moindre doute quant au grade de leur détenteur.

Gravement blessé, Nelson fut assisté, pendant son agonie, par le chirurgien Beatly qui, ensuite, procéda à l'autopsie. Une agonie qui dura exactement 2 h 45 minutes, comme ce dernier le révéla dans son récit, fort célèbre, de la mort de l'Amiral.

La balle pénétra par l'épaule gauche, fractura l'acromion, la seconde et la troisième côte, traversa le poumon puis sectionna une branche de l'artère pulmonaire et écrasa la moelle à la hauteur de la 6ème vertèbre dorsale.

Paralysé aussitôt, Nelson fut transporté dans l'entrepont.

L'important hémothorax causé par la lésion artérielle provoqua sa mort. Ainsi prit fin la fabuleuse destinée d'un homme qui, par son action, fut l'un des premiers artisans de la chute de Napoléon et qui, tout au long d'une existence émaillée d'événements à la fois tragiques et glorieux, paya un lourd tribu à la maladie et à la souffrance.

Ramené à Londres dans un baril de rhum, le corps embaumé de Nelson fut enterré à Westminster après des funérailles d'une ampleur exceptionnelle.

D'innombrables récits ainsi que des gravures le représentant au cours des principaux événements de sa courte et glorieuse vie, alimentèrent le culte qui honora sa mémoire; néanmoins un doute a toujours subsisté sur l'importance réelle et la nature d'une blessure qui l'avait privé de l'usage de l'oeil droit. Plusieurs études consacrées à ce problème restent encore imprécises et contradictoires. C'est pourquoi nous remercions le Docteur T.C. Barras d'avoir bien voulu nous communiquer le résultat des longues recherches qu'il a effectué sur ce sujet fort controversé. Nous témoignons également notre gratitude au Professeur Trevor Roper qui a su nous orienter vers les bonnes sources historiques.

Une «demi-cécité», dûment constatée

 

L'iconographie populaire a souvent représenté Nelson comme monophtalme, l'orbite droite cachée par une coque, dans la plus belle tradition des pirates et des flibustiers.

Or, en fait, le portrait officiel de l'Amiral, réalisé en 1797 par Lemuel Abbot, ne laisse apparaître aucune anomalie oculaire visible. Sur d'autres gravures, au contraire, une modification oculaire apparaît soit au niveau de l'oeil droit, soit au niveau de l'oeil gauche, soit encore au niveau des deux yeux!

Alors, que faut-il en déduire ? Seuls, en vérité, les documents ou les lettres de Nelson lui-même peuvent apporter quelque lumière à un tel débat... sans omettre de rappeler qu'à l'époque, l'examen ophtalmologique était réduit à la simple exploration des tuniques externes : cornée, conjonctivite et cristallin. L'ophtalmoscope n'apparaîtra d'ailleurs que cinquante ans plus tard. Autant dire que nous en sommes réduits à de simples hypothèses pour trouver une explication aux faits cliniques.

Toujours est-il que la cécité de l'oeil droit - c'était bien de l'oeil droit dont il s'agissait - a été rattachée par certains à un décollement de la rétine et, par d'autres, à une atrophie optique ou à une lésion hémorragique choriorétinienne.

Le seul portrait que l'on connaisse de Nelson avant sa blessure fut commencé en 1777 par Rigaud, alors que le jeune officier était en partance pour les Indes Occidentales. Là-bas, après plusieurs actions d'éclat, il tomba gravement malade et aurait certainement péri d'une dysenterie aiguë s'il n'avait été rapatrié en Angleterre. Les certificats médicaux établis au cours de cette campagne font tous état de troubles neurologiques et digestifs graves : polynévrite récidivante, fièvre tierce et quarte, vomissements de bile, maux de tête et amaigrissement considérable.

Après plusieurs séjours à la campagne auprès de son père et de sa jeune épouse et un rapide voyage en France, où il essaya d'apprendre la langue, il reprit la mer en 1793, comme capitaine de vaisseau à bord de l'«Agamemnon».

Pendant toute cette période qui précéda sa blessure, il n'a jamais été fait état d'un quelconque trouble oculaire, si ce n'est qu'il signale, dans certaines lettres, son manque de résultat à la chasse. Un manque d'adresse dont la cause pouvait être simplement une myopie non corrigée, ce qui était la règle à l'époque.

 

Lorsque la guerre contre la France reprit à nouveau, Nelson fut affecté à l'escadre de l'Amiral Hood et regagna la flotte britannique qui mouillait devant Toulon.

Et c'est lors d'un engagement en Corse, le 12 juillet 1794 (qui suivit l'évacuation de Toulon) que Nelson reçut à la face des éclats de mortier provenant d'un boulet tiré par l'ennemi.

Une plaque commémore encore aujourd'hui, sur le roc, cet événement historique.

Il écrivit le même jour à l'Amiral Hood pour lui signaler une (légère) blessure à l'oeil, puis, le jour suivant, pour lui apprendre que son oeil allait mieux et qu'il espérait ne pas perdre entièrement la vue. Mais, le 16 juillet, il fit part à ses chirurgiens de sa crainte d'avoir perdu en réalité l'oeil droit, bien que ceux-ci lui prétendirent le contraire. Sa vision était en effet réduite à la simple perception lumineuse, état qui persista, bien qu'extérieurement rien d'anormal ne soit perceptible, ainsi qu'il le reconnut lui-même dans un courrier à son épouse.

Trois mois plus tard, à l'occasion d'une correspondance officielle avec l'Amiral Hood, il fit établir deux certificats, confirmant la perte de la vision de cet oeil droit, par John Harness (qui constata une dilatation anormale de la pupille) et par Chambers - chirurgien en chef de la Flotte - qui, lui, annonça qu'il ne retrouverait jamais une vision parfaite.

En 1795, Nelson écrivit à son épouse que son «oeil est totalement aveugle et, qu'en plus, il le fait souffrir, alors que l'autre a une vision pratiquement normale» et réclama avec insistance, dans une lettre adressée à l'Amirauté, l'octroi d'une pension d'invalidité.

Deux ans plus tard, au cours de l'assaut de Santa Cruz de Ténériffe, il fut gravement blessé au coude droit. Dès son retour à bord, Nelson réclamera une amputation immédiate: «Plus vite on me le coupera, mieux cela vaudra».

Devenu gaucher, l'Amiral va donc réapprendre à écrire - de même qu'à utiliser une fourchette et un couteau - tout en prenant quotidiennement de l'opium afin d'atténuer les violentes douleurs qu'il ressent dans le moignon ; auxquelles s'ajoutent des migraines permanentes, des accès de fièvre et, plus étonnant encore, un réel «mal de mer» !

Revenu en héros en Angleterre, honoré par le Roi et par la nation toute entière, Nelson acceptera de poser pour le peintre Lemuel Abbot. Et, d'après Barras, on perçoit très bien sur ce tableau, ainsi que sur certains croquis qui en furent tirés, un ptérygion débutant au niveau des deux yeux.

Le 12 octobre 1797, l'Amiral, après examen par un collège médical, fut reconnu aveugle de l'oeil droit et pensionné à cet effet. Invalidité qui, s'ajoutant à la perte du bras droit, lui procura une pension de 1 000 livres par an.

Quelques mois plus tard, il reprit le commandement d'une partie de la flotte de Méditerranée et mit le cap sur l'Egypte dans le but d'enrayer la conquête de ce pays par les Français.

«Nelson n'est aveug1e d'aucun oeil !»

Le 1er août 1798, à la bataille d'Aboukir -qui se termina si tragiquement pour les vaisseaux français-, Nelson fut à nouveau sérieusement touché au-dessus de l'oeil droit. Son crâne mis à nu sur plus d'un inch, il se crut perdu; du sang coulait abondamment sur son visage, le cuir chevelu s'étant rabattu sur l'oeil. Malgré tout, une fois pansé, il put remonter sur le pont ! Mais, lors de son retour triomphal auprès de Lady Hamilton, de longues semaines après la bataille d'Aboukir, il se plaignit de céphalées de plus en plus tenaces et des difficultés qu'il éprouvait pour écrire et lire ses rapports.

 

C'est à Palerme, en 1799, que Leonardo Guzzardi peignit, à la demande de Sir William, un portrait, paraît-il, extrêmement ressemblant. Une cicatrice arquée coupant le front au-dessus du sourcil est, en effet, bien visible, et le ptérygion semble apparemment en voie de développement.

Le célèbre ambassadeur anglais, Lord Elgin, de passage à Naples à cette époque, fit d'ailleurs de Nelson un portrait peu flatteur : «il paraissait très vieux, avait perdu ses dents supérieures, y voyait mal d'un oeil et une pellicule se développait sur les deux. Les céphalées étaient constantes... Son allure générale est misérable et son visage terne et sans expression».

Selon Barras, qui possède sur cette période une intéressante correspondance entre Troutbridge, Ball et Nelson, la vie mondaine auprès de Lady Hamilton, constituait - aux dires de ses amis - un supplice pour l'Amiral dont la vue se dégradait rapidement malgré des thérapeutiques par «courant électrique-, qu'il suivait dans l'espoir à la fois d'améliorer la vue de son oeil valide et de recouvrer la vision de son oeil aveugle.

La bataille de Copenhague, au cours de laquelle Nelson, au mépris des ordres, continua et réussit son action contre les vaisseaux danois, ne lui procura aucune blessure nouvelle. Elle resta cependant célèbre, sur le plan ophtalmologique, de par sa réflexion, motivée par l'ordre de son chef qui voulait interrompre l'action : «Je ne vois pas les signaux», lui dit-il en plaçant sa lorgnette devant son oeil aveugle!

Un autre document d'importance est celui que rédigea Thomas Trotter, médecin de la Flotte, après la consultation qu'il effectua en janvier 1801 :
«Vers cette époque, Lord Nelson se plaignit d'une ophtalmie violente au niveau de son oeil unique (donc l'oeil gauche) avec une substance membraneuse qui se développait rapidement sur la pupille. Toutes les personnes autour de lui furent affectées par le même trouble et de nombreux collyres utilisés. Je prescrivis une pièce obscure, un bain toutes les heures avec de l'eau froide et, en deux jours, l'inflammation disparut».

Nelson lui-même confirma ce «trouble» dans une de ses correspondances et réclama qu'on lui fasse parvenir son protège oculaire vert pour atténuer la lumière. -Mon oeil est comme du sang et le film est tellement étendu que je ne vois que du coin le plus éloigné de mon nez»... Ce qui confirme bien le diagnostic de ptérygion envahissant - et non pas celui d'une presbytie débutante qui pouvait, à l'époque, être facilement corrigée -, et explique sa crainte de devenir complètement aveugle.

Cinq ans plus tard, Trotter écrivit que «Sa Seigneurie fut saisie par une ophtalmie sur son oeil unique avec perte de vision». Symptômes réellement alarmants, cet oeil ayant été touché par des éclats au cours d'une bataille. Une épaisse cicatrice membraneuse, qui ne semblait pas être le siège de l'inflammation, s'était presque développée du côté externe sur la pupille et le menaçait de cécité totale. On peut donc en déduire qu'il s'agissait en réalité d'un ptérygoïde plutôt que d'un ptérygion vrai. La nécessité d'une intervention chirurgicale - réclamée avec insistance par Lady Hamilton - fut suggérée à Nelson qui la refusa à cause de sa crainte d'un échec sur cet oeil unique.

Dès lors, sur plusieurs portraits, apparut un strabisme divergent ; l'oeil gauche semble être amblyope, avec une taie cornéenne plus ou moins étendue, l'oeil fixateur étant son oeil droit presque aveugle.

Les années s'écoulant, la crainte d'une cécité totale devint pour Nelson de plus en plus vive, sa vue se dégradant, selon lui, de mois en mois.

En conclusion de l'étude fort complète qu'il consacra à ce problème, Barras fait état d'un article curieux paru dans le «Times» du 4 octobre 1804, un an avant la mort de l'Amiral : «Il est généralement admis que le brave Lord Nelson a perdu un oeil et, il y a quelques jours, un article paru dans les journaux, déplorant que l'oeil qui lui resta fut considérablement plus faible ces derniers temps, exprimait l'appréhension de tous de le voir devenir aveugle. Or, nous pouvons affirmer que Lord Nelson n'est aveugle d'aucun oeil. Il est vrai que pendant une brève période il a perdu la vue d'un oeil, mais il l'a heureusement recouvrée. Il a également une tache sur l'autre oeil mais nous confirmons, d'après les dires mêmes de Sa Seigneurie, qu'il y voit le mieux avec ce que les gens appellent son plus mauvais oeil».

Affirmation de Nelson qui, dans le contexte de l'époque, a peut-être été provoquée par le souci de rassurer l'opinion publique, qui faisait de l'Amiral le symbole du rempart national contre Napoléon.

En définitive, il est permis de penser que le champ visuel de son oeil droit s'améliora avec le temps, tout au moins pour permettre un rôle d'appoint, et que le ptérygoïde de l'oeil gauche, aggravé par l'ophtalmie, provoquait de réels problèmes morphoscopiques.

D'ailleurs, au moment de sa mort, le champ visuel gauche de Nelson avait rétréci dangereusement, par l'invasion du ptérygoïde et, à cause de l'astigmatisme important qu'il entraÎnait, sa vision centrale était devenue de plus en plus difficile. Un vice de réfraction découvert par Young mais qui, ne l'oublions pas, ne pouvait être compensé par un verre cylindrique. Rappelons enfin, qu'à cette époque, nombreux furent les marins et soldats anglais qui, de retour d'Egypte, disséminèrent le trachome dans toute la flotte et dans beaucoup de casernes.

Afin de clore cet exposé par une réflexion d'ordre médical, nous aimerions rappeler que la conservation de la Sicile - face à «l'ennemi Napoléon» - pendant toutes les guerres de l'Empire, a certainement joué un rôle plus important que les batailles d'Aboukir ou de Trafalgar. En effet, la victoire finale de l'Angleterre sur Napoléon, comme l'a justement fait remarquer un écrivain, a été remportée grâce... au citron ! La grande île méditerranéenne n'était-elle pas couverte de ces arbres dont le fruit consommé par les équipages des navires anglais, leur évita d'attraper le scorbut, donc de garder la mer et de bloquer ainsi sans relâche les ports français ?

Le port de Toulon fut baptisé par les marins anglais « Too Long». Et c'est bien en fait grâce à leur patience et au.... citron, qu'après avoir perdu toutes les batailles, l'Angleterre put, une fois de plus, gagner la guerre. Un problème éternel que celui du dernier quart d'heure !


L'amiral Nelson énumère ses blessures en 1803

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Un ophtalmologiste révolutionnaire: Marat


Un ophtalmologiste révolutionnaire : Marat


Marat versus Marat 

 

Pour la rédaction du texte Marat versus Marat, nous remercions Charlotte Goëtz, chargée de recherches à l’Association Pôle Nord de Bruxelles et pour la notice concernant Marat ophtalmologue, le Dr Jacqueline Jalbaud-Herrant et le Pr André Mathis (CHU Toulouse-Rangueil France).


marat

Introduction

Les travaux assidus menés au 19e siècle par François Chèvremont, Alfred Bougeart, Georges Pilotelle…, la publication aux éditions Pôle Nord, en Belgique, des Œuvres Politiques 1789-1793 de Jean-Paul Marat (10 volumes), assortie de huit « Chantiers Marat » complémentaires (de 1989 à 2001) ainsi que la parution en 2003 à Lyon du volume sur Marat avant 1789, ont enfin procuré aux chercheurs un matériel fiable sur L’Ami du peuple.

Ainsi disparaît pas à pas la légende noire et caricaturale où ses ennemis politiques l’avaient enfermé et qu’avaient amplifiée, à leur suite, des hommes de lettres, plus épris de romanesque que de vérité historique. Reconnu comme « grand journaliste », admis comme théoricien politique, Marat commence aussi à intéresser par l’originalité de ses écrits philosophiques, médicaux et scientifiques. En dépit d’un corpus toujours à découvrir, il devient possible de redonner des couleurs à cette personnalité hors du commun.

Sa jeunesse
L'angleterre
Paris
La Révolution française
Marat médecin
Marat ophtalmologiste


Sa jeunesse. En famille

C’est dans la ville de Boudry, dans la principauté de Neuchâtel en Suisse, que naît, le 24 mai 1743, Jean-Paul Marat. Baptisé le 8 juin, il est le deuxième enfant de Jean Mara et de Louise Cabrol.

Son père a d’abord connu une carrière religieuse dans son pays, la Sardaigne, où il est « lettore di arte », un pédagogue renommé de l’Ordre de la Merci. Alors qu’il s’évertue à implanter un collège à Bono, Jean Mara est en butte à des tracasseries fiscales qui compromettent toute l’entreprise, il se résout dès lors à quitter son pays pour Genève. Converti au calvinisme, il rencontre et épouse la jeune huguenote française, Louise Cabrol, dont la famille originaire de Castres « ne dérogeait pas en faisant du commerce ». Neuf enfants naîtront de cette union stable et heureuse : Marianne-Françoise, l’aînée voit le jour à Yverdon en 1742, Jean-Paul, l’aîné des fils, à Boudry en 1743 (1).) Leur père a trouvé un travail comme dessinateur dans l’indiennage et il complète ses revenus par des leçons (histoire, géographie et langues) ainsi que par l’une ou l’autre consultation médicale. Pour les petits Mara, les compétences paternelles sont une aubaine, ce que Jean-Paul se plaît à rappeler : « Par un bonheur peu commun, j’ai eu l’avantage de recevoir une éducation très soignée dans la maison paternelle… »

Genève, Yverdon, Boudry, Peseux, Neuchâtel, puis Genève à nouveau…

Les parents Mara ont vu naître et grandir en Suisse leurs neuf enfants, et mourir l’un d’eux. Avec leur seule énergie, ils se sont employés à s’intégrer dans les communautés suisses et y ont réussi dans une large mesure. Les enfants ont bénéficié d’une excellente éducation et développé des connaissances réelles, acquérant professions et autonomie (médecine, pédagogie, commerce du tissu, horlogerie). Sans richesses, Jean Mara fait preuve de beaucoup d’initiative et d’un sens aigu de l’adaptation. Ce « pauvre » connaît le latin et le grec, il parle le français, l’italien l’espagnol… possède de bonne notions de chimie et de médecine, écrit et dessine…

Il n’est dépourvu ni du sens des réalités, ni d’humour. C’est un lettré, un intellectuel, menant une vie très simple, ce qui lui attirera l’estime et l’amitié d’hommes de bien, parfois influents. Cette famille d’émigrés bénéficie donc d’aides et de soutiens, comme ceux de George Keith, le gouverneur, chargé de mission par le roi de Prusse à Neuchâtel, ou de Frédéric-Samuel Ostervald, directeur de la Société Typographique, qui confiera à Jean Mara des missions de confiance (2).

Dans le vaste monde. L'angleterre.

En 1759, après ses études au collège de Neuchâtel, Jean-Paul Marat, qui a 16 ans, prend son envol. On perd alors sa trace dans les documents ; des « on dit » le situent comme précepteur à Bordeaux, étudiant en médecine ou membre de l’expédition de Chappe d’Auteroche à Tobolsk…, mais rien n’est avéré.

Marat lui-même ne parle que d’un premier contact négatif avec les « prétendus philosophes », alors qu’il a 18 ans. Ailleurs, il précise : « L’envie de me former aux sciences et de me soustraire aux dangers de la dissipation m’avait engagé à passer en Angleterre ». Et dans son journal, Le Publiciste de la République française, il évoquera en 1793 « …une année à Dublin et à Edinburgh ».

Ce qui est sûr à ce jour, c’est qu’il poursuit une formation dont il précise l’importance (3) et séjourne plusieurs années à Londres, où il est présent en 1768 au moment des troubles de l’affaire Wilkes, et toujours en 1772, quand paraît son premier ouvrage métaphysique (sous l’anonyme) An Essay on the Human Soul. En 1773, il en publie une version étendue, quasiment un traité, sous le titre A Philosophical Essay on Man, en deux volumes (toujours sous l’anonyme). Et la famille suit avec fierté son évolution, comme en témoignent les lettres de son père.

Un des objectifs de Marat est de s’en prendre aux thèses des philosophes matérialistes de son temps qui nient l’existence de l’âme et ramènent tout au corps, aux corps. En quoi, il s’affirme clairement comme un disciple de Rousseau lequel écrivait, établissant déjà la passerelle avec « le politique » : « Comme dans la constitution de l’homme, l’action de l’âme sur le corps est l’abîme de la philosophie, de même l’action de la volonté générale sur la force publique est l’abîme de la politique dans la constitution de l’Etat. »(4)

On trouve dans l’ouvrage de Marat une conception originale de la relation entre les passions et la raison. Pour lui, l’homme est le jouet de ses passions, ce qui ne signifie pas qu’il faille l’abandonner à leur puissance. Mais où trouver le remède ? Pas dans l’appel à la « Raison », trop aléatoire, mais dans le fait d’opposer les passions les unes aux autres, de livrer « l’âme à plusieurs, pour la soustraire à la tyrannie d’une seule ». Cette manière de voir fait aussitôt penser à Montesquieu, que Marat avoue pour l’autre de ses maîtres. Dans le domaine de la politique, Montesquieu ne pense pas que la revendication d’un ordre rationnel ni aucun texte de Constitution suffisent à garantir la liberté des citoyens, dont la sauvegarde réside dans la nécessité de séparer et de faire jouer l’un contre l’autre les différents pouvoirs.

De cette époque, signalons aussi l’écriture d’un roman par lettres, les Aventures du jeune comte Potowski (5), publié seulement au 19e siècle.

