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Semaine du 12 au 17 avril 2005

Aberrations et performances : pas d'incompatibilité (Am. J. Ophthalmol. 2005 ; 139(2) : 225-8, Y. Levy et al.) http://linkinghub.elsevier.com
L'aberrométrie est un outil dont on ne saurait plus se passer. Les aberrations sont les imperfections de l'image produites par un système optique, imperfections inhérentes au système lui même. A l'origine, le front d'onde décrit une sphère virtuelle, qui résulte de la propagation dans toutes les directions de l'espace des rayons issus d'une source lumineuse monochromatique ponctuelle. En l'absence d'aberration, le front d'onde reste sphérique. En revanche, en traversant un système optique, imparfait par nature, il se déforme. L'analyse de ces déformations revient à étudier les aberrations. Tout système optique induit des aberrations, l'oeil compris. Les auteurs, qui se sont intéressés à 70 yeux (35 personnes) disposant d'une super acuité visuelle (au moins 20/15), ont relevé un taux non négligeable d'aberrations d'ordre élevé. L'occasion de rappeler que certaines aberrations physiologiques sont utiles à la vision.

Les secrets de l'atrophie péri papillaire
(Curr. Opin. Ophthalmol. 2005 ; 16(2) : 84-8, J.B. Jonas) http://meta.wkhealth.com
Loin d'être toujours évident, le diagnostic de glaucome, puis le suivi de la maladie, reposent entre autres sur l'analyse de la région papillaire. Il s'agit notamment d'étudier la taille et la forme de la papille, les dimensions, l'aspect et l'axe de l'excavation papillaire, le trajet local des vaisseaux et l'épaisseur de l'anneau neuro-rétinien. La région qui entoure la tête du nerf optique est, elle aussi, riche en renseignements, pour peu qu'elle comporte un déficit visible des fibres, une hémorragie para-papillaire ou une atrophie péri-papillaire. En effectuant une revue de la littérature récente, l'auteur a, quant à lui, cherché à préciser la valeur de ce dernier paramètre. Bien que l'atrophie chorio-rétinienne péri-papillaire puisse plaider en faveur d'un glaucome, il ne la classe que parmi les critères de deuxième ordre. Il souligne par ailleurs que les atrophies optiques non glaucomateuses (neuropathie ischémique...) en sont exemptes.

Quels liens entre cholestérol et DMLA ? (Surv. Ophthalmol. 2005 ; 50(2) : 194-206, R.H. Guymer et al.) http://linkinghub.elsevier.com
En dépit d'innombrables travaux de recherche, la DMLA reste une maladie incurable. Première cause de cécité dans les pays développés, son incidence augmente inexorablement, du fait notamment du vieillissement de la population. Les traitements, qui ne s'adressent qu'à un pourcentage limité de patients dont la maladie est déjà évoluée, ne sont que palliatifs. C'est pourquoi les spécialistes se tournent résolument vers la recherche de moyens qui permettraient soit de prévenir la maculopathie, soit d'éviter que les DMLA débutantes n'évoluent vers les formes graves. L'approche nutritionnelle représente l'un des grands axes de recherche actuels. On dispose par ailleurs d'un ensemble d'arguments pour penser que maladies cardiovasculaires et DMLA pourraient être liées. A ce sujet, les auteurs se sont penchés sur les effets des inhibiteurs de l'HMG CoA réductase, une famille d'hypocholestérolémiants dont l'efficacité n'est plus à démontrer.

Un point sur l'amblyopie (Surv. Ophthalmol. 2005 ; 50(2) : 123-66, K. Simons) http://linkinghub.elsevier.com
Cet article aborde l'ensemble de la problématique des amblyopies. Fréquence, définition, démarche thérapeutique, pronostic et prévention : autant de paramètres discutés par l'auteur. Celui-ci insiste cependant sur les difficultés que l'on rencontre lorsque l'on cherche à interpréter les résultats des études publiées, dont la rigueur laisse parfois à désirer. Il est notamment question des conséquences sur le "bon" oeil, de la nécessité d'une correction optique optimale et des méthodes de pénalisation. Il semble par exemple que l'occlusion et l'atropine soient aussi efficaces l'une que l'autre pour traiter les amblyopies modérées. Avec de bons résultats fonctionnels chez environ sept enfants sur dix, le pronostic dépend de l'acuité visuelle de départ, de la cause de l'amblyopie, de la durée et de l'observance du traitement. La prévalence de l'amblyopie (de 1,6 à 3,6%) est plus élevée dans les populations dont le suivi médical est insuffisant.

