Réunion du Samedi 10 Mai 2003, Palais des Congrès de Paris, Salle 253
Rev 18-05-2003
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Jacques VOINOT (Chaponost) : À propos des "greffes"
de vitré ; en souvenir de Pierre-Gérard Moreau, de Dijon.
Dr Jacques Voinot
Résumé non parvenu
Philippe LANTHONY (Troyes) : L’imagerie entoptique des peintres.
Dr Philippe Lanthony (CHNO Quinze-Vingts, Paris)
La sémiologie entoptique, subjective par nature, devient objective grâce
à la peinture et nous en présentons trois exemples.
L’artiste suisse Rodolphe Töpffer, inventeur de la bande dessinée,
a réalisé durant une année, une étude longitudinale
de ses opacités entoptiques en rapport probable avec une dégénérescence
vitréenne.
Le célèbre peintre norvégien Edvard Munch présenta
un décollement hémorragique du vitré qu’il traduisit
d’une façon lyrique mais exacte dans sa peinture.
Lee Allen, illustrateur bien connu des magazines américains d’ophtalmologie,
reproduisit les scotomes de sa DMLA, permettant une comparaison entre les angiographies
et les symptômes entoptiques.
Robert HEITZ (Strasbourg): Historique de la correction du kératocône
par les lentilles de contact.
Dr. Robert Heitz
La correction optique de la « cornée conique » restait irréalisable
jusqu’en 1888, année où les premiers essais de lentilles
de contact par Fick à Zurich, par Kalt puis par Sulzer à Paris
et par Dor à Lyon, concernaient des yeux atteints de kératocône.
En raison de la déception provoquée par leur inadaptation ces
premières coques cornéo-sclérales, qu’elles fussent
taillées ou soufflées, furent relayées durant deux décennies
par d’autres dispositifs de contact, tels les hydrodiascopes de Lohnstein,
de Majewski ou de Siegrist.
Les premiers essais de correction du kératocône par des prothèses
oculaires dont la partie cornéenne était rendue transparente furent
également décevants. En 1913, Helmbold publia la première
observation de la correction d’un kératocône par une coque
cornéo-sclérale dérivée de prothèses oculaires,
fournies par les ocularistes Müller de Wiesbaden. D’autres ophtalmologistes
les essayèrent par la suite, avec plus ou moins de succès. L’approche
rationnelle de cet équipement, par Siegrist de Berne et ses assistants,
entraîna le constat que ce moyen de correction du kératocône
était très aléatoire et imparfait, mais néanmoins
préféré par les patients à la défiguration
par les hydrodiascopes.
Pour leurs recherches d’optique et de lunetterie, les ingénieurs
de Zeiss à Jena avaient utilisé, peu avant la première
guerre mondiale, des lentilles de contact de divers diamètres, dont quelques
exemplaires furent essayés sans succès par Bielschowski, Weill
et Ergelet, pour la correction du kératocône. En 1920, Stock rapporta
au congrès d’ophtalmologie de Heidelberg l’utilisation d’une
coque cornée-sclérale taillée afocale. Suite à cette
observation, effectuée avec un modèle unique, Zeiss étendit
sa gamme de « verres adhérents » à quatre modèles
qui, soutenu par une large publicité furent bientôt promus au cours
de la décennie suivante dans l’Europe germanophone. Lorsqu’en
1929, avec le soutien de Heine, le fabricant élargit sa gamme de verres
d’essais qu’il proposait pour la correction de toutes les amétropies,
il devint de bon ton de mentionner leur essai non seulement en vue d’une
amélioration visuelle, mais également pour un « traitement
orthoptique » par modelage de la cornée dans le moule du verre.
L’analyse de la centaine de publications de la troisième décennie
témoigne des résultats souvent décevants, qui contrastent
avec les proclamations officielles, ceci même après que Zeiss eut
proposé des modèles « améliorés » et
eut réussi à donner une taille optique à la face antérieure
des coques, jusqu’alors afocales.