En mai 1774 paraissent en anglais et toujours sous l’anonyme, les fameuses Chains of Slavery, sur la couverture desquelles on découvre le fameux exergue, repris de Rousseau et qui figurera ensuite sur presque tous les journaux: Vitam impendere vero. Marat y démonte les procédés dont usent les puissants pour assujettir les peuples et, pensant à l’Angleterre, mais aussi à la France de Louis XIV et de Colbert, il montre que ce n’est pas l’oppression violente qui se révèle nécessairement la plus efficace. Pour durer, les Etats modernes ont appris à mettre des « fleurs sur nos chaînes », à « se dépouiller de la peau du lion pour revêtir celle du renard », ils ont substitué à la logique du pouvoir autoritaire et hiérarchisé celle de la ruse, de la sape des liens sociaux, de la mise sous tutelle sécuritaire, de l’élaboration en somme d’une « servitude volontaire », tout aussi destructrice de la liberté politique.

Jean-Paul se démène pour faire connaître son travail et l’inscrire dans la vie politique anglaise. Comptes rendus dans la Critical Review, dans le London Magazine, notice dans la Monthly Review…

En 1774 toujours, il est « reçu » par deux loges maçonniques, la Grande Loge de Londres et la loge « La Bien-Aimée » d’Amsterdam. Ce dernier fait atteste de contacts avec la Hollande, confirmés par une lettre d’Isaac De Pinto, homme de lettres juif d’origine portugaise établi à La Haye. De Pinto, connu pour sa défense des Juifs contre les attaques de Voltaire, vient de publier un Précis d’arguments contre les matérialistes, Jean-Paul l’a rencontré et ils ont sympathisé. Le voyage en Hollande est aussi motivé par une prise de contact avec Marc-Michel Rey, l’éditeur amstellodamois de Rousseau. C’est chez Rey que paraîtra, l’année suivante, la version française du Philosophical Essay on man, en trois volumes cette fois. C’est le premier livre que Marat signe et le titre De l’Homme indique qu’il s’agit bien d’une riposte au De l’Homme d’Helvétius (1773).

Cet ouvrage nous confirme que Marat a acquis une large expérience dans le domaine médical, ce qu’appuie, à l’été 1775, un événement qui réjouit beaucoup son père : l’Université de St Andrews d’Ecosse confère à Jean-Paul Marat, praticien en physique, le grade de docteur en médecine sur base des certificats transmis aux docteurs Hugh James et William Buchan, médecins à Edinburgh et dont la notoriété a atteint la France. Fin 1775 et début 1776, Marat publie deux essais médicaux : l’un concerne la blennoragie, An Essay on Gleets, le deuxième, une maladie des yeux, An Enquiry into the Nature, Cause and Cure of a singular disease of the Eye (6). En mai 1776, il rentre pour quelques semaines dans sa famille, à Genève.

Paris

« Après dix années passées à Londres et à Edinburgh à faire des recherches en tout genre, je revins à Paris. Plusieurs malades d’un rang distingué, abandonné des médecins et à qui je venais de rendre la santé, se joignirent à mes amis et mirent tout en œuvre pour me fixer dans la capitale. » Le 24 juin 1777, il reçoit le brevet de médecin des gardes du corps du comte d’Artois et entre de plain-pied dans la vie parisienne comme médecin et comme physicien. Il soigne avec succès, et par des méthodes innovantes la marquise de l’Aubespine, M. du Clusel, M. Romé de Lisle…

Mais Voltaire a eu vent du traité De l’Homme et, le 5 mai, il en a fait une critique assassine dans le Journal de Politique et de Littérature. On se demande pourquoi ce très vieil homme - il a 83 ans - met une telle énergie à démolir l’ouvrage de ce jeune auteur qui cherche à innover. La critique de Voltaire est brillante, et tellement partiale ! Il s’y fait le champion de Locke, Malebranche, Condillac et Helvétius. Sans bien en prendre la mesure, Marat est allé jouer dans la cour des grands et l’un d’eux, qui n’aime ni Montesquieu ni Rousseau, lui fait sentir ce qu’il en coûte. Cet article de Voltaire contre Marat donnera le signal d’une lutte à couteaux tirés entre Marat et le clan des philosophes matérialistes, lutte dont un des protagonistes sera le dauphin et successeur désigné de Voltaire, Condorcet. On perçoit bien, dès ce moment, que c’est le fait que Marat n’est pas assez « philosophiquement correct » qui le pousse hors de l’univers des intellectuels en place. Il en ira de même en sciences où il trouvera porte de bois à l’Académie, dont le secrétaire est précisément le marquis de Condorcet.

En 1778, Marat ouvre un cabinet de physique dans l’hôtel du marquis de l’Aubespine, rue de Bourgogne et, avec l’aide de l’abbé Filassier, fait connaître ses expériences. Il transmet des copies d’un mémoire manuscrit, Découvertes sur le Feu, l’Electricité et la Lumière à diverses Académies en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Russie et en Suède.

A la fin de l’année, il obtient de pouvoir présenter son travail de laboratoire devant une commission de l’Académie des Sciences de Paris, MM.Le Roy, Montigny et Sage.

1779 lui apporte des satisfactions : Benjamin Franklin assiste à ses expériences, une correspondance s’établit entre eux et l’Académie des Sciences fait un tout premier rapport positif sur son texte : «…fort intéressant par son objet, et comme contenant une suite d’expériences nouvelles, exactes et bien faites par un moyen également ingénieux et propre, comme nous l’avons dit, à ouvrir un vaste champ aux recherches des physiciens, etc. »

En juin, Marat adresse donc à l’Académie son nouveau mémoire : Découvertes sur la Lumière. Cette fois, les commissaires désignés sont Maillebois, Le Roy, Sage et Lalande, bientôt remplacé par Cousin. Le 18 août, la vérification est terminée et Jean-Paul attend avec impatience le rapport. Mais celui-ci n’arrive pas. S’ensuit un interminable ballet de billets entre Marat et Condorcet. Le dénouement a lieu lors de la séance du 10 mai 1780 : le jugement tient en quelques lignes : « …comme ces expériences sont en très grand nombre, ainsi que nous l’avons dit, que nous n’avons pu par là les vérifier toutes, malgré toute l’attention que nous y avons apportée, avec l’exactitude nécessaire, que par ailleurs elles ne nous paraissent pas prouver ce que l’auteur imagine qu’elles établissent, et qu’elles sont en général contraires à ce qu’il y a de plus connu dans l’optique, nous croyons qu’il serait inutile d’entrer dans le détail pour les faire connaître, ne les regardant pas comme de nature, pour les raisons que nous venons d’exposer, à ce que l’Académie puisse y donner sa sanction ou son attache. »

Le livre paraît néanmoins. Dans son travail, Marat, grand admirateur de Newton, reprend le point de vue de ce dernier sur l’application des lois de l’attraction universelle à la théorie de la lumière, mais annonce qu’il la complète. Comment ? Par l’introduction de la notion de déviation des rayons, qu’il assied expérimentalement. Aboutissant à des conclusions contraires à celles de Newton, Marat s’autorise à prôner un dépassement conceptuel. En dépit du désaveu de l’Académie, on constate que le travail de Marat fait du bruit. Le Journal Encyclopédique consacre aux Découvertes sur la lumière un long article en décembre 1780, qui situe correctement la position méthodologique de Marat : « En lisant l’ouvrage de M. Marat, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’une des principales raisons du peu de progrès que les sciences font parmi nous est la manière dont on les cultive. Au lieu d’étudier la nature, on étudie les livres, ce qui doit nécessairement produire des imitateurs et des compilateurs.[…] Une autre raison [est que] les faits, quoique source unique de toutes nos connaissances deviennent toujours une source féconde d’erreurs quand on ignore l’art de les analyser. » Par la suite, les détracteurs oublieront de signaler à quel point Marat a inscrit sa critique dans son immense respect pour Newton, dont il va d’ailleurs retraduire entièrement l’Optique. (7). Mais son audace en sciences sera attribuée à son « tempérament révolutionnaire », entendez ainsi excessif, trop franc et surtout peu mondain. Une piste plus scientifique aurait consisté à se souvenir qu’en Angleterre, Marat a fréquenté des fabricants de lentilles, des polisseurs et autres artisans de haute précision - on pense bien sûr à l’indéfectible amitié qui le lie au grand horloger Breguet - et que leur travail, par l’obtention de lentilles achromatiques, démentait déjà concrètement la théorie newtonienne. (8).

L’Académie des Sciences de Paris ne donnera plus jamais son aval aux travaux de Marat, ce qui n’empêchera pas celui-ci de poursuivre, longtemps encore, ses recherches et ses publications, parfois sous l’anonyme, et en obtenant par ce biais, prix et félicitations…d’académies de province ! Ses découvertes continueront à susciter des controverses dans le monde scientifique et à bénéficier du soutien de personnalités comme Goethe ou le minéralogiste Jean-Baptiste Romé de Lisle. Plusieurs de ses travaux seront aussi traduits en allemand.

En 1782 est publié (par Brissot) un ouvrage de Marat qui renoue avec ses préoccupations politiques et sociales, le Plan de législation en matière criminelle, qu’il écrit pour le concours doté du Prix de la Justice et de l’Humanité, annoncé dans la Gazette de Berne du 15 février 1777. Dans ce texte les commentateurs relèvent en général la filiation rousseauiste et la proposition de sages réformes judiciaires, dont l’obligation de proportionner la peine à la gravité du délit, quelle que soit la qualité du délinquant, l’importance du jury de 12 personnes pour juger des crimes, le fait qu’un attentat contre le prince doit être vu comme un crime de droit commun, et non comme un crime d’Etat… (9)

Liste de travaux de Marat avant 1789
1780 : Recherches physiques sur le feu - Traduction allemande par C.E. Weigel en 1782
1782 : Recherches physiques sur l’Electricité
1782 : Plan de législation en matière criminelle.
1783 : Traduction en allemand des Recherches physiques sur le feu, par C.E. Weigel
1783 : Traduction en allemand des Découvertes sur la lumière, par C.E. Weigel
1784 : Mémoire sur l’électricité médicale.
1784 : Notions élémentaires d’optique
1784 : Traduction en allemand des Recherches physiques sur l’Electricité
1787 : Optique de Newton. Traduction nouvelle faite par M*** sur la dernière édition originale.
1787 : Mémoires académiques ou Nouvelles découvertes sur la lumière, relatives aux points les plus importants de l’optique.(10)

La Révolution

Portrait de Marat

Marat a dépassé la quarantaine au moment de la Révolution. Il a derrière lui une carrière de médecin et de physicien, il a écrit une quinzaine de livres. Dans son ouvrage majeur de théorie politique, The Chains of Slavery, la thèse principale est que la légitimité du pouvoir émane du peuple, mais qu’à travers les âges et sous tous les régimes, les pouvoirs exécutifs se sont attachés à retourner ce pouvoir contre les citoyens qui le leur ont confié. Quand éclate la Révolution, Marat ne change donc pas de cap. Son travail va consister à suivre en permanence les mouvements de confiscation, de récupération des initiatives populaires, à analyser comment s’y prend l’exécutif pour reprendre la main. Il va suivre étape par étape les événements et les protagonistes, il prévoit le coup à venir, s’attend aux menées sous-jacentes, aux retournements brusques, au jeu de l’usure, sans négliger le facteur du hasard, qu’il dénomme « providence ». D’où ce caractère « inquiet » qui traverse l’œuvre et qui n’est pas le fait d’un homme aigri, aux ambitions déçues ou personnellement angoissé, mais la résultante d’une position théorique.

Quand on connaît la famille Marat, on se rend vite compte que ni Jean, le père, ni David, un des frères, pédagogue lui aussi, ni Jean-Paul ne sont hommes à laisser perdurer des situations où le rapport de forces joue en leur défaveur.

Après avoir écrit quelques textes et articles pour mettre en garde les députés aux Etats Généraux sur le sens des événements depuis la prise de la Bastille : Offrande à la patrie, Discours de Marat au peuple (18 septembre), Le Moniteur patriote (un numéro), La Constitution, ou Projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen, suivi d’un Plan de Constitution juste, sage et libre, Le Publiciste parisien, Marat se décide à fonder un quotidien : L’Ami du Peuple, ce journal de 8 pages in-8° qu’il va assumer pendant quatre ans.

Il s’adresse en direct aux citoyens, réagit par rapport à ce qu’ils font ou ne font pas, répond à ce qu’ils pensent, osent, supputent, chantent, ratent… La relation du peuple à son Ami est extrêmement vivante. Le journal de Marat est rempli de lettres qui lui parviennent de tous les coins de la France, des garnisons, des villes, des villages.

Et les contemporains comme les exégèses ont bien été forcés de reconnaître sa réelle capacité de prévision (12) : Oui, Mirabeau jouait un double jeu et entretenait des rapports secrets avec le roi. Oui, Necker affamait Paris. Oui, La Fayette, un moment hésitant, a fini par trahir la garde nationale. Oui, le roi avait le projet de fuir. Oui, Dumouriez est passé à l’ennemi… Mais, non, Marat n’est pas obsédé par l’idée de tirer à boulets rouges sur toute autorité. C’est là une piètre attaque de ses opposants, quand on examine par exemple, sérieusement la question de la royauté. Marat développe à ce sujet une double affirmation : un bon prince est dans l’histoire de son peuple un « cadeau des cieux » et une denrée aussi rare qu’un libertin vertueux ! Il ne s’en prendra donc résolument à Louis XVI qu’après la trahison avérée de ce dernier (fuite à Varennes et Massacre du Champ de Mars). Et la rupture avec ce roi ne signifie pas qu’il considèrerait que « toute » royauté fût, par essence, pire qu’un autre régime. Marat ne sera ni plus, ni moins, républicain que royaliste. Sa vigilance s’exerce à l’encontre des actes de tout pouvoir exécutif. C’est la raison pour laquelle il prendra tellement à cœur son rôle de député à la Convention qu’il défendra toujours comme organe de représentation, autant contre l’esprit des factions, contre les « Enragés » que contre tout autre organe de dissolution.

La vélocité avec laquelle on impute à Marat tel ou tel épisode violent de la Révolution est, elle aussi, bien suspecte. D’autant que les « versions » sur la Grande Révolution se succèdent sans se ressembler. Il suffit pour s’en convaincre de lire les descriptions contradictoires qu’offrent les manuels scolaires au fil des générations. Concernant Marat, c’est surtout le matériel d’archives, de première main, qui n’a pas été pris en considération (13). Ainsi sur son action précise pendant les événements de septembre 1792, bien peu a été énoncé avec correction. Ce qui est avéré, c’est que devant la puissance et l’ampleur de la colère du peuple qui vient d’apprendre la libération des responsables des tueries du 10 août, la plupart des autorités en place se sont défilées. Fallait-il dès lors fabriquer un bouc émissaire ? Le combat de Marat dans les derniers mois de sa vie sera dirigé contre ceux qu’il nomme les « Hommes d’Etat » - plusieurs sont originaires de la Gironde - qu’il accuse principalement d’être les fers de lance de la guerre funeste qui décime le pays et en qui il voit tout, sauf des « modérés ». (14)

Comme son père, Marat souffre d’une maladie inflammatoire qui procède par crises, mettant plus ou moins longtemps à se résorber. Il est donc contraint de s’absenter de la Convention et de se soigner, prenant des bains qui le calment et lui permettent de continuer à écrire et à corriger son journal.

C’est dans un tel moment que Charlotte Corday, farouche partisane de la guerre, vient l’assassiner, chez lui. Elle sera éconduite une première fois par la femme de Marat, Simonne Evrard et par les amis qui veillent sur lui et concourent à la parution de son journal. Elle usera alors de ruse pour l’approcher, écrivant à Marat un message où elle lui annonce des révélations sur la situation à Caen, tout en lui faisant part d’une détresse personnelle. Et c’est Marat lui-même qui donnera l’ordre de la laisser entrer.

L’art et la légende gardent l’image, immortalisée par le chef-d’œuvre de son collègue et ami Jacques-Louis David : Marat assassiné.

Marat médecin

Rapport de Marat

Son titre de docteur en médecine fut longtemps mis en doute après sa mort bien que de son temps personne n'en ait douté pas même Voltaire : "Si Monsieur le docteur en médecine se contredit dans ses consultations, il ne sera pas appelé même par ses confrères" écrit-il dans sa fameuse réfutation du livre de Marat "De l'homme".

Il commence ses études de médecine à Paris et les termine en Angleterre où il reçoit le titre de docteur de médecine de deux universités dont celle de Saint Andrew.

Il est vrai qu'au cours des années 80-83, le charlatanisme connait un regain de faveur. Des escrocs font des fortunes rapides en promettant des miracles. Parmi eux, le célèbre médecin et guérisseur Allemand : Mesmer. Son "baquet magnétique" fit nombre de dupes. Dans un autre genre, l'aventurier italien dit Comte de Cagliostro, exploitait avec habileté de pseudo-secrets de magie et de sorcellerie. Aux yeux des Français lettrés du siècle des Lumières, il était en effet difficile de faire le tri entre les vraies et les fausses sciences surtout depuis l'arrivée de l'électricité.

Dans son article de l"'Ami du Peuple" n' 401, Marat s'exprime sur la nécessité des études médicales. "On ne puise pas dans les écoles le génie d'Esculape, mais on y acquiert des connaissances qui empêchent d'agir en aveugle et en téméraire, et sous les yeux d'un maître de l'art, les élèves apprennent à faire usage de ces connaissances, lumières dont sont privés les empiriques".

Quel médecin ?

Homme de science Marat s'est penché sur la physiologie. Son livre "Essay on Man" est un mélange de philosophie et de physiologie expériementale tendant à établir les relations de l'âme et du corps. Il compare l'organisme de l'homme à une machine hydraulique composée de deux parties liquide et solide. Son fonctionnement se fait par deux principes : le sentiment et le mouvement. L'étude du système nerveux s'impose de prime abord. Ce qui le préoccupe c'est d'essayer d'établir le siège de l'âme. Il cite ses expériences de ligature nerveuse pour s'assurer du rôle que joue le fluide nerveux dans le phénomène de l'impression, il existe une insensibilité au niveau de la ligature, le fluide n'arrive plus à l'âme. Il avoue ne pas pouvoir expliquer comment un élément peut agir sur une substance spirituelle.

Il situe le siège de l'âme dans les méninges, lieu dans lequel les nerfs se confondent et lieu de propagation des sensations.

Pour cette conclusion il sera très critiqué mais il ne faut pas oublier que les hommes aussi célèbres que WILLIS, VIEUSSENS, DESCARTES ont eux-mêmes essayé de situer le siège de l'âme dans une partie du cerveau.

Il décrit sept sens.
En plus des cinq sens connus il décrit la faim dont le siège est dans l'estomac, la soif dont le siège est dans l'estomac et l'oesophage.

Le tact n'est pas borné à la peau, il est aussi interne. "Il s'étend à l'intérieur du corps, comme à sa surface. On en éprouve les impressions dans les doux embrasements de l'amour et les douleurs aiguës de la colique" ...

La choroide est l'organe de la vue : n'est-elle pas élastique et par conséquent susceptible d'être ébranlée par la lumière, alors que la rétine est insensible et que la lumière la traverse librement sans l'ébranler.

On expliquait les phénomènes de la vie au moyen de notions physiques annonçant la venue prochaine des grands physiologistes les Docteurs Georges Cabanis et Bichat.

"Puisque l'expérience est conforme à ce que je viens d'avancer elle doit servir de fondement à tout ce qui est nécessaire d'alléguer à ce sujet. C'est elle qu'il est important de consulter lorsqu'on doit développer le mécanisme de l'action réciproque de la disposition de nos organes et de la manière d'agir dans les corps qui peuvent la troubler, c'est dans le moment aussi où les yeux de l'esprit doivent être appelés, pour connaitre et distinguer les rapports que les sens trop grossiers ne peuvent apercevoirt".

Ainsi il donne un exemple : lors de paralysie il observe que la perte de la vue se produit du côté du traumatisme et l'hémiplégie du côté opposé.

"Il est constant que les nerfs optiques après leur rapprochement immédiat se distribuent à l'oeil du même côté d'où ils prennent leur origine, non seulement cela est démontré dans les dissection anatomiques mais certains faits observés ne laissent pas de doute à ce sujet".

Marat estime que l'expérience ne doit pas seulement étayer une théorie mais aussi la guider. Il justifie la vivisection dans une lettre à DALY :"Vous dites que vous n'aimez pas à voir d'innocents animaux déchirés par le scalpel, mon coeur est aussi tendu que le votre...".

Il reconnaît sa justification par le progrès des découvertes. Dans la même optique, il propose "que les condamnés à la peine capitale eussent la faculté d'exposer leur corps à quelque opération difficile qui pourrait causer la mort, et dans le cas où l'opération viendrait à réussir, le condamné...obtiendrait son pardon, ou sa peine serait convertie en exil ou en prison".

Marat est un bon observateur, il possède en outre une conscience et une probité professionnelle développée. Il respecte le secret professionnel par l'anonymat de ses observations, ce qui n'est pas habituel à l'époque.

"Si l'on ne peut pas toujours être l'heureux instrument de soulagement de la misère et du malheur, il faut au moins tout faire pour les empêcher de devenir plus graves", dit-il en dénonçant les abus de mauvaises méthodes de traitement. Dénoncer les effets secondaires d'un traitement est une notion nouvelle et entraine le tollé de bon nombre de médecins. ARRACHART lui-même dans son rapport sur Marat ne peut concevoir qu'un médicament peut être à l'origine d'une maladie. C'est tout à l'honneur de Marat pour son époque que de s'enquérir de l'innocuité du traitement qu'il applique.

Marat ophtalmologiste

"DE LA PRESBYTIE ACCIDENTELLE" 1775 (Traduit par PILOTELLE)

"AN ENQUIRY into the Nature, cause and cure of a singular disease of the eyes".

La presbytie accidentelle, selon Marat, résulterait de l'irritation produite par l'usage du mercure.

