Espace Ophtalmologistes

2019 76% des patients préfèrent consulter un ophtalmologiste, malgré la possibilité de passer directement par l’opticien

Renouvellement de lunettes :
76% des patients préfèrent consulter un ophtalmologiste
malgré la possibilité de passer directement par l’opticien
(étude du SNOF réalisée auprès des patients*)

Depuis 2007, les opticiens-lunetiers sont autorisés à renouveler et adapter les verres correcteurs à partir d’une ordonnance médicale initiale. Cette mesure a pour objectif de faciliter le parcours de soins des 75% des Français porteurs de lunettes ou de lentilles de contact. En avril 2019, le Syndicat National des Ophtalmologistes de France (SNOF) avait effectué une enquête auprès de 716 ophtalmologistes afin de dresser un bilan de cette délégation de tâches vers les opticiens. Aujourd’hui, à travers une nouvelle enquête réalisée dans les cabinets d’ophtalmologie auprès de patients porteurs de lunettes, le SNOF s’intéresse aux points de vue et aux habitudes des patients pour le renouvellement de leurs lunettes. Si 71% d’entre eux se disent informés de cette possibilité, 89% des 2761 répondants ont continué à renouveler leurs lunettes après passage chez l’ophtalmologiste. Si des progrès peuvent encore être faits, le dispositif mis en place a cependant permis un accès facilité aux équipements optiques et aux soins.
Le Dr Thierry Bour, président du SNOF déclare : « Les mesures concernant la délivrance de matériel optique portent leurs fruits. Avec une durée moyenne de renouvellement qui est passée de 4 ans en 2007 à 2,7 années en 2018, nous constatons en France une nette amélioration de l’accès à un équipement optique, lequel est devenu le plus important en volume d’Europe. Des mesures à venir comme le 100% santé, associé à la poursuite du travail engagé par le SNOF et les pouvoirs publics vont permettre de gagner encore en efficacité. »
Renouvellement des lunettes : les patients préfèrent aller chez l’ophtalmologiste
Cette nouvelle étude du SNOF révèle que 71% des patients sont informés de la possibilité de renouveler leurs lunettes directement chez l’opticien. Dans 93% des cas, les patients citent l’opticien et l’ophtalmologiste comme sources de cette information. Les ophtalmologistes sont majoritairement favorables au renouvellement des lunettes chez l’opticien (81%)**, ils sont en effet moteurs dans le déploiement de cette délégation de tâches qui leur permet de se recentrer sur du temps médical.

Pour autant, le passage chez l’ophtalmologiste reste une habitude profondément ancrée dans les comportements des Français : 89% des répondants déclarent être passés par leur ophtalmologiste pour un renouvellement. Une tendance qui augmente chez les enfants et les personnes âgées (+ 65 ans). Ces résultats confirment l’opinion des Français qui considèrent à 90% que l’ophtalmologiste est le plus compétent pour dépister d’éventuels problèmes oculaires***.

Interrogés sur leurs choix pour renouveler leurs lunettes, 76% des patients déclarent préférer consulter leur ophtalmologiste, plutôt que de se rendre directement chez un opticien… alors que seulement 11% se rendent directement chez l’opticien !

En revanche, la description du déroulé de leur passage chez l’opticien interpelle :
- 75% ont effectué un test de vue,
- Seulement 50% des patients ayant renouvelé avec adaptation leurs lunettes directement chez l’opticien pensent que celui-ci a reporté l’information sur l’ordonnance

Des résultats bien insuffisants au regard de ce qui est prévu dans le cadre de la règlementation. Ils font écho à l’étude précédente du SNOF : les ophtalmologistes déclaraient recevoir moins de 10 messages par trimestre de la part des opticiens et estimaient que plus de 8 opticiens sur 10 ne transmettaient pas d’information au prescripteur lors d’une modification de verres correcteurs, et ce malgré leur obligation d’information et le risque d’amende.