Les recherches de Dallos à la Clinique ophtalmologique de Budapest, basées
sur des moulages de globe et sur une fabrication individualisée des coques
de verre, complétées bientôt par les travaux de Sattler,
Weve et Prister, furent à l’origine d’une approche rationnelle
de la correction du kératocône, malheureusement réalisable
uniquement dans les centres équipés. La difficulté du travail
du verre optique fut aplanie par l’utilisation, dès 1938, des matières
organiques par Györrfy, Thier et Fritz.
La seconde guerre mondiale déporta le centre d’intérêt
pour les lentilles de contact vers les États-Unis, où, parmi d’autres,
Obrig publia en 1942 ses premiers résultats avec des coques sclérales
acryliques. Les matériaux acryliques permirent d’alléger
le poids et la taille des lentilles de contact et autorisèrent des adaptations
de plus en plus conformes à la géométrie cornéenne.
Certains médecins restaient toutefois fidèles à l’adaptation
plate espérant un « traitement » par compression du kératocône.
Par la suite, les matériaux hydrophiles firent naître de nouveaux
espoirs, rapidement déçus en raison de l’anoxie cornéenne
qu’ils engendraient. Après plus d’un siècle de tâtonnements,
une lueur d’espoir se dessine enfin grâce aux matériaux perméables
aux gaz associés à une saisie précise de la géométrie
cornéenne et sclérale par les nouvelles techniques kératométriques.
Aloys HENNING (Berlin, Allemagne) : La sémiotique de l’œil
chez Homère et Picasso.
(Titre original: Zum Auge als Chiffre bei Homer und Picasso))
Dr. Aloys Henning
L’aveuglement du cyclope Polyphème décrit au chant IX de
l’Odyssée est à rapprocher du séjour d’Ulysse
chez Circé décrit au chant X. et de son retour en Attique. Ces
épisodes traduisent le parcours initiatique du guerrier dont la symbolisme
archaïque, souvent androgyne, se retrouve dans toutes les cultures.
Chez Picasso, la sémiotique de l’aveuglement, illustre les horreurs
de la guerre. Dans nombre de ses peintures, il existe un rapprochement pictural
entre l’œil et le sexe féminin dont un déchiffrement
est proposé par l’auteur.
André BOUZAS (Athènes, Grèce) : Erasistrate :
un grand médecin et physiologiste de l’Ecole d’Alexandrie.
Prof. André Bouzas, 59 rue Skoufa GR 106 72 Athènes
Alexandrie a été fondée par Alexandre le Grand en l’an
332 avant J.C. Après la mort précoce d’Alexandre en 232
l’Egypte échut à Ptolémée Soter, qui avec
ses deux premiers successeurs firent de leur royaume le foyer de la culture
du monde d’alors. Ils installèrent entre autres à Alexandrie
la plus grande Bibliothèque de leur époque. Vers l’an 320
avant J.C., ils fondèrent une Ecole de Médecine, qui devint rapidement
le centre médical le plus renommé. Les deux principaux médecins
étaient Hérophile et Erasistrate, qui attirèrent les disciples
pour s’instruire, et les malades pour se faire traiter. Les Ptolémées
ont permis aux médecins de disséquer des cadavres humains, ce
qui favorisa la recherche scientifique.
Erasistrate est né à l’île de Céos en l’an
330 avant J.C. d’un père médecin, Cléombrote et d’une
mère Crétogène. Il fut l’élève de Métrodore
et de Chrysippe. Il exerça pour une courte période en Syrie et
s’installa ensuite à Alexandrie où il exerça la médecine
avec grand succès. Il se consacra également aux recherches scientifiques
concernant surtout le système circulatoire et a presque résolu
le problème de la circulation du sang. Il a décrit les valvules
cardiaques et leur fonctionnement avec une précision surprenante. Il
s’est aussi occupé du système nerveux où il distingue
les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. Il plaçait le siège
de l’âme dans le ventricule du cervelet.
