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Semaine du 22 au 28 novembre 2004
La méthode
de Van Herick : risque de fermeture de l'angle ou pas ? (Eye 2004 Oct
01, K. Kashiwagi et al.) www.nature.com
Le risque de fermeture de l'angle peut être estimé en tenant compte
d'un ensemble de paramètres. Il s'agit à la fois de l'état
du cristallin, les structures irido-cornéennes en gonioscopie et de la
profondeur de la chambre antérieure non seulement en son centre mais
aussi en extrême périphérie. Cette dernière peut
être évaluée au bio microscope grâce à la technique
de Van Herick. Il suffit de faire pivoter la fente (qui doit être réduite
à sa plus fine expression) de 45° pour éclairer la périphérie
du segment antérieur. Si la profondeur de la chambre antérieure
y mesure moins d'un quart de l'épaisseur cornéenne, le risque
de fermeture de l'angle doit être pris très au sérieux (grade
1 de la classification de Van Herick). Après avoir examiné les
yeux de quelques centaines de sujets à risque issus d'une population
d'environ 15 000 personnes de plus de 40 ans, les auteurs confirment l'intérêt
de cette méthode.
Compter
avec la sensibilité aux contrastes (Eye 2004 ; Oct 01,
J. Mones et al.) www.nature.com
Bien que la fonction visuelle résulte d'un ensemble de facteurs (champ
visuel, perception des couleurs...), il est en pratique tentant de la résumer
à la seule acuité. C'est le cas par exemple de certains essais
cliniques qui visent à évaluer les traitements des DMLA compliquées
de néovaisseaux choroïdiens. A ce propos, les auteurs reviennent
sur le cas particulier de la sensibilité aux contrastes, qui devrait
être selon eux, l'un des principaux critères d'évaluation.
L'analyse de la littérature montre en effet qu'elle occupe une place
importante dans la vision des personnes qui souffrent d'une DMLA exsudative
et que certaines thérapeutiques, comme la photothérapie dynamique,
pourraient avoir sur elle des effets favorables. Tenir plus systématiquement
compte de la perception des contrastes permettrait de mieux comprendre et de
mieux anticiper les effets des traitements sur la fonction visuelle des patients.
Anomalies
rétiniennes microvasculaires et dysfonction rénale : l'étude
ARCS (J. Am. Soc. Nephrol. 2004 ; 15-9 : 2469-76, T.Y. Wong et al.)
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?cmd=Retrieve&db=PubMed&dopt=Citation&list_uids=15339997
A l'occasion de l'étude ARCS (Atherosclerosis Risk in Communities Study),
les participants (plus de 10 000 sujets Nord-américains) ont bénéficié
entre 1993 et 1995 d'une évaluation des anomalies micro vasculaires rétiniennes.
Lors d'une réévaluation ultérieure (entre 1996 et 1998),
270 d'entre eux (2,7%) avaient développé une dysfonction rénale
(créatininémie + 4 mg/L ou hospitalisation pour néphropathie).
Après contrôle pour l'âge, le sexe, la race, le diabète,
la PA et les autres facteurs de risque, l'existence d'une rétinopathie
(odds ratio [OR], 2.0 : 1.4 à 2.8), de micro anévrismes (OR,
2.0; 1.3 à 3.1), d'hémorragies rétiniennes (OR, 2.6; 1.6
à 4.0), d'exsudats (OR, 2.7; 1.6 à 4.8), et de signes du croisement
(OR, 1.4; 1.0 à 1.9) étaient prédictifs du développement
d'une dysfonction rénale.
