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La vie de Léonard de Vinci |
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Belle parmi les belles, elle vous contemple,
énigmatique, avec un je ne sais quoi dans son regard
limpide qui semble vous suivre autour de la grande salle ;
qui n'est pas envoûté par ce sourire et ces
yeux si doux ?
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Bien sur, la Joconde est le tableau le plus contemplé qu'il
fut au Monde.
Qui ne se laisse séduire par son charme discret ?
Elle a passé outre les modes, les styles, les époques
et son renom d'hier n'est pas aujourd'hui terni.
Mais ne comptez pas trop trouver pléthore d'oeuvres du Maître ; on n'en compte seulement qu'une douzaine. Bien que moins connues, toutes présentent cet attrait indéfinissable dans le regard qui révèle, au delà de l'art, une connaissance subtile des éléments de la vision.

Chez Léonard de Vinci, point de bavardage pictural, mais une verve, dans les esquisses, les croquis, les expériences, les notes, qui a fait de lui ce personnage familier, ce "touche à tout" inspiré que les italiens appellent Leonardo, comme un ami que l'on rencontre au coin de la rue, qui a su pratiquer avec autant de bonheur tous les arts auxquels il s'est consacré et dont la perspicacité révèle des vues d'une étonnante justesse.
Quelle étonnante figure que celle, de Léonard. Quand on
découvre, par curiosité d'abord, son oeuvre
éclectique, on ne peut s'empêcher de dépasser les
considérations culturelles pour être
entraîné dans une étude plus approfondie
de ses activités.
On admire la perfection esthétique d'un artiste et on découvre une oeuvre d'une ampleur insoupçonnée, des révélations considérables pour l'époque. On est entraîné à son insu par le besoin de connaître ses motivations, sa vie discrète faite de solitude, en butte aux jalousies et à l'incompréhension.
Il vit certes une époque trouble, non pas par le fait de
désordres sociaux, mais par la bouffée d'air pur que
provoque un courant de pensée longtemps étouffé
par les guerres, les invasions, les épidémies, les
idéologies du Moyen Age ; il secoue les "miasmes du
passé".
Déjà les esprits s'ouvrent. Des techniques nouvelles apparaissent, le régime féodal décline et avec lui la puissance ecclésiastique :
"Un esprit nouveau se propage ... On commence à se
passionner pour les propriétés réelles des
objets, la nature des choses, le spectacle de l'univers et la
ressemblance des corps, des visages. La civilisation change
d'aspect." M.Fierens
Dans ce courant, il est fréquent de trouver des esprits
pluridisciplinaires qui s'ouvrent à des activités
n'ayant aucune relation entre elles en apparence.On assiste à
un véritable décloisonnement du savoir et
Léonard n'y échappe pas.
Poussé peut-être au début par sa soif de perfection, il s'attache à résoudre un certain nombre de problèmes que lui pose son art. Il se passionne et son esprit curieux y trouve activités et satisfactions nouvelles qu'il a abordées aux hasards de sa vie turbulente.
Dans ce qu'il entreprend, rien n'échappe à sa
sagacité.
Il laisse des traces de ses travaux sous forme de feuillets, de
carnets, de manuscrits.
Beaucoup ont disparu, égarés ou détruits, si bien qu'on ne peut juger son oeuvre que sur ce qui nous est parvenu : documents partiels, dont il est bon de tracer le périple afin de le cerner avec plus d'exactitude et de définir les informations dont il bénéficie au départ.
Les étapes de sa découverte de l'anatomie, ses sources, son initiation aux secrets du corps humain, ses méthodes propres, appuyées par une connaissance approfondie de l'optique physiologique et physique, ont fait de lui un anatomiste et un physiologiste oculaire.
Dans ce domaine, seuls dix neuf de ses ouvrages sur cinquante
subsistent.
C'est peu pour se prononcer, mais assez pour mesurer l'ampleur de sa
pensée.