Erasistrate a également traité les maladies oculaires. Il avait
même composé des collyres avec du poivre, du safran, de la myrrhe
et du misy. En chirurgie, il a pratiqué l’ouverture de la cavité
abdominale, les opérations de la hernie et celles de la cataracte. Il
rédigea de nombreux livres sur divers sujets de la Médecine. Aucune
de ses publications ne nous est parvenue. Selon ses contemporains la personnalité
médicale et morale d’Erasistrate égalait celle d’Hippocrate
Muriel PARDON (Paris) : Oeil de Lynx pour œil de taupe. Les ingrédients
d'origine animale dans la pharmacopée ophtalmologique impériale.
Muriel Pardon
La pharmacopée ophtalmologique de la Rome impériale abonde en
ingrédients d’origine animale, des ingrédients caractéristiques
de la médecine populaire. Ces remèdes illustrent le succès
de la théorie des signatures et permettent de distinguer les pratiques
médicales qui s’inscrivent dans les traditions thérapeutiques
savantes, - grecque et égyptienne -, des démarches novatrices,
- qui ne négligent pas, pour leur part, le savoir oral. Dans la pharmacopée
ophtalmologique impériale, les ingrédients d’origine animale
soulignent l’irruption d’une médecine affective, qui puise
autant ses sources dans le savoir livresque et dans les constatations objectives
que dans les correspondances tissées par l’imaginaire. Par le biais
des lois de la sympathie et de l’antipathie universelles, c’est
la topique qui crée le topique.
Jose Maria SIMON, Sara Isabel SIMON, Guillermo SIMON (Barcelone, Espagne)
: À propos des cataractes de Jean II, Roi d’Aragon et Compte du
Roussillon.
Dr. José Maria Simon, Dr. Sara Isabel Simon, Dr. Guillermo Simon
(Barcelone, Espagne)
Jean II, roi d’Aragon (Confédération Catalane-Aragonaise)
et Compte du Roussillon (1458-1479) devint pratiquement aveugle à l’âge
de 65 ans en raison d’une cataracte. Le Maître juif Crescas Abnarrabi
fut appelé en consultation et conseilla d’opérer le roi.
La reine Jeanne Enriquez s’opposa à l’intervention, de peur
de perdre son mari, étant donné son âge avancé.
Pour démontrer les chances de succès, Crescas opéra au
préalable deux malades de même âge et d’un état
de santé similaire à celui du roi. Après le décès
de reine, le 11 septembre 1468, l’opération de l’œil
droit fut réalisée à Saragosse (Espagne) avec un succès
total.
Jean II insista pour se faire opérer de l’œil gauche, mais
l’intervention fut remise par le chirurgien qui, craignant un échec,
voulait l’empêcher, prétextant des motifs astronomiques.
Finalement, le monarque fit valoir sa volonté et la deuxième opération
se déroula, elle aussi, avec un bon résultat.
Marguerite ZIMMER (Strasbourg) : Emploi de l'éther et du chloroforme
dans la chirurgie oculaire du XIXe siècle.
Dr. Marguerite Zimmer
À peine l’anesthésie à l’éther sulfurique
fut-elle introduite dans la pratique chirurgicale européenne que les
ophtalmologistes tentèrent d’appliquer la méthode américaine
aux opérations oculaires.
Au cours de la première quinzaine du mois de janvier 1847, Frederic Harrington
Brett, chirurgien au Western Institute for Diseases of the Eye à Londre,
fut en mesure d’opérer une femme de 70 ans d’une cataracte,
un jeune garçon d’un strabisme et une femme d’une amaurose
avec ptosis.
En France, après trois essais infructueux d’anesthésie à
l’éther sulfurique, tentés par Jean-François Malgaigne,
Alfred-Armand-Pierre-Marie Velpeau et Pierre-Nicolas Gerdy, avec des appareils
défectueux, Sauveur-Henri-Victor Bouvier réussissait, le 6 février
1847, à opérer une femme d’un strabisme interne de l’œil
droit. Jean-Baptiste Baudens, Stanislas Laugier suivirent bientôt l’exemple
de Bouvier. À Tours, Louis Tonnelet exécuta avec succès
une opération importante: l’énucléation d’un
œil.