Il cite plusieurs observations :

- La première est celle d'une fillette de 11 ans, à qui l'on avait prescrit des biscuits mercuriels comme vermifuge : la salivation était survenue bientôt après, la tête avait enflé et "la vue fut altérée, de telle sorte que la malade pouvait à peine distinguer un objet quelconque".

Ses parents s'étaient adressés d'abord à un célèbre oculiste qui "refusa d'entreprendre la guérison", plus tard à un moine qui avait une certaine réputation : son avis fut que la malade était atteinte de la "goutte sereine", il la traita pendant 7 mois, prescrivant d'abord des boissons sudorifiques et finalement des fumigations d'ammoniaque qui n'eurent d'autre effet que d'enflammer les yeux.

On consulte Marat qui entreprend de la guérir. Il lui prescrit des émollients et des laxatifs, une diète rafraîchissante : deux drachmes de casse à prendre à jeun chaque matin, pendant 3 semaines, et comme boisson, une infusion de guimauve à laquelle il substitue le petit-lait. Au bout de quelques jours la casse est remplacée par des fumigations de guimauve répétées deux fois dans les 24 heures, et "un cataplasme mou, des quatre farines, à appliquer sur les tempes".

La partie la plus originale du traitement consiste à recourir aux étincelles électriques, qu'il fait précéder d'une saignée pour en augmenter l'action.

- La deuxième observation est celle de D.B., négociant à Londres, qui avait été affecté d'une ophtalmie, à la suite d'un traitement mercuriel. "Le malade ne pouvait voir les objets qu'à une certaine distance et, même alors, partiellement, leur image restant indécise. Le malade était depuis 7 mois dans cette position quand, dépité, il vint réclamer les soins de Marat.

Marat obtient le même succès avec le troisième cas, J.P., esp. mercurialisé comme les précédents et en imminence de perdre la vue. "C'est la plus grande altération de la vue que j'aie jamais connue".Marat avoue que malgré le traitement "l'oeil gauche est toujours resté faible".

- La dernière observation se rapporte à un gentleman américain, que Marat avait soigné "en présence de M. MILLER avec toutes les indications pour la marche du traitement".

Ainsi cette maladie singulière serait pour Marat "la funeste conséquence du mercure mal administré", seule publication connue à ce jour sur cette pathologie. "Il importe, affirme Marat, pour découvrir les causes des défauts de la vue, de réunir la connaissance de l'optique à celle de la physiologie ; mais depuis que le traitement des maladies des yeux est devenu une branche de l'art de guérir, il est parfois abandonné à des chirurgiens qui souvent ne connaissent nullement les fonctions des différentes parties de l'oeil et ignorent jusqu'à la structure de cet organe admirable".

La méthode du traitement qu'il décrit dans ses observations est précisément complétée dans une lettre du marquis Ignazio de Zuchelli, italien, par l'intermédiaire du Docteur TARZIONI, savant médecin de Florence : "Cette maladie ayant été, jusqu'à ce jour, confondue avec la goutte sereine, n'a pas été traitée autrement. Cautérisation, salivation, purgatifs, vomitifs, ont été tentés : remèdes bons seulement à aggraver le mal. Pour peu qu'on connaisse les lois de l'économie animale, on verra que les indications curatives se réduisent à trois : relâcher la partie affectée, la désobstruer, et lui rendre son élasticité nécessaire.

Pour satisfaire à la première indication,le malade doit observer une diète rigoureuse : donc, s'abstenir de chocolat, de café, de vin, de liqueurs spiritueuses, de mets épicés. Il doit encore éviter le froid, les exercices de corps forcés, les passions violentes.

Sa nourriture doit se composer d'herbes cuites et de poulet rôti; sa boisson, se réduire à une infusion théiforme de sommités de millefeuille. Ensuite le malade commencera son traitement par une petite saignée au pied, qui répètera tous les huit jours. Dans l'intervalle, il prendra chaque matin, à déjeuner, quelques drachmes de pulpe de casse, macérée dans l'eau. Lorsque le liquide aura acquis une grande limpidité, le malade mettra sur les tempes, un topique émollient et se fera des fumigations anti-spasmodiques, à l'aide d'un instrument affecté à cet effet. Par ce moyen, il affaiblira l'irritation des muscles de l'oeil, diminuera l'engorgement et la vue commencera à revenir.

Alors on aura recours à l'électrisation, mais il convient de se limiter à tirer, matin et soir, quelques étincelles aux angles de l'oeil. Le malade portera, à la région des temps, un petit emplâtre de gomme tamahaca et ajoutera à chaque tasse d'infusion de millefeuille, deux grains de nitre. Ces remèdes, destinés à débarrasser de l'engorgement la partie affectée, satisferont la seconde indication.

Lorsque la vue est rétablie dans son état normal, elle conserve encore un état de faiblesse auquel on remédie avec de fréquents lavages à l'eau fraîche. On ne doit se permettre aucune modification au régime jusqu'à la fin du traitement ; alors le malade peut faire usage de vin rouge et de viandes légèrement épicées."

La goutte sereine comprenait diverses affections intra- oculaires'sans lésions appréciables en dehors des troubles pupillaires avec amaurose ou amblyopie. La "goutte sereine" "partielle" ou "imparfaite" correspondait à l'amblyopie et la "goutte sereine" "complète" ou "parfaite" à l'amaurose. On englobait aussi dans la goutte sereine diverses affections : les choroidites, les névrites optiques, les glaucomes chroniques par exemple.

La théorie accommodative telle que la décrit Marat grâce aux muscles ciliaires "fibres circulaires environnant le cristallin" est très progressiste puisque étaient alors seulement admise la théorie accommodative des muscles droits et obliques du XVIIe siècle retrouvée chez KEPLER et DESCARTES et du XVIIIe siècle chez BOERHAAVE, GUERIN.

Ce que l'on peut aussi remarquer chez Marat, c'est cette notion d'astigmatisme irrégulier dû à l'engorgement rétrooculaire (ici iatrogène). "Mais de même qu'il arriva que tous les muscles de l'oeil ne sont pas tous également engorgés, il arrive souvent aussi que les glandes qui recouvrent le fond de l'orbite participent à cet engorgement. Le globe plus ou moins comprimé dans une partie que dans l'autre, n'offre plus une circonférence régulière. Les différents points du fond d'oeil n'étant plus tous à égale distance du cristallin, une partie seulement des rayons qui tombent sur la choroide y rencontre son foyer. L'image est tronquée. Voilà pourquoi dans cette maladie, on ne voit qu'imparfaitement les objets, et encore à une distance déterminée".

A remarquer aussi l'application de l'électrothérapie en oculistique jusqu'alors exceptionnelle. Marat qui avait de grandes connaissances en physique, bien informé des phénomènes électriques et des applications de l'électricité en médecine eut le mérite d'user couramment de cette thérapeutique en oculistique comme en médecine générale.
Marat mesure les progrès du traitement : c'est une mesure objective : il s'agit de l'évaluation du punctum proximum : "je fabriquai une échelle graduée sur laquelle je notai le point le plus rapproché où elle pouvait lire l'heure sur une montre". Ainsi le pouvoir d'accommotation chez C.B. passe de 28 pouces lors de la première mesure à 13 pouces en fin de traitement".

Marat avait soumis un mémoire à l'appréciation de l'Académie de Médecine sur "quelques affections de la vue aussi singulières que peu connues, et sur une nouvelle maladie d'yeux dont jusqu'ici aucun auteur n'avait fait mention". C'est par le rapport de cette Académie que l'on connaît le détail de ce mémoire.

Rapport Marat

Textes politiques de Marat

Journaux
-Moniteur patriote : 1 numéro
-Ami du Peuple : 667 numéros
Les numéros 41, 43, 46 à 50, 58 à 69, 526 à 528 n’ont jamais paru
Cinq numéros ont été utilisés en double : 157, 542, 570, 583 et 681
-Junius français : 13 numéros
-Publiciste et Journal de la République française : 242 numéros
1789
-Lettre à M.de Joly
-Dénonciation faite au tribunal du public par M. Marat, l’Ami du Peuple, contre M.Necker, Premier ministre des Finances
1790
-Appel à la nation par J.P. Marat, l’Ami du Peuple, citoyen du district des Cordeliers et auteur de plusieurs ouvrages patriotiques
-Lettre de Marat, l’Ami du Peuple, contenant quelques réflexions sur l’ordre judiciaire
-Nouvelle dénonciation de M. Marat, l’Ami du Peuple, contre M.Necker, Premier ministre des Finances, ou Supplément à la dénonciation d’un citoyen contre un agent de l’autorité
-Lettre à M. le président de l’Assemblée nationale
-Lettre de Marat à Camille Desmoulins, mai 1790
-Lettre de Marat à Camille Desmoulins, 11 novembre 1790
Réédition
-Plan de législation criminelle, ouvrage dans lequel on traite des délits et des peines, de la force des preuves et des présomptions, et de la manière d’acquérir ces preuves et ces présomptions durant l’instruction de la procédure, de manière à ne blesser ni la justice ni la liberté, sert à concilier la douceur avec la certitude des châtiments, et l’humanité avec la sûreté de la société civile.
-Infernal projet des ennemis de la révolution
Pamphlets
-C’en est fait de nous
-On nous endort, prenons-y garde !
-C’est un beau rêve, gare au réveil !
-L’affreux réveil
-Relation fidèle des malheureuses affaires de Nancy
-Relation authentique de ce qui s’est passé à Nancy
-Le général Mottié vendu par ses mouchards
-Le général Mottié vendu par ses mouchards - Supplément
1791
-Les Charlatans modernes, ou Lettres à Camille sur le charlatanisme académique
1792
-Lettre de L’Ami du Peuple aux fédérés des 83 départements
-L’Ami du Peuple aux Français patriotes
Placards
-Marat, l’Ami du Peuple, aux braves Parisiens (26 août)
-Marat, l’Ami du Peuple, à ses concitoyens (28 août)
-Marat, l’Ami du Peuple, aux amis de la patrie (30 août-2septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, à L.P.J.d’Orléans, prince français (2-5 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, aux bons Français (8 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, à ses concitoyens les électeurs (10 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, aux amis de la patrie (18 septembre)
-Marat, l’Ami du Peuple, à Maître Jérôme Pétion (20 septembre)
Textes sur le jugement du roi
-Opinion de Marat, l’Ami du Peuple sur le jugement de l’ex-monarque
-Opinion de Marat sur le jugement de Louis XVI
1793
-Discours de Marat, l’Ami du Peuple, sur la défense de Louis XVI
-Observations à mes commettants
-Profession de foi de Marat, l’Ami du peuple, député à la Convention : adressée au peuple français en général et à ses commettants en particulier
-Lettre de Marat, député du département de Paris à la Convention nationale lue à la séance du 13 avril 1793, l’an deuxième de la République française ; imprimée et envoyée aux armées par ordre de la Convention nationale
-Lettre de Marat aux Jacobins, 15 avril 1793
-Lettre de Marat à ses commettants, 15 avril 1793
-Lettre de Marat à la Convention, 15 avril 1793
-Lettre de Marat aux Jacobins, 20 juin 1793
Nouvelle édition remaniée
-Les Chaînes de l’Esclavage, ouvrage destiné à développer les noirs attentats des princes contre les peuples, les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices, les coups d’état qu’ils emploient pour détruire la liberté, et les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme
Quelques repères bibliographiques sur Marat
-Les Aventures du jeune comte Potowski. Un roman de cœur, par Marat, l’ami du peuple, Paris, Louis Chlendowski, 2 volumes, 1848 (réédition 1998)
-Lettre de M.Marat, qui contient le récit de ses transactions dans les différentes sciences… Appelée aussi Lettre justificative à Roume de Saint-Laurent, Miscellanies of the philobiblon society, volume 8, London, Whittingham & Wilkins, 1863-1864
-Eloge de Montesquieu, (éd. Arthur de Brésetz), Libourne, G. Maleville, 1883
-De la presbytie accidentelle par J.P. Marat, docteur en médecine, traduit par Georges Pilotelle, Paris, Champion, 1891
-La correspondance de Marat, par Charles Vellay, Paris, Fasquelle, 1908
-Les pamphlets de Marat, par Charles Vellay, Paris, Fasquelle, 1911
-Marat spécialiste des maladies vénériennes, par Joseph Payenneville, Rouen, 1912
-Newton. Optique de Newton, traduit par Marat, (éd. Michel Blay), Paris, Bourgois, 1988
-Jean-Paul Marat – Œuvres Politiques 1789-1793 (éd. Jacques De Cock – Charlotte Goëtz), 10 volumes - Bruxelles, Pôle Nord, 1989-1995
-Marat. The Chains of Slavery 1774 - Les Chaînes de l’Esclavage 1793, édition française confrontée au texte anglais (éd. Goëtz Charlotte Goëtz et Jacques De Cock), Bruxelles, Pôle Nord, 1993.
-Marat avant 1789 (éd. Jacques De Cock), Essay on the human soul, Philosophical Essay on Man, De l’Homme, Plan de législation en matière criminelle, Plan de législation criminelle, Eloge de Montesquieu, Lyon, Fantasques éditions, 2003
-Marat, l’ami du peuple, par Alfred Bougeart, 2 volumes, Paris, Lacroix Verboeckhoven, 1865
-Jean-Paul Marat, esprit politique, accompagné de sa vie scientifique, politique et privée, par François Chèvremont, Paris, chez l’auteur, 1880
-Marat en famille. La Saga des Mara(t), par Charlotte Goëtz, 2 volumes, Bruxelles, Pôle Nord, 2001

Notes

(1)Les autres enfants Mara sont : Henry (25 juillet 1745) et Marie (5 septembre 1746), nés à Boudry ; Pierre (23 janvier 1753), Pierre-Antoine (23 mars 1754 - décédé le 8 octobre 1756), nés à Peseux ; David (21 février 1756), Charlotte-Albertine (1er juillet 1760) et Jean-Pierre (23 janvier 1767), nés à Neuchâtel.

(2)Pour ce qui concerne la famille Mara(t), voir Charlotte Goëtz, Marat en famille – La Saga des Mara(t), 2 volumes, Bruxelles, Pôle Nord (Collection Chantiers Marat), 2001. Pour ce qui touche Marat à partir de 1770, voir Jacques De Cock, Marat avant 1789, Lyon, Fantasques éditions, 2003.

(3)Dans L’Ami du Peuple n°401 du 16 mars 1791, Marat écrit : « A l’égard des professions où l’ignorance peut avoir des suites terribles, telles que celles de médecin, de chirurgien, d’apothicaire, il importe qu’elle soient interdites à tout homme qui n’aura pas fait preuve rigoureuse de capacité. » Et il complète en note : « On ne puise pas dans les écoles le génie d’Esculape, je le sais, mais on y acquiert des connaissances qui empêchent d’agir en aveugle et en téméraire. Et sous les yeux d’un maître de l’art, les élèves apprennent à faire usage de ces connaissances, lumières dont sont toujours privés les empiriques. »

(4)Manuscrit de Genève du Contrat Social.

(5)Roman publié seulement en 1848, réédité en 1988. Il a donné lieu à une spéculation sur un autre ouvrage faussement attribué à Marat par Gabriel Charavay, Les lettres polonaises. Cette erreur, démontrée par François Chèvremont (voir son article dans la Revue des Sciences et des Lettres, en 1890) a toujours cours, puisque qu’une réédition des Lettres, toujours attribuées à Marat, a été faite en 1993.

(6) An Enquiry a été traduit pour la première fois par Georges Pilotelle, sous le titre De la presbytie accidentelle, d’après le seul exemplaire connu appartenant à la bibliothèque de la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres. Il est publié en 1891 à Paris. An Essay on Gleets a été traduit par Joseph Payenneville en 1921 et publié à Rouen, sous le titre Marat, spécialiste des maladies vénériennes.

(7)On doit à Michel Blay la réédition de l’Opticks de Newton, dans la traduction de Marat, traduction sur la qualité de laquelle les historiens américains Gottschalk et Gillepsie avaient, les premiers, attiré l’attention.

(8)Ce que souligne pertinemment Jacques De Cock dans Marat avant 1789. Il ajoute : « Ce fait a déjà été entériné théoriquement bien avant Marat, notamment par Euler et Dollon, mais personne jusque-là n’a été plus loin que la mise en évidence de‘certaines erreurs’ de Newton. […] Quand, réellement, on renoncera à la théorie newtonienne, au début du XIXe siècle, ce sera par le biais d’une théorie totalement absente au XVIII, la théorie ondulatoire. Marat œuvre dans une époque, non d’obscurantisme, mais de tâtonnements. L’alternance des théories corpusculaire et ondulatoire rend évidemment toute l’histoire des théories optiques particulièrement délicate […] Ce qui est certain, c’est que l’idée de Marat, le ‘poids’ de la lumière, son attraction sur les corps, idée complètement étrangère au XIXe est devenue une des idées fondamentales du XXe, dans un contexte conceptuel renouvelé. »

(9)Sur les différentes versions du Plan, voir J. De Cock, op.cit.

(10)Marat concourra encore sur trois sujets concernant la théorie de Newton :

A Lyon : « Déterminer si les expériences sur lesquelles Newton établit la différente réfrangibilité des rayons hétérogènes sont réelles ou illusoires »
A Montpellier : « Concours sur l’explication de l’arc-en-ciel »
A Rouen : Concours sur les vraies causes des couleurs que présentent les lames de verre, les bulles d’eau de savon et les matières diaphanes très minces » (Le mémoire de Marat y sera couronné le 6 août 1783 par l’Académie royale des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen, sous l’anonyme).

(11)Ce résumé très succint trouve ses sources dans différentes préfaces et postfaces écrites par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz.

(12)Camille Desmoulins : « Marat, quoi qu’on en dise, a parfois d’excellentes réflexions et quand je remarque l’accomplissement de tant de choses qu’il a prédites, je suis tenté de prendre de ses almanachs. »

(13) Il faut se rappeler que la collection de François Chèvremont sur Marat n’a trouvé place dans aucune bibliothèque française, mais a été accueillie par la British Library.

(14)Cet axe de réflexion, la situation désastreuse des soldats aux frontières, laissés sans armes, sans équipements, sans chefs, « conduits comme des moutons à l’abattoir » et laissant partout femmes en enfants sans défense, mérite beaucoup d’attention.

Fantastique Léonard de Vinci - La vie de Léonard de Vinci


Léonard de Vinci (1452-1519)


La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 

Musée de la Science et de la Technique Léonard de Vinci à Milan

Belle parmi les belles, elle vous contemple, énigmatique, avec un je ne sais quoi dans son regard limpide qui semble vous suivre autour de la grande salle ; qui n'est pas envoûté par ce sourire et ces yeux si doux ?
Qui est elle ? Nul ne le sait, mais on connait son "impresario" : Léonard de Vinci, artiste peintre.

Il vivait il y a cinq siècles.L'Europe sortait alors à peine du Moyen Age.

Elle, on l'appelle la Joconde. Tant et tant d'hypothèses ont été formulées au sujet de son identité exacte.


L'envoûtement est tel qu'on veut en savoir plus sur l'artiste et on découvre qu'il fut sculpteur, ingénieur, musicien, architecte, anatomiste, physicien ; que, poussé par le désir de la perfection, il s'est adonné à ses travaux avec tant d'opiniâtreté, tant de minutie, tant d'intelligence, qu'il les a toujours menés à bien, compte tenu du contexte de l'époque.

Bien sur, la Joconde est le tableau le plus contemplé qu'il fut au Monde.

Qui ne se laisse séduire par son charme discret ?
Elle a passé outre les modes, les styles, les époques et son renom d'hier n'est pas aujourd'hui terni.

Mais ne comptez pas trop trouver pléthore d'oeuvres du Maître ; on n'en compte seulement qu'une douzaine. Bien que moins connues, toutes présentent cet attrait indéfinissable dans le regard qui révèle, au delà de l'art, une connaissance subtile des éléments de la vision.

 


La vie de Leonardo

Chez Léonard de Vinci, point de bavardage pictural, mais une verve, dans les esquisses, les croquis, les expériences, les notes, qui a fait de lui ce personnage familier, ce "touche à tout" inspiré que les italiens appellent Leonardo, comme un ami que l'on rencontre au coin de la rue, qui a su pratiquer avec autant de bonheur tous les arts auxquels il s'est consacré et dont la perspicacité révèle des vues d'une étonnante justesse.


Quelle étonnante figure que celle, de Léonard. Quand on découvre, par curiosité d'abord, son oeuvre éclectique, on ne peut s'empêcher de dépasser les considérations culturelles pour être entraîné dans une étude plus approfondie de ses activités.

On admire la perfection esthétique d'un artiste et on découvre une oeuvre d'une ampleur insoupçonnée, des révélations considérables pour l'époque. On est entraîné à son insu par le besoin de connaître ses motivations, sa vie discrète faite de solitude, en butte aux jalousies et à l'incompréhension.


Il vit certes une époque trouble, non pas par le fait de désordres sociaux, mais par la bouffée d'air pur que provoque un courant de pensée longtemps étouffé par les guerres, les invasions, les épidémies, les idéologies du Moyen Age ; il secoue les "miasmes du passé".

Déjà les esprits s'ouvrent. Des techniques nouvelles apparaissent, le régime féodal décline et avec lui la puissance ecclésiastique :


"Un esprit nouveau se propage ... On commence à se passionner pour les propriétés réelles des objets, la nature des choses, le spectacle de l'univers et la ressemblance des corps, des visages. La civilisation change d'aspect." M.Fierens

Dans ce courant, il est fréquent de trouver des esprits pluridisciplinaires qui s'ouvrent à des activités n'ayant aucune relation entre elles en apparence.On assiste à un véritable décloisonnement du savoir et Léonard n'y échappe pas.

