
Nous remercions le Quotidien du Médecin pour son autorisation de placer ici sa Une du 12 mai 2000 et le texte qui s'y rapporte.
Quotidien du
Médecin N° 6705 du 12
Mai 2000 Page 1, 3 : Les ophtalmos jugent catastrophique
l'insuffisance de leurs effectifs L'ensemble des organisations
d'ophtalmologistes, syndicats et sociétés
savantes, lancent un appel pressant pour que soient
formés 200 spécialistes dans cette discipline
chaque année, au lieu d'une cinquantaine aujourd'hui.
Faute de quoi, disent-ils, la santé visuelle des
Français sera en grand danger. Ils vont lancer
une pétition auprès de leurs patients
et publier un Livre blanc à la fin de
l'année. « Nous allons tout droit
à la catastrophe. » Le Pr Gilles Renard,
secrétaire général de la
Société française >d'ophtalmologie
(SFO) et responsable de cette spécialité dans
un CHU parisien, ne fait pas dans la nuance. Mais,
ajoute-t-il, la situation est telle aujourd'hui, qu'il
« faut tirer le signal d'alarme. Si les
autorités ne prennent pas en compte notre
avertissement et notre mise en garde, c'est la santé
visuelle de nos compatriotes qui sera très rapidement
menacée ». Pour les ophtalmos, en effet, le manque
de médecins formés dans cette
spécialité est criant. C'est pourquoi
l'ensemble des organisations de la profession, syndicats de
libéraux et d'hospitaliers et société
savante réunis, ont profité de leur
manifestation annuelle, les Rencontres ophtalmologiques,
pour lancer leur cri d'alarme au cours d'une
conférence de presse commune. L'heure n'est plus en
effet aux tergiversations, si l'on en croit les responsables
de la profession. Aujourd'hui, on forme 50 ophtalmologistes
par an, contre plus de trois cents l'année qui a
précédé l'instauration de l'internat
qualifiant, réforme des années quatre-vingt
qui oblige les spécialistes à passer
nécessairement par cette voie. Conséquence de cette
évolution, selon le Dr Jean-Luc Seegmuller,
président du Syndicat national des
ophtalmologistes de France (SNOF) : dans « quinze
ans, il y a aura 20 % d'ophtalmologistes de moins
qu'aujourd'hui et 40 % de moins dans vingt ans, alors que
les besoins vont aller croissant et que le vieillissement de
la population devrait au contraire se traduire par la
formation d'un surcroît de praticiens dans cette
spécialité ». Sombre tableau Et de fait, le tableau dressé par
le Dr Seegmuller laisse songeur : 500 000
glaucomateux ne sont pas dépistés, faute
de praticiens en nombre suffisant et « ils
évoluent lentement vers la cécité
». Aujourd'hui, un peu plus de 350 000
cataractes sont opérées mais il faudrait
en faire beaucoup plus, ne serait-ce qu'en raison du
vieillissement de la population et parce que cette maladie
tend à apparaître plus précocement.
L'examen de la vision de l'enfant au neuvième
mois de sa vie, inscrit pourtant dans le carnet de
santé, n'est souvent pas effectué faute de
praticiens et de rendez-vous, avec toutes les
conséquences inhérentes au
non-dépistage de certaines affections de la vue et
qui pourraient être corrigées. Enfin, alors que
le gouvernement s'insurge contre le nombre important
d'accidents de la route, rien n'est fait en France pour
vérifier la vue des conducteurs. Or, selon le
Dr Seegmuller, « 25 % des titulaires du permis de
conduire conduisent avec des problèmes de vue, parce
qu'on ne les a jamais contrôlés ».
Même chose pour les conducteurs de chariots ou
d'engins ou pour ceux qui travaillent sur
écran. Pour faire face à ces besoins, les
ophtalmos demandent la formation dès maintenant de
200 spécialistes par an, ce qui permettrait
tout juste de couvrir les besoins, et encore pas dans
l'immédiat, puisqu'il faut douze ans pour former un
médecin dans cette discipline. Les patients à
témoin Persuadés que les pouvoirs publics
ne répondront pas rapidement à leur
revendication, les ophtalmos ont bien l'intention de prendre
à témoin l'opinion et de faire signer,
à partir de septembre, une pétition à
leurs patients. Le précédent des
gynécologues médicaux les a convaincus
en effet de l'efficacité de cette stratégie.
C'est dans le même état d'esprit qu'il ont
décidé de rédiger un « Livre blanc
» dressant la situation de leur profession. « Nous nous battons pour la
santé publique, insiste le Dr Seegmuller, et non pour
accroître nos revenus. Nous nous battons pour que des
concurrents viennent s'installer en face de chez nous. Pour
empêcher que demain la catastrophe annoncée ne
survienne. » Jacques DEGAIN