Des problèmes liés à la toux, à la fuite de l’œil
devant l’instrument, à la sortie du corps vitré, ont limité
l’emploi de l’anesthésie à l’éther en
ophtalmologie.
Le 2 décembre 1847, un mois après les premiers essais d’inhalation
du chloroforme par James Young Simpson, à Edimbourg, Paul-Louis Guersant
employait l’anesthésie au chloroforme pour l’opération
d’une cataracte. Lucien Boyer et Alexandre-Louis-Paul Blanchet publièrent
très rapidement des considérations sur l’emploi comparatif
des deux types d’anesthésie en chirurgie oculaire, tandis que Salvatore
Furnari, au début de l’année suivante, observait l’altération
momentanée de la couleur du sang chez un individu opéré
d’une kératite strumeuse.
En 1852, Henri Frémineau expérimentait les transplantations de
cornée sur les oiseaux et le chien, mais ce n’est qu’en 1874
que Pierre-Constant Budin et Paul Coÿne publièrent une analyse précise
sur l’emploi du chloroforme en chirurgie oculaire et sur les phénomènes
pupillaires qui en résultent.
Bernard MAZINGUE (Arras) : Les prémices de la spécialisation
à Arras: l'exemple de l'oculiste Jérôme HAZARD.
Résumé non parvenu
David HARPER (Ashland, WI/USA) : La théorie accommodative de
Tscherning : une vaillante centenaire.
Dr. David Harper
Parmi les nombreuses initiatives originales de Hans Erik Marius Tscherning (1854-1939),
se trouve celle d’une théorie de l'accommodation qui était
diamétralement opposée à la théorie de Helmholtz.
Tscherning suggérait en effet, que la contraction du muscle ciliaire
augmenterait la tension de la zonule et entraînerait ainsi l'aplatissement
de la périphérie et le renflement conoïdal du centre du cristallin.
Récemment, R. A. Schachar a émis l’idée qu’au
cours de l’accommodation, la contraction ne concernait que les fibres
longitudinales du muscle ciliaire, ce qui augmenterait la tension des fibres
équatoriale et détendrait les fibres antérieures et postérieures
de la zonule. Cette répartition des forces de tension aurait comme conséquence
l'épaississement de la partie centrale du cristallin, ainsi que l’avait
proposé Tscherning.
Les tentatives récentes d’inverser le processus de la presbytie,
en augmentant l'amplitude d’accommodation par un élargissement
chirurgical de l'anneau zonulaire, sont basées sur cette théorie.
L’effet de la chirurgie vise à augmenter l'espace entre l'équateur
du cristallin et le corps ciliaire et ainsi accroître la tension sur les
fibres équatoriales de la zonule lors de la contraction du muscle ciliaire.
Un siècle après sa présentation, la théorie de l’accommodation
de Tscherning est ainsi à l’origine d’une approche chirurgicale
originale. Malheureusement la théorie accommodative de Tscherning est
peu citée et le nom de son auteur est rarement mentionné dans
ce contexte.
Jean-Marie CHANSEL (Paris) : Louis Vidal dit l’aveugle, sculpteur
animalier.
Résumé non parvenu
Jean VOLA (Marseille) : L'opération de la cataracte au pays
des hommes bleus (Mauritanie).
Dr. Jean Vola, Marseille
Lors de notre séjour en Mauritanie, nous avons rencontré Mohamed
Moktar Ould Aoufa, descendant d’une illustre famille médicale du
pays qui nous a expliqué le procédé traditionnel d’opération
de la cataracte.