Poussé peut-être au début par sa soif de perfection, il s'attache à résoudre un certain nombre de problèmes que lui pose son art. Il se passionne et son esprit curieux y trouve activités et satisfactions nouvelles qu'il a abordées aux hasards de sa vie turbulente.


Dans ce qu'il entreprend, rien n'échappe à sa sagacité.

Il laisse des traces de ses travaux sous forme de feuillets, de carnets, de manuscrits.

Beaucoup ont disparu, égarés ou détruits, si bien qu'on ne peut juger son oeuvre que sur ce qui nous est parvenu : documents partiels, dont il est bon de tracer le périple afin de le cerner avec plus d'exactitude et de définir les informations dont il bénéficie au départ.

Les étapes de sa découverte de l'anatomie, ses sources, son initiation aux secrets du corps humain, ses méthodes propres, appuyées par une connaissance approfondie de l'optique physiologique et physique, ont fait de lui un anatomiste et un physiologiste oculaire.

Dans ce domaine, seuls dix neuf de ses ouvrages sur cinquante subsistent.

C'est peu pour se prononcer, mais assez pour mesurer l'ampleur de sa pensée.

Rien à priori ne pouvait laisser prévoir que ce bâtard, fils naturel de Caterina, simple paysanne, et de Ser Piero da Vinci, notaire, né le 15 Avril 1452 dans le petit village d'Anchiano près de Vinci, noyé en pleine Toscane à 50 km de Florence, deviendrait aux yeux de tous le génie le plus éclatant de la Renaissance.

Sa vie très diversifiée n'est que le reflet de son existence tumultueuse, différenciée, pleine d'expériences fructueuses, toujours brillante après les quatorze premières années passées auprès de son grand-père et de son oncle, durant lesquelles il vagabonde dans la douceur de la campagne florentine, au milieu des animaux et des végétaux, y accumulant son extraordinaire amour de la nature et de ses lois. Quatorze ans durant lesquels il n'a pas de contraintes, pas d'école : il peut s'exprimer en patois toscan, le langage du peuple, peu importe alors le latin sans lequel il n'y a point d'accès à la culture .

Puis en 1466, il rejoint son père à Florence. C'est le début d'une existence pleine d'imprévus, de rebondissements, d'orientations diverses, à l'image de son oeuvre sur laquelle il importe de se pencher pour mieux comprendre l'Homme génial qu'il devint.


Il faut distinguer six périodes :

1/ Période Florentine : 1466 - 1481
Le père de Léonard, s'apercevant de son don pour le dessin, décide de le mettre en apprentissage dans l'atelier d'Andréa Verrochio, artiste très en vue à Florence. A vingt ans il devient membre de la corporation des peintres (Gilde de Saint Luc), mais reste cependant chez son maître après y avoir reçu une formation d'ingénieur, d'anatomiste, de bronzier et bien évidemment de peintre, formation qu'il ne cessa de compléter auprès des différents "techniciens" locaux . C'est Verrochio qui lui donne une certaine notoriété auprès de Laurent de Médicis lequel lui commande l'Adoration des Mages (1481) . Sur les conseils de ce dernier, il propose ses services à Ludovic Sforza, qui, séduit par ses talents de musicien, d'architecte civil et militaire, de peintre et de sculpteur, l'accepte au sein de sa cour milanaise luxueuse et raffinée . Léonard quitte donc en 1482 Florence pour Milan et laisse derrière lui des oeuvres inachevées .

2/ Période Milanaise : 1482 - 1499
Pendant son séjour il va s'occuper d'architecture et de machines de guerre, de l'organisation de nombreuses fêtes somptueuses, mais il ne délaisse pas pour autant son art : il commence à peindre la Vierge au Rocher puis la Cène. Il esquisse son traité sur la peinture et fait des études pour une statue équestre qui doit être érigée à la gloire des Sforza. Epoque troublée qui vit la prise du pouvoir des Sforza à Milan occupée par les troupes de Charles VIII puis de Louis XII .

La guerre nécessite d'appauvrir la cité. Dans cette ambiance Léonard fait la connaissance de plusieurs savants dont Luca Pacioli qui écrit avec sa collaboration "De Divina Proportione". Il approfondit des problèmes architecturaux, mathématiques, techniques de tous ordres et anatomiques, grâce à des dissections qu'il fit à l'Ospedale Maggiore .

A la chute de Ludovic le More, Léonard part pour Venise où il peut assister aux leçons d'anatomie données par A. Benedetti. Il y étudie aussi la construction navale et commence à peindre la Sainte Anne.


3/ Seconde période Florentine (1502 - 1506)
Après être entré au service de César Borgia pendant peu de temps, il repart pour Florence où on lui commande une fresque pour la salle du Grand Conseil : la bataille d'Anghiari qui a vu la victoire de Florence sur Milan . Il ne peut mener à bien cette fresque à cause de problèmes d'innovations techniques malheureuses .

Il poursuit les études et les essais de sa machine volante.

Puis à la mort de son père en 1504, commencent de sordides histoires d'héritage dont il est exclu à cause de sa "bâtardise". Il n'obtient justice qu'en faisant intervenir Charles d'Amboise représentant Louis XII à Milan, ainsi que le roi de France qui fait même un voyage à Milan.


Pendant cette période, il peint la Joconde en 1505 et reprend ses études anatomiques à l'hôpital Santa Maria Nuova . Il y travaille notamment sur les ventricules cérébraux et améliore sa technique de dissection, de démonstration anatomique et sa figuration des différents plans des organes . Il projette même de publier ses manuscrits anatomiques en 1507 . Mais, comme pour la majorité de son oeuvre, il n'ira pas jusqu'au bout .

4/ Seconde période Milanaise : 1506 - 1513

Léonard, déçu et rejeté par les autorités italiennes, se rapproche des représentants français . Il fait la connaissance de Francesco MELZI, jeune homme de bonne famille qui restera son fidèle compagnon jusqu'à la fin de sa vie et qui sera son héritier.


En 1510 il rencontre le professeur de Médecine de Padoue, puis celui de Milan Marc Antoine della Torre, qui mourra de la peste l'année suivante . Sous son impulsion, il se remet à l'anatomie et reprend les dissections.

Mais les hostilités reprennent entre Italiens et Français et, à la mort de Charles d'Amboise, les troupes françaises quittent Milan . Léonard, qui s'était compromis avec les Français part pour Rome afin de se mettre sous la protection de Jean de Medicis qui vient d'être élu Pape sous le nom de Léon X . (45)


5/ Séjour à Rome : 1514 - 1516
Il reprend ses études d'anatomie à l'hôpital du Saint Esprit, mais ses autopsies déplaisent et il se voit accuser de sacrilège par l'Eglise, qui lui interdit de continuer .

A cette époque, il est frappé par une affection neurologique qui aboutit à la paralysie de sa main droite, ce qui l'handicape bien qu'il fut gaucher .

Malheureusement ses protecteurs disparaissent; Julien de Medicis meurt en 1515 puis Léon X l'abandonne en 1516 . Il se trouve désormais tout seul, en proie aux critiques de tous.

Après la bataille de Marignan, François 1er s'empare du Milanais, et Léonard demande protection au roi de France .

Celui-ci grand admirateur des artistes et en particulier de Léonard, lui attribue une rente et l'invite à quitter sa terre natale. Ce qu'il fait en s'installant, en 1516, au manoir de Cloux près d'Amboise.


6/ Séjour en France : 1516 - 1519
Léonard reçoit à Cloux la visite de nombreux notables et admirateurs; parmi eux, en 1517, le cardinal Louis d'Aragon est émerveillé par ses carnets, notamment ceux traitant d'anatomie, dont il prévoit de faire un livre .

Sur la fin de sa vie il continue quelques études de géométrie, d'architecture et achève quelques tableaux . Sentant "venir son heure" , il fait établir son testament le 23 avril 1519 et s'éteint le 2 mai 1519 .

Il fut enterré dans la chapelle du château de Cloux, qui fut détruite ainsi que son tombeau pendant la Révolution Française .

Le sort s'est donc acharné sur cet homme solitaire, mal à l'aise partout, protégé par les uns, méprisé par les autres jusque dans sa dernière demeure . Rejeté par les siens, même la France, qui lui donna cependant une fin de vie honorable, ne put protéger sa sépulture .

Cruelle destinée pour cet homme qui s'interessa à tout, étudia tout, que de laisser derrière lui une oeuvre scientifique et artistique inachevée . A la fin de sa vie, se sentant coupable de n'avoir rien vraiment achevé Léonard écrira

" ... je n'ai été empêché ni par l'avarice ni par la négligence mais seulement par le temps. Adieu"
Q.I folio 13 Verso Windsor.

Fantastique Léonard de Vinci - Dioptrique oculaire


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Dioptrique oculaire


La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 


Léonard convient comme certains avant lui que la lumière se comporte dans l'oeil comme dans le verre et suit les "leges communis". Mais, d'après ces "lois communes" géométriques et physiques, l'image d'un objet se trouve projetée à l'envers sur la rétine donc le monde doit être vu à l'envers.

Léonard refuse l'idée de l'image renversée, tout en voulant respecter la rectitude de l'image et l'absolutisme des lois physiques. Il aboutit donc à deux entre-croisements successifs, le premier au niveau de la pupille renversant l'image et le second au niveau du cristallin redressant l'image.

En commençant l'étude de l'oeil comme système optique, Léonard se met sur la voie qui lui permit avant les autres de considérer l'oeil comme une chambre noire.

Alhazen parle certainement le premier de la "camera obscura" au VI ème siècle suivi de R.Bacon (1214 - 1294) et de Léon l'Hébreux (1228 - 1344 Levi ben Gerson).


Aristote lui même (Problèmes, livre XV) y a fait une vague allusion.
Pourtant cette invention fut longtemps attribuée à della Porta (1558).

Mais Léonard est le premier à assimiler la chambre noire à l'oeil et à procéder à des études poussées, allant jusqu'à faire varier la taille et la forme de l'ouverture et la distance de l'écran.

"L'expérience qui fait voir les objets doit les faire voir avec leurs apparences, imprimées dans l'humeur albugineuse. Il est démontré que lorsqu'ils pénétreront par une petite ouverture, leurs contenus éclairés entreront dans la chambre noire. Alors ces objets s'imprimeront sur un papier blanc placé à l'intérieur de cette chambre noire tout près de l'ouverture. On verra pour le coup les objets reproduits sur ce papier avec leurs contours et leurs couleurs. Mais ils seront plus petits et renversés à cause de l'intersection. Si ces images proviennent d'un endroit éclairé par le soleil, ils auront l'air d'être peints sur le papier, lequel doit être très mince et vu à l'envers.

L'ouverture en question doit être pratiquée dans une plaque de fer très mince a.b.c.d.e. et les objets doivent être éclairés par le soleil ; o.r est la face de la chambre noire où se trouve le spectacle dit en m.n.s.t. est le papier mince.

On coupe les rayons des dits objets de bas en haut parce que leurs rayons étant droits, a à droite devient à gauche en k et le e gauche devient droit en f. Ainsi en advient-il à l'intérieur de la pupille."

Ms. D folio 8 recto.

 

La chambre noire est parfaitement décrite ici par Léonard avec sa paroi opaque percée d'un trou, la lumière extérieure et un écran de visualisation. Son innovation va être d'assimiler l'oeil à une chambre noire, même si ce raisonnement n'a pas été mené jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à l'obtention d'une image renversée sur la rétine.

Ce n'est qu'en 1604 que Kepler va affirmer cette hypothèse et elle sera confirmée par Scheiner qui eut l'idée d'enlever la sclérotique et la choroide à la face postérieure de l'oeil et par ce trou de regarder la marche des rayons lumineux.


Léonard n'a pas saisi le rôle du cristallin pour l'ajustement dioptrique de l'oeil. C'est pour cela qu'il lui a donné pour fonction celle de redresser les images renversées par le système cornée-pupille. Il s'en explique dans plusieurs passages :


"La sphère vitréenne est placée au milieu de l'oeil pour redresser les images qui se coupent dans le spiracle de la pupille, afin que la droite redevienne droite et que la gauche redevienne gauche dans la deuxième intersection qui se fait au milieu de cette sphère vitréenne."

Codex D folio 3 verso.

"La pupille de l'oeil qui, par une petite ouverture, reçoit les images des corps placés devant cette ouverture les reçoit toujours à l'envers et toujours la faculté visuelle les voit droits comme ils sont. Et il arrive de la sorte que les dites images se redressent selon l'objet qui en est la cause et de là, elles sont prises par l'organe enregistreur et renvoyées au sens commun où elles sont piégées"

Ms. D folio 2 verso.

Pour Léonard, il y a double croisement des rayons principaux : un premier au centre de la pupille ce qui est vrai et un second au centre du cristallin ce qui est faux.

Il donne de ces doubles intersections une dizaine de schémas et il propose trois hypothèses possibles du lieu de ces intersections : chambre antérieur-cristallin, cristallin chambre postérieure, chambre antérieure chambre postérieure et retient surtout la première.

Au départ, son erreur est due au fait qu'il prend des rayons convergents pour pénétrer dans l'oeil et les fait s'y croiser dans le trou pupillaire sans faire intervenir la réfraction cornéenne.

Pourtant il ne doit pas ignorer qu'un objet envoie à l'oeil des rayons divergents, il n'utilise ce fait que lorsque l'oeil est derrière le trou de la chambre noire.
De même il ne parle que des rayons principaux coupant l'axe optique au centre de l'iris, sans leur associer les rayons d'ouvertures, qui passent dans les zones périphériques de l'iris pour se réunir à l'image, alors qu'il les décrit dans les miroirs.

 

Une question l'embarrasse : celle de la perception d'une image droite par l'oeil mis à la place de l'écran alors qu'il devrait la recevoir renversée. Pour y répondre en toute logique, ignorant comme les gens de son époque les mécanismes physiologiques, il propose, dans son souci de rester conforme à la réalité, la solution qui fait du cristallin un véritable relais de réinversion de l'image après que le passage par la pupille l'ait inversée une première fois.

Cette idée, bien qu'erronée, lui permet de réaliser une merveilleuse expérience dont la paternité sera bien plus tard attribuée à Czermak, Scheiner et Mile.

"Soit la pupille a/n de l'oeil k/h et le point orifice p fait dans le. papier avec la pointe d'un stylet et l'objet placé au delà de l'orifice M/b. Je dis que la partie supérieure de cet objet ne peut venir à la partie postérieure de la pupille de l'oeil par la ligne droite m-a parce qu'empêchée en v le passage de l'interposition du papier. Mais cette extrême supérieur m passe directement par l'ouverture dans la partie inférieure n de la pupille, c'est à dire dans la sphère cristalline et de là passe au sens commun comme il a été dit. Ci dessous on démontre l'expérience grâce à laquelle est née la certitude de cette nouvelle intersection g.d soit l'oeil dont la pupille a/p voit par l'ouverture q (faite dans le papier R/S) l'objet t/e. Je dis que si vous faites mouvoir le stylet L/q de haut en bas de la pupille, près de cette pupille par la ligne k/h qui mettra hors de cette ouverture q de façon que ce mouvement de stylet soit contraire à son vrai mouvement. La raison en est qu'en touchant le stylet, la ligne a/c est en contact avec la plus haute ligne qu'il y ait dans l'ouverture q et avec la plus basse qu'il y ait hors de cette ouverture et ainsi en suivant la descente dans l'ouverture devant la pupille avec votre stylet vous suivrez le contraire hors de l'ouverture."


Ms. D folio 2 verso.

De nombreuses pages du Ms. K sont également consacrées à ce phénomène.

La description de Léonard est parfaite : si le sujet met son oeil derrière un trou percé dans une feuille de papier et s'il abaisse une aiguille placée entre l'oeil et le trou, il aperçoit l'ombre de l'épingle se déplacer en sens inverse en arrière du trou.

Il eut l'excellente idée de fabriquer un oeil artificiel en verre et métal qu'il décrit dans le Codex D folio 3 verso :

"On fera une boule en verre d'un diamètre de cinq-huitième de brasse. Puis on la coupera d'un côté de manière à pouvoir y mettre le visage jusqu'aux oreilles. Ensuite on mettra au fond un fond de boîte d'un tiers de brasse ayant au milieu un trou quatre fois plus grand que la pupille de l'oeil.

En outre, on établira une boule de verre mince de diamètre d'un sixième de brasse. Ceci fait qu'on remplisse le tout d'eau tiède et limpide. Mettez le visage dans cette eau et regardez dans la boule. Notez bien et vous verrez, cet instrument enverra les espèces du S/T à l'oeil comme l'oeil les transmet à la vertu visuelle."


Dans la partie supérieure du feuillet Léonard dessine schématiquement son oeil et dans la partie inférieure il décrit le cheminement des rayons :

"Il est mis ici, que la vertu est à l'extrémité des nerfs optiques, dont h/n en est un. Ainsi donc, nous dirons que la vertu visuelle m ne peut voir a objet gauche de ce côté gauche, s'il n'advient que le rayon de l'espèce de cet objet passe au centre des deux sphères de l'humeur vitreuse x/y/t/v et ainsi le rayon sera a/e/r/v/z/x. Donc une faculté visuelle verra a, objet à gauche lui être présenté en x faible et ainsi l'instrument de l'oeil ne peut rendre cet objet gauche au même endroit si ce n'est pas deux intersections qui passent par l'axe de l'oeil, comme on l'a démontré."


Sur le croquis qui accompagne ce texte, on ne voit qu'un seul entre croisement dans la boule de verre cristallin. Le défaut dans ce modèle d'oeil, c'est que la boule intérieure, en verre mince et creuse, reste vide quand tout le reste se remplit d'eau. Donc l'ensemble de ce modèle d'oeil constitue un système optique divergent. Ainsi l'image reste droite.

Pourtant Léonard sait que le cristallin est plus dense que les autres milieux réfringents de l'oeil.11 aurait donc mieux valu que cette boule soit pleine et donc que l'on ait à faire à un système optique convergent avec une image inversée.

 

Sur le modèle expérimental, il se produit une double intersection des rayons principaux, la première au centre de la pupille comme dans l'oeil et la seconde au centre de la boule creuse interne, ce qui n'est pas le cas pour l'oeil. C'est comme si l'on avait affaire à deux lentilles négatives. Léonard a donc bien observé ce phénomène mais en a tiré des conclusions fausses. Cependant et contrairement à ce qui a pu être. affirmé, il serait audacieux d'y trouver de façon prématurée le principe de l'optique de contact.

Toutes les erreurs de ces schémas viennent de celle fondamentale, de vouloir une image droite sur la rétine. Mais une petite phrase du Ms.D nous étonne :


"Ici l'adversaire dit que la seconde intersection est celle du nerf optique."

Le fait de faire redresser l'image par le nerf optique est absurde, mais c'est déjà l'acceptation d'une image oculaire renversée, redressée par le cortex cérébral.

Léonard s'aperçoit que l'oeil peut avoir des troubles de la réfraction.

Il parle de la presbytie et de son traitement mais pas de la myopie. Il explique dans le Codex Atlantico folio 244 recto a :

"Essayez pour voir comment les lunettes aident la vue. Les lunettes seront a/b et les yeux cVd et ceux-ci ayant vieilli, il faut que l'objet qu'ils avaient coutume de voir en e avec une grande facilité et un fort repli de leur axe de la rectitude des nerfs optiques, ce qui à cause de la vieillesse fait que cette puissance est affaiblie a tel point que l'on ne peut les tordre sans que l'oeil en souffre beaucoup de sorte que, par nécessité, on est obligé d'éloigner l'objet de e à b. Là on le voit mieux mais pas en détail. Maintenant en interposant les lunettes, l'objet est reconnu à la même distance qu'au temps de la jeunesse soit en e ... "

Puis il décrit les lunettes de presbytes. La presbytie, il l'attribue à un manque de fraîcheur élastique et de souplesse des nerfs et des muscles, devenus paresseux chez des personnes âgées. Mais ces muscles et nerfs atteints sont ceux du cristallin et non ceux de la motilité oculaire comme il le pense.

De son temps, les lunettes sont graduées non en dioptries mais d'après la moyenne d'âge de la personne qui doit s'en servir (Codex Atlantico folio 12 verso) "Lunette de cinquante ans" Codex Atlantico folio 83 verso "lunette de 60 ans". L'appareillage se fait donc en fonction de l'âge et non de la puissance dioptrique.

Fantastique Léonard de Vinci - Notes et manuscrits


Léonard de Vinci (1452-1519)


Notes et manuscrits

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Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 

Léonard de Vinci préfigure la démarche scientifique moderne . Il observe puis expérimente; de là il extrapole et généralise quelquefois même de façon hasardeuse .


Bien que décevant par sa démarche fragmentaire, désordonnée, incomplète, inachevée, il reste cependant impressionnant, par l'ampleur d'une oeuvre aussi hétéroclite qu'anarchique mais toujours géniale, dans un souci de tout comprendre, de tout reproduire, afin de tout prouver. Analyse et synthèse apparaissent chez lui déjà comme des moyens d'accès à la connaissance.

Ses carnets sont des fatras de notes éparses universelles et courtes, concrètes, écrites à la plume noire, d'une écriture tracée de droite à gauche en caractères inversés "alla mancina" indéchiffrables pour le néophyte sinon à l'aide d'un miroir .

Ceci est plus le fait d'un gaucher, qui inverse facilement son écriture, phénomène connu de nos pédagogues, que d'un souci de mystère ou de secret ésotérique. Il utilise un papier rarement blanc, le plus souvent bleu-vert ou bistre, plus ou moins rugueux et de mauvaise qualité. Les dessins y sont tracés soit à la pointe d'argent, soit à la craie noire ou rouge, soit à la plume .