Rien à priori ne pouvait laisser prévoir que ce bâtard, fils naturel de Caterina, simple paysanne, et de Ser Piero da Vinci, notaire, né le 15 Avril 1452 dans le petit village d'Anchiano près de Vinci, noyé en pleine Toscane à 50 km de Florence, deviendrait aux yeux de tous le génie le plus éclatant de la Renaissance.
Sa vie très diversifiée n'est que le reflet de son existence tumultueuse, différenciée, pleine d'expériences fructueuses, toujours brillante après les quatorze premières années passées auprès de son grand-père et de son oncle, durant lesquelles il vagabonde dans la douceur de la campagne florentine, au milieu des animaux et des végétaux, y accumulant son extraordinaire amour de la nature et de ses lois. Quatorze ans durant lesquels il n'a pas de contraintes, pas d'école : il peut s'exprimer en patois toscan, le langage du peuple, peu importe alors le latin sans lequel il n'y a point d'accès à la culture .
Puis en 1466, il rejoint son père à Florence. C'est le début d'une existence pleine d'imprévus, de rebondissements, d'orientations diverses, à l'image de son oeuvre sur laquelle il importe de se pencher pour mieux comprendre l'Homme génial qu'il devint.

Il faut distinguer six périodes :
1/ Période Florentine : 1466 - 1481
Le père de Léonard, s'apercevant de son don pour le
dessin, décide de le mettre en apprentissage dans l'atelier
d'Andréa Verrochio, artiste très en vue à
Florence. A vingt ans il devient membre de la corporation des
peintres (Gilde de Saint Luc), mais reste cependant chez son
maître après y avoir reçu une formation
d'ingénieur, d'anatomiste, de bronzier et bien
évidemment de peintre, formation qu'il ne cessa de
compléter auprès des différents "techniciens"
locaux . C'est Verrochio qui lui donne une certaine
notoriété auprès de Laurent de Médicis
lequel lui commande l'Adoration des Mages (1481) . Sur les conseils
de ce dernier, il propose ses services à Ludovic Sforza, qui,
séduit par ses talents de musicien, d'architecte civil et
militaire, de peintre et de sculpteur, l'accepte au sein de sa cour
milanaise luxueuse et raffinée . Léonard quitte donc en
1482 Florence pour Milan et laisse derrière lui des
oeuvres inachevées .
2/ Période Milanaise : 1482 - 1499
Pendant son séjour il va s'occuper d'architecture et de
machines de guerre, de l'organisation de nombreuses fêtes
somptueuses, mais il ne délaisse pas pour autant son art : il
commence à peindre la Vierge au Rocher puis la
Cène. Il esquisse son traité sur la peinture et
fait des études pour une statue équestre qui doit
être érigée à la gloire des Sforza. Epoque
troublée qui vit la prise du pouvoir des Sforza à Milan
occupée par les troupes de Charles VIII puis de Louis XII
.
La guerre nécessite d'appauvrir la cité. Dans cette ambiance Léonard fait la connaissance de plusieurs savants dont Luca Pacioli qui écrit avec sa collaboration "De Divina Proportione". Il approfondit des problèmes architecturaux, mathématiques, techniques de tous ordres et anatomiques, grâce à des dissections qu'il fit à l'Ospedale Maggiore .
A la chute de Ludovic le More, Léonard part pour Venise où il peut assister aux leçons d'anatomie données par A. Benedetti. Il y étudie aussi la construction navale et commence à peindre la Sainte Anne.
3/ Seconde période Florentine (1502 - 1506)
Après être entré au service de César
Borgia pendant peu de temps, il repart pour Florence où on lui
commande une fresque pour la salle du Grand Conseil : la bataille
d'Anghiari qui a vu la victoire de Florence sur Milan . Il ne
peut mener à bien cette fresque à cause de
problèmes d'innovations techniques malheureuses .
Il poursuit les études et les essais de sa machine
volante.