Le patient est allongé sur un tapis en peau de mouton et l’opérateur
assis sur un coussin à côté de sa tête. Le premier
temps opératoire consiste en application de ventouses constituées
par trois cornes de bouvillon à pointe tronquée, posées
sur les régions, sus-orbitaire, temporale et sous-orbitaire. L’effet
résultant est une akinésie, et peut être une certaine anesthésie.
Les paupières sont écartées par un anneau en métal
muni d’une poignée. L’incision est faite avec un stylet,
sorte de clou aiguisé tenu par un manche en bois. La pénétration
se fait au limbe temporal inférieur par petits coups successifs à
travers la conjonctive, sclère, angle irido-cornéen pour atteindre
le cristallin derrière l’iris. Après l’ouverture de
la capsule, le noyau est luxé dans le vitré s’il est dur
et aspiré avec une plume d’autruche ébarbée si la
cataracte est molle. Le pansement est une poudre appelée Akaz dont la
composition varie selon la richesse du patient.
Nous avons eu l’occasion d’examiner plusieurs patients dont les
yeux étaient calmes, la tension oculaire normale et la pupille ronde,
le noyau cristallinien visible à la partie déclive du globe. Il
est probable que cette opération est encore pratiquée de nos jours.
Albert FRANCESCHETTI (Genève, Suisse): Edward Hartmann, un neuro-ophtalmologiste
international.
Dr. Albert Franceschetti
Par sa personnalité, son parcours et ses intérêts, Edward
Hartmann (1893-1975) fut un homme hors du commun. Descendant d’une vieille
famille protestante, fils d’une mère américaine, ce fut
un homme digne, obstiné à la tâche, noble de caractère,
à la fierté mesurée et discrète.
En 1924, il publie sa thèse sur les conséquences physiologiques
de la neurotomie rétrogassérienne avec contribution à l’étude
de la kératite neuro-paralytique. Sa carrière véritable
débute à l’hôpital Lariboisière de Paris dans
le service créé par Victor Morax et qu’il dirigera lui-même
à partir de 1946. Entre 1941 et la fin de la deuxième guerre mondiale,
il séjourne aux Etats-Unis et se lie d’amitié avec Saint-Exupéry,
Maurois et Léger, tout en trouvant aide et soutien auprès d’ophtalmologues
tels que Conrad Berens, Reese et Derrick-Vail. Entre 1950 et 1962, il est secrétaire
du Conseil international d’Ophtalmologie ; de plus, à la mort d’André
Magitot, il occupe pendant huit ans les fonctions de rédacteur en chef
des Annales d’Oculistique.
L’œuvre de Hartmann, vaste et variée, compte plus de 200 travaux
publiés. Les parties les plus originales sont sans doute celles qui touchent
à la neurologie, la radiologie, les troubles psychosomatiques et le strabisme.
En 1965, Hartmann, quitte Paris pour s’installer dans la maison Morax
à Morges, où il passera les dix dernières années
de sa vie, là où ses élèves et amis venaient le
voir.
Françoise LAUNAY (Paris) : La carte de la Lune de Cassini et
les beaux yeux de son épouse.
Mme Françoise Launay Observatoire de Paris, Section de Meudon
La très riche journée londonienne de la Société
Francophone d’Histoire de l’Ophtalmologie organisée par Richard
Keeler en février 2002 comportait entre autres une visite à la
British Library où se tenait une exposition sur les cartes de géographie.
C'est là que j'ai découvert, sur la célèbre carte
de la Lune de Cassini, la surprenante et très jolie tête de femme
que l'on peut y voir depuis 1679, et qui a très vite été
remarquée, en particulier par Fontenelle.
En tant que membre de la grande maison qui a été dirigée
par la dynastie des Cassini de 1669 à 1793, je ne pouvais qu'être
interpellée par les questions posées par Peter Barber, le commissaire
de l'exposition qui guidait notre visite : "Que fait cette femme sur la
carte, qui était-elle, et qui l'a mise là, Cassini lui-même
ou le graveur ?"