Ce sont ces différents types de papiers et de graphismes qui ont permis à Clarck, de proposer une datation approximative de chaque dessin Mais ceci est rendu difficile par le fait que, sans arrêt, jusqu'à la fin de sa vie, Léonard y a corrigé des erreurs.

En tant qu'autodidacte, car c'est un "uomo senza lettre" il possède mal le latin et le grec littéraire et il est le premier à le déplorer . Cela lui sera très souvent reproché par les intellectuels et les autres artistes de l'époque, comme Michel-Ange, qui ne pensent qu'à l'évincer de leur cercle étroit De ce fait, il reste seul et dialogue difficilement avec les autres savants de son époque .

Il note donc son savoir en Toscan populaire sur des milliers de feuillets épars qu'il tentera de regrouper et de classer .

Des 67 ans de son oeuvre de peintre, il ne subsiste que douze tableaux alors qu'il a griffonné des milliers de dessins Pour lui le dessin est le seul vrai moyen de communication, il crée donc un langage graphique, accompagné de quelques notes d'appoint. La nature, source d'inspiration universelle, le passionne; il suffit de scruter le fond de ses tableaux et de contempler ses merveilleuses planches de botanique pour comprendre cette admiration profonde .

A côté de cela, il se propose d'écrire un traité sur le corps humain : "J'espère terminer toute cette anatomie au cours de cet hiver de l'an 1510 . " An A 17 r , ce qui lui permettrait d'expliquer le microcosme humain Mais, il ne réalisa pas son projet .

 

Les différents manuscrits

Les dessins de tous ordres, s'amoncellent au fil des feuillets, agrémentés de quelques notes manuscrites, ce qui doit représenter de l'ordre de 10.000 feuillets .

Sur le plan de l'anatomie, de la physiologie et de l'optique, voici l'inventaire des feuillets de Léonard conservés dans différents musées à travers le monde. Beaucoup de ces planches, le plus grand nombre, sont rassemblées à la Bibliothèque Royale du Château de Windsor .

Elles ne concernent pratiquement que l'anatomie et on y distingue deux parties :

 

  • La première partie est constituée des feuillets d'Anatomie ou "Anatomia Fogli A et B" représentant 700 dessins répartis en 60 feuillets. Pour la simplicité de l'exposé nous les abrégerons en An. A et B. Le manuscrit A date de 1510 , le manuscrit B possède des planches datées de 1489, les autres ayant été exécutées entre 1502 et 1506 .
  • La deuxième partie est constituée des Quaderni d'Anatomie 1, 11, 111, IV (abrégé en Q). Ceux ci se composent de 129 feuillets et de plus de 1000 dessins.

Les autres feuillets qui nous intéressent sont éparpillés Nous noterons que :

  • Dans le "Codice sub vollo di ucelli" conservé à la Bibliothèque Royale de Turin, Léonard traite également d'anatomie notamment des muscles de la jambe
  • De même dans le "Codex Atlantico" (abrégé CA) conservé à la Bibliothèque Ambroisienne de Milan, Léonard étudie les organes génito-urinaires, l'abdomen et l'oeil, une brève étude physique de la Réflexion y figure également .
  • Dans le Codex Arundel conservé au British Museum, Léonard examine la respiration, la circulation, la réflexion optique .
  • De très beaux dessins concernant la tête et ses vaisseaux superficiels figurent dans le "Codex Forster" conservé au Victoria and Albert Museum .
  • Au musée d'Art du Château de Weimar figure un étonnant feuillet avec au recto, des schémas des ventricules cérébraux et au verso plusieurs dessins du chiasma optique .
  • Sur le plan de l'optique et de la vision, les manuscrits les plus intéressants sont conservés à l'Institut de France. Dans ces manuscrits, au nombre de 11, classés par ordre alphabétique de A à K (abrégé en Ms), trois surtout sont à retenir :
    • - Le Ms A portant sur la Réflexion optique et perspective

      - Le Ms C représente l'ouvrage de Léonard le plus complet sur l'optique .

      - Le Ms D dont les différents feuillets datant de 1508 - 1509 ont été classés de son vivant par Léonard lui même, concernent l'oeil et la vision .

  • Récemment retrouvé au fond de la Bibliotéca Nacional de Madrid une partie du "Codex Madrid Il" concerne la perception visuelle, l'optique et la Réflexion .

L'ensemble de l'oeuvre anatomique de Léonard fut réalisé entre 1479 et 1513 ; il la retoucha inlassablement jusqu'à la fin de sa vie.

Léonard n'est pas, à proprement parler, un précurseur, ni dans le domaine de la recherche, ni dans celui du dessin anatomique, dont les premiers balbutiements remontent à l'antiquité. Déjà, au Moyen-Age, les médecins découvrent les rudiments de l'anatomie ; ils les enseignent dans des écoles de Médecine De même peintres et sculpteurs connaissent bien l'anatomie des écorchés Mais, le travail de Léonard va beaucoup plus loin. D'abord, après l'étude de surface nécessaire à son art, il s'attaque à l'anatomie des organes profonds .

Assimilant l'homme à une machine il cherche la fonction des organes qu'il décrit, s'acheminant ainsi vers la physiologie .

Il s'aide, évidemment, de travaux déjà existants qui n'apportent aucune réponse satisfaisante à ses préoccupations : il doit donc tout reprendre . Il contacte des anatomistes des écoles de Mantoue et de Padoue, assiste à des dissections et en pratique lui même. Travaillant sur des animaux, extrapolant, appliquant les conclusions de ses observations à l'homme, il commet ainsi quelques erreurs, erreurs que fit également Vésale par la suite .

Grâce à toutes ses observations, il aboutit à des résultats étonnants, qu'il transcrit merveilleusement sous forme de dessins . Il est le premier à pratiquer et à dessiner des coupes dans des axes différents permettant de visualiser le rapport des organes entre eux . Il insiste sur le rôle fondamental des vaisseaux et des nerfs, ignoré jusqu'alors, mais indispensable pour la physiologie. Ses constatations sont notées sous forme de dessins avec perspective, idée de relief, sous plusieurs angles, donnant ainsi une impression saisissante de réalité. Chaque schéma est en lui même un chef d'oeuvre .

Mais le dessin n'est pas encore prêt à être adopté par les anatomistes officiels qui lui préfèrent l'austérité intellectuelle des descriptions écrites. Léonard fut gêné par le problème de la terminologie des muscles, nerfs et vaisseaux, pour faire ses descriptions et ses dessins, il leur attribua donc des lettres alphabétiques. Ce handicap important ne l'a pas empêché de poursuivre son travail, de découvrir et de prouver, mais, il n'était pas dans son pouvoir de s'opposer massivement à toutes les idées héritées du Moyen Age, préservées jalousement par l'Eglise. Certaines de ses découvertes n'ont été vérifiées que plusieurs siècles plus tard .

 


Péripéties des Manuscrits

Après la mort de Léonard, les manuscrits deviennent la propriété de Francesco Melzi, son disciple et fidèle compagnon, dont on retrouve l'écriture, sur certains feuillets . Il est responsable du fait que ce trésor soit resté longtemps méconnu. En effet, au lieu de chercher à le publier, il se contente de le classer et de le montrer à ses proches. Nous avons la preuve que les dessins de Léonard ne furent pas tout à fait inaccessibles à ses contemporains.

Alors qu'ils sont entre les mains de Melzi, ils sont examinés et décrits par Anonimo Gaddiano, Giorgio Vasari le biographe de Léonard et par le peintre milanais Gianpoaolo Lomazzo qui en parle dans son "Idea del Tempio della pittora". Dürer, sans doute, les vit durant son voyage en Italie, car il en copia les principales figures, conservées à Windsor dans son "Dresden shetchbook"; il est même probable, mais cela reste contesté, que Vésale ait pu voir les travaux anatomiques de Léonard.

Orazio Melzi, héritier de F.Melzi, charge vers 1606 les frères Mazzenta, à qui il donne treize manuscrits, d'exposer les dessins de Léonard; cela permet à Rubens de les voir.

Le sculpteur officiel de la Cour d'Espagne Pompeo Leoni (1583 - 1608) persuade Orazio de faire don des manuscrits au roi d'Espagne afin qu'il accède aux honneurs et à la dignité de Sénateur.

Léoni récupère également dix des treize manuscrits des frères Mazenta ; les trois autres, manquants, avaient été offerts au Cardinal Borromeo (Ms C) qui, à son tour, les offrit à la Bibliothèque Ambroisienne de Milan. Le même Léoni classe les manuscrits et les numérote.

A noter que les rapporteurs de l'époque font état de cinquante documents ; on n'en compte plus, actuellement, que dix neuf, dont l'un porte le numéro 48. On peut juger de l'ampleur des pertes.

Outre les manuscrits reliés, Leoni rassemble une grande quantité de feuilles détachées représentant des dessins du maître, les classe, les découpe et les colle sur des albums.

Il disloque ainsi l'ordonnancement de bon nombre de feuillets, pour constituer le Codex Atlantico (composé de 402 feuillets et de 1700 dessins) et deux autres manuscrits. Cette opération permit de ne pas perdre les feuillets volants qui ne seraient peut-être pas arrivés jusqu'à nous.

A la mort de Léoni, en 1608, le Codex Atlantico retourne à Milan, acheté par le comte Galeazzo Arconati, qui donne douze des manuscrits du codex à la Bibliothèque Ambroisienne et le treizième manuscrit, vendu au Prince Trivulzio, devient le Codex Trivulce.

Lors des guerres du Consulat en Italie (1796), tous les manuscrits de Léonard, figurant à la Bibliothèque Ambroisienne, sont rapportés à Paris, où Venturi les classe avec leur côte alphabétique actuelle. Les Codex C et D, traitant respectivement de l'optique et de l'oeil, se retrouvent alors à l'Institut de France avec dix autres manuscrits et le Codex Atlantico à la Bibliothèque Nationale.

Le Codex D est composé de 10 feuillets de 22 centimètres sur 16, écrits recto et verso. Ceux ci ne possèdent ni titre, ni introduction mais, portent en haut de chaque page, une indication : l'oeil ou l'oeil humain ; ils représentent 60 dessins paginés par Léonard.

Après la chute de Napoléon, il faut, en 1815, rendre les manuscrits et curieusement, le seul Codex Atlantico est exigé.

Deux autres manuscrits, échouent à la Biblioteca Nacional de Madrid, formant le codex Madrid 1 et Il qui, à la suite d'une erreur de classification, ne seront retrouvés qu'en 1967 .

D'autres manuscrits sont vendus à Don Juan d'Espina vers 1591, une partie de ces dessins passe dans les mains du Comte Arundel en 1636 lors d'un voyage en Espagne ; il les ramène en Angleterre. Ces dessins terminent dans les collections royales du château de Windsor vers 1690 où ils y seront oubliés jusqu'en 1780.

C'est le bibliothécaire Dalton qui les redécouvre, ils se composaient de 779 dessins dont 179 ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

William Hunter voulut les publier mais il mourut en 1783 avant d'avoir pu mettre son projet à exécution. La première édition d'une sélection de dessins ne vit le jour qu'en 1796 à l'initiative de John Chamberlain. Depuis, grâce aux procédés de la photogravure les éditions n'ont fait que se succéder.

Voila la saga de la plus grande partie de ces manuscrits après la mort de Léonard. Nous savons que beaucoup d'hommes d'étude virent ces dessins laissant quelquefois un témoignage écrit, étonnés par la beauté et la valeur scientifique de ces planches. Malheureusement comme nous l'avons vu, le temps, la dispersion, le vandalisme et la convoitise ont eu raison d'au moins les deux tiers des manuscrits de Léonard.

Fantastique Léonard de Vinci - Optique Physique


Léonard de Vinci (1452-1519)


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La vie de Léonard de Vinci

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Optique Physique

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Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 

Léonard a consigné ses idées concernant l'optique, la lumière et la perspective sur de nombreux feuillets qui se trouvent éparpillés au sein de différents Codex.

Il en regroupe lui même quelques uns, qui sont conservés à l'Institut de France sous la référence manuscrits A, C et D. Ces derniers représentent la quasi totalité de ses travaux sur l'optique, ce qui prouve bien l'intérêt qu'il portait à cette branche de la science.

Cet intérêt ne s'est jamais démenti et le pose parfois en précurseur lorsqu'il touche au domaine des phénomènes ondulatoires qu'il a pressentis. Cela laisse rêveur !


Enoncé de la théorie ondulatoire de la lumière Ms. A folio 9 verso


Ondes lumineuses.

Son sens aigu, son goût de l'observation, ses facultés d'analyse puis d'interprétation des phénomènes constatés l'ont amené à considérer avec attention les ondulations produites à la surface de l'eau par la chute de un ou plusieurs corps (Codex Forster 111 folio 76 recto).

Il a noté que des rides se produisent qui s'éloignent du point d'origine, s'entrecoupent et finissent par disparaître. Comme la pierre tombant dans l'eau devient la cause puis le centre des ondulations circulaires concentriques, le son est diffusé suivant un phénomène analogue, dans l'air à partir du point où il a été émis. Ce sont des mouvements ondulatoires transversaux. Extrapolant il applique ces résultats à la lumière ; personne n'a pensé avant lui à la théorie ondulatoire de la lumière. Il fait preuve ainsi d'une intuition et d'un esprit scientifique remarquables.

Il émet l'hypothèse que chaque objet (lumineux) diffuse lui-même sa propre lumière, en cercles, et remplit l'air environnant d'une multitude de ses images.

Pour en arriver à ces conclusions, il analyse d'abord le mouvement ondulatoire transversal de l'eau et en déduit que tous les mouvements de la même espèce sont transversaux , ce qui n'est pas vrai pour le son mais qui se vérifie dans la plupart des cas pour la lumière. Il précède ainsi Huygens et devance Fresnel de trois siècles.

 

Lorsque Christian Huygens expose en 1690, dans son traité sur la lumière, sa théorie ondulatoire de la lumière, il ne parle pas du caractère vibratoire des ondes lumineuses. C'est Thomas Young qui l'introduit bien plus tard dans l'optique physique.

Mais dans son manuscrit K, déposé à l'institut de France, folio 49 recto, Léonard mentionne déjà :

"Qu'il soit recherché non seulement la quantité de vibrations et leur mesure, mais aussi la quantité des vibrations dans les sons, les poids, les saisons et les régions occupés par les planètes et toute autre énergie."


Il affirme ainsi que tout mouvement ondulatoire est lié à une "vibrazione".

Plus tard Maxwell montrera que la propagation de la lumière est dûe à des parcelles lumineuses transmettant des vibrations à d'autres parcelles voisines entraînant ainsi la destruction de leurs champs magnétiques intrinsèques. Ceux ci lors de leur disparition vont induire un champ électrique qui en disparaissant provoque un nouveau champ magnétique.

Cette succession de champs magnétiques et électriques, se répétant à grande vitesse rend possible la progression des ondes lumineuses. Huygens explique deux siècles après Léonard la propagation des ondes lumineuses par un faible ébranlement de particules transmis des précédentes aux suivantes sans y introduire de notion de vibrations.

Vitesse de la lumière.

Si la lumière se propage en un mouvement ondulatoire, celui ci ne peut être instantané. C'est ce que montrera Roemer en 1676 au cours d'observations sur Jupiter.

Mais Léonard n'a pas d'exemple, il a l'intuition et court au devant de l'expérience. Dans le premier feuillet du Ms. 2038, conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris, que l'on nomme Codex Ashburnham et qui est considéré comme un complément du Ms. A de l'Institut de France, il est énoncé de façon claire, que la lumière met un certain temps à se propager :

"Il n'est pas possible que l'oeil projette hors de soi, au moyen de ses rayons, sa faculté de voir parce que, des l'instant même où la première partie des rayons commence à passer au dehors afin de rejoindre l'objectif, elle ne pourrait le faire sans employer un certain temps. Cela étant donné, elle ne parviendrait à la hauteur du soleil, quand l'oeil le voudrait, si vite qu'elle se déplace pendant un mois. Et si elle y parvenait, elle devrait être ininterrompue le long de son chemin de l'oeil au soleil et il faudrait qu'elle s'élargit de sorte qu'elle fasse la base et la pointe d'une pyramide entre le soleil et l'oeil.

L'oeil ne pourrait suffire à cette tâche, quand même il fut grand autant qu'un million de mondes, et que sa puissance se consommat dans cet effort. Et, étant donné que sa vertu lui accorde de percer l'air, de même que fait l'odeur, les vents ne détourneraient-ils pas son chemin, en le conduisant ailleurs ? Nous voyons le corps du soleil de la même vitesse qu'un objet à la distance d'un bras et cette vision ne change ni par le souffle du vent ni par d'autres accidents."

Léonard vient donc de réfuter la théorie des anciens,. encore en vigueur, selon laquelle l'oeil envoit vers l'objet des "spezie", ou petits projectiles qui, à son contact, déclenchent la vision .Pour lui les "spezie" qu'il appelle "faculté de voir", se propagent par ondes circulaires et vont de l'objet vers l'oeil, créant la vision au contact de l'oeil.

Seule cette théorie est compatible avec le fait que nous voyons instantanément des objets éloignés comme des astres par exemple, parce que, dit-il, les "spezie" sont déjà en chemin car la lumière à sa propre vitesse, vitesse que nous pourrions calculer à travers les études de Léonard avec de très importantes erreurs.

 

Son génie ne se perd cependant point dans d'innombrables expériences n'ayant pour but que d'en déduire de vastes généralisations. Avec des mots simples, il nous donne une vue magnifique de l'univers en mouvement et de la terre inerte, allant jusqu'à la notion d'onde et d'irradiation.


"Chaque corps émet un rayon."

Ms. H folio 67.

Huygens lui même n'a t'il pas été inspiré par les écrits de Léonard ?

Cela est probable, car une lettre de son frère Constantin, datée du 3 mars 1690, lui annonce qu'il a fait l'acquisition d'un manuscrit de Léonard de Vinci parlant de perspective et donc d'optique, ce qui semblerait dire que Christian Huygens s'intéressa au Manuscrit du Maître.

 

Principe de Fermat.

Il se pourrait même que Fermat, dont on cite le principe comme une révolution dans l'étude physique de l'optique, ait été inspiré par Vinci. En effet il affirme en 1657 :

"La nature agit toujours par les voies les plus courtes."

reprenant sous une forme plus concrète les termes évasifs proposés par Héron (Ilème siècle) et Olympiodore (VIème siècle) ne tenant aucun compte de l'instantanéité de la lumière. Mais Léonard, deux siècles plus tôt, n'écrivait-il pas d'une façon plus générale :

"Chaque phénomène naturel se produit par les voies les plus courtes."

Quaderni Il folio 16 recto.

 

La similitude des deux énoncés laisse perplexe, cependant le précurseur à l'encontre des autres, anciens ou nouveaux, croit déjà en la célérité de la lumière idée à laquelle Descartes, lui-même, ne souscrira pas.

 


Problème d'Alhazen.

Le problème d'Alhazen, plus connu sous le nom de problème des trois bougies, le passionne sans qu'il ne parvienne à trouver la solution exacte.

Peu important dans l'optique moderne, il consiste à déceler la marche d'un rayon qui vient d'une source lumineuse donnée, se reflétant sur un miroir sphérique et rejoignant l'oeil de l'observateur en position déterminée et fixe. Problème qui fut résolu par Alhazen dans le cinquième livre de son «Opticae Thesaurus" mais de manière confuse et embrouillée, si bien que cette solution ne fut certainement d'aucune utilité pour Léonard.

La résolution consiste à construire une ellipse ayant ses foyers aux deux points donnés, source et oeil. Huygens parviendra au résultat au XVIlème siècle grâce à une solution analytique. Léonard renonce aux solutions géométriques et conçoit une solution mécanique. Il construit un engin articulé, genre de pantographe (Codex Atlantico folio 181 recto), qui fut reconstitué par le mathématicien Roberto Marcolongo : c'est l'un des premiers instruments de calcul de l'Histoire.

Voici sa description : on considère un losange articulé PRSQ et on prolonge les côtés PQ et PR en direction opposée à Q et R. Sur ces deux branches sont construites des glissières destinées à la variation des points représentant la source et l'oeil. La diagonale PS du losange, articulée au côté P, est prolongée dans la direction du point S par une glissière permettant le déplacement. On fixe sur cette diagonale à l'aide d'une épingle le centre du cercle et on déforme l'instrument jusqu'à ce que le point mobile P arrive à se placer sur le cercle. Dans cette position les rayons oeil-P et source-P représentent la solution, car SP étant la bissectrice de RSQ est normale à l'ellipse de foyers oeil source.


Cet instrument témoigne d'une connaissance approfondie des coniques.
Loi de la Réfraction.


Elle fut établie expérimentalement à la suite de nombreuses expériences.

"Tous les rayons lumineux qui passent à travers un milieu homogène le font en suivant une ligne droite."

Codex Atlantico folio 150 recto.

Il est donc possible d'obtenir la réfraction du rayon lumineux en altérant l'homogénéité du milieu ou en employant des milieux homogènes divers. Pour mieux mettre en évidence la marche du rayon lumineux à travers l'atmosphère, Léonard se sert de farine pour charger l'air de parcelles en suspension, comme cela est fait de nos jours avec la fumée de cigarettes (Codex C folio 13 verso). Il imagine des expériences de laboratoire pour étudier la différence de réfringence dûe au passage du rayon de l'eau dans l'air au moyen de deux cuvettes circulaires et concentriques (Ms F folio 33 verso).

 

"Fais fabriquer deux petites hottes, parallèles l'une à l'autre, mais dont l'une soit plus petite que l'autre de 4/5 tout en étant toutes deux d'une hauteur égale. Ensuite introduit l'une dans l'autre comme tu le vois sur le dessin, recouvre l'extérieur d'une couche de peinture en laissant une ouverture semblable à une lentille par où passe un rayon de soleil qui ait traversé un soupirail étroit ou une fenêtre. Regarde ensuite le rayon qui passe dans l'eau renfermée entre les deux hottes, observe dans quelle mesure ce rayon est droit selon qu'il est ou non hors de l'eau. Puis établis la règle."


