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Thérapie génique

Rev 15-01-2003
jmm

1) Frankenstein: une introduction à la thérapie génique ?

Des chercheurs ont créé ce que la Nature n'a pas osé imaginer. En effet le mensuel Nature Biotechnology, de février 2002, relate le travail de l'équipe japonaise du Pr Shigeyuki Yokohama (Université de Tokyo). Elle a créé une nouvelle paire de nucléotides qui fut incorporée dans de l'ADN d'Escherichia coli. Ainsi aux quatres bases naturelles A(adénine), G(guanine), T(thymine) et C(cytosine), les japonais ont ajouté les bases S (2-amino-6-(2-thienyl)purine) et Y (pyridin-2-one). Ceci a permis la formation d'un nouvel acide aminé non naturel, la 3-chlorotyrosine.

Nature biotechnology

On va ainsi parvenir à créer des organismes chimériques inconnus sur Terre...

Une société pratiquant l'evolutionary biotechnology history (évolution dirigée) : Evologic (pas de site internet pour l'instant mais le nom evologic est réservé).

2) La thérapie génique, qu'est ce que c'est ?

Molécule d'ADN en double hélice
ADN en double hélice

Il s'agit d'une nouvelle approche thérapeutique, qui consiste à adapter le fonctionnement des cellules de l'organisme en modifiant, dans chaque cellule, les commandes qui sont situées dans les chromosomes. Cela doit permettre de soigner certaines maladies (rôle curatif) ou, un jour, d'éviter que certaines pathologies ne surviennent (rôle préventif).

On imagine ainsi proposer dans l'avenir cette thérapie en ophtalmologie pour différentes maladies que l'on va citer. Le nombre de patients atteints est primordial pour susciter des recherches; certaines maladies orphelines ont peu d'espoir d'intéresser la recherche dans un premier temps.

3) Historique de la thérapie génique

Les années 80 permirent d'explorer l'ensemble des gènes humains, le génome, et de les répertorier. On pense qu'on connaitra la totalité des gènes humains d'ici quelques années. Cette science est la génomique, qui demande beaucoup de travail et d'argent pour accéder à ce décryptage.

Les premières tentatives thérapeutiques apparurent en 1990 grâce à une stratégie ex vivo : les cellules du patient sont prélevées et vont être cultivées en laboratoire en association avec les vecteurs. Une fois leur ADN modifiée, elles sont réinjectées au patient.Les chercheurs se sont rendus compte que l'expression du gène n'est pas toujours efficace. Les premières maladies que l'on pensait traiter était la myopathie de Duchenne ou l'hémophilie.

4) Rappels de génétique

Les chromosomes sont les éléments situés dans les noyaux des cellules et sont formés par une longue molécule, l'ADN (acide désoxyribonucléique).

L'ADN est composée d'un grand nombre de parties unitaires, les gènes, qui vont fabriquer les protéines destinées aux fonctionnement de l'organisme. On assiste là à une 'expression' des gènes. On peut dire, schématiquement (et de façon fausse), qu'il y a un gène qui est responsable de la couleur des yeux, un autre qui est responsable de la taille de l'individu...

Il y a ainsi entre 50.000 et 100.000 gènes qui dirigent l'organisme.

Les gènes sont formés d'un assemblage d'éléments placés côté à côte, appelés nucléotides formés d'un sucre à 5 atomes de carbone, le désoxyribose, d'un groupement de phosphate et d'une base azotée parmis les quatre possibles : adénine, guanine, thymine et cytosine. Ces bases azotées sont complémentaires deux à deux et reliées par des liaisons faibles hydrogènes. Elle se relient ainsi: adénine-thymine et cytosine-guanine.

Nucléotides dans la molécule d'ADN
Un gène : un fragment d'ADN

Le génotype (ensemble des gènes) de chacun de nous correspond à un phénotype (taille, couleur des yeux...).

5) Buts de la thérapie génique

La thérapie génique va essayer de modifier les gènes qui sont déficients et fonctionnent mal. Il faut donc agir au sein de chaque cellule malade sans altérer les cellules saines. Le but recherché, complexe à atteindre, est donc la modification de la production des protéines.