De l'hypertonie au glaucome (Ophthalmology 2005 ; 112(3) : 386-90, K. Grodum et al.) http://linkinhub.elsevier.com kirsti.grodum@oftal.mas.lu.se
Toutes les hypertonies oculaires (HTO) n'évoluent pas vers un glaucome. Pour une PIO (Pression Intra-Oculaire) comprise entre 24 et 32 mmHg, les auteurs ont comparé le risque de déficit du champ visuel de deux groupes de patients. Tous étaient issus d'une population de plus de 30 000 personnes incluses entre 1992 et 1997 pour participer à l'étude Early Manifest Glaucoma Trial. Le devenir de 98 cas de pseudo-exfoliation capsulaire (PEC, premier groupe) a été confronté à celui de 98 témoins (second groupe), appariés en PIO, âge et sexe. L'évaluation a porté sur le champ visuel automatisé, mais l'acuité visuelle, la réfraction et la pachymétrie cornéenne centrale ont aussi été mesurées. Après un suivi moyen d'environ neuf ans, plus de la moitié des PEC avaient évolué vers un glaucome, contre moins d'un tiers des sujets témoins. Une différence statistiquement significative qui porte à deux le risque relatif de glaucome lorsqu'une PEC accompagne l'HTO.

DMLA : l'hypercholestérolémie en cause ? (Ophthalmology 2005 ; 112(3) : 488-94, G. Jr McGwin et al.) http://linkinhub.elsevier.com mgcwin@uab.edu
Notre connaissance des facteurs de risque de la DMLA s'est améliorée (prédisposition génétique, consommation de tabac...). Différentes équipes poursuivent par conséquent les travaux, à la recherche de traitements préventifs. Dans ce but, les auteurs se sont interrogés sur les effets des médicaments hypocholestérolémiants. Pour cela ils se sont tournés vers la population de l'étude prospective "Atherosclerosis Risk in Communities Study", soit plus de 15 000 personnes de 45 à 65 ans enrôlées entre 1987 et 1989. C'est ainsi que 871 DMLA ont été identifiées, pour un groupe témoin de plus de 11000 sujets indemnes de cette maculopathie. Selon les analyses statistiques, les hypocholestérolémiants pourraient jouer un rôle préventif vis à vis de la DMLA. Alors que le mécanisme de cet effet reste à déterminer, la part spécifique des statines (inhibiteurs de l'HMG-CoA réductase) mériterait d'être précisée.

Le risque de rétinopathie après radiothérapie des carcinomes des cavités aériennes de la face est diminué par l'hyperfractionnement. (Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys. 2005 ; 61(3) : 856-864. A. Monroe et al.) http://www.redjournal.org/article/PIIS0360301604019972/abstract
Analyse rétrospective de 186 patients qui ont reçu une dose significative (médiane = 56 Gy) au niveau de la rétine au cours d'une radiothérapie pour un carcinome du cavum ou des cavités aériennes de la face. Trente patients ont développé une rétinopathie radique entraînant une cécité unilatérale pour 25 d'entre eux, bilatérale pour un patient et avec une baisse de l'acuité visuelle pour quatre patients. La probabilité de développer une rétinopathie radique a été de 20% à cinq ans et à dix ans. Seulement 4% des patients dont la rétine avait reçu moins de 50 Gy ont développé une rétinopathie. Vingt-cinq des 30 patients atteints avaient reçus plus de 60 Gy au niveau de la rétine. Néanmoins, l'hyperfractionnement de l'irradiation a semblé diminuer ce risque, notamment lorsque la dose reçue était est supérieure à 50 Gy.