Il fait d'autres expériences tout aussi remarquables, pour étudier la réfraction atmosphérique terrestre, dont la découverte est attribuée à Tycho Brahé.
 

"Pour voir comment les rayons solaires pénètrent cette sphère de l'air, fais fabriquer deux boules de verre dont l'une soit d'un volume double de l'autre et qui soit la plus ronde possible. Partage les en deux moitiés, met l'une dans l'autre referme les coupures après les avoir remplies d'eau, puis fais passer le rayon solaire comme tu l'as fait précédemment. Regarde alors si ce rayon se brise et formule ta règle."

Le résultat de ces nombreuses expériences servit à la rédaction de tableaux numériques comme ceux élaborés avant lui par Ptolémée au Ilème siècle avant Jésus Christ ou Vittelio au XIllème siècle.

Certes il le fit avec de nombreuses erreurs, mais, même à l'heure actuelle, ces résultats ne peuvent être justes qu'avec l'aide de matériel très sophistiqué et d'opérateurs très expérimentés. Les résultats obtenus par Léonard sont plus exacts que ceux de Vittelio, cependant la véritable loi de la Réfraction lui échappe. Il n'aurait d'ailleurs pas pu l'établir car elle fait appel à la connaissance de la trigonométrie qu'il - ignore comme l'algèbre d'ailleurs. Ce n'est qu'au XVIlème siècle que fut réalisée la première triangulation trigonométrique. Elle est dûe à Willebrord Snell qui devança Descartes.

 

La réfraction à travers un prisme fut-elle aussi l'objet de son attention ?
 

Il remarque la décomposition de la lumière en couleurs fondamentales lors du passage d'un faisceau lumineux à travers une surface liquide et recueille ce spectre sur un écran.

 

"Si tu places un verre rempli d'eau sur le rebord de la fenêtre de manière que les rayons solaires le frappent du côté opposé, tu vois les couleurs dont j'ai parlé se former dans l'impression faite par les rayons solaires qui ont pénétré dans le verre, rayons qui s'éteignent et se ternissent sur le sol dans un endroit sombre, au pied d'une fenêtre, parce que l'oeil ne sert à rien, ce pourquoi nous pouvons dire avec certitude que manifestement ces couleurs n'ont rien à voir avec l'oeil."


Windsor fascicule isolé n 19149 recto.

Newton réalisa les mêmes observations en 1669.

 

Léonard pénètre le secret de certaines couleurs merveilleuses telles celles des ailes des papillons et de la nacre dont il attribue les châtoiements, non à une pigmentation colorée mais à la décomposition de la lumière. De même il associe le phénomène de l'arc en ciel à la décomposition de la lumière solaire à son passage à travers des gouttelettes de pluie en suspension dans l'air. Au sujet de la coloration bleue du ciel, il estime qu'elle est causée par de minuscules et invisibles parcelles frappées par la diffusion des rayons du soleil. (Codex Leicester folio 4 recto).

Ces observations sont d'autant plus difficiles à traduire pour lui qu'il ne possède ni le savoir scientifique, ni à fortiori le vocabulaire technique adapté. Il s'exprime en mots simples de tous les jours, comme le fera plus tard Pascal enfant redécouvrant tout seul les lois de la géométrie.

 

Photométrie.
 

Les phénomènes lumineux recquièrent toute son attention : n'est-il pas peintre avant tout ? Ses constatations sont étonnantes. Sans vouloir lui en attribuer la paternité, on peut dire qu'il induit la photométrie lorsque, en étudiant la luminosité des ombres d'un même obstacle illuminé en même temps par deux sources, Léonard note qu'on peut éloigner la source la plus intense pour obtenir deux ombres également obscures.


Le principe de la photométrie est en gestation et sera attribué à Bouguer en 1727.

Mais Léonard dans le Ms. C folio 22 recto dresse les plans de ce qui pourrait être le principe du photomètre sur quatre croquis :

Figure 1 "Si la flamme x/v est égale à la flamme v/y la diversité de la lumière projetée par elle sera la même que celle de leur grandeur"

Figure 2 "Mais si la flamme la plus grande est distante du corps plongé dans l'ombre et si la flamme la plus petite en est proche, il est certain que les ombres pourront être constituées moyennant une obscurité ou une clarté égale."


Puis suit :

Si un corps opaque est placé à égale distance de la flamme de deux lampes, il projetera deux ombres opposées. Celles-ci varieront dans leur obscurité autant de fois que seront différentes les puissances des deux flammes opposées qu'ils créent."

Figure 3 "Cette proportion aura la même obscurité de l'ombre a/b avec l'ombre b/c qu'est la distance des flammes entre elles c'est à dire n/m avec m/f.

L'endroit a/b semble plus près de la flamme n que b/c ne l'est de la flamme f.

a/b sera d'autant plus clair qu'il est plus près de la flamme plus que ne fait f, étant entendu que la lumière des deux flammes est d'une puissance égale."

Figure 4 "Ce corps opaque projetera deux ombres d'une obscurité égale, s'il est éclairé par deux flammes d'égale grandeur et placées à une distance identique."


L'appareil proposé par Léonard de Vinci est peu différent de celui de Rumford. Il a le désavantage de ne pouvoir juxtaposer les deux ombres pour faire un rapprochement tout à fait exact. S'en étant rendu compte, il crée un autre photomètre à sphère représenté par la cinquième figure de la planche. Léonard établit les bases de la photométrie des faisceaux lumineux perçant un système optique (Figure 6 Ms. A folio 55 recto).

 

Diffraction.

On peut se demander si Léonard a pensé à la diffraction.

Domenico Argentier! (4) découvre sur l'apographe Venturi conservé à la Bibliothèque de Reggio Emilia, un passage du folio 80 du Codex Atlantico feuillet aujourd'hui disparu :

 

"L'oeil qui regardera dans le corps lumineux aura l'impression de voir un cercle plus lumineux que l'air dont il est entouré. Ce cercle de splendeur qui semble entourer les corps lumineux ne changera pas si ces corps, d'allongés qu'ils étaient, deviennent ronds. La raison de ce phénomène consiste en ceci : c'est que cet éclat est dans l'oeil et non pas hors de lui, autour de l'objet lumineux comme il semble. Ce cercle pourrait avoir différents degrés de couleurs comme l'arc en ciel. Et selon la dimension qu'aura l'espace éclairé, on verra tout autour un cercle lumineux plus clair que le premier. Après cet éclat, on apercevra un cercle obscur.... lequel provient de ce que les bords de l'ouverture sont d'une substance non transparente que la lumière ne traverse pas par conséquent.

C'est la raison pour laquelle ce cercle semble obscur. Ensuite vient un autre cercle qui retient un peu de clarté. On peut fort bien le constater sur un champ non éclairé."

C'est la première description des anneaux de diffraction alternativement clairs et obscurs entourant l'image d'un point lumineux. Bien sûr son explication n'est pas la bonne mais sa description en est parfaite.

La lumière n'étant pas monochromatique mais provenant d'une source de lumière blanche, il décrit fort bien l'anneau irisé entre l'anneau clair et l'anneau obscur. Pour mettre en évidence ces anneaux, il utilise un procédé qui lui est cher, C'est l'observation du soleil à travers un trou minuscule percé dans une feuille de carton.


Il ne s'arrête pas là. Une autre invention figure Codex Atlantico folio 10 recto a.

C'est le projecteur, composé d'une chambre noire possédant une lentille planconvexe en position correcte pour obtenir une image nette.

 

Télescope.

Galilée construisit son télescope en 1609.11 y fut incité par le comte Maurizio à qui un hollandais, Lipperhey, avait présenté un jour une lunette. Grâce à cette lunette, il pouvait voir les choses lointaines comme si elles étaient toutes proches.

Galilée reconnait lui même, dans le "Saggiatore", en 1623, que ce hollandais est bien le premier inventeur du télescope, et qu'il le découvrit certainement par hasard en manipulant des verres. Malgré tout Galilée le perfectionne et conserve la gloire impérissable d'avoir le premier scruté le firmament avec un télescope faisant même un bon nombre de découvertes astronomiques.

Mais avant Lipperhey, Jansen connaissait déjà la lunette d'approche et avant lui un italien inconnu en possédait déjà une sur laquelle était gravé "anno 1590". C'est cette lunette qui fut apportée en Hollande. Aux environs de 1580 Giambattista della Porta revendique déjà cette invention, mais avant lui les traces se perdent, jusqu'au moment où le professeur D. Argentieri, en reprenant l'étude du feuillet 25 recto du Ms. F, met en évidence des erreurs de traduction de la reproduction qu'en fit Ravaison-Moilien en 1889.

En effet du fait de cette traduction erronée, personne n'a saisi la portée de ce feuillet, qui en fait nous révèle une lunette d'approche de type Hollandais, avec son dessin et sur le côté une esquisse de la calotte sphérique en plomb nécessaire pour travailler la lentille négative de l'oculaire.

Examinons attentivement ce feuillet de taille réduite (10 cm x 15 cm) il y est représenté un tube épais reposant sur un pied. Léonard écrit au centre du dispositif


"Jumelle de cristal gros sur les côtés une once d'une once." et rajoute en dessous :

"Cette lunette de cristal doit n'avoir aucune tâche, être très claire et sur les côtés elle doit être grosse d'une once, c'est à dire 1/144 de brasse et être mince au milieu."

ce qui définit une lentille divergente pour fermer une des extrémités du tube.

Ensuite pour comprendre le schéma jouxtant le précédent, il faut connaître les trois ustensiles qui permettaient de fabriquer les lentilles optiques : la boule, le bassin, la calotte.

 

  • La boule est un appareil sphérique convexe sur lequel on travaille les lentilles concaves.
  • Le bassin à l'inverse, est sphérique, concave à l'intérieur duquel on travaille les lentilles convexes.
  • La calotte ou tavola objet du litige est un support sphérique, qui peut servir à la fois de boule et de bassin. Donc d'un côté on travaille les lentilles convexes et retourné on travaille les lentilles concaves.

Le schéma joint à la lunette n'est autre qu'une calotte, sur laquelle deux petites lentilles sont en passe de se faire polir sur la surface convexe. Ce sont donc des lentilles concaves.

Léonard insiste sur le caractère divergent de cette lentille, car c'est là qu'est la nouveauté. De l'autre côté de la lunette la présence d'une lentille convexe est affirmée par les mots :

"La lettre commune imprimée semblera une lettre de bocaux de pharmacien."

En effet nous ne pouvons concevoir un quelconque agrandissement avec uniquement une lentille concave, il faut donc lui associer une lentille convexe.

De plus il annonce que son dispositif peut servir pour dehors à une longueur d'un huitième de brasse et le veut également "propre à être utilisé sur le bureau" c'est à dire pour examiner des objets proches, en allongeant le dispositif d'un quart de brasse, soit du double. Qui donc dans cette description ne saurait voir la présence d'une lentille convexe ?

Le professeur Argentieri s'est penché sur le calcul de la puissance dioptrique de ce système, en tenant compte du degré d'amétropie des yeux de l'utilisateur "selon la vue de celui qui doit l'employer" comme le suggère Léonard. Il est arrivé à un agrandissement de 1,41. Même si l'interprétation du Pr. Argentieri a ses détracteurs, c'est une jumelle que Léonard décrit en 1508 - 1509 exactement un siècle avant la lunette d'approche Lipperhey-Galilée.

Ce qui gêne Léonard, c'est l'élément modificateur de la perspective aérienne dû à la théorie générale de la jumelle (Ms E folio 15 verso). Il essaye d'y remédier.

Pour cela il place devant son oeil une lentille convergente après avoir essayé successivement des boules de verre remplies de différentes huiles végétales. Il utilise ce verre comme verre objectif sans aucun oculaire sur sa lunette d'approche décrit dans le Manuscrit A folio 12 verso :

"En ce qui concerne les lunettes des personnes de cinquante ans, plus on les éloigne de l'oeil, plus elles montrent des objets agrandis. Si l'oeil voit deux choses égales si on les compare, l'une hors de la lunette, l'autre dedans, celle de la lunette semblera plus grande et l'autre plus petite. Mais les choses contemplées doivent être éloignées de l'oeil de 200 brasses."

Ceci est la théorie des jumelles sans oculaire.

Léonard a évolué, le Ms A remonte à 1492, donc la modeste jumelle sans oculaire fut remplacée en 1508 par la lunette d'approche avec oculaire.

Mais a-t-il réellement construit ces lunettes ? Certainement, car la loi de la réfraction n'ayant pas encore été trouvée ainsi que les théories sur les lentilles, il ne put pour créer ses lunettes que passer par l'expérience.

Miroirs concaves.

Léonard s'intéresse également aux miroirs concaves afin d'agrandir les objets observés, et éventuellement remplacer les lentilles convexes. Il intensifie ses études en 1508 et surtout pendant ses années romaines de 1513 à 1517.

Dans le Codex Arundel (folio 86 verso) il compare deux miroirs d'une ouverture absolue identique mais d'ouverture relative différente ( limité par des cercles de même diamètre mais fabriqués dans des sphères de rayon de courbure différents). Après en avoir fait deux dessins, il démontre que le miroir qui a la plus petite ouverture relative est pratiquement privé d'aberration sphérique, alors qu'au contraire elles sont importantes dans le miroir à plus grande ouverture relative :


"Le miroir O/P est la quarantième partie du plus grand cercle qui se trouve dans la sphère par laquelle il est causé ; mieux vaudrait qu'il en fut la cinquantième et mieux encore, et le plus utile serait qu'il en fut la centième."

Pour Léonard un bon miroir sphérique concave doit avoir une ouverture voisine de la focale 8 ce qui est stupéfiant, car l'optique moderne, considère qu'un miroir sphérique d'un diamètre de 16 cm, pour qu'il ne dépasse pas la limite de perfection absolue des images, doit avoir une ouverture relative ne dépassant pas la focale 8.

Léonard, en restant en dessous de cette focale, élimine les aberrations. Il ne veut donc pas, pour atteindre un fort grossissement, forcer l'oculaire ce qui réintroduirait de nouvelles aberrations. Il ne lui reste plus qu'à faire des miroirs de très grande longueur focale.

Pour cela, il crée des machines à polir la surface des miroirs, ce qui suppose de bien connaître les différentes techniques nécessaires à l'obtention d'une surface parfaitement régulière. Par exemple pour les miroirs plans la même manivelle imprime un mouvement alternatif à la surface à polir et un mouvement circulaire continu à une meule chargée de matière abrasive. Il imagine d'autres machines différentes pour le polissage des miroirs concaves, variant selon la courbure ou la distance focale.

Mais ses machines à faire des miroirs ayant une longueur focale de six mètres sont très volumineuses. Alors Léonard trouve un ingénieux dispositif permettant de fabriquer des miroirs de longueur focale 10 fois supérieure dans de petites pièces et ceci grâce à un tour de potier qui permet la rotation de la surface à polir.

Cette surface à polir comme le miroir lui-même est en bronze, il adapte sur le tour un système de polissage par poudre abrasive maintenu sur la surface du miroir par une "Corde en cuivre". La composition de ses miroirs en bronze poli présente quelques difficultés de réalisation. Léonard, avant Newton, met dans la fusion du bronze une petite quantité d'arsenic, ce qui rend le miroir plus fragile, mais lui donne une réflexion incomparable et peut ainsi se travailler comme du verre (Codex Atlantico folio 396 verso f).

Léonard exécute ses expériences de miroirs dans les jardins romains du Belvédère mais observe un secret absolu.Ni F.Melzi, ni Salai, ni même les deux mécaniciens allemands Maître Georges et Jean des Miroirs, a qui il a fait exécuter ses instruments, ne surent un traître mot de ses projets. Il n'a pas confiance en ces deux allemands qui, à la moindre occasion, se seraient attribués la paternité de quelques découvertes.

On ne saura donc jamais ce que Léonard projetait sous le ciel du Belvédère.

En 1517, en proie à de mauvaises conditions de travail, à la jalousie et à l'incompréhension, il quitte Rome, cesse ses expériences et se réfugit dans l'exil.

Fantastique Léonard de Vinci - Anatomie de l'appareil visuel


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Anatomie de l'appareil visuel

La vie de Léonard de Vinci

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La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

 


"Quelle confiance faire aux anciens qui ont méconnu tant de choses connaissables par l'expérience! L'oeil qui offre la preuve si évidente de ses fonctions, a été défini par d'innombrables écrivains d'une certaine façon. Mais l'expérience me montre qu'il fonctionne de façon différente."

Codex Atlantico folio 361 verso.

La contribution que Léonard veut apporter à l'étude de l'oeil est ambitieuse; malheureusement le temps et le manque de moyens de mesure ne lui permirent pas d'arriver à ses fins.

Comme ses prédécesseurs Léonard a "géométrisé" l'Oeil et les voies visuelles afin d'aboutir à un oeil schématique. Pour mieux comprendre l'oeil il a l'idée géniale d'en faire une coupe en le fixant dans du blanc d'oeuf, afin de ne rien déplacer, ou déformer ou déchirer et de ne pas perdre le vitré. Il nous dit dans le Ms K folio 39 comment il s'y prend :

"Dans l'anatomie de l'oeil pour bien voir à l'intérieur sans reperdre son humeur on doit mettre l'oeil entier dans un blanc d'oeuf et le faire bouillir. Lorsqu'il est devenu ferme, il faut couper l'oeuf et l'oeil de part en part de façon à ce que la moitié inférieure ne se renverse pas."

Ceci est la première méthode histologique décrite pour l'étude de l'oeil. De même, il fait des moulages en cire des ventricules cérébraux réalisant ainsi la première ventriculographie de l'histoire et les dessins s'y rapportant seront la première visualisation des ventricules cérébraux.Ce qui dénote une grande connaissance anatomique et une soif d'approfondir chaque sujet jusque dans ses moindres détails.

L'oeil qu'il imagine est un système de sphères concentriques, avec le globe et le cristallin ayant le même centre.

Le cristallin est donc en position centrale. Autour du cristallin, en arrière se situe la sphère vitréenne et en avant la sphère donnant la courbure de la cornée.

Le cristallin ou glacialis est sphérique et central comme chez Galien et les auteurs arabes. Ce ne sera que cinquante ans après Léonard avec Maurolycus que l'on approchera sa forme définitive. Le cristallin est donc au milieu de la sphère albugineuse ou vitré et en arrière de l'iris. Cette erreur vient certainement du fait que le cristallin ayant sur le vivant un aspect lenticulaire prend une forme sphéroidale lorsqu'il est détaché de l'oeil.

C'est pour Léonard un organe convergent dans lequel il situe une intersection optique permettant de redresser l'image inversée par la cornée, afin de pouvoir la projeter à l'endroit sur la rétine.

La cornée ou luce, partie antérieure transparente de l'oeil, est considérée par Léonard comme une lentille convergente. Sur ses dessins la sphère cristalline et la portée imaginaire de la sphère cristalline se coupent en faisant une construction lenticulaire, ne présentant aucun intérêt. Léonard remarque que, du fait de la courbure de la cornée, le champ visuel se trouve agrandi. Ce champ visuel qu'il figure de nombreuses fois sur ses dessins, présente un réel intérêt. A tel point qu'il fait construire un modèle en verre de la cornée afin de vérifier toutes ses hypothèses. Il constate qu'au bord de la cornée, seul le mouvement est réellement perçu. D'après ses constructions les deux foyers de la réfraction cornéenne et cristalliniene se croisent dans le cristallin.

Quant à l'uvée, il n'en dit pas grand chose, si ce n'est que ses pigments servent de colorants et que l'iris est doué de mouvements photomoteurs qui seront décrits plus loin. Dans tous ses dessins l'iris ne touche jamais le cristallin comme sur le sujet vivant, mais en est distant séparant la chambre antérieure de la chambre postérieure.

La sclère, qu'il décrit blanche et résistante, a un rayon de courbure différent de celui de la cornée et forme une coque, renfermant les humeurs oculaires, laissant sortir en arrière le nerf optique. L'intérieur de la sclère est tapissé de la choroïde, qu'il dessine sur la planche Q. V folio 6 verso : il est rempli de l'humeur albugineuse ou vitrée qui entoure le cristal. Elle est moins dense que lui et se continue en avant par l'humeur antérieure.

La rétine: Un des mérites de Léonard, est d'avoir nettement reconnu la rétine comme un organe spécifique de la sensation lumineuse, alors qu'Alhazen situait cette zone sensitive juste en arrière du cristallin.

"Il est nécessaire que l'impression soit dans l'oeil. Le nerf qui part de l'oeil et va au cerveau est semblable aux cordes perforées qui, au moyen d'infinis petits rameaux, tissent la peau et par les pores se portent au sens commun."

Codex Arundel folio 172 recto.

Léonard a-t-il entrevu que la rétine est formée par d'infinis ramifications ?

Il ne faut pas trop spéculer, mais il apporte des idées réellement nouvelles sur la perception lumineuse. Il décrit la rétine comme une surface concave blanc rougeâtre. Il a bien senti que la zone de vision précise est très réduite mais il la situe malheureusement au niveau de l'émergence du nerf optique.

Le nerf optique.

Léonard parle longuement du nerf optique (Q. V folio 6 verso) qui, pour lui, n'est pas un tube, comme le pensait Galien. Il est plein, rectiligne, toujours dans l'axe de l'oeil, branché sur les méninges à tel point qu'elles s'invaginent pour tapisser le globe oculaire après avoir entouré le nerf optique dans son parcours intra orbitaire. Il se termine d'une part dans le globe oculaire en arrière du cristallin et d'autre part, après avoir traversé le chiasma optique, dans le ventricule cérébral antérieur.