Ce qui
prédispose aux hémorragies papillaires (J. Glaucoma 2004
;13(5) : 356-60, T. Yamamoto et al.) www.glaucomajournal.com mmc-gif@umin.ac.jp
Les données qui suivent ont été recueillies au cours d'une
vaste étude japonaise consacrée à la santé oculaire,
dont les résultats ont fait l'objet de plusieurs publications. Les photographies
de fond d'oeil de près de 15 000 personnes de 40 ans ou plus ont
été examinées, à la recherche notamment d'hémorragies
papillaires. Le cas échéant le diagnostic de glaucome (793 cas)
a été posé sur la présence d'un déficit de
la couche des fibres rétiniennes et sur l'aspect de la papille. Selon
cette enquête, les hémorragies papillaires, qui siègent
plus volontiers en temporal, sont plus fréquentes chez les femmes, les
personnes âgées et les sujets porteurs d'un glaucome (8,2% des
cas contre 0,2% des cas en l'absence de glaucome). Leur présence ne semble
en revanche pas directement corrélée à l'élévation
de la pression intra-oculaire, qui était en moyenne de 15 mmHg (et dans
tous les cas inférieure à 20 mmHg) dans le groupe glaucome et
d'environ 14 mmHg dans l'autre groupe.
Filtration
à la demande
(J. Glaucoma 2004 ;13(5) : 400-6, A.P. Wells et al.) www.glaucomajournal.com
twells@eyetext.net
Le but de cette étude expérimentale était d'analyser l'intérêt
des sutures ajustables sur intervention filtrante. Les cinq yeux de donneurs
humains opérés ont pour cela été équipés
d'un système d'infusion constante et d'un dispositif de surveillance
continue de la pression intra-oculaire (monitoring de la PIO). Après
une trabéculectomie avec sutures ajustables, trois manoeuvres ont été
comparées : massage du globe, réglage de la tension des fils à
l'aide d'un instrument spécifique et lâchage de la suture. Les
auteurs ont ensuite noté le temps nécessaire à la PIO pour
atteindre une valeur comprise entre 7 et 15 mmHg et répertorié
les événements indésirables. Pour ce qui est du contrôle
de la PIO en post-opératoire précoce, les résultats de
ce travail plaident en faveur de la supériorité de l'ajustage
des sutures. En l'absence de réglage précis de la tension des
fils, l'équilibre pressionnel semble en effet ne pas pouvoir se maintenir
durablement.
L'apex
orbitaire et ses maux (Curr. Opin. Ophthalmol. 2004 ; 15(6) : 490-8,
S. Yeh et al.) www.co-ophthalmology.com
L'association d'une atteinte du nerf optique et de plusieurs nerfs oculomoteurs
témoigne d'un syndrome de l'apex orbitaire. Bien qu'il existe différentes
localisations anatomiques (lésions du sinus caverneux, syndrome de la
fissure orbitaire), la démarche diagnostique est la même. Les auteurs
qui se sont penchés sur la conduite à tenir, soulignent l'intérêt
de l'IRM pour explorer la région. Le Scann Rx peut cependant être
lui aussi d'une grande utilité, notamment si l'IRM est contre-indiquée,
s'il s'agit de faire le bilan d'un traumatisme ou de préciser le degré
d'atteinte osseuse. Les lésions en cause peuvent être de nature
inflammatoire, infectieuse, tumorale, traumatique ou encore vasculaire. Le traitement,
qui dépend bien sûr de la cause, peut être guidé par
l'examen histologique d'une biopsie chirurgicale. Lorsqu'elle est indiquée,
l'utilisation des anti-inflammatoires doit, comme toujours, rester prudente.
Un sinus
qui s'effondre (Curr. Opin. Ophthalmol. 2004 ; 15(6) : 486-9, L.M.
Buono) www.co-ophthalmology.com
Les sinusites peuvent être à l'origine de complications méningo-encéphaliques
(méningite purulente, abcès cérébral, thrombophlébite
du sinus caverneux...) et oculo-orbitaires. Parmi ces dernières, on peut
notamment observer des cellulites orbitaires, des exophtalmies, des paralysies
oculomotrices ou des neuropathies optiques. L'auteur décrit cependant
un autre tableau ophtalmologique, qui comporte quant à lui une énophtalmie.