Une recherche dans les archives de l'Observatoire de Paris s'imposait de toute
évidence, et je suis heureuse qu'elle m'ait donnée non seulement
l'occasion de préciser et de corriger l'histoire et les déboires
des cartes de la Lune de Cassini qui ne sont pas toujours rapportées
avec l'exactitude souhaitable, mais aussi de tenter d'apporter une réponse
plausible à ces questions que beaucoup se sont posées, mais manifestement
sans jamais pousser plus avant l'investigation.
Au cours de mon exposé, je fais admirer quelques-uns des somptueux dessins
préparatoires à la gravure de la carte dont l'album relié
constitue sans aucun doute l'un des fleurons de la bibliothèque de l'Observatoire,
je montre les différents tirages des cartes gravées, celle de
1679 mais aussi celles de 1692 et de 1785, et je présente quelques dessins
et photographies de la tête de femme effectués au 19ème
et au 20ème siècle. Je dévoile enfin pourquoi je ne pense
pas impossible que ce soit tout simplement sa femme Geneviève de Laistre
(1643-1708) que Jean Dominique Cassini (1625-1712), dit Cassini I, a demandé
au graveur Jean Patigny d'immortaliser sur la gravure de sa carte.
Référence : Françoise LAUNAY, "La tête de femme
de la carte de la Lune de Cassini", L'Astronomie, Vol. 117 (2003), 10-19.
Marc GODART (Cognac) : Jean de La Fontaine, âme
visible.
Marc Godard
À notre époque, le Visuel, tient une place majeure dans l’érotisme
de nos mœurs via les médias ; mais quelle pouvait être son
importance par rapport aux autres sens à une période qui s’inspirait
de la littérature latine et grecque ?
Jean de La Fontaine, spectateur et acteur du « siècle de Louis
XIV » est considéré comme un auteur « classique »
dont les fables sont le chef d’œuvre, mais dont les « contes
et nouvelles érotiques » nous révèlent plus intimement
la personnalité et à travers lui, la façon d’aimer
au XVII° siècle.
Le jeu, la jupe, et l’amour des plaisirs,
Sont les ressorts que Cupidon emploie ;
De leur boutique, il sort chez les François
Plus de cocus que du cheval de Troie
Il ne sortit de héros autrefois.
La Fontaine est considéré par ses contemporains
comme un libertin, il a acquis de l’expérience en menant une joyeuse
vie d’étudiant à Paris et à Château-Thierry,
sa ville natale. Puis pris en flagrant délit en train de chercher de
sublimes félicités avec la femme du lieutenant du Roi , il est
puni par son père qui l’oblige à se marier. La fréquentation
des salons Parisiens dont celui de Madame de la Sablière, lui assure
une renommée. Ajoutons qu’il n’a écrit rien d’important
avant l’age de 40 ans et que c’est donc avec recul et expérience
qu’il compose ses premiers contes. Il est l’archétype des
représentations visuelles d’un cerveau masculin : il est naturellement
licencieux et il n’épargne pas les femmes présentée
comme trompeuses, effrontées, crédules et débauchées,
pouvant se passer des formes mais jamais d’argent. Ses Scrupules littéraires
métamorphosent des scènes de voyeurisme en récits d’une
ravissante ironie et l’auditeur, tous sens en éveil, reste suspendu
aux lèvres du conteur. Les couleurs sont presque inexistantes : un peu
de vert, de blanc et de noir ; pas de rouge, ni de jaune ni de bleu réunis
en « arc en ciel » ou « fleurs » ou « soierie,
pierres précieuses ». On retrouve l’influence la théorie
des couleurs de Descartes : » il n’y a point de couleurs au monde,
ce ne sont que de différents effets de la lumière sur différentes
superficies » La subjectivité de notre esprit traduit ces longueurs
d’ondes en sensations non mathématisables et toujours pensées
confusément en fonction du contexte.
