La Grèce

Les 15537 vers de l'Illiade racontent comment la belle Hélène, quittant Mycènes pour Troie, avait reçu de sa mère "un voile à bordure d'acanthe de couleur de safran". Plus tard, Enée, arrivant à Carthage, offrit à la reine Didon ce voile, sauvé des ruines de Troie.
Nous pourrons évoquer les yeux pers
de la déesse Athéna, qui protège Ulysse.
Celui-ci sera charmé, dès son arrivée à
Ithaque, par Nausicaa aux bras blancs
,
fille d'Alkinoos:
"Après vingt jours, je n'ai pu que hier échapper à la mer couleur de lie de vin.../...Enfin, lorqu'il se fut baigné le corps entier et frotté d'huile fine, il revêtit les habits que lui avait donnés cette vierge sans maître. A ce moment Athéna, née de Zeus, lui donna de paraître et plus grand et plus fort, et fit tomber de sa tête des boucles de cheveux aux reflets de jacinthe".
Empédocle d'Agrigente (490-435 av JC) fut le premier philosophe grec à écrire des textes sur la couleur. Pour ce philosophe poète et médecin, tout était en relation avec les quatre éléments fondamentaux, le feu, l'eau, l'air et la terre. La grande inconnue d'époque était de savoir si la vision était un phénomène actif, les yeux lançant des rayons de vision, ou bien si c'était un phénomène plus passif, les yeux recevant des images du monde extérieur. Il essaya d'adopter les deux théories simultanément, considérant l'oeil comme un récepteur mais aussi comme une lanterne qui diffuserait des ondes.
En rapport avec les quatres éléments, il décrivait quatre couleurs fondamentales, le noir, le blanc, le rouge et le vert.
Platon plus tard adhéra à l'idée d'Empédocle. Pour lui la lumière était métaphysique. Il appelait le soleil "le fils de Dieu" et il considérait les yeux comme alliés du soleil.
Rome
Cette époque est dominée par l'utilisation du coquillage murex et purpura pour obtenir la couleur pourpre très recherchée par les romains. C'est le dérivé dibromé en position 6 et 6' de l'indigo. Il faut 12000 murex pour extraire 1,4 g de colorant. La ville de Tyr, en Phénicie, était célèbre pour sa pourpre :"La pourpre tyrienne deux fois teinte, d'un éclat merveilleux" (Fénelon).
Pline (1er siècle) nous en parle dans son « Histoire Naturelle ». Cette couleur est si précieuse qu'elle est déclarée "Color Officialis" et qu'elle correspond alors au pouvoir. L'empereur Néron ordonne la peine de mort et la confiscation des biens pour celui qui porterait ou même achèterait de la pourpre impériale. Des héritiers de l'empire porteront le surnom de porphyrogénète (né dans la pourpre). La chute de Byzance en 1453 marque de manière symbolique la fin du Moyen-Age et la fin de la pourpre.
La "Domus Aurea" (la maison dorée) fut construite par l'Empereur Néron après l'incendie de Rome en 64, à la place de la Domus Transitoria . Cette immense demeure romaine regroupait de nombreuses salles aux peintures superbement colorées :

Pompéi, ensevelie par le Vésuve le 24 aôut 79, est aussi célèbre par la couleur rouge des murs de ses demeures. Ce rouge pompéien donne un aspect très attrayant à ces habitations. Ce rouge sang provient du cinabre (sulfure de mercure) qu'on a réduit en poudre qui donnera le rouge vermillon. Ce cinabre vient de la mine d'Almaden en Espagne (province de Ciudad Real). Il coûtait alors très cher et n'était utilisé que dans les demeures de grande classe.
Böcklin évoque ces peintures en disant: "Considérés à l'époque comme des artisans, les peintres de Pompéi furent pourtant de plus grands peintres que ceux du quinzième et du seizième siècle. L'on ne peut qu'admirer la légèreté et la beauté de leurs oeuvres, des compositions au sein desquelles chaque élément rentre en résonance avec les autres; et l'on ne peut que s'étonner de leur connaissance approfondie des moyens picturaux...".

On oppose à la couleur pourpre de l'Empire romain (color officialis), la couleur barbare (caeruleus color) des barbares. Ce bleu foncé était tiré du guède, une plante (isatis tinctoria), dont les Bretons et les Celtes se peignaient le corps pour apparaître redoutables au combat, telles des "armées de spectres" (Tacite). Ce guède est le pastel qui fera prospérer des siècles plus tard, la région de Toulouse (France).
Cette couleur bleue était déconsidérée pendant toute la période romaine et il faut attendre la fin du XIIème siècle pour la voir adopter par les puissants. Les mots évoquant le bleu sont principalement d'origine arabe et non latine ou grecque, par exemple azur vient de l'arabe lâzaward.
