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L’évolution de la notion de « Glaucoma » vers celle de «Cataracte»
selon l’Académie Royale des Sciences de Paris
(1705-1708)

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L’année des doutes (1707)

Au début de l’année suivante, en 1707, parut le traité d’Antoine Maître-Jan (9). L’auteur en avait envoyé un exemplaire à L’Académie, accompagné d’une lettre circonstanciée dans laquelle il reprend les arguments exposés dans sa lettre de l’année précédente, mais les illustre cette fois-ci d’exemples cliniques et de résultats de dissections d’yeux (10).

maitre jan
Antoine Maitre-Jan
Traité des maladies de l’Œil Troyes 1707

L’exemple le plus frappant est celui d’une « pauvre femme » dont il avait abaissé avec succès la cataracte aux deux yeux, ce qui lui avait permis de voir normalement. Un mois après l ‘opération elle mourut, Antoine préleva les yeux, les disséqua, et trouva que le vitré occupait la place du cristallin abattu « dans la partie inférieure de l’uvée », sous l’iris, attaché en partie au corps ciliaire. Les cristallins étaient de couleur brune et opaque. Antoine avait également observé que les cataractes qui avaient remonté après leur abaissement se présentaient sous forme de « gros corps rond et blanc » qui n’avaient « pas la forme d’une membrane ».

Au cours du mois de mai 1707, les procès-verbaux mentionnent que l’Académie a assisté à deux séances de dissections d’yeux, l’une par Jean Méry l’autre par Littré. Ce dernier a apporté l’œil d’un homme de 22 ans qui avait depuis longtemps une cataracte. L’ouverture de la cornée a montré qu’une « membrane mince et opaque, attachée à toute la circonférence intérieure de l’iris, fermait entièrement l’orifice pupillaire. Le cristallin était transparent » (11). Après cette observation, les académiciens restaient convaincus que la cataracte était une membrane.

Littré
Dissection d’un œil par Littré
28 mai 1707 Registre des p-v p. 208 recto

Méry présenta le 27 août 1707 une synthèse des observations connues (12). Il réunit les observations contraires à la nouvelle hypothèse qui « soutient que l’on peut voir sans cristallin » :

Méry en conclut que l’opinion des Anciens est vraie et que l’opinion des Modernes est fausse. Abattre le cristallin est dangereux, puisque les malades restent privés de la vue comme auparavant. Méry exprime néanmoins quelques doutes, puisque Antoine rapporte que ses malades ont recouvré la vue après qu’il leur avait abattu le cristallin, et que dans le cas de la « pauvre femme » cité dans le traité, cet auteur avait trouvé les cristallins placés dans le bas de l’œil.

Méry tire encore quelques autres conclusions intéressantes :

Quelques mois plus tard, le 7 décembre 1707, Gabriel-Philippe de La Hire (le fils) intervient à l’Académie pour rapporter qu’il avait assisté récemment à l’abaissement d’une cataracte par l’oculiste Woolhouse, qu’il s’agissait « d’une membrane dure et blanche » et que sitôt cette membrane abattue, le malade voyait les objets que l’on lui présentait (13).

gabriel philippe de la hire
Gabriel-Philippe de La Hire, le fils
7 décembre 1707 Registre des p-v p. 426 recto

Il s’est également attaché à vérifier l’hypothèse ancienne que l’humeur aqueuse se mélangeant avec le vitré créait des perturbations de la réfraction. En mélangeant du vitré d’un œil de bœuf avec de l’eau, il n’a pas trouvé de déformations notables des rayons lumineux. Il conclut donc qu’une personne à qui on aurait abattu le cristallin pourrait voir pourvu qu’elle se servit de verres convexes.

Le secrétaire de l’Académie, Fontenelle, en faisant la synthèse des travaux de l’année 1707, releva les contradictions entre les observations des académiciens et celles d’Antoine. Le fait que La Hire a montré qu’il fut possible de voir sans cristallin, est en faveur des observations d’Antoine, « mais il ne s’ensuit pas qu’on abatte toujours le cristallin quand on croit abattre la cataracte, ceci n’est pas crédible après ce que Littré avait fait voir à l’Académie » (14).

Fontenelle
La synthèse de Fontenelle
Histoire de l’Académie Royale des Sciences 1707 p. 22

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