Accueil | Photothèque | Annonces | Art | Histoire | Liens | Vue | Maladies | Chirurgie | Homepage | Ecrivez-nous

La couleur au fil des siècles 3/4

Page 1 | Page 2 | Page 3 | Page 4

Le Moyen Age

Les peintres qui brillaient du Moyen-Age au XVIIème siècle n'utilisaient que des pigments naturels pour leurs tableaux, et peu de ces couleurs tenaient à la lumière. La plupart des couleurs qu'on trouve dans la nature ne supportent pas la lumière et fanent. Certaines purent tout de même être utilisées. C'est ainsi qu'on a vu apparaître de magnifiques icônes qu'on peut admirer dans tout le monde orthodoxe.

La basilique Saint-Marc (Venise Italie)
La basilique Saint-Marc (Venise Italie)

Il faut pénétrer dans la basilique Saint-Marc à Venise pour percevoir l'éblouissement procuré par les mosaïques des coupoles. L'or des murs se projette sur les visiteurs. De nombreuses icônes décorent l'intérieur, souvent amenées de Constantinople avec le butin de la IVème croisade (1204).

Cette époque de la chevalerie avait découvert l'azur et l'or qui fut associé aux couleurs chrétiennes. Ces couleurs correspondent alors au commandement et la dignité d'un rang élevé de celui qui les porte. Ainsi la couleur bleue est réhabilitée et va représenter le royaume de Dieu. Ce sera l'heure de gloire du pastel.

Le pastel bleu est une coloration issue d'une plante (isatis tinctoria) qui a fait la fortune de bien des personnes. La région de Toulouse était très célèbre pour cette production (Lauragais & Albigeois), et bien des hôtels particuliers de la ville doivent leur existence au pastel. Mais le cycle de préparation du pastel est très long, plus de deux ans environ et sa préparation est complexe. Les feuilles ne contiennent qu'un précurseur du colorant

Gaston Phébus, Comte de Foix
Gaston Phébus, Comte de Foix

C'est au fond d'une prison de Gênes que nous trouvons le vénitien Marco Polo, en 1298, qui va raconter ses extraordinaires aventures aux confins du monde connu. Il constitua ainsi un célèbre ouvrage qui s'appelle le livre des Merveilles. Il en reste une centaine de manuscrits dans toutes les langues romanes.

Marco Polo, y raconte que le colorant appelé Indigo qu'on recevait d'Inde sous forme de blocs bleus et qu'on a longtemps cru issu d'un ément minéral, provient d'une plante.

 

Le livre des merveilles
Le livre des merveilles
Marco Polo 1271

Il raconte ce qu'était l'île d'Ormuz où "les marchands y viennent de l'Inde avec leurs nefs, y apportent épiceries de toutes sortes, pierres précieuses, perles et draps de soie et d'or et d'autres différentes couleurs, dents d'éléphants et maintes autres marchandises (chapitre XXXV)".

Cet indigo sera utilisé pour teindre les tissus d'un bleu profond.L'utilisation de l'indigotier (Indigofera tinctoria), beaucoup moins cher que le pastel, va signer l'arrêt de mort de cette industrie européenne et va supplanter facilement le pastel qui disparaitra en 1562.

On connait depuis longtemps un colorant rouge issu de la racine de la garance, qui est une plante herbacée (rubia tinctoum) des régions chaudes et tempérées. On s'en sert pour l'armée à partir de 1835 "Les pantalons garance de l'ancienne infanterie de ligne." La garance contient un colorant assez résistant dérivé de l'anthraquinone, l'alizarine. Il fallait récolter les racines, les broyer et les bluter pour en extraire le colorant, on disait que la garance était robée.

On utilisait aussi le kermès qui est un insecte situé sur les chênes qui donne le rouge écarlate. Le carmin issu des cochenilles du nopal, la sépia produite par la sèche et le jaune indien tiré de l'urine de vaches nourries avec des feuilles de manguier faisaient partie de la palette utilisable.

Le jaune provenait de plantes comme le genêt, la gaude ou la sarrette des teinturiers. Cette couleur est celle de l'opprobre et est imposée aux juifs et aux sarrasins par les autorités ecclésiastiques.

Le Nouveau Continent découvert par Christophe Colomb recèle de nombreuses couleurs inconnues comme le bois de campêche (noir-violet), le mûrier ou le rocou (orangé-rouge). La cochenille va détrôner le kermès. 

La peinture, dans les siècles, suivait certaines règles. Comme l'écrivait Du Fresnoy en 1673 dans son livre "Art de peinture", il faut distinguer la couleur qui consiste à appliquer des teintes comme le font les teinturiers et le coloris qui est l'intelligence des couleurs. "Les peintres qui ne sont pas coloristes font de l'enluminure et non de la peinture" écrivait Delacroix.

Léonard de Vinci racontait ainsi ce qu'était pour lui la peinture:

Contrairement au sculpteur "enfariné de poudre de marbre, semblable à un boulanger", le peintre est assis "très à l'aise devant son oeuvre, [...] bien vêtu, agitant un pinceau léger avec des couleurs agréables, et il est paré de vêtements à son goût [...] et souvent, il se fait accompagner par la musique ou la lecture d'oeuvres belles et variées...".

Dans son tableau Sainte Anne et la Vierge, on perçoit bien la couleur bleue des parties obscures des montagnes "montrant leur vraie forme et couleur" à mesure qu'elles s'élèvent.

Le peintre s'intéresse beaucoup à la perception des couleurs, dans son livre inachevé Sulla pittura, qui explore la réalité des ombres et des lumières.


Sainte Anne et la Vierge (1452-1519)
Léonard de Vinci

Titien, à Venise, selon la belle formule de Hetzer "a remis la couleur sur les épaules de l'Art" et a inséré la pourpre vénitienne dans la fuite éperdue des perspectives.

Le "fondateur des coloris européens" utilise dans sa peinture des éléments provenant de son Maître, Giovanni Bellini, comme les couchants orangés de l'horizon, représentant le dernier souvenir de l'or des mosaïques de Saint Marc.

Il n'oubliera pas non plus le disciple hérétique de Bellini, Giorgione qui donnait l'exemple scandaleux de la pose de couleurs sur la toile sans dessin préalable !! Ce procédé était réprouvé par le chroniqueur de l'époque, Vasari, au nom du disegno et de l'étude de l'antique, mais il reconnaissait que le peintre reproduisait "la fraîcheur de la chair vivante".

Titien Portrait du Doge Andrea Gritti 1544-1545
Titien Portrait du Doge Andrea Gritti 1544-1545

Rubens s'est constitué sa gamme de coloriste en copiant les maîtres italiens. Après avoir rompu ses activités de diplomate de l'Infante (pour "rompre les liens dorés de l'ambition") il se consacra entièrement à sa peinture.

Nous ne ferons qu'évoquer Vermeer dont la démarche excella dans l'analyse de la lumière colorée. "Pure contemplation, elle va au delà de toute description du réel dans une quête d'un principe divin, essence de la natura naturans de Spinoza".

Delacroix fut un grand expérimentateur de couleurs et dans son atelier il passait beaucoup de temps à "masser avec la couleur, comme le sculpteur avec la terre, le marbre ou la pierre". Sa réalisation du plafond d'Apollon comptait 28 couleurs primaires, dont huit jaunes différents. Il note dans son journal des nuances qu'il est le seul à pouvoir traduire en peinture : demi-teinte gris opale irisée, orange et vert émeraude, vert rose chaud, reflets orangés verdâtres violâtres.

 

 Page 1 | Page 2 | Page 3 | Page 4