Le chiasma optique dont Léonard est le premier à faire une représentation anatomique fidèle, (Q. V folio 8 recto et An. B folio 35 recto) est représenté de nombreuses fois tout au long de ses carnets. Pour lui, son utilité est triple : il sert d'une part à la synergie motrice des yeux, idée qui restera longtemps en vigueur, d'autre part il redresse l'image inversée dans la chambre noire de l'oeil. Léonard qui se pose souvent la question du retournement de l'image inversée par la traversée de la cornée, pense tout d'abord que c'est le cristallin qui en est responsable puis il émet l'hypothèse que cette image est renversée après stimulation soit au niveau du nerf optique, soit du chiasma, soit du cerveau.

Enfin le chiasma sert à unir l'image donnée par chacun des deux yeux afin d'éviter la diplopie. Il faut remarquer que la modernité des théories de Léonard sur la fonction visuelle et sur la fusion contraste énormément avec les théories en vigueur au XVème siècle. Après le chiasma, chacun des deux nerfs optiques se continue par des bandelettes optiques qui se branchent dans le ventricule antérieur. Il ne fait donc pas se terminer les bandelettes optiques, au niveau des tubercules quadrijumeaux qu'il dessine cependant sur la planche 7 recto Q. V.

 


Anatomie des annexes.

Léonard étudie tout particulièrement l'encéphale ou cervello ou cielabro : il estime qu'il est le siège de la fonction visuelle ou "imprensa". Celle ci débute au niveau où le nerf optique touche le cristallin, et il pense que c'est une force passive qui attend la stimulation lumineuse et non, comme le craignent les auteurs anciens, une force active venue du cerveau.Il reproduit le cerveau isolé, crâne ouvert, il y fait figurer les ventricules cérébraux et les nerfs crâniens (0. V folio 8 recto).

Les ventricules cérébraux l'ont intéressé au point qu'il utilise des injections de cire liquide pour les mettre en évidence ; injections qu'il pratique, soit dans l'angle inférieur du quatrième ventricule, soit au niveau de l'orifice occipital. Cette opération lui permet de réaliser les premiers dessins des ventricules latéraux. Comme ses prédécesseurs, il situe dans le ventricule moyen le sens commun ou "sensus communis" (siège de l'âme) ainsi que l'aboutissement de tous les sens et dans le ventricule postérieur le siège de la mémoire (CA. 90 r.b et 270 v. b).

Il proclame que le cerveau est recouvert des méninges se prolongeant autour des nerfs crâniens. Comme cela était de tradition, Léonard ne décrit que la dure-mère et la pie-mère oubliant l'arachnoïde. Tous les nerfs crâniens se rejoignent, chez lui, au niveau du "sensus communis", représenté par le plancher du troisième ventricule. Son étude sur les nerfs crâniens est remarquable et apporte certaines innovations, comme la mise en évidence du nerf olfactif et du bulbe olfactif reposant sur la lame criblée de l'éthmoïde. Le nerf moteur oculaire commun et le moteur oculaire externe sont dessinés lors de leur traversée de la loge caverneuse (An. B folio 35 recto). Le trijumeau figure également avec ses trois branches, la branche ophtalmique bifurque en nerf nasal et lacrymal, la branche maxillaire inférieure émerge du crâne par le trou grand rond et du crâne par le trou sous orbitaire (An. B folio 12 verso), quant à la branche maxillaire inférieure elle est juste esquissée.

Sur le plan de l'ostéologie céphalique, ses dessins sont remarquables de beauté et de précision. Il représente de nombreuses coupes de crâne sagittales, frontales sous diverses incidences. Ces différents plans nous permettent d'étudier l'orbite. La voûte orbitaire appartient au frontal avec visualisation du sinus frontal, inconnu jusqu'alors, et de l'encoche sus orbitaire. Le plancher est composé par le maxillaire inférieur, surplombant le sinus maxillaire qui était jusqu'alors inconnu et présentant en avant l'orifice du trou sous- orbitaire.

La paroi externe montre un malaire qui n'est pas individualisé et la grande aile du sphénoïde en bonne place. Quant à la paroi externe, c'est une innovation, nous voyons les premiers dessins des voies lacrymales (An. B folio 4 verso). Débutant par la gouttière lacrymale avec ses deux crêtes, elles se prolongent par le canal lacrymo-nasal traversant le maxillaire inférieur et débouchant dans les fosses nasales.

Léonard reconnait bien le canal lacrymo-nasal comme l'endroit où s'écoule les larmes, mais pour lui, comme Galien, les larmes viennent du coeur. La paroi interne se termine en dedans par le trou optique et la fente sphénoïdale qui sont très bien représentés. La partie intracrânienne du trou optique est bordée de l'apophyse clinoïde postérieure ; il réalise un magnifique dessin du sphénoïde.

La motilité oculaire est assurée par les quatre muscles droits, présentant une insertion osseuse et une insertion oculaire dont il ne dit pas grand chose, si ce n'est que leur stimulation est assurée par le nerf optique.

En se rapprochant de la superficie, Léonard, fidèle à l'enseignement qu'il a reçu sur les écorchés, s'est attardé sur les vaisseaux de la face, notamment les veines, dont il donne la systématisation (An. B folio 1 recto) à partir des veines frontales, sus-orbitaires angulaires et temporales. Il représente également l'artère et la veine faciale (Q. V' folio 15 recto). Pour la première fois, il montre que les artères diminuent de calibre en allant vers leurs extrémités et se terminent par de tout petits vaisseaux qu'il nomme "capillaires".


Pour clore ce tour d'horizon sur l'anatomie oculaire de Léonard, il convient de parler des paupières. Il les considère surtout dans ses études sur les proportions du visage remarquant que la paupière supérieure recouvre la partie supérieure de la cornée, alors que la paupière inférieure laisse la cornée à distance. Les sillons orbito-palpébral supérieur, malaire et naso-jugal responsables de l'harmonie du visage sont très bien représentés ainsi que de petits détails comme les points lacrymaux et les replis semi-lunaires.

Fantastique Léonard de Vinci - Conclusions


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Conclusion

La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

"Et plut à notre créateur que je fusse capable de révéler la nature de l'homme comme je décris sa figure."
Quaderni 1 folio 2 recto.


Giovane Bacco

Le nom de Léonard de Vinci est inséparable pour tous de celui de la Joconde. Très nombreux sont ceux qui ont admiré aussi la "Cène", la "Sainte Anne" et autres "Madonne aux fleurs" ainsi que ses études graphiques tracées d'une main sûre, pour la réalisation de ses autres tableaux.

Ceux-ci, s'ils n'ont pas le renom de la Mona Lisa sont néanmoins des chefs d'oeuvre qui frisent la perfection par leur ordonnancement, leur facture, leur harmonie.

Nombreux encore sont ceux qui se sont penchés sur les esquisses, les schémas d'une netteté remarquable, annotés, renseignés, reprenant en un coin de la feuille le détail technique de telle partie que l'ingénieur qu'il était, créait pour ses commanditaires. Ils avaient nom Sforza, Borgia, Médicis ... Ainsi virent jour ses projets de char automobile, de scaphandre, d'hélicoptère, de catapulte et autre ... bicyclette.

Moins nombreux cependant sont ceux qui eurent connaissance de ses planches d'anatomie, non par désintérêt, mais seulement parce qu'elles ont été peu diffusées : les éditeurs modernes ne préférant publier de son oeuvre, que des reproductions illustrant la maîtrise de l'artiste et l'ampleur de son esprit inventif.

Car si l'homme était peintre il était aussi et surtout, par le fait d'une surprenante mutation, ingénieur et inventeur.

Il se révèle dans ses carnets un an anatomo-physiologiste curieux, précis, soucieux du détail, avide de percer les moindres secrets des mécanismes de fonctionnement des organes humains, soucis qui se retrouvent dans tous ses travaux.

Curiosité maladive ? Besoin de savoir ? Autosatisfaction à la résolution d'une énigme ? Ou plus simplement investigations à des fins utilitaires et professionnelles ?

Quoiqu'il en soit le cheminement de sa pensée marque une évolution du processus de la recherche, de l'accession à une méthode scientifique moderne qui, dans sa forme et son esprit, diffère peu de celle d'aujourd'hui. Elle apparaît dans toute son ampleur à la lecture des feuillets et carnets consacrés à l'Optique et la Vision.

Sa problématique éclate, s'étale et s'instaure au fil des pages. Il a su transgresser les dogmes qui réfrénaient le progrès scientifique dans tous les domaines, donner à sa pensée une systématique d'action vers la découverte, qui, aujourd'hui, ne serait pas déplacée.

Mais, ce qui frappe le plus, c'est sa probité intellectuelle qui se manifeste entre autre par son abandon de la théorie galénique de la vision qu'il avait adoptée et qui s'avera par la suite, incompatible avec les résultats des expériences qu'il avait minutieusement conçues et exécutées. D'autres, un siècle plus tard, dans une situation analogue, préféreront rompre avec l'importun, plutôt que de reconnaître leur erreur.

Sa conception expérimentale est remarquable de technique et de minutie, son matériel parfaitement adapté, compte tenu des impératifs de l'époque et son raisonnement sans faille.

Le premier, il essaie de quantifier les résultats obtenus et de les interpréter en les confrontant aux hypothèses de départ, jouant pour cela d'une remarquable intuition. Il dit lui- même :

" Il n'y a point de certitude là où on ne peut appliquer aucune des sciences mathématiques ni aucune de celles qui sont fondées sur les mathématiques."

Le premier encore, il se rend compte qu'un schéma correct a pour la compréhension plus d'importance que de longs discours. Leur nombre, la difficulté de leur reproduction sont certainement la cause de leur publication tardive. Ses croquis, d'un graphisme, d'une clarté, d'une précision, d'une exactitude remarquables, préfigurent les méthodes modernes de l'enseignement de l'anatomie.

Est il un Précurseur ?
Non ! Tant il est vrai que par discrétion ou par manque de temps ses recherches sont restées inconnues et privées de ce fait de toute influence sur l'extérieur.

"Je n'ai été empêché ni par l'avarice ni par la négligence mais seulement par manque de temps."

Est-il alors un Novateur ?
Quaderni 1 folio 13 verso.
Oui ! Toute son oeuvre en témoigne, ses méthodes, ses techniques, en avance sur son temps. Mais il est aussi un savant de génie qui aborde avec bonheur tant de domaines différents, mettant l'homme et les valeurs humaines au centre de ses préoccupations.

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Léonard de Vinci (1452-1519)


Physiologie de la vision


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Après avoir étudié l'anatomie, Léonard veut enfin comprendre l'utilité et le fonctionnement intime de tout ce qu'il a vu. Il se trouve donc des motivations pour étudier la physiologie oculaire qui avait été un peu délaissée jusqu'alors.


Etude sur le dédoublement des images

Dans ses toutes premières notes sur la vision, il défend la théorie Galénique de l'Emission puis change d'avis à la suite de nombreuses expériences. Il rejoint la théorie d'Alhazen selon laquelle l'objet éclairé envoie une sphère de rayons droits divergents, de la chaleur et une infinité d'images de lui même (Ms. Ashburham).

"Le monde, soumis à la lumière ou à l'ombre, remplit l'air environnant d'infinies images de lui même et celles-ci, à travers d'infinies pyramides projetées dans l'air représentant le sujet, partent dans l'espace dans toutes les directions. Chaque pyramide visuelle est composée du prolongement d'une multitude de rayons et chaque objet comprend un nombre infini de pyramides, chacune ayant le pouvoir de toutes et toutes de chacune."

 

Les images des objets sont en tout point de l'atmosphère et Léonard prouve que si nous regardons par un trou d'aiguille de 1 mm fait dans une feuille de carton, nous embrasons la totalité du paysage qui se trouve derrière l'obstacle. Ceci est dû à une infinité de pyramides de rayons ayant une base commune sur l'objet et autant de sommets qu'il y a de points sur la cornée.

L'oeil reçoit alors l'image des objets. Léonard associe géométriquement le rayon lumineux et le rayon visuel. L'oeil donc n'émet rien car, étant obscur, il ne peut que recevoir passivement des images. Il s'empresse d'expliquer à ses détracteurs que si l'oeil du chat brille la nuit, ce n'est pas dû à une émission quelconque de l'oeil de l'animal mais à la réflexion de la lumière sur la cornée du chat.

Les rayons visuels venant frapper la cornée ont une influence sur la pupille. La pupille convexe par sa courbure se situe en arrière de la cornée, qui donne de l'objet tout entier une image en chacun de ses points. Comme la cornée est transparente Léonard pense que tout point de la pupille voit tout l'objet. Il constate qu'un objet moins étendu que la pupille, comme une aiguille, mis devant l'oeil ne cache rien à celui-ci et l'objet quoique dense semble transparent. "La vertu visuelle est donc infuse en tout point de la pupille."

Mais la répartition de la vertu visuelle n'est pas la même en tout point de la cornée.

L'aiguille que Léonard promène devant son oeil "n'est pas connue et présente au jugement une détermination confuse de la chose." Par contre, il remarque que le maximum de netteté est le long d'un seul rayon qui représente l'axe antéro-postérieur du globe, perpendiculaire à la cornée.

"L'oeil a une seule ligne centrale et toutes les choses qui viennent à l'oeil par cette ligne sont bien vues. Autour de cette ligne, il y a une infinité d'autres lignes adhérentes à cette ligne centrale qui ont d'autant moins d'importance qu'elles sont éloignées de la centrale."
Q. IV folio 12 verso.

Avec son rayon visuel principal, Léonard met en évidence une chose très importante : c'est la zone optique centrale de la cornée. Traversant cette zone l'image passe par la pupille pour rejoindre le nerf optique.

Puis Léonard étudie longuement les phénomènes pupillaires et s'étonne de certains d'entre eux. C'est la raison pour laquelle l'objet qui s'éloigne devient de plus en plus petit, pourquoi la perspective et l'éloignement donnent des images identiques d'objets différents ? Pourquoi deux bougies qui s'éloignent, finissent par ne plus faire qu'une seule lueur ? Toutes ces questions l'amènent à penser que ce jeu psychique est uniquement causé par la modification d'un élément géométrique qui ne peut-être que la variation du diamètre pupiIlaire.Curieusement, avant lui, ni Galien ni Aristote n'avaient observé ce phénomène, seulement quelques auteurs arabes avaient noté le changement du diamètre pupillaire, sans aller plus loin. Léonard veut comprendre :

"La pupille de l'oeil se change en différentes grandeurs selon la variation de la clarté et de l'obscurité des objets qui se présentent devant elle. En ce cas, la nature est venue au secours de la vertu visuelle quand elle offensée par l'excès de lumière en faisant restreindre la pupille de l'oeil et lorsqu'elle est blessée par l'excès de l'obscurité, elle fait s'élargir circulairement la pupille. La nature fait ici une constante équation en diminuant ou augmentant, grâce à la diminution ou l'augmentation de la pupille selon la clarté ou l'obscurité

 

Après l'observation, Léonard essaye de trouver une systématisation pupillaire. Il va même jusqu'à dicter cinq lois sur la pupille (Ms E folio 17), lui permettant de mettre en évidence la notion de grandeur apparente. A tort il pense qu'une grande pupille fait voir les images plus grandes qu'une petite pupille, car il s'est laissé tromper par les aberrations sphériques qui élargissent en un tube un point lumineux comme le montre le passage suivant :

"Si tu fais une ouverture aussi petite qu'il peut en être une dans un papier et que tu l'approches de l'oeil autant qu'il se peut et que par le trou tu regardes une étoile, il ne peut opérer qu'une petite partie de la pupille ; et elle voit l'étoile si petite que presque aucune autre chose chose ne puisse être plus petite. Si tu fais l'ouverture près du bord, tu pourras voir en même temps l'étoile avec l'autre oeil et elle te paraîtra plus grande."
Codex D folio 5 recto.

Il ne tient pas compte du réflexe pupillaire consensuel, qui rend sa conclusion impossible. Comme nous l'avons vu Léonard se penche sur les mouvements pupillaires :

"Quand la lumière décroit, la pupille se dilate ... Ces changements tiennent uniquement à la pupille."

Lui qui observe les pupilles et connait la solidarité des deux yeux, il a fait ses expériences sur l'inégalité pupillaire, comme celle citée ci-dessus, sans découvrir que cette inégalité n'existe pas en réalité. Poussant plus loin ses études sur les mouvements de la pupille lors de l'adaptation à la lumière et lors de l'éblouissement, Léonard remarque :

"Si l'oeil qui sort d'un lieu obscur voit des objets d'éclat modéré, il lui semble brillants à l'extrême, parce que la pupille se dilate dans les lieux obscurs. Quand l'oeil se détourne d'un objet illuminé tout ce qu'il voit lui semble obscur : l'oeil avait contracté sa pupille ... A pupille faible toute petite clarté parait ténébreuse et si elle croit en puissance toute grande obscurité lui parait éclairée."

Il décrit ainsi l'adaptation à la lumière qui permet de mieux voir des objets de faible éclairement, car la pupille est en mydriase. De même l'éblouissement empêche de bien voir des objets même s'ils sont bien éclairés.

Léonard avait-il pressenti l'accommodation pupillaire à la distance quand il nous dit:
"Regarde ta pupille et fais lui regarder la lumière que tu approcheras de lui peu à peu. Tu verras sa pupille se resserrer à mesure que la lumière approchera."

Il semble que non car plus loin, il attribue la variation pupillaire au fait que l'objet plus proche est plus lumineux.

Toutes ses études ont été faites par Léonard pour mieux comprendre la vision. Adoptant la théorie de l'émission d'images par l'objet, il remarque dans son traité sur la peinture l'importance du phénomène d'irradiation, utile notamment pour son art de peintre. Dans le Ms. C folio 6 recto il suggère une expérience montrant que l'irradiation est dûe à l'oeil.:

"Si l'oeil regarde la lumière d'une chandelle éloignée de 400 brasses cette lumière apparaîtra à l'oeil qui la regarde agrandie 100 fois de sa quantité véritable. Mais si vous mettez devant elle un bâton un peu plus gros que cette lumière, il occupera cette lumière qui paraissait large de 2 brasses. Donc cette erreur vient de l'oeil."

Dans le paragraphe 254 de son traité sur la peinture, il donne même une définition de l'irradiation :"La chose claire grandit sur un champ sombre".

Au sujet des impressions ressenties par l'oeil, il est un phénomène fréquemment répété dans les manuscrits qu'il décrit de façon plus précise que R.Bacon, c'est la persistance de l'image rétinienne :

"Si l'oeil qui regarde l'étoile se tourne rapidement de la partie opposée, il lui semblera que cette étoile se compose en une ligne courbe enflammée. Et cela arrive parce que l'oeil réserve pendant un certain espace la similitude de la chose qui brille et parce que cette impression de l'éclat de l'étoile persiste plus longtemps dans la pupille que n'a fait le temps de son mouvement."
Codex K folio 120 recto.

Cette hypothèse avait déjà était émise par Alhazen.

L' existence d'un punctum maximum de vision distincte est clairement affirmé par Léonard :

"Si l'oeil doit voir une chose de trop près, il ne peut pas bien la juger, comme il arrive à celui qui veut voir le bout de son nez. Donc en règle générale, la nature enseigne qu'on ne verra pas parfaitement une chose si l'intervalle qui se trouve entre l'oeil et la chose vue n'est au moins de la grandeur du visage."

Codex Atlantico 38 verso b.

 

Il va même jusqu'à codifier la distance de la vision distincte qu'il précise dans le Codex Atlantico folio 250 verso a comme égale au quadruple de la distance inter-pupillaire, ce qui est parfaitement juste.

Après la vision monoculaire, Léonard s'intéresse beaucoup à la vision binoculaire et surtout au champ visuel. Avant Kepler, il remarque que le champ visuel embrassé par l'oeil est supérieur à 180 degrés (Ms D folio 8 verso.). Cet effet de "grand angulaire" est dû à la cornée comme le montre l'expérience décrite dans le Ms K folio 118 verso :

"Pour voir le rôle que joue la cornée dans la pupille, fais faire en cristal une chose semblable à la cornée de l'oeil."

La lentille plan-convexe étant difficile à acquérir, il utilise à la place une demi sphère de cristal.

"Si vous prenez une demi-boule de verre et y mettez à l'intérieur votre visage et si vous l'appliquez strictement aux bords du visage puis si vous la remplissez d'eau, vous verrez toutes les choses aperçues de cette boule de façon que vous verrez presque derrière vos épaules."

Codex Atlantico folio 222 recto a .
C'est l'effet de "Fish-eye des objectifs de basse focale de nos appareils photographiques. Ce
système présente, selon un principe cher à Léonard, une netteté maximale au
centre de l'axe optique, et la netteté diminue progressivement en s'approchant des bords.

"L'oeil a une seule ligne centrale et toutes les choses qui viennent à l'oeil par cette ligne sont bienvenues. Autour de cette ligne, il y a une infinité d'autres lignes adhérentes à cette ligne centrale qui ont d'autant moins d'importance qu'elles sont plus éloignées de la centrale."

Quaderni IV folio 12 verso.

Cette bonne définition du champ visuel, Léonard aime la répéter tout au long de ses manuscrits.
Pour un peintre, le relief est l'âme de la peinture. Ce relief dépend de plusieurs facteurs : la vision binoculaire associée à la profondeur de champ mais aussi les ombres et la perspective. Léonard affirme avant Kepler que ce sont les deux yeux qui sont responsables de la perception du relief stéréoscopique. (Traité sur la peinture & 113 à 482 et & 484 à 811).

