
Nouvelle offensive contre la santé publique : un groupe de commerçants sans scrupules, qui s’autoproclament « optométristes », annoncent ouvertement leur prétention : s’approprier le marché de l’optique médicale après en avoir éliminé les gêneurs.
Le marché de l’optique médicale en France – les montures de lunettes, les verres correcteurs et les lentilles de contact – c’est déjà 3 milliards et demi d’euros chaque année. Ces affairistes veulent d’abord le monopoliser, et ensuite le gonfler artificiellement aux dépens des usagers.
Pour y réussir, il leur faut éliminer les gêneurs. Les 8000 opticiens français compétents, rigoureux et consciencieux, qui réalisent les équipements optiques sur prescription médicale. Les 5000 médecins ophtalmologistes qui prescrivent les verres correcteurs et adaptent les lentilles de contact, après un véritable examen médical ; ainsi, par la même occasion, ces médecins spécialistes contrôlent les yeux et tout l’appareil visuel afin de dépister, pour les traiter avant qu’elles se manifestent, les maladies sournoises qui menacent irréversiblement la vision : glaucome, décollement de rétine, rétinopathie diabétique, dégénérescence de la macula…
600 000 glaucomateux ignorés ? 800 000 diabétiques sans suivi ophtalmologique ? L’effort de dépistage et de soins devrait s’intensifier ; les ophtalmologistes, malgré la pénurie, malgré leur surcharge de travail, ont fait en avril dernier 8 propositions pour renforcer encore la prévention, en étroite articulation avec les orthoptistes et les opticiens : trois catégories de professionnels de la vue, dont le diplôme est garanti par l’Etat, dont l’activité est réglementée par le Code de la Santé publique, et surveillée par l’Ordre des Médecins et les DDASS.
Les prétendus « optométristes » s’attribuent eux-mêmes un titre que personne ne contrôle, pour empiéter sans qualification sur des domaines qu’ils ne maîtrisent pas, avec le projet de pratiquer délibérément l’exercice illégal de la médecine.
Les professionnels de santé sont évidemment décidés à saisir les tribunaux pour faire appliquer la loi et sanctionner les délits. Dès à présent ils dénoncent la dérive mercantile, dont les usagers seraient les victimes : les prétendus « optométristes », qui veulent prescrire eux-mêmes les lunettes qu’ils vont vendre, espèrent exploiter leurs clients en surchargeant leur facture !
Pour eux seul le profit compte ; peu leur importe de mettre en danger la santé des clients qu’ils abusent par une publicité tapageuse. Pour eux, la santé visuelle des Français ne mérite pas d’être prise en charge par les médecins spécialistes ; tant pis pour la qualité et la sécurité. D’ailleurs ce n’est pas leur problème : ils font tout de suite leur (gros) bénéfice, et ce sera ensuite à l’assurance maladie de payer pour les soins des maladies oculaires, quand elles se seront déclarées à un stade de véritable gravité.