Pour cela il faut :

6) Les vecteurs

Pour aller modifier les gènes des cellules, il faut utiliser des vecteurs dont le rôle est d'apporter le transgène nécessaire aux cellules. Une nouvelle science émerge actuellement, la vectorologie.

On décrit deux types de vecteurs:

Une solution élégante sera peut-être la création de chromosomes artificiels humains et déjà diverses équipes travaillent sur ce projet. Cela permettrait une meilleure expression du gène qui serait alors contrôlé par ses propres séquences régulatrices.

adenovirus adénovirus
adénovirus (icosahèdre à 252 capsomères)
réalisation ophtalmo.net
rétrovirus retrovirus
rétrovirus
réalisation ophtalmo.net

7) Les maladies génétiques ophtalmologiques

Différentes pathologies sont consécutives à des dysfonctionnements génétiques; on a ainsi répertorié 240 gènes responsables de maladies de la vision.

8) Difficultés

On se rend compte qu'on ne peut pas associer un gène à une maladie. On vient de voir qu'on peut avoir une maladie qui correspond à de nombreux gènes, ou bien au contraire qu'un seul gène peut donner différentes maladies en fonction de ses mutations ou de son expression.

Tout ceci ne doit pas démoraliser les patients qui attendent avec angoisse les progrès de la biologie moléculaire, mais il faut prendre conscience de la grande difficulté des études et des complications que cela entraîne pour le diagnostic prénatal des maladies ou la thérapie génique des pathologies.

Le diagnostic prénatal en ophtalmologie est difficile et la consultation de conseil génétique permettra dans une premier temps d'étudier toute la parentèle connue.

On demandera parfois un caryotype (syndrome polymalformatif) et plus rarement une étude biomoléculaire pour mettre en évidence des anomalies génétiques. Ainsi il faudra rechercher une délétion du chromosome 11 en cas d'aniridie car il y a prédisposition au néphroblastome (voir la génétique de l'embryologie).

Ces tests qui font quasiment partie de la Recherche doivent être faits avec parcimonie à cause de l'hétérogénéité génétique qui rend les conclusions délicates.

9) La réalité de la thérapie génique

10) Futur

Actuellement les recherches s'orientent vers un traitement des cellules somatiques du patient, celles qui composent les organes par exemple. Si on arrive à traiter un patient cela n'aura aucune influence sur sa progéniture.

Une autre voie de recherche est la modification des cellules germinatives qui sont à l'origine des cellules sexuelles, spermatozoïdes et ovules. Dans ce cas on peut penser que la modification concernera la descendance du patient qui exprimera le transgène.

Un autre axe de recherche est la mise en oeuvre des oligonucléotides chimériques qui sont formés par une association d'un brin d'ADN et d'un brin d'ARN complémentaires des régions chromosomiques à corriger. Cela permettra sans doute de réparer des mutations ponctuelles de gènes défectueux.

Tous ces éléments doivent être étudiés sous le regard attentif de la Déontologie, de la Bioéthique, du Droit, et de la Médecine.

11) Quelques liens

en français :

en anglais :

Infobiogen

The American Society of Gene Therapy (ASGT)

Généthon

MDA-Supported Gene Therapy Clinical Trials

Institut Cochin de Génétique Moléculaire

Terminologie du génie génétique

Introduction à la génétique évolutive

12) Quelques textes

An unnatural base pair for incorporating amino acid analogs into proteins
Ichiro Hirao, Takashi Ohtsuki, Tsuyoshi Fujiwara, Tsuneo Mitsui, Tomoko Yokogawa, Taeko Okuni, Hiroshi Nakayama, Koji Takio, Takashi Yabuki, Takanori Kigawa, Koichiro Kodama, Takashi Yokogawa, Kazuya Nishikawa & Shigeyuki Yokoyama,
Nature biotechnology February 2002 Volume 20 Number 2 pp 177 - 182

Biologie moléculaire et médecine
JC Kaplan et M Delpech
Flammarion médecine-Sciences Paris

Génétique et ophtalmologie
Réflexions ophtalmologiques avril 1999
 

thérapie génique et ophtalmologie