Il s'agit d'une forme rare de sinusite maxillaire chronique obstructive au cours
de laquelle une pression négative s'installe puis évolue vers
une atélectasie de la cavité osseuse, d'où modification
de l'architecture orbitaire. Les signes fonctionnels ophtalmologiques sont au
premier plan : les patients se plaignent rarement de symptômes ORL. Trois
critères radiologiques sont nécessaires au diagnostic : opacité
et collapsus du sinus maxillaire avec aspiration du plancher de l'orbite.
Anticorps
antiphospholipides : l'ophtalmologie au premier plan (Curr. Opin. Ophthalmol.
2004 ; 15(6) : 483-5, R. Behbehani et al.) <http://www.co-ophthalmology.com/>
www.co-ophthalmology.com
Littérature à l'appui, les auteurs ont souhaité familiariser
les ophtalmologistes avec le syndrome des anticorps antiphospholipides. Cette
entité, décrite dans le cadre de certaines collagénoses
et infections, représente une cause importante de thromboses veineuses
et/ou artérielles, notamment rétiniennes et récidivantes.
Elle peut aussi se manifester par exemple à travers d'autres signes oculaires
ou neuro-ophtalmologiques. Alors que les tests biologiques gagnaient en sensibilité
et en spécificité, les critères diagnostics de la maladie
ont récemment été mis à jour. On peut cependant
regretter l'absence de standardisation qui rend difficiles les comparaisons
d'un laboratoire à l'autre. Manquent également les études
prospectives qui permettraient de déterminer, soit la fréquence
du syndrome au cours des occlusions vasculaires rétiniennes, soit la
prévalence des anomalies ophtalmologiques chez les personnes concernées.
Orbitopathie
dysthyroïdienne : la radiothérapie en questions (Curr.
Opin. Ophthalmol. 2004 ; 15(6) : 479-82, R. Behbehani et al.) www.co-ophthalmology.com
La radiothérapie fait partie des solutions que l'on peut proposer aux
personnes qui souffrent d'une orbitopathie dysthyroïdienne moyenne ou grave.
Les formes graves se caractérisent par une activité inflammatoire
intense et/ou une neuropathie optique par compression, qu'une corticothérapie
ait ou non été instituée. Bien que l'on ait en pratique
largement recours à la radiothérapie, les essais cliniques bien
menés ne sont pas légion. Les auteurs précisent aussi que
les études récemment publiées font état de résultats
contradictoires, même si la littérature met l'accent sur les bienfaits
du traitement. Celui-ci fait en effet figure d'option intéressante pour
ce qui est notamment des atteintes sévères ou des cas qui s'aggravent,
qui représentent la majorité des indications. Des études
complémentaires randomisées semblent néanmoins nécessaires.
Nouvelles
stratégies de traitement des pathologies rétiniennes (Le
Concours Médical - 24 novembre 2004)
Soulignant que « à moyen terme, les cellules-souches rétiniennes
(...) pourraient être utilisées dans les rétinites comme
vecteur thérapeutique ou pour leur effet paracrine », Le Concours
Médical présente sur près de 3 pages un entretien avec
José-Alain Sahel (hôpital des Quinze-Vingts, CHU Saint Antoine).
Celui-ci explique notamment qu'une troisième voie concernant ces progéniteurs
est aussi explorée : puisqu'elles sont présentes chez l'adulte,
« ne serait-il pas possible de stimuler grâce à elles
le potentiel endogène de régénération rétinienne ? ».
Mais un article qu'il a publié cette année avec son équipe
montre « qu'une partie de ce qu'on attribue à la régénération
cellulaire correspondrait plutôt en réalité à des
mécanismes de réparation de l'ADN ». Prudence donc
lors de l'interprétation de certaines observations. José-Alain
Sahel présente ensuite les pistes en cours dans la rétinite pigmentaire
et la DMLA. Ainsi, pour la rétinite pigmentaire, les chercheurs ont identifié
le facteur RdCVF (rod-derived cone viability factor), facteur de survie des
cônes, produit par les bâtonnets, et travaillent actuellement à
valider ce facteur en thérapie génique. Un des axes de recherche
dans la DMLA est de caractériser les stades très précoces
où les récepteurs comment à dégénérer.