Puis à la mort de son père en 1504, commencent de
sordides histoires d'héritage dont il est exclu à cause
de sa "bâtardise". Il n'obtient justice qu'en faisant
intervenir Charles d'Amboise représentant Louis XII à
Milan, ainsi que le roi de France qui fait même un voyage
à Milan.
Pendant cette période, il peint la Joconde en 1505 et
reprend ses études anatomiques à l'hôpital Santa
Maria Nuova . Il y travaille notamment sur les ventricules
cérébraux et améliore sa technique de
dissection, de démonstration anatomique et sa figuration des
différents plans des organes . Il projette même de
publier ses manuscrits anatomiques en 1507 . Mais, comme pour
la majorité de son oeuvre, il n'ira pas jusqu'au bout .
4/ Seconde période Milanaise : 1506 - 1513
Léonard, déçu et rejeté par les autorités italiennes, se rapproche des représentants français . Il fait la connaissance de Francesco MELZI, jeune homme de bonne famille qui restera son fidèle compagnon jusqu'à la fin de sa vie et qui sera son héritier.
En 1510 il rencontre le professeur de Médecine de Padoue, puis
celui de Milan Marc Antoine della Torre, qui mourra de la peste
l'année suivante . Sous son impulsion, il se remet à
l'anatomie et reprend les dissections.
Mais les hostilités reprennent entre Italiens et Français et, à la mort de Charles d'Amboise, les troupes françaises quittent Milan . Léonard, qui s'était compromis avec les Français part pour Rome afin de se mettre sous la protection de Jean de Medicis qui vient d'être élu Pape sous le nom de Léon X . (45)
5/ Séjour à Rome : 1514 - 1516
Il reprend ses études d'anatomie à l'hôpital
du Saint Esprit, mais ses autopsies déplaisent et il se voit
accuser de sacrilège par l'Eglise, qui lui interdit de
continuer .
A cette époque, il est frappé par une affection neurologique qui aboutit à la paralysie de sa main droite, ce qui l'handicape bien qu'il fut gaucher .
Malheureusement ses protecteurs disparaissent; Julien de Medicis
meurt en 1515 puis Léon X l'abandonne en 1516 . Il se trouve
désormais tout seul, en proie aux critiques de tous.
Après la bataille de Marignan, François 1er s'empare du Milanais, et Léonard demande protection au roi de France .
Celui-ci grand admirateur des artistes et en particulier de Léonard, lui attribue une rente et l'invite à quitter sa terre natale. Ce qu'il fait en s'installant, en 1516, au manoir de Cloux près d'Amboise.
6/ Séjour en France : 1516 - 1519
Léonard reçoit à Cloux la visite de
nombreux notables et admirateurs; parmi eux, en 1517, le cardinal
Louis d'Aragon est émerveillé par ses carnets,
notamment ceux traitant d'anatomie, dont il prévoit de faire
un livre .
Sur la fin de sa vie il continue quelques études de géométrie, d'architecture et achève quelques tableaux . Sentant "venir son heure" , il fait établir son testament le 23 avril 1519 et s'éteint le 2 mai 1519 .
Il fut enterré dans la chapelle du château de Cloux,
qui fut détruite ainsi que son tombeau pendant la
Révolution Française .
Le sort s'est donc acharné sur cet homme solitaire, mal
à l'aise partout, protégé par les uns,
méprisé par les autres jusque dans sa dernière
demeure . Rejeté par les siens, même la France, qui lui
donna cependant une fin de vie honorable, ne put protéger sa
sépulture .
Cruelle destinée pour cet homme qui s'interessa à
tout, étudia tout, que de laisser derrière lui une
oeuvre scientifique et artistique inachevée . A la fin de sa
vie, se sentant coupable de n'avoir rien vraiment achevé
Léonard écrira
"
... je n'ai été
empêché ni par l'avarice ni par la négligence
mais seulement par le temps. Adieu"
Q.I folio 13 Verso Windsor.