Il illustre abondamment et approfondit ce concept sans le faire réellement progresser. Il constate toutefois que la faculté de voir en relief, grâce à la vision binoculaire, décroît au fur et à mesure que s'accroît la distance des objets. (Traité sur la peinture § 483). De même la diminution de l'impression de ce relief peut être accentuée par l'absorption de la lumière dans l'air, interposé entre l'oeil et l'objet. (Traité sur la peinture § 474). Chaque oeil voit une image distincte et c'est la fusion qui nous supprime la diplopie. En reg ardant, à travers une fenêtre, à quelque distance de celle-ci fixons un point sur la vitre. Si nous fermons un oeil, nous voyons un arbre au loin et si nous fermons l'autre nous voyons un clocher. Maintenant en ouvrant les deux yeux et en fixant toujours le même point sur la vitre, nous voyons l'arbre et le clocher superposés.

Cette expérience faite par Léonard dans ses carnets sera attribuée à Hering. La perte de la fusion des deux images oculaires entraîne non seulement la perte du relief, mais se traduit par l'apparition d'une diplopie. Léonard remarque que les objets situés en dehors du point de fixation, se dédoublent : c'est la diplopie physiologique. (Quaderni IV folio 12 verso.)


"Les nombreuses choses placées l'une après l'autre devant les yeux, possédant des espaces communs et précis, paraîtront toutes doubles, sauf celle qui sera
le mieux vue...
"

 

Mais pourquoi le même objet regardé avec les deux yeux n'est il pas toujours vu double? Cette question qui avait troublé Aristote et à laquelle Galien ne sut répondre, inspire à Léonard une expérience.

"Si sous un ciel étoilé, on regarde une chandelle, on voit double une étoile. Si on ferme l'oeil droit on éteint l'étoile de droite. Et si on fixe l'étoile, elle est encadrée par deux images de la chandelle, et en fermant l'oeil droit la chandelle s'éteint."

Cela signifie qu'au delà de l'objet fixé, la diplopie est directe, et qu'en deça elle est croisée. Léonard, à l'aide de nombreuses figures, donne à ce phénomène une explication intéressante à la fois physique et géométrique (Ms D folio 8 verso et Quaderni IV folio 12 verso). Par exemple, lors de la vision monoculaire à travers un petit trou percé dans une feuille de papier, et approché de l'oeil, si une aiguille est interposée entre l'oeil et le papier, nous voyons deux images de cette aiguille, une en avant du papier et l'autre en arrière. L'image antérieure est à l'endroit et l'image postérieure est inversée (Ms D folio 2 verso).


Cette expérience redécouverte quelques années plus tard fait partie de "l'expérience de Scheiner"

Léonard s'intéresse également à ce qu'il appelle le "conflit entre les deux yeux" plus connu sous le nom de Paradoxe de Fechner. Tout ceci commence par une question :

"Quel part du champ voit chacun des deux yeux qui regardent par quelque soupirail ?"

Par cette expérience, il impose aux deux yeux, deux images différentes et les analyse :

"Le droit a voit le champ cg et voit le reste comme couvert par la paroi SH. L'oeil b voit fd et le reste occupé par la paroi IT. L'espace cde n'est pas vu. Chaque oeil le cache en portant dessus un côté de la paroi ... Puis on comprend que l'oeil droit. bien qu'il voit la chose gauche du côté gauche croît la voir avec l'oeil gauche sans que le sens ne s'aperçoive s'être trompé."

Les deux yeux regardant par le trou HI, quand b voit la plage éclairée d.f, c'est l'oeil a qui obscurcit df par l'obscurité de la paroi sh. Si on ferme a, df s'éclaire, l'obscurité de l'oeil a fermé et l'écran obscur devant l'oeil a ouvert ont un rôle psychologique différent. Donc dans cette expérience avec un oeil la vue est plus grande qu'avec les deux : c'est le paradoxe de Fechner. (86)

Connaissant l'harmonie motrice des yeux et les mouvements de rotation de chacun d'eux, Léonard essaye de savoir quel est le nerf responsable du mouvement symétrique du second oeil par rapport au premier (An. B folio 21 recto).

Il trouve comme responsable de la synergie oculaire " la bifurcation " du nerf optique, mais n'en n'est pas réellement satisfait. Malgré une bonne connaissance de la motilité des globes oculaires ainsi que de leur pathologie, comme les strabismes et les paralysies oculaires et leurs conséquences visuelles, il reste cependant réservé sur l'origine du mouvement des deux yeux.

La théorie et la pratique sensorielle de la relativité des mouvements oculaires l'intéresse, afin d'expliquer les phénomènes d'illusion motrice. Par exemple lorsqu'il fixe un objet proche, immobile et qu'il tourne la tête de droite à gauche, il a l'impression que les objets lointains se déplacent rapidement. Mais il lui manque trop de données pour arriver à la fin de ses démonstrations.

Les grecs connaissaient les principes fondamentaux de la perspective ainsi que les romains, mais elle est réellement née en Italie à l'aube de la Renaissance. Les lois géométriques en furent exposées par Pietro del Borgo, et complétées après Léonard par Ubalda del Monte en 1600.

Léonard, entre les deux, décrit trois perspectives. Une perspective linéaire qui. diminue la taille des objets qui s'éloignent. Une perspective des couleurs qui joue sur la variation des couleurs s'éloignant de l'oeil. Et enfin la perspective d'expédition où les choses sont moins finies au fur et à mesure qu'elles s'éloignent.

Le principe fondamental de la projection de la perspective est décrit dans le Ms. A folio 1 verso, et consiste à mettre sur une même surface plane externe tout ce qui est en arrière d'un plan antérieur fixé et qu'une construction pyramidale ramène à l'oeil. Ce dessin porte enfin son nom : c'est "la fenêtre de Léonard de Vinci".

Fantastique Léonard de Vinci - Bibliographie et sites web


Léonard de Vinci (1452-1519)


 Bibliographie et sites web

La vie de Léonard de Vinci

Dioptrique oculaire

La saga de ses notes et manuscrits

Optique Physique

Anatomie de l'appareil oculaire

Conclusions

Physiologie de la vision

Bibliographie et Sites web

Bibliographie sommaire:

  • Oeil et Optique dans les carnets de Léonard de Vinci
    Thèse de Médecine du Dr Bernard Boullaud 1987
  • Histoire du strabisme dans l'Art
    Pierre Amalric, Médecine et Armée, 1985, 13 n°3 p298
  • L'optique de Léonard de Vinci
    D Argenteri, IGDA Navara, 1958.
  • Léonard de Vinci ouvrier de l'intelligence
    F. Bérence La Colombe, édition vieux Colombier, Paris 1947.
  • Léonard physiologiste
    F Bottazzi, IGDA Navara, 1981.
  • Léonard de Vinci : dessins anatomiques
    Da Costa Paris, 1961.

Quelques sites web intéressants:

L'oeil de l'Amiral Nelson

En hommage au Dr Pierre Amalric disparu récemment


L'oeil de l'Amiral Horatio Nelson

Il suffit d'une seule balle à Robert Guillemard, fusilier d'origine provençale servant sous les ordres du commandant Lucas à bord du «Redoutable», pour mettre un terme à la carrière prestigieuse d'un des plus grands marins de tous les temps: l'Amiral Horatio Nelson.

Juché dans les hauts du navire, le matelot français repéra facilement, au milieu de la fumée et des débris du pont du «Victory», un petit homme mince arpentant la dunette. Une silhouette fragile, bien connue de tous, dont la manche droite de la vareuse était rattachée au gilet. De plus, les nombreuses décorations qui constellaient l'uniforme, suffisaient à lever le moindre doute quant au grade de leur détenteur.

Gravement blessé, Nelson fut assisté, pendant son agonie, par le chirurgien Beatly qui, ensuite, procéda à l'autopsie. Une agonie qui dura exactement 2 h 45 minutes, comme ce dernier le révéla dans son récit, fort célèbre, de la mort de l'Amiral.

La balle pénétra par l'épaule gauche, fractura l'acromion, la seconde et la troisième côte, traversa le poumon puis sectionna une branche de l'artère pulmonaire et écrasa la moelle à la hauteur de la 6ème vertèbre dorsale.

Paralysé aussitôt, Nelson fut transporté dans l'entrepont.

L'important hémothorax causé par la lésion artérielle provoqua sa mort. Ainsi prit fin la fabuleuse destinée d'un homme qui, par son action, fut l'un des premiers artisans de la chute de Napoléon et qui, tout au long d'une existence émaillée d'événements à la fois tragiques et glorieux, paya un lourd tribu à la maladie et à la souffrance.

Ramené à Londres dans un baril de rhum, le corps embaumé de Nelson fut enterré à Westminster après des funérailles d'une ampleur exceptionnelle.

D'innombrables récits ainsi que des gravures le représentant au cours des principaux événements de sa courte et glorieuse vie, alimentèrent le culte qui honora sa mémoire; néanmoins un doute a toujours subsisté sur l'importance réelle et la nature d'une blessure qui l'avait privé de l'usage de l'oeil droit. Plusieurs études consacrées à ce problème restent encore imprécises et contradictoires. C'est pourquoi nous remercions le Docteur T.C. Barras d'avoir bien voulu nous communiquer le résultat des longues recherches qu'il a effectué sur ce sujet fort controversé. Nous témoignons également notre gratitude au Professeur Trevor Roper qui a su nous orienter vers les bonnes sources historiques.

Une «demi-cécité», dûment constatée

 

L'iconographie populaire a souvent représenté Nelson comme monophtalme, l'orbite droite cachée par une coque, dans la plus belle tradition des pirates et des flibustiers.

Or, en fait, le portrait officiel de l'Amiral, réalisé en 1797 par Lemuel Abbot, ne laisse apparaître aucune anomalie oculaire visible. Sur d'autres gravures, au contraire, une modification oculaire apparaît soit au niveau de l'oeil droit, soit au niveau de l'oeil gauche, soit encore au niveau des deux yeux!

Alors, que faut-il en déduire ? Seuls, en vérité, les documents ou les lettres de Nelson lui-même peuvent apporter quelque lumière à un tel débat... sans omettre de rappeler qu'à l'époque, l'examen ophtalmologique était réduit à la simple exploration des tuniques externes : cornée, conjonctivite et cristallin. L'ophtalmoscope n'apparaîtra d'ailleurs que cinquante ans plus tard. Autant dire que nous en sommes réduits à de simples hypothèses pour trouver une explication aux faits cliniques.

Toujours est-il que la cécité de l'oeil droit - c'était bien de l'oeil droit dont il s'agissait - a été rattachée par certains à un décollement de la rétine et, par d'autres, à une atrophie optique ou à une lésion hémorragique choriorétinienne.

Le seul portrait que l'on connaisse de Nelson avant sa blessure fut commencé en 1777 par Rigaud, alors que le jeune officier était en partance pour les Indes Occidentales. Là-bas, après plusieurs actions d'éclat, il tomba gravement malade et aurait certainement péri d'une dysenterie aiguë s'il n'avait été rapatrié en Angleterre. Les certificats médicaux établis au cours de cette campagne font tous état de troubles neurologiques et digestifs graves : polynévrite récidivante, fièvre tierce et quarte, vomissements de bile, maux de tête et amaigrissement considérable.

Après plusieurs séjours à la campagne auprès de son père et de sa jeune épouse et un rapide voyage en France, où il essaya d'apprendre la langue, il reprit la mer en 1793, comme capitaine de vaisseau à bord de l'«Agamemnon».

Pendant toute cette période qui précéda sa blessure, il n'a jamais été fait état d'un quelconque trouble oculaire, si ce n'est qu'il signale, dans certaines lettres, son manque de résultat à la chasse. Un manque d'adresse dont la cause pouvait être simplement une myopie non corrigée, ce qui était la règle à l'époque.

 

Lorsque la guerre contre la France reprit à nouveau, Nelson fut affecté à l'escadre de l'Amiral Hood et regagna la flotte britannique qui mouillait devant Toulon.

Et c'est lors d'un engagement en Corse, le 12 juillet 1794 (qui suivit l'évacuation de Toulon) que Nelson reçut à la face des éclats de mortier provenant d'un boulet tiré par l'ennemi.

Une plaque commémore encore aujourd'hui, sur le roc, cet événement historique.

Il écrivit le même jour à l'Amiral Hood pour lui signaler une (légère) blessure à l'oeil, puis, le jour suivant, pour lui apprendre que son oeil allait mieux et qu'il espérait ne pas perdre entièrement la vue. Mais, le 16 juillet, il fit part à ses chirurgiens de sa crainte d'avoir perdu en réalité l'oeil droit, bien que ceux-ci lui prétendirent le contraire. Sa vision était en effet réduite à la simple perception lumineuse, état qui persista, bien qu'extérieurement rien d'anormal ne soit perceptible, ainsi qu'il le reconnut lui-même dans un courrier à son épouse.

Trois mois plus tard, à l'occasion d'une correspondance officielle avec l'Amiral Hood, il fit établir deux certificats, confirmant la perte de la vision de cet oeil droit, par John Harness (qui constata une dilatation anormale de la pupille) et par Chambers - chirurgien en chef de la Flotte - qui, lui, annonça qu'il ne retrouverait jamais une vision parfaite.

En 1795, Nelson écrivit à son épouse que son «oeil est totalement aveugle et, qu'en plus, il le fait souffrir, alors que l'autre a une vision pratiquement normale» et réclama avec insistance, dans une lettre adressée à l'Amirauté, l'octroi d'une pension d'invalidité.

Deux ans plus tard, au cours de l'assaut de Santa Cruz de Ténériffe, il fut gravement blessé au coude droit. Dès son retour à bord, Nelson réclamera une amputation immédiate: «Plus vite on me le coupera, mieux cela vaudra».

Devenu gaucher, l'Amiral va donc réapprendre à écrire - de même qu'à utiliser une fourchette et un couteau - tout en prenant quotidiennement de l'opium afin d'atténuer les violentes douleurs qu'il ressent dans le moignon ; auxquelles s'ajoutent des migraines permanentes, des accès de fièvre et, plus étonnant encore, un réel «mal de mer» !

Revenu en héros en Angleterre, honoré par le Roi et par la nation toute entière, Nelson acceptera de poser pour le peintre Lemuel Abbot. Et, d'après Barras, on perçoit très bien sur ce tableau, ainsi que sur certains croquis qui en furent tirés, un ptérygion débutant au niveau des deux yeux.

Le 12 octobre 1797, l'Amiral, après examen par un collège médical, fut reconnu aveugle de l'oeil droit et pensionné à cet effet. Invalidité qui, s'ajoutant à la perte du bras droit, lui procura une pension de 1 000 livres par an.

Quelques mois plus tard, il reprit le commandement d'une partie de la flotte de Méditerranée et mit le cap sur l'Egypte dans le but d'enrayer la conquête de ce pays par les Français.

«Nelson n'est aveug1e d'aucun oeil !»

Le 1er août 1798, à la bataille d'Aboukir -qui se termina si tragiquement pour les vaisseaux français-, Nelson fut à nouveau sérieusement touché au-dessus de l'oeil droit. Son crâne mis à nu sur plus d'un inch, il se crut perdu; du sang coulait abondamment sur son visage, le cuir chevelu s'étant rabattu sur l'oeil. Malgré tout, une fois pansé, il put remonter sur le pont ! Mais, lors de son retour triomphal auprès de Lady Hamilton, de longues semaines après la bataille d'Aboukir, il se plaignit de céphalées de plus en plus tenaces et des difficultés qu'il éprouvait pour écrire et lire ses rapports.

 

C'est à Palerme, en 1799, que Leonardo Guzzardi peignit, à la demande de Sir William, un portrait, paraît-il, extrêmement ressemblant. Une cicatrice arquée coupant le front au-dessus du sourcil est, en effet, bien visible, et le ptérygion semble apparemment en voie de développement.

Le célèbre ambassadeur anglais, Lord Elgin, de passage à Naples à cette époque, fit d'ailleurs de Nelson un portrait peu flatteur : «il paraissait très vieux, avait perdu ses dents supérieures, y voyait mal d'un oeil et une pellicule se développait sur les deux. Les céphalées étaient constantes... Son allure générale est misérable et son visage terne et sans expression».

Selon Barras, qui possède sur cette période une intéressante correspondance entre Troutbridge, Ball et Nelson, la vie mondaine auprès de Lady Hamilton, constituait - aux dires de ses amis - un supplice pour l'Amiral dont la vue se dégradait rapidement malgré des thérapeutiques par «courant électrique-, qu'il suivait dans l'espoir à la fois d'améliorer la vue de son oeil valide et de recouvrer la vision de son oeil aveugle.

La bataille de Copenhague, au cours de laquelle Nelson, au mépris des ordres, continua et réussit son action contre les vaisseaux danois, ne lui procura aucune blessure nouvelle. Elle resta cependant célèbre, sur le plan ophtalmologique, de par sa réflexion, motivée par l'ordre de son chef qui voulait interrompre l'action : «Je ne vois pas les signaux», lui dit-il en plaçant sa lorgnette devant son oeil aveugle!

Un autre document d'importance est celui que rédigea Thomas Trotter, médecin de la Flotte, après la consultation qu'il effectua en janvier 1801 :
«Vers cette époque, Lord Nelson se plaignit d'une ophtalmie violente au niveau de son oeil unique (donc l'oeil gauche) avec une substance membraneuse qui se développait rapidement sur la pupille. Toutes les personnes autour de lui furent affectées par le même trouble et de nombreux collyres utilisés. Je prescrivis une pièce obscure, un bain toutes les heures avec de l'eau froide et, en deux jours, l'inflammation disparut».

Nelson lui-même confirma ce «trouble» dans une de ses correspondances et réclama qu'on lui fasse parvenir son protège oculaire vert pour atténuer la lumière. -Mon oeil est comme du sang et le film est tellement étendu que je ne vois que du coin le plus éloigné de mon nez»... Ce qui confirme bien le diagnostic de ptérygion envahissant - et non pas celui d'une presbytie débutante qui pouvait, à l'époque, être facilement corrigée -, et explique sa crainte de devenir complètement aveugle.

Cinq ans plus tard, Trotter écrivit que «Sa Seigneurie fut saisie par une ophtalmie sur son oeil unique avec perte de vision». Symptômes réellement alarmants, cet oeil ayant été touché par des éclats au cours d'une bataille. Une épaisse cicatrice membraneuse, qui ne semblait pas être le siège de l'inflammation, s'était presque développée du côté externe sur la pupille et le menaçait de cécité totale. On peut donc en déduire qu'il s'agissait en réalité d'un ptérygoïde plutôt que d'un ptérygion vrai. La nécessité d'une intervention chirurgicale - réclamée avec insistance par Lady Hamilton - fut suggérée à Nelson qui la refusa à cause de sa crainte d'un échec sur cet oeil unique.

Dès lors, sur plusieurs portraits, apparut un strabisme divergent ; l'oeil gauche semble être amblyope, avec une taie cornéenne plus ou moins étendue, l'oeil fixateur étant son oeil droit presque aveugle.

Les années s'écoulant, la crainte d'une cécité totale devint pour Nelson de plus en plus vive, sa vue se dégradant, selon lui, de mois en mois.

En conclusion de l'étude fort complète qu'il consacra à ce problème, Barras fait état d'un article curieux paru dans le «Times» du 4 octobre 1804, un an avant la mort de l'Amiral : «Il est généralement admis que le brave Lord Nelson a perdu un oeil et, il y a quelques jours, un article paru dans les journaux, déplorant que l'oeil qui lui resta fut considérablement plus faible ces derniers temps, exprimait l'appréhension de tous de le voir devenir aveugle. Or, nous pouvons affirmer que Lord Nelson n'est aveugle d'aucun oeil. Il est vrai que pendant une brève période il a perdu la vue d'un oeil, mais il l'a heureusement recouvrée. Il a également une tache sur l'autre oeil mais nous confirmons, d'après les dires mêmes de Sa Seigneurie, qu'il y voit le mieux avec ce que les gens appellent son plus mauvais oeil».

Affirmation de Nelson qui, dans le contexte de l'époque, a peut-être été provoquée par le souci de rassurer l'opinion publique, qui faisait de l'Amiral le symbole du rempart national contre Napoléon.

En définitive, il est permis de penser que le champ visuel de son oeil droit s'améliora avec le temps, tout au moins pour permettre un rôle d'appoint, et que le ptérygoïde de l'oeil gauche, aggravé par l'ophtalmie, provoquait de réels problèmes morphoscopiques.

D'ailleurs, au moment de sa mort, le champ visuel gauche de Nelson avait rétréci dangereusement, par l'invasion du ptérygoïde et, à cause de l'astigmatisme important qu'il entraÎnait, sa vision centrale était devenue de plus en plus difficile. Un vice de réfraction découvert par Young mais qui, ne l'oublions pas, ne pouvait être compensé par un verre cylindrique. Rappelons enfin, qu'à cette époque, nombreux furent les marins et soldats anglais qui, de retour d'Egypte, disséminèrent le trachome dans toute la flotte et dans beaucoup de casernes.

Afin de clore cet exposé par une réflexion d'ordre médical, nous aimerions rappeler que la conservation de la Sicile - face à «l'ennemi Napoléon» - pendant toutes les guerres de l'Empire, a certainement joué un rôle plus important que les batailles d'Aboukir ou de Trafalgar. En effet, la victoire finale de l'Angleterre sur Napoléon, comme l'a justement fait remarquer un écrivain, a été remportée grâce... au citron ! La grande île méditerranéenne n'était-elle pas couverte de ces arbres dont le fruit consommé par les équipages des navires anglais, leur évita d'attraper le scorbut, donc de garder la mer et de bloquer ainsi sans relâche les ports français ?

Le port de Toulon fut baptisé par les marins anglais « Too Long». Et c'est bien en fait grâce à leur patience et au.... citron, qu'après avoir perdu toutes les batailles, l'Angleterre put, une fois de plus, gagner la guerre. Un problème éternel que celui du dernier quart d'heure !


L'amiral Nelson énumère ses blessures en 1803

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