Une substance irritante bien particulière (Ophthalmology 2005 ; 112(3) : 478-81, K. Kimura et al.) http://linkinhub.elsevier.com
Dans bien des pathologies le rôle de l'environnement apparaît comme une évidence. A travers ce travail les auteurs se sont intéressés rétrospectivement aux yeux des enfants qui vivent dans la région d'un volcan toujours en activité : le Mont Sakurajima, situé sur l'île de Kyushu au Japon. Cette enquête a concerné plus de 10 000 enfants âgés de 6 à 15 ans, qui, en fonction de leur lieu d'habitation étaient les uns (n=1175) particulièrement exposés aux retombées volcaniques (cendres), et les autres moins exposés (n=9205). Il s'agissait de savoir si cette pollution naturelle pouvait être à l'origine de signes fonctionnels oculaires (rougeurs, sécrétions, sensation de corps étranger, prurit...). Des symptômes ont en effet été rapportés, significativement plus fréquents dans les zones à forte exposition, notamment au cours des périodes d'activité du Sakurajima. Des conséquences réelles limitées cependant à une surface d'un rayon de 4 km autour du cratère.

Un implant calcifié (Ophthalmology 2005 ; 112(3) : 447-52, L. Werner et al.) http://linkinhub.elsevier.com liliana.werner@hsc.utah.edu
La dégénérescence astéroïde du vitré, que l'on distingue du synchisis étincelant, est une hyalopathie lipidique habituellement asymptomatique et unilatérale. Hormis les diabétiques, chez lesquels elle est plus précoce, elle se déclare après l'âge de 60 ans. Elle se traduit par la présence d'opacités intravitréennes suspendues, rondes, blanchâtres et de taille variable, qui peuvent gêner l'examen du fond d'oeil. Les auteurs décrivent le cas d'une femme diabétique de 76 ans dont la dégénérescence astéroïde était bilatérale. Suite à l'extraction d'une cataracte droite, des opacités ont fait leur apparition sur la face postérieure de l'optique de l'implant en silicone. Ces opacités se sont accentuées après la capsulotomie au laser Yag, au point d'imposer un changement d'implant au profit d'un matériau acrylique. Les analyses ont conclut à des dépôts calcifiés, probablement dérivés de la dégénérescence astéroïde. Reste à savoir si le silicone a pu lui aussi participer à la survenue de cette complication.

Dystrophie cornéenne de Fuch's : cataracte avec ou sans greffe ? (Ophthalmology 2005 ; 112(3) : 441-6, G.D. Seitzman et al.) http://linkinhub.elsevier.com
La dystrophie cornéenne de Fuch's, bilatérale mais souvent asymétrique, est plus fréquente et plus sévère chez la femme. Elle se caractérise par des lésions endothéliales à type "gouttes" qui augmentent au fil du temps, alors que la densité cellulaire de l'endothélium diminue. Elle évolue par conséquent vers un oedème stromal, la formation de plis descemétiques, voire un oedème épithélial microkystique puis une kératopathie bulleuse. Lorsqu'une extraction de la cataracte s'avère nécessaire, quand doit-on lui associer une kératoplastie transfixante ? Classiquement, les critères qui aident à poser l'indication d'une intervention combinée sont les fluctuations visuelles diurnes, l'oedème épithélial et une épaisseur cornéenne supérieure à 600 µm. Suite à une étude rétrospective (136 yeux opérés de cataracte), les auteurs estiment que ce dernier critère pourrait être revu à la hausse (640 µm voire plus). A ce sujet ils appellent de leurs voeux des études prospectives randomisées et contrôlées.

Les spécialistes du glaucome au fil du temps (J. Glaucoma 2005 ; 14(2) : 172-4, A.B. Joshi et al.) http://meta.wkhealth.com
Voilà une étude qui a porté sur les médecins plutôt que sur les malades, les médecins en question étant membres de la société américaine du glaucome. Le but était de connaître l'évolution des comportements chirurgicaux de ces glaucomatologues entre 1996 et 2002, notamment vis à vis des anti-mitotiques. Selon cette enquête, les anti mitotiques continuent à remporter un certain succès auprès des chirurgiens, en dépit des complications qu'ils peuvent induire, notamment infectieuses et à long terme. Au cours de la période d'observation, l'utilisation des systèmes de drainage de l'humeur aqueuse a quant à elle augmenté dans les situations de mauvais pronostic. Parmi ces dernières, citons les glaucomes néovasculaires, les échecs passés de trabéculectomie, les antécédents d'extraction extra-capsulaire manuelle ou intra-capsulaire de la cataracte, de décollement de rétine opéré ou de glaucome secondaire post-uvéitique (...).