Le Dr Bour commente :
« Ces retours des patients, associés à ceux des ophtalmologistes, montrent que les opticiens ne considèrent pas suffisamment le renouvellement des lunettes comme un acte à risque médical. Forts de leur succès, les protocoles de délégation de tâches sont amenés à prendre de plus en plus d’ampleur, et il est impératif que les opticiens prennent toute leur place au sein de ce parcours médicalisé. Cela implique qu’ils n’aient pas une simple relation commerciale avec les patients afin de gagner en crédibilité auprès d’eux. Le 100% santé pourrait être l’occasion d’améliorer la confiance des patients et des ophtalmologistes à leur égard en rendant effective la transmission des données des adaptations par les opticiens vers les ophtalmologistes et en renforçant l’information vers les patients sur les possibilités existantes et les obligations rattachées. »

Une nette amélioration de l’accès aux équipements optiques, et plus globalement de l’accès aux soins visuels
Bénéfice majeur de cette délégation de tâches : l’accès aux équipements optiques en France s’est grandement amélioré. La durée moyenne de renouvellement est passée de 4 ans en 2007 à 2,7 années en 2018****, malgré la réforme des contrats responsables (OCAM) qui empêche le renouvellement en dessous de 2 ans en l’absence d’évolution de la réfraction.
Cette amélioration se constate aussi sur les volumes d’équipements : le système français permet la délivrance de 14 millions d’équipements optiques par an contre 8,6 millions il y a 10 ans, tout en permettant une prise en charge médicale qui se traduit notamment par un excellent niveau de dépistage du glaucome, de la cataracte et de la DMLA. Pour comparaison, l’Allemagne stagne depuis 2009 entre 11 et 12 millions d’unités***** par an. Un chiffre d’autant plus étonnant que la population allemande est plus nombreuse et plus âgée et que depuis 2004, il n’est pas nécessaire, dans la plupart des cas, de posséder une ordonnance médicale pour se faire délivrer une paire de lunettes chez un opticien.

Il s’agit là d’un fort marqueur de l’efficacité de l’organisation de la filière de soins visuels en pleine transformation sous l’impulsion conjointe du SNOF et des pouvoirs publics.
Ces progrès devraient se poursuivre grâce à plusieurs éléments :
- Les derniers décrets (fin 2016) sont récents et n’ont pas encore donné leur pleine mesure.
- L’offre de soins dans les cabinets d’ophtalmologie est en croissance constante avec l’augmentation du nombre des orthoptistes, l’arrivée des assistants médicaux, le déploiement du RNO et le développement des sites multiples. De nouveaux protocoles de délégation devraient prochainement voir le jour.
- Les orthoptistes vont aussi avoir le droit d’adapter les corrections optiques dans les mêmes conditions que les opticiens.
- La création d’une cotation de la réfraction chez l’opticien à partir de 2020 dans le cadre de la réforme « 100 % santé » devrait augmenter les adaptations de correction optique dans les magasins d’optique.

Le Dr Thierry Bour explique : « Le plan d’amélioration de la filière visuelle, dont l’un des piliers est la délégation de tâches, fonctionne, en attestent les chiffres de délivrance de matériel optique, le taux d’équipement des Français et la prise en charge pour des actes ou des pathologies courantes. Nous devons poursuivre dans cette voie pour continuer à offrir aux Français un accès aux soins et aux équipements optiques à la hauteur des besoins. Il s’agit donc maintenant de consolider notre organisation avec l’ensemble des partenaires de la filière visuelle. La mission IGAS en cours sera notamment déterminante pour revoir la formation des opticiens et les aider à prendre leur place dans la filière visuelle tout en préservant un parcours médicalisé efficace. »  

*Enquête SNOF menée auprès des 2761 patients du 24 mai au 2 juillet 2019. Résultats analysés par J. Raynaud, docteur en géographie de la santé. Disponible sur simple demande en cliquant ici.
**Enquête SNOF menée auprès de 716 ophtalmologistes du 19 au 30 avril 2019. Résultats analysés par J. Raynaud
*** Etude Yougov pour le SNOF, janvier 2017
****Enquête Gallileo Business Consulting 2018 (10è Baromètre Bien Vu-Gallileo)
*****Enquête du ZVA, le syndicat des opticiens allemands.