Aimer, c’est voir; le besoin de rendre son âme visible pour un cerveau
masculin, amateur éclairé de tous les jeux de miroir qui sont
autant d’allégories que de reflets parlants. Dans « le Cas
de Conscience » Anne regarde un jeune garçon se baigner nu : «
l’objet plut à sa vue » son confesseur la malmène
:
« être dans ses regards à tel point
sensuelle !
c’est, dit-il un très grand péché.
Autant vaut l’avoir vu que de l’avoir touché. »
La Fontaine introduit dans deux de ses contes une touche de modernité : des lunettes !
« disant ces mots, il ôte sa chemise ;
Regarde faire, et ses lunettes prend. »
Cependant, quand il s’agit de femme, se priver de ses sens ne se peut sans compensation financière (« le petit chien… ») ou du moins un échange :
« fermez-vite vos yeux, vos oreilles, vos mains.
Rien de vous manquera ; je vous fais la maîtresse
De tout ce que le ciel m’a donné de richesse….
D’être sourde, aveugle, et cruelle ;
Et de ne prendre aucun présent »
Et quel sens préférer ; pour La Fontaine , la vue
n’est que les prémices du toucher.
Dans son Conte : « le différend de Beaux Yeux et de Belle Bouche
» lequel est plaidé devant un tribunal pour les honneurs, Si Beaux
Yeux est la clef pour s’introduire dans les cœurs et c’est
l’inclination de l’âme ; Belle bouche satisfait trois sens
(le toucher, le goût et les sons) et sait satisfaire un amant, elle est
active même les yeux clos et la nuit. Belle Bouche gagne la partie en
baisant le juge de son mieux. On peut ainsi établir que « Beaux
Yeux « est le coté masculin du fabuliste et Belle Bouche son pendant
féminin qui sort gagnante de l’épreuve.
Cette préférence est finalement surprenante de la part d’un
auteur qui prit le parti « des anciens » lors de la querelle contre
« les modernes » : car enfin pour emporter la pomme, Aphrodite n’eut
besoin que de dévoiler ses charmes devant Paris et ne dit rien. Est-ce
à Penser que mes contemporains dans leur vécu de l’érotisme,
sont plus proches des Grecs que ceux de La Fontaine ?
Les études physiologiques modernes en psychiatrie et sexologie tentent de démontrer que l’excitation sexuelle du cerveau masculin passe par la vue. On fait regarder un film pornographique à un volontaire placé dans le tunnel de l’IRM et on enregistre en même temps son état de turgescence par pléthysmographie. On constate que de nombreuses aires corticales « s’allument » et que des « courant » convergent vers l’hypothalamus, le cortex limbique, l’amygdale, en passant par des aires préfrontales, temporopariétales associatives et occipitales. Dans quel sens va l’activation, personne n’est capable de le dire mais notre siècle a considérablement développé ces possibilités au point de rendre prude le modèle anglo-saxon qui réglemente sévèrement les rapports hommes/femmes, s’interdit de toucher et rêve de cybersex, en opposition avec l’esprit latin plurisensoriel.
Pour les femmes, il y a des études analogues, mais les marqueurs de l’excitation sexuelle sont plus sujets à caution et l’efficacité de la stimulation visuelle semble plus variable; en un mot : elles idéalisent, se relaxent et intériorisent davantage. Le film pourrait être remplacé par la lecture des contes et de leurs jeux érotiques car l’imagination visuelle est chez elles de bien meilleure efficacité. La Fontaine en a conscience dans ses « Avertissement et Préfaces » pour qui « trop de scrupules gâterait tout ».
Pour les deux sexes, l’idéalisation et l’intériorisation
sont aidées par le sens du toucher ; comme le dit La Fontaine : «
et je sais beaucoup d’hommes qui sont femmes sur ce point ».
Jusqu’à l’élégie funèbre dans la bouche
de Vénus :
« mon Amour n’a donc pu te faire aimer la vie
!
tu me quittes, cruel ! au moins ouvre les yeux,
montre-toi plus sensible à mes tristes adieux ; »
Perdre un homme, effacer ses images mentales, c’est l’enterrer.