Leur observation devrait pouvoir être réalisée par des techniques
dérivées de l'astronomie.
Une chirurgie
du rachis aux conséquences irréversibles (Am. J. Ophthalmol.
2004 ; 138(5) : 894-5, D.A. Hollander et al.) http://linkinghub.elsevier.com
Les auteurs décrivent un tableau, heureusement rare, qui a été
observé chez une adolescente opérée de scoliose. Après
l'intervention, qui s'était déroulée en décubitus
ventral, la jeune fille a signalé une cécité droite, confirmée
par l'examen ophtalmologique (perception lumineuse abolie). Ce dernier, associé
à une imagerie orbitaire, a mis de plus en évidence des lésions
péri-orbitaires d'allure contusive, un oedème cornéen et
une paralysie de l'adduction en rapport avec un oedème du droit médian
droit. Des lésions induites par une ischémie d'origine compressive
(positionnelle) qui a concerné à la fois le muscle oculomoteur,
la rétine et le nerf optique. Si l'oculomotricité s'est progressivement
améliorée, la patiente n'a jamais retrouvé l'usage de son
oeil droit. Complication rare, certes, mais suffisamment grave pour mettre en
garde l'ensemble des médecins concernés et décider de mesures
préventives systématiques.
Biais
démasqué (Am. J. Ophthalmol. 2004 ; 138(5) : 871-2, P.R.
Healey et al.) <http://linkinghub.elsevier.com/> http://linkinghub.elsevier.com
On ne présente plus La Blue Mountain Eye Study, étude au cours
de laquelle 3654 personnes de plus de 48 ans ont été examinées.
Le but était de collecter des informations très diverses relatives
à la santé oculaire. Le sujet qui nous intéresse ici concerne
les caractéristiques ophtalmoscopiques de la lame criblée, analysées
à partir de photographies papillaires stéréoscopiques.
Ses pores étaient en effet visibles dans plus des deux tiers des cas
de glaucome à angle ouvert (GAO) contre moins d'un tiers des yeux normaux
(groupe témoin). Après correction (en tenant compte d'autres paramètres
en présence), les auteurs ont vu cette corrélation, pourtant forte,
disparaître. Dans cette étude, la meilleure visibilité des
pores de la lame criblée en présence d'un GAO était en
fait presque exclusivement due à la taille de la papille et du diamètre
vertical de l'excavation. Voilà qui illustre la façon de contourner
un biais.
Rétinopathie
hypertensive (NEJM 351 : 2310-2317, T. Y. Wong et al. - 25 novembre
2004) http://content.nejm.org/cgi/content/extract/351/22/2310
En dépit des recommandations du JNC (Joint National Committee on Prevention,
Detection, Evaluation, and Treatment of High Blood Pressure) selon lesquelles
la présence d'une rétinopathie peut être indicatrice du
moment où débuter un traitement anti-hypertenseur, les implications
cliniques de la rétinopathie hypertensive ne sont pas claires. Le but
de cette revue est d'examiner les études récentes, depuis 1990,
concernant la physiopathologie et l'épidémiologie de la rétinopathie
hypertensive et ses associations cardiovasculaires ainsi que les preuves validant
son utilisation pour stratifier le risque chez les patients hypertendus. Les
auteurs en arrivent aux conclusions que les signes de rétinopathie sont
fréquents et sont corrélés à une pression sanguine
élevée, et que certains de ces signes (hémorragies rétiniennes,
microanévrismes, exsudats rétiniens blancs) sont prédictifs
d'AVC et de mortalité due à un AVC indépendamment d'une
pression sanguine élevée et d'autres